OOTE EST DES ÉTATS-UNIS
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En conséquence de cette proclamation, le capitaine de vaisseau Sampson, commandant le cuirassé lowa^ recevait, avec le brevet de contre-amiral, Tordre dé quitter
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f„ Key-West dans le plus bref délai et d'aller établir le blo-
cus effectif des côtes de Cuba.
Douze navires de la marine de guerre américaine croisaient bientôt devant la Havane, mais hors de portée des canons du fort Morro et des batteries de côte.
D'autre part, en vertu d'instructions secrètes expédiées à Hong-Kong, le contre-amiral Dewey, commandant Fescadre américaine du Pacifique, cinglait vers le sud, avec six croiseurs et trois charbonniers.
On apprit bientôt que son objectif était le port de Manille, capitale des Philippines.
Quant à l'escadre volante, sous les ordres du commodore Schley, elle se concentrait à Fort-Monroë et Hampton-Roads.
La base d'opérations américaine, Key-West, le point des Etats-Unis le plus rapproché de Cuba, devait, jusqu'à nouvel ordre, être protégé par les monitors Terror^ Puritan^ la canonnière Helenaj le croiseur Marblehead^ l'aviso Dolphin et 3 torpilleurs.
Un projet de loi était soumis au Congrès pour la construction de 3 cuirassés, 4 monitors, 12 torpilleurs et 16 contre-torpilleurs.
Le ministre de la marine demandait, de son côté, l'autorisation d'enrôler un nombre illimité de volontaires pour coopérer à la défense des côtes avec les réserves navales.
Enfin, M. Mac Kinley signait le bill prohibant l'exportation du charbon et des armements de toute nature et celui appelant sous les drapeaux, pour une année, 100,000 volontaires.
En Espagne et à Cuba on ne restait point non plus inactif.
Dès la première heure, le maréchal Blanco avait proclamé Cuba en état de siège et annoncé la reprise des hostilités contre les insurgés.
La Gazette de Madrid publiait un décret appelant sous les drapeaux trente mille hommes ~de la réserve de 1897.
Dans ïa nuit du 24 avril, le cuirassé Numancia, en réparation à Toulon, quittait secrètement ce port et regagnait les eaux espagnoles, bien que les travaux ne fussent pas terminés à bord.
L'escadre des Philippines, composée des vieux navires Castilla, Don-JîiaUy Isla-de-Cuba, Isla-de-Luzon, et Reina- Christina^ recevait Tordre de se concentrer à Manille pour y attendre Tattaque de Tamifal Dewey.
Des négociations, qui ne .purent d'ailleurs aboutir, s'engageaient télégraphiquement avec la fabrique de torpilles de Fiume pour l'achat de 900 de ces engins prêts à être mis en service.
On armait à la hâte les batteries de la Havane et le fort Morro de vieux canons en cuivre, les canons Krupp n'étant pas encore arrivés.
Enfin, précaution suprême, la reine régente faisait savoir au pape que les hostilités étaient commencées et lui demandait sa bénédiction pour l'armée espagnole.
La convention de Paris et la ^erre de course. — Les droits des corsaires. — Les croiseurs auxiliaires. — La contrebande de guerre. — L'avis des jurisconsultes. — Jurisprudence française. — Déclaration de neutralité. — Les intentions de M. Mac Kinley. — La société de secours aux blessés militaires.
— Les volontaires aux États-Unis. — Appareillage de l'escadre de Hampton- Road. — Le plan de campagne américain. — Les idées du général Miles. — La question des câbles sous-marins. — Difficultés financières en Espagne. — Une circulaire aux puissances. — Une évolution de la doctrine de Monroë.
— Protestation platonique.
Une remarquable particularité de la guerre hispanoaméricaine est que l'une et l'autre des puissances belligérantes ont refusé d'adhérer à la déclaration du 16 avril 1 836 du Congrès de Paris.
La convention de 1856, dont le but était de définir et de mettre en harmonie différents principes de droit international maritime sur l'immunité des navires et des marchandises neutres et la validité des blocus, a admis, comme conséquences découlant obligatoirement des résolutions prises, la suppression de la guerre de course^ c'està-dire de l'armement en guerre de navires appartenant à des particuliers et commandés par des particuliers. Du fait de leur non-adhésion à la convention de Paris, l'Espagne et les États-Unis ont le droit d'armer des corsaires et de pratiquer la guerre de course.
Le but de celle-ci est de nuire au commerce ennemi et d'empêcher les neutres d'exercer le commerce avec les nations en état d'hostilité.
Elle est entourée de certaines garanties ; le corsaire doit obtenir de la nation belligérante une lettre patente
de course, ou lettre de marque, c'est-à-dire un document émanant du gouvernement et lui donnant commission de guerre ; il faut, pour obtenir cette lettre de marque, que le corsaire soit en règle au point de vue de la nationalité d'après les lois du pays qui la lui concède.
Dans la circonstance, aussi bien en Espagne qu'aux États-Unis, les règlements exigent la nationalité du capitaine et des deux tiers de l'équipage. Le corsaire est, en outre, appelé à fournir une caution pécuniaire, destinée à garantir les indemnités à servir à ceux qui auraient un préjudice à souffrir de sa part.
Enfin, pour opposer une barrière aux abus de la course, aucune prise de propriété privée- n'est considérée comme valable et définitive qu'après avoir été déférée à un tribunal compétent et reconnue par lui comme légale.
D'un autre côté, les corsaires jouissent de tous les avantages qu'assure le droit de la guerre, à la condition qu'ils se conforment rigoureusement aux instructions contenues dans la lettre de marque et qu'ils observent scrupuleusement les lois et usages de la guerre.
La guerre de course, ainsi comprise, n'a rien d'anormal ni d'illégitime ; elle découle du principe qui permet à toute nation de faire appel au concours de tous ses sujets pour la défense commune, la défaite de l'ennemi et la terminaison rapide des hostilités.
Les bâtiments corsaires peuvent être comparés aux compagnies franches admises dans les guerres terrestres ; ce sont, en quelque sorte, les francs-tireurs de la mer, sauf, toutefois, que leur qualité de belligérants ne saurait être contestée.
Il ne faudrait pas croire que les actes auxquels se livrent les corsaires, visite et saisie des bâtiments, soient, en euxmêmes, contraires au traité de Paris ; la convention de 1856 a supprimé les corsaires, mais elle n'a pas supprimé la guerre de course faite par les bâtiments de guerre ; et même les puissances qui ont répudié la guerre de course
ont maintenu le droit de prise des navires marchands ennemis, et, en raison des facilités données par les lois militaires, il n'est pas contestable que la guerre de course existe en fait.
Les puissances qui ont adhéré au traité de Paris ont constitué, dans leur marine marchande, une réserve pour leur marine de guerre ; elles ont créé des croiseurs auxiliaires avec leurs paquebots rapides, et ces paquebots peuvent rester sous le commandement de leurs capitaines du temps de paix ; en France, comme les marins sont inscrits maritimes, et, par suite, ont un assujettissement étroit au service militaire, que presque tous les capitaines au long cours sont officiers dans la réserve de Farmée de mer, on ne discerne pas bien où s'arrêteraient les ressources offertes par la flotte de commerce à la flotte de guerre.
La course, en elle-même, qui ne constitue qu'un moyen d'étendre l'action de guerre contre le commerce ennemi, ne peut être un réel sujet d'inquiétude pour les neutres, mais il en est tout différemment des principes appliqués pour la prise des bâtiments de commerce, soit par les corsaires, soit par les croiseurs d'^un état belligérant.
Les points réglés par le traité de Paris, en ce qui concerne l'immunité du navire et de la marchandise neutres, sont les suivants :
« Le pavillon neutre couvre la marchandise ennemie, à l'exception de la contrebande de guerre.
« La marchandise neutre, à l'exception de la contrebande de guerre, n'est pas saisissable sous le pavillon ennemi.
i( Les blocus, pour être obligatoires, doivent être effectifs, c'est-à-dire maintenus par une force suffisante pour interdire réellement l'accès du littoral de l'ennemi. »
Ces principes, très précis dans leur laconisme, garantissent pleinement aux neutres la liberté de commercer, tant sous leur propre pavillon, lorsqu'ils conduisent des
UN PEU DB DROIT DES GENS, ICfl
marchandises ennemies, que sous le pavillon du belligérant lorsque celui-ci transporte des marchandises neutres. L'immunité du pavillon et de la marchandise neutres serait une question résolue, si, justement, il ne s*était pas élevé quelque opposition à Tacceptation de ce principe par les Etats-Unis et l'Espagne. Cette dissidence ne provient pas, toutefois, de la question de l'immunité du pavillon, mais de celle de l'abolition même de la course.
Les Etats-Unis s'étaient déclarés prêts à adhérer au traité de Paris dans le cas seulement où le Congrès admettrait la suppression complète de la guerre de course, c'est-à-dire que la propriété privée d'un belligérant ne pourrait être capturée par les bâtiments de guerre de l'ennemi, à l'exception de la contrebande de guerre ; qu'il en serait de la propriété individuelle sur mer comme sur terre. C'était Fabolition complète du droit de prise. La correspondance qui s'établit alors entre le gouvernement américain et le ministère des affaires étrangères de France n'amena pas le résultat auquel tendaient les Etats-Unis.
D'ailleurs ceux-ci invoquèrent^ au moment de la guerre de Sécession, leur adhésion platonique à certains principes du traité, pour demander aux puissances de frapper d'illégalité les corsaires armés par les Confédérés du Sud et de priver de l'asile dans les ports neutres YAlabama^ le Sumter et autres bâtiments privés dont les poursuites inquiétaient les États du Nord. Les puissances ne voulurent pas donner un acquiescement à cette proposition et considérer les corsaires sudistes comme pirates ; elles furent d'avis que c'eût été une rupture de la neutralité proclamée au commencement des hostilités. Malgré le refus opposé par les puissances, il ne résulte pas moins de cet incident diplomatique qu'il y a eu adhésion morale des Etats-Unis au traité de Paris.
Mais dans ce traité il existe une lacune importante : la détermination des objets constituant la contrebande de guerre.
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On comprend en général sous cette dénomination toutes marchandises ou engins susceptibles de servir directement à l'attaque ou à la défense et dont les neutres ne pourraient effectuer le transport à Tun des belligérants sans manquer aux règles de la neutralité ; mais s'il y a des objets, comme les armes, les munitions, les navires et machines A vapeur, le transport des troupes, sur lesquels il ne peut y avoir aucun doute, il en est d'autres que l'usage n'a pas fait considérer de plein droit comme contrebande.
La contrebande de guerre est dite absolue dans le premier cas ; pour les autres objets, leur détermination comme contrebande résulte d'une convention entre les belligérants et les neutres ; dans ce dernier cas, la contrebande est dite conventionnelle. Elle peut affecter les objets les plus divers.
On voit quel intérêt s'attache à leur détermination pour le commerce des neutres.'
D'après l'avis de M. Ortolan, les règles acceptées généralement en ce qui concerne la contrebande de guerre sont les suivantes :
« Les armes et les engins de guerre, aussi bien que toute espèce de munitions pouvant servir exclusivement à l'usage de ces armes, sont les seuls objets dont le transport au belligérant doive toujours et nécessairement être considéré comme contrebande de guerre.
« Les matières premières ou marchandises propres à des usages pacifiques, mais servant à la confection des armes, engins ou munitions de guerre, ne doivent pas être considérées comme contrebande de guerre; il en est de même des vivres et des objets de première nécessité, sauf lorsque le droit de les prohiber résulte du blocus. »
Il n'est pas sans intérêt, dans la circonstance présente, de rappeler le texte de la déclaration de neutralité de la France durant la lutte engagée aux États-Unis en 1861.
1® Il ne sera permis à aucun navire de guerre ou cor-
saire de l'un ou Tautre des belligérents d'entrer et de séjourner avec des prises dans nos ports ou rades pendant plus de vingt-quatre heures, hors le cas de relâche forcée ;
2® Aucune vente d'objets provenant des prises ne pourra avoir lieu dans nos dits ports et rades ;
3® II est interdit à tout Français de prendre commission de l'une des deux parties pour armer des vaisseaux en guerre ou d'accepter des lettres de marque pour faire la course maritime ou de concourir, d'une manière quelconque, à l'équipement ou à l'armement d'un navire de guerre ou corsaire de l'une des deux parties ;
4® Il est également interdit à tout Français résidant en France ou à l'étranger de s'enrôler ou de prendre du service, soit dans l'armée de terre, soit à bord des bâtiments de guerre ou des corsaires de l'un ou l'autre des belligérants;
. Les Français résidant en France ou à l'étranger devront également s'abstenir de tout fait qui, commis en violation des lois de l'Empire ou du droit des gens, pourrait être considéré comme un acte hostile & l'une des deux parties et contraire à la neutralité que nous avons résolu d'observer.
La déclaration rappelait en outre les dispositions légales applicables aux contrevenants et ajoutait que tout Français qui ne se serait pas conformé aux prescriptions qu'elle renferme, ne pourrait prétendre à aucune protection de son gouvernement contre les actes ou mesures, quels qu'ils fussent, que les belligérants pourraient exercer ou décréter.
Dans son numéro du 28 avril 1898, le Journal officiel de la République française publiait en tète de sa partie officielle la déclaration de neutralité de la France, reproduisant presque mot à mot les dispositions de la déclaration de 1861.
De son côté, le gouvernement espagnol définissait dans
104 CHAPITRE YI.
la Gazette Vattitude prise par lui dans la question des corsaires, le droit de visite et la contrebande de guerre.
Il déclarait, en vertu de Tétat de guerre existant entre les États-Unis et TËspagne, abrogés le traité du 27 octobre 1795, le protocole du 12 janvier 1877 et tous les autres arrangements, traités et conventions entre les deux pays.
Un délai de cinq jours était accordé aux bâtiments américains pour sortir librement des ports espagnols.
Le décret déclarait, de plus, que quoique TEspagne ne fût pas liée par la déclaration du 16 avril 4856 du Congrès de Paris, puisqu'elle avait manifesté expressément sa volonté de ne point y adhérer, le gouvernement, respectueux pour le principe du droit des gens, se proposait d'observer et ordonnait d'observer les règles suivantes du droit maritime :
1" Le pavillon neutre couvre la marchandise, excepté la contrebande de guerre ;
2"* La marchandise neutre, sauf la contrebande de guerre, ne peut pas être confisquée sous pavillon ennemi;
3® Les blocus pour être obligatoires doivent être effectifs, c'est-à-dire maintenus par une force suffisante pour empêcher en réalité l'accès d'un littoral ennemi ;
4® Le gouvernement espagnol, maintenant son droit d'accorder des patentes de course, qu'il s'est réservé expressément dans la note du 16 mars 1857, en répondant à la France quand elle demanda l'adhésion de l'Espagne à la déclaration du Congrès de Paris, organisera pour le moment avec les navires d^ la marine marchande espagnole un service de croiseurs auxiliaires de la marine de guerre, qui coopéreront avec celle-ci selon les nécessités de la campagne, et seront assujettis au code et à la juridiction de la marine de guerre ;
5® Pour saisir les bâtiments ennemis et confisquer leur marchandise, les croiseurs auxiliaires et les corsaires, dans le cas où ils seraient autorisés, exerceront le droit de visite sur les hautes mers et dans les eaux juridiction-
ti-
je
le:
nelles ennemies, conformément au droit international et aux instructions qui se publieront à ses fins ;
6® Enumération de ce qui constitue la contrebande de guerre ;
7® Seront considérés et jugés comme pirates, avec toute la rigueur des lois, les capitaines, patrons, et les deux tiers des équipages des bâtiments qui, n'étant pas américains, seraient pris faisant acte de gu€frre contre TEspagne, quoique pourvus de patentes délivrées par la république des Etats-Unis,
•De son côté, le président Mac Kinley donnait au représentant de la Grande-Bretagne Tassurance formelle que les États-Unis, sans faire expressément adhésion à la Déclaration de 1886 du Congrès de Paris, entendaient se conformer aux principes du droit des gens moderne, notamment en ce qui concerne les blocus et la course.
Et bien que quelque incertitude planât sur la portée de cette déclaration confidentielle et qu'au Congrès un sénateur eût affirmé qu'aux élus de la nation seuls il appartenait de régler cette question délicate, on n'en était pas moins fondé à admettre que le président Mac Kinley ne s'était pas avancé témérairement dans sa communication à l'ambassadeur britannique.
D'ailleurs, les États-Unis avaient des motifs sérieux de ne pas rompre en visière sur ce point du droit des gens moderne. Avec leur grande marine marchande, en effet, ils auraient eu bien plus de dommages que d'avantages à retirer de l'exercice de la course.
Le décret paru à la Gazette de Madrid, la déclaration de M. Mac Kinley rendaient donc désormais inutile l'initiative prise par le gouvernement italien de provoquer un échange de vues entre les puissances dans le but de sauvegarder les droits des neutres.
Signalons, en passant, que tandis que les diplomates s'efforçaient de circonscrire les maux de la guerre, la charité privée ne restait pas inactive ; en France, notam-
i06 CHAPITRE YI.
ment, la Société de secours aux blessés militaires, fidèle à ses traditions, ouvrait une souscription pour venir en aide aux Croix-Rouges espagnole et américaine. Son conseil central s'inscrivait en tête de la souscription pour un premier versement de 50,000 francs et invitait ses comités à le suivre dans cette voie.
Toutes les sommes recueillies sans affectations spéciales . devaient être partagées par parties égales entre les deux nations.
Toutes les sommes recueillies avec affectations spéciales devaient être remises conformément aux indications données.
Les dons destinés aussi bien à l'Amérique qu'à l'Espagne devaient être envoyés aux Croix-Rouges de ces deux pays, soit en argent soit en matériel, lingerie et médicaments.
Ajoutons que de toutes parts des souscriptions s'ouvraient pour venir en aide aux victimes de la guerre quelle que fût leur nationalité.
Cependant la mobilisation des volontaires se poursuivait dans les États de l'Union ; l'état de New-York pour sa part devait fournir douze régiments d'infanterie et deux de cavalerie ; celui de Pensylvanie dix régiments d'infanterie et quatre batteries d'artillerie ; les autres États lèveraient des effectifs proportionnés à leur population.
Le retrait des troupes américaines des postes de l'ouest et du sud-ouest, dans les régions encore peuplées d'Indiens, commençait à produire chez ces derniers une certaine effervescence. Ils se livraient déjà à leurs danses guerrières et se peignaient en guerre comme s'ils voulaient tenter quelque nouveau mouvement contre les blancs.
Le département de la guerre, préoccupé de cette situation, fit renforcer par des volontaires les quelques réguliers laissés dans les postes destinés à contenir les belliqueux Indiens.
Dans les eaux de Cuba, la flotte américaine du Nord Atlantique, sous les ordres du contre-amiral Sampson, semblait se borner au blocus de la Havane et de San-Juan de Porto-Rico.
Sur des nouvelles reçues d'Europe annonçant le départ de Fescadre espagnole composée du . Pelayo, de deux croiseurs et de trois torpilleurs, Tescadre volante du commodore Schley quittait son mouillage de Fort-Monroô et marchait à la rencontre de la flotte ennemie. Les forces du Commodore Schley comprenaient les cuirassés Massachtisetts et Texas, les croiseurs Brooklyn, Newarcky Columbia, Minneapolis, le croiseur avec canon à dynamite Vesuvius et le navire à éperon Katahdin, soit huit navires de divers modèles, montés par 233 officiers et 2,700 marins.
Dans les conseils du gouvernement de Washington on agite avec impatience la question du débarquement à Cuba. Deux partie divisent à ce sujet les esprits.
Pendant que le général en chef Miles, vieux soldat qui a suivi avec une attention passionnée les grandes guerres de ces derniers trente ans, soutient qu'il faudrait 50,000 ^ hommes au moins pour tenter cette opération, d'autres se font forts de réussir un coup de main avec 16,000 hommes. Us demandent seulement que la flotte effectue une tentative sur deux points — peut-être Cienfuegos et Sagua-la- Grande — sur la côte nord des provinces de Matanzas ou de Santa-Clara, et sur le littoral sud de Cuba, afin de pouvoir opérer sûrement une jonction avec les insurgés de l'intérieur.
Le président Mac Kinley aura à trancher cette question ^^^ délicate. Bien d'autres s'offrent à son attention. Une fort oD^ délicate et urgente, c'est celle du traitement des câbles
sous-marins internationaux par les belligérants. 0^' On prétait à l'escadre américaine l'intention de couper
# celui qui relie Cuba à Key-West et qui appartient à des eft neutres.
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Sans parler du danger des représailles légitimes par lesquelles l'Espagne couperait à son tour tous les câbles qui atterrissent sur le sol des Etats-Unis et des conventions spéciales qui interdisent au gouvernement fédéral cette opération, de graves considérations tirées du droit des gens s'opposent à cette destruction.
Si, eneffet, il est interdit, de l'aveu même des belligérants, et nous avons relaté plus haut leur décision, de saisir la marchandise neutre sous pavillon ennemi, comme la marchandise ennemie sous pavillon neutre, à plus forte raison doit-il être illégitime ati premier chef de détruire un objet d'utilité générale appartenant à *une compagnie ou à un Etat neutre, placé par définition sous le pavillon de celui-ci et absolument impropre à être classé dans la catégorie de la contrebande de guerre.
En Espagne, le gouvernement de la reine est aux prises avec les difficultés financières. Divers projets sont proposés pour remplir les caisses presque épuisées par les derniers efforts faits pour Cuba.
Partout la souscription nationale ouverte pour subvenir aux frais de la lutte contre les États-Unis a déjà produit des millions. Les optimistes affirment qu'elle dépassera cent millions.
Enfin, avant de commencer les hostilités proprement dites, le gouvernement espagnol envoie à la fin d'avril aux grandes puissances une circulaire dont voici le résumé :
« Le gouvernement espagnol regrette d'avoir été obligé de faire appel à la force pour repousser l'agression scandaleuse des Etats-Unis et défendre la dignité et l'intégrité historiques de la patrie.
« L'Espagne a pour elle le droit, les procédés corrects et la prudence, tandis que les États-Unis ont de leur côté la déloyauté et une explosion d'ambitions sans frein.
i( La conduite du consul général Lee est qualifiée d'exécrable.
c( La circulaire dit que les derniers mots de la résolution du Congrès n'ont d'autre but que de tromper les Cubains, car nie ne sera pacifiée que lorsqu'elle sera mûre pour l'annexion.
« Le peuple espagnol attend l'attaque avec beaucoup de calme, décidé à défendre énergiquement le droit de rester en Amérique, persuadé qu'il* aura l'appui des Cubains, qui sont, comme lui, tous Espagnols. »
En France, l'opinion était assez divisée, et il serait assez difficile de préciser à qui reviendrait la supériorité du nombre des partisans de l'Amérique ou de ceux de l'Espagne.
Enregistrons simplement à titre de document, et en conservant la plus stricte neutralité, cette protestation contre la guerre hispano-américaine signée de plusieurs professeurs des facultés de droit de Paris et d'Aix :
« Il est certain, écrivent les protestataires, et nous tenons* à le proclamer ici, que les Etats-Unis n'ont absolument aucune raison de faire la guerre à l'Espagne.
« Un état d'insurrection dure depuis plusieurs années à Cuba sans que la métropole ait pu réussir jusqu'ici à le faire cesser complètement. Certesj les citoyens de l'Union passent pour n'être pas étrangers à la prolongation de cette rébellion. Les Etats-Unis prétendent maintenant obliger l'Espagne à renoncer à ses droits séculaires de souveraineté sur sa colonie. »
Après avoir longuement réfuté les justifications que les Américains présentent de leur conduite et qui sont « de misérables prétextes », les signataires de la protestation ajoutent :
« La vérité est que l'Amérique attaque l'Espagne parce qu'elle se sait plus riche et parce qu'elle se croit plus forte. Elle l'attaque pour s'approprier Cuba. Elle veut conquérir ce qu'elle a demandé vainement et à plusieurs reprises à acheter autrefois. La vérité est que, sans se soucier un instant de ce premier principe de justice qui
commande de rendre à chacun le sien, sans penser une minute aux massacres et aux dévastations qui se préparent, les États-Unis commencent une guerre de pure ambition, «i même elle n'est pas inspirée par des motifs plus odieux encore, des motifs de basse et sordide cupidité.
(( Nous assistons à la dernière évolution de la doctrine de Monroë : elle pouvait être prévue. Jusqu'ici, le gouvernement de rUnion consentait à ne pas s^immiscer dans les rapports de l'Europe avec ses colonies américaines, pourvu qu'on le laissât décider à son aise des intérêts des États américains. Plus confiant en sa force, il devient aussi plus exigeant, et bientôt TAmérique aux Américains, ou plutôt F Amérique aux États-Unis du Nord, deviendra une vérité absolue, sans exception.
(( Que l'on ne se fasse pas d'illusion, en efifet. Aujourd'hui c'est Cuba qu'ils réclament, demain ce sera le reste des Antilles, puis, ce qu'ils ne possèdent pas encore 5ur le continent. Chaque jour marquera un pas en avant, et il ne manquera pas aux guerres futures de prétextes aussi solides que ceux qui ont donné lieu à la guerre actuelle.
« L'Amérique du Sud aura son tour. Heureuse encore la vieille Europe si elle échappe à leur ambition.
w Nous savons que le bruit des armes empêche la voix plus faible de la raison de se faire entendre. Nous n'en voulons pas moins, si inutile que soit notre protestation, protester hautement contre une guerre entreprise sans motifs, sans prétexte même, contre cette violence pure et simple infligée à un adversaire qui n'a jamais cessé de se tenir dans les limites du juste et de l'honnête, et qui, hier encore, se montrait prêt à entrer dans toute voie amiable de conciliation du différend. »
Les protestataires terminaient en exprimant l'espoir que rEurope, plus soucieuse de ses intérêts^ mettrait un terme définitif aux scandales de cette espèce.
Nous ne pouvons nous attarder longuement à discuter le bien fondé de cette protestation qui part, évidemment,
! yy./ "' F —tyr--rr "^w r^ gyyy^- "^' *".'\ — ' »-■"-' - * --^^-^-y -~^x' •'■*'',-'%-; '-^w'^-»-^ .^ ..^--^^-^-— , — , - -.»,,.
d'un bon naturel ; mais dire que même les prétextes ont manqué aux Américains pour entreprendre la guerre, est peut-être excessif. Que Ton se reporte au message du président Mac Einley.
D*autre part, quelle puissance en Europe se sentirait la conscience assez pure pour reprocher aux Etats-Unis la préméditation d'une annexion ?
Quel État militaire de Tancien monde n'a point fait servir son armée ou sa flotte à des extensions territoriales plus ou moins déguisées sous le nom de mission civilisatrice ?
Tous ont à se reprocher la mainmise sur des contrées qui ne leur appartenaient pas, dans Tune quelconque des cinq parties du monde, et il est présumable qu'une observation de la vieille Europe à la jeune Amérique serait accueillie par le conseil assez logique de commencer par prêcher d'exemple.
Et la jeune Amérique n'aurait peut-être pas tout à fait tort!
lES FORCES EN PRÉSENTE
Puffisme américain. — Un article du World. — Les forces latentes. — L'armée fédérale. — Réguliers et miliciens. — La marine des États-Unis. — La flotte espagnole — Les croiseurs auxiliaires. — La répartition des escadres.
— Les points vulnérables. — La question du charbon. — Les points de relâche. — Possessions espagnoles du Pacifique. — Les théâtres de guerre.
— Offensive ou défensive. — Hésitations funestes.
Dans un accès de lyrisme que des gens plus froids, et surtout plus sensés, pourraient bien qualifier de ptif/isme^ un journal de New- York, le World^ affirmait, au début de la guerre, que les Étals-Unis « pourront, très prochainement, mettre sur pied un million et demi de soldats splendidement armés )) .
La seule concession que la feuille yankee accorde à ceurqui trouvent ses calculs un peu exagérés, c'est que le commandement laissera peut-être à désirer au début de ^ guerre.
^ Quelque^ considérables que Ton suppose les forces latentes des Etats-Unis, — et elles le sont, en efiPet, la guerre de la Sécession l'a prouvé — elles sont pourtant hors de proportion avec les efforts inouïs que la mobilisation en trente jours d*un million et demi de soldats exige^ rait d'un pays dont Torganisation militaire ne comporte, en temps normal, pour l'armée régulière, que 25,000 à 30,000 hommes.
Examinons donc sérieusement, et sans parti pris, ce que sont les troupes américaines et quel parti on peut en tirer pour la guerre.
L'armée des États-Unis ne ressemble en rien aux armées européennes ; c'est une sorte de garde nationale, une
milice de frontière, sans aucune préparation, au point de vue de ce qu'en Europe nous appelons la mobilisation.
Son effectif est de 12,000 hommes d'infanterie, 6,000 de cavalerie, 4,000 d'artillerie et 8,000 employés dans les services techniques et les corps auxiliaires, soit, au total, 30,000 hommes.
L'infanterie est organisée en bataillons dénommés régiments et forts de 8 compagnies chacun. Les unités tac- ^tiques supérieures, brigade,' division, n'existent pas en temps de paix.
La cavalerie forme 10 régiments, composés chacun de 10 demi-escadrons.
Cinq régiments à 12 batteries constituent l'artillerie de campagne et de forteresse ; le nombre de pièces varie suivant les régiments.
Ce noyau, assez faible, on le voit, constitue le cadre de l'armée de campagne.
Celle-ci, constituée à l'aide de la milice^ doit être, au moment du besoin, créée de toutes pièces avec des éléments peu ou pas exercés, suivant une pratique essayée pour la première fois lors de la guerre de la Sécession.
Chaque Etat de l'Union a le droit de convoquer eu milice tous les hommes valides de sa population. Lairès grande majorité des miliciens, appelés sous les drapeaux, n'aurait pas la plus légère notion du métier militaire.
En effet, la seule préparation donnée en temps de paix consiste en cours publics annexés à ceux des établissefaents d'instruction et fréquentés par des miliciens volontaires. D'après les chiffres officiels, le nombre des volontaires, théoriquement instruits, ne dépasse pas 100,000 hommes.
Ceux-ci formeraient le seul noyau pratiquement utilisable pour le renforcement de Tarmée de campagne. • L'armée espagnole, au contraire, instruite, organisée à l'européenne, avec des cadres solides, trop de cadres
même parfois, comprend, à Cuba, 133,000 hommes aguer-
ris par la répression de Finsurrection ; aux Philippines , une douzaine de mille hommes, et, enfin, en Europe^ soit dans la péninsule, soit dans les lies, 340,000 hommes, répartis en huit corps d'armée, avec une artillerie de campagne d'environ mille pièces de canon.
Si, passant aux forces navales, nous examinons les unités de guerre, prêtes à prendre immédiatement la mer, nous trouvons aux États-Unis :
S cuirassés,
2 croiseurs cuirassés,
5 monitors à deux tourelles, 13 monitors à une tourelle,
2 garde-côtes,
8 croiseurs de 1" classe,
8 croiseurs de 2® classe, 10 corvettes à hélice,
1 croiseur-torpilleur,
1 aviso,
15 canonnières protégées, 10 canonnières à hélice,
1 bélier-torpilleur,
soit au total, 81 bâtiments d'un déplacement total de 230,000 tonnes, auxquels il faut ajouter 19 torpilleurs. En Espagne nous avons :
1 cuirassé,
2 frégates cuirassées,
5 croiseurs cuirassés,
8 croiseurs de l""® classe, 10 croiseurs de 2® classe,
6 croiseurs de 3® classe,
59 canonnières à hélice de diverses cla3ses, 1 canonnière à roues, 18 chaloupes-canonnières,
16 contre-torpilleurs,
soit 126 bâtiments d'un déplacement de 123,000 tonnes.
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Comme son adversaire, l'Espagne possède 19 torpilleurs.
Mais il ne faut point perdre de vue que de ces bàti-^ ments portés sur la liste de la flotte de chaque pays, il faut éliminer les navires sans valeur, c'est-à-dire ceux dont l'armement, la vitesse, la protection ne répondent plus aux nécessités de la guerre moderne.
Or, il y a une dizaine d'années, la flotte américaine n'existait pour ainsi dire pas, et beaucoup d'unités portées encore aujourd'hui sur la liste de la flotte datent d'avant cette époque ; on a même conservé en souvenir de la guerre de la Sécession de vieux monitors sans aucune valeur offensive ni même défensive.
De son c6té, l'Espagne a, pendant toute la période de ses guerres intérieures, négligé sa flotte, et ses difficultés coloniales seules l'ont, depuis une dizaine d'années, amenée à construire ou à transformer ses navires de guerre.
Aussi, les unités que les belligérants vont pouvoir mettre en ligne se réduisent-elles pour les États-Unis à dix cuirassés, en défalquant le Maine source du conflit, vingt-six navires non cuirassés et dix-huit torpilleurs, et pour l'Espagne à six navires cuirassés, vingt-huit bâtiments non cuirassés et quatorze torpilleurs.
Les Etats-Unis ont donc un avantage de six bâtiments ; de plus, leur flotte de guerre est supérieure comme tonnage, et aussi comme armement.
En effet, les cuirassés d'escadre, Indiana, lowa^ Massachusetts ^ Oregon et Texas ^ qui ont un déplacement total de 48,700 tonnes, portent 50 canons de plus de 20 centimètres, 24 de 10 à 20 centimètres et 120 d'un calibre inférieur à 10 centimètres ; ces cuirassés ont une marche supérieure à 17 nœuds; il faut y ajouter les trois garde-côtes cuirassés Katahdm^ Monterey et Puritan formant ensemble un déplacement de 12,380 tonnes et portant 8 canons de gros calibre, 12 de calibre moyen et 22 de petit calibre ;
leur vitesse moyenne n*est pas aussi considérable que celle des cuirassés, bien que le Monterey aiteigne 17 nœuds.
Les croiseurs cuirassés Brooklyn et New-York ont Une vitesse supérieure à 21 nœuds. Leur tonnage atteint presque 18,000 tonnes et leur armement consiste en 14 canons de gros calibre, 22 de calibre moyen et 28 de petit calibre. Les croiseurs modernes non cuirassés sont au nombre de 16.
Le Columbia et le Minneapolis sont qualifiés destructeurs du commerce ; ils ont un rayon d'action considérable et une vitesse qui atteint et peut dépasser 22 nœuds 1/2;
Les croiseurs Baltimore^ Chicago^ Newark, Olympia^ Philadelphia et San-FransciscOj sont cbacun de plus de 4,000 tonnes et d'une vitesse supérieure à 19 nœuds ;
Les croiseurs plus petits, Atlanta, Boston^ Charleston, Cincinnati^ Détroit, Marblehead, Montgomery, Baleigh, ont une vitesse variant entre 15 et 20 nœuds. Ces croiseurs représentent un déplacement de 66,400 tonnes et portent 20 canons de gros calibre, 149 de calibre moyen et 211 de petit calibre.
A ces bâtiments, il convient d'ajouter 9 petites canonnières de 900 à 1700 tonnes de déplacement qui portent 62 canons de calibre moyen et 54 de petit calibre et dont la vitesse est de 14 à 17 nœuds.
La flotte américaine ne compte qu'un croiseur-torpilleur, le Vesuvius qui, aux essais, a filé 21 nœuds 6 et qui transformait son artillerie au début de la guerre ; elle est également faible en torpilleurs ; cependant sur les 18 modernes, 3 filent 30 nœuds, 3 filent 27 nœuds et les autres filent de 20 à 25 nœuds.
C^est dans ses petits bâtiments et principalement dans ses contre-torpilleurs que réside surtout la force de la flotte espagnole.
En efiet, le Pelayo (9,900 tonneaux, 4 canons de gros calibre, 10 de calibre moyen et 18 de petit caUbre) est le seul cuirassé disponible. Encore, comme on Ta vu plus
haut, a-t-il dû quitter précipitamment Toulon où Ton le réparait pour se rendre à Carthagène.
Toutefois, la marine espagnole peut mettre en ligne cinq croiseurs cuirassés d'une valeur militaire fort respectable ; ce sont ; V Almirante Oquendo, le Cris tobal- Colomb^ YEmperador Carlos F, Vlnfanta-Maria-Teresa et le Vizcayuy qui déplacent ensemble 37,000 tonnes et portent 10 canons de gros calibre, 60 de calibre moyen et 88 de petit calibre. Tous ont une vitesse supérieure à 20 nœuds. Cinq croiseurs, sept canonnières et seize contre-torpilleurs forment, la flotte non cuirassée.
Les croiseurs, sauf VAl/onso XIII et le Lepanto d'un déplacement de 4,800 tonnes et d'une vitesse de 20 nœuds, sont de faible tonnage et d'une vitesse insuffisante.
Les canonnières déplacent 300 tonnes et marchent à 15 nœuds au plus ;
Croiseurs et canonnières ont un déplacement total de 14,830 tonnes et un armement de 8 canons gros calibre, 24 calibre moyen et 63 petit calibre.
Parmi les contre-torpilleurs se trouvent quelques bâtiments remarquables :
h'Audaz, VOsado^ la Proserpina et le Pluton filent 30 nœuds ; le Furor et le Terror en filent 28 ; les autres varient de 18 nœuds à 22 nœuds 4/2.
Quant aux 14 torpilleurs espagnols, ils sont d'un modèle suranné ; aucun d'eux ne dépasse 20 nœuds.
Telles sont les flottes modernes des deux pays. Mais l'Espagne pourrait trouver dans ses anciens navires d'utiles auxiliaires, par exemple les cuirassés Numancia et Vittoria^ les croiseurs Alfonso XII, Reina Cristina, Reina Mercedes qui, s'ils n'ont pas de vitesse, ont au moins une forte artillerie.
Rien de semblable aux États-Unis, où les vieux monitors de la Sécession ne représentent plus que des monceaux de bois et de ferraille tout à fait impropres même à la défense des côtes.
Au moment où la crise prenait toute sa gravité, les deux pays firent à Tétranger des achats de navires sur la valeur desquels il n'est pas encore possible de porter un jugement définitif.
Citons, en ce qui concerne les Etats-Unis, les croiseurs brésiliens Amazonas et Almirante Abreu de 3,500 tonnes; le yacht May "Flower transformé en contre-torpilleur; le ^ croiseur Topeka et le torpilleur Somers, achetés en Angle-
terre.
k U Amazonas prit dans la flotte américaine le nom de
* NeW'Orleans et ÏA/miranie Abreu celui à'Albany.
Quant à TËspagne, elle avait engagé avec Tltalie des \i pourparlers pour Tacquisition du croiseur italien Gari-
baldi^ navire du type Cristobal-Colomb^ acheté au gouvernement l'année précédente. Mais ces pourparlers n'aboutirent pas.
Les États-Unis n'avaient pas attendu la déclaration de
guerre pour transformer leurs navires marchands en croi-
|v seurs auxiliaires. Depuis plus d'une année déjà Tarme-
^' ment de ces croiseurs avait été constitué dans les ports de
' l'Atlantique et du Pacifique. Il consistait en canons de
152 millimètres, de 127 millimètres, de 101 millimètres et en mitrailleuses et canons-revolvers.
La flotte auxiliaire de l'Atlantique comprenait notamment le New-York^ le Paris^ le Saint-Louis et le Saint- Pauly filant tous plus de 20 nœuds et d'un déplacement de dix à douze mille tonnes ; neuf autres croiseurs de moindre tonnage portaient à treize le nombre des unités auxiliaires de l'Atlantique ;
L'escadre du Pacifique comprenait neuf croiseurs, ce qui donne le chiffre global de 22 croiseurs auxiliaires.
Le Saint-Louis et le Saint-Paul furent dès le début des hostilités affectés à Vescadre volante du commodore ^ Schley.
De son côté, l'Espagne pouvait disposer des bâtiments de vitesse de la Compagnie transatlantique espagnole;
ceux-ci étaient au nombre de trente-six, dont un certain nombre furent armés.
La marine de guerre des États-Unis disposait au moment de la déclaration de guerre de 18 amiraux, 700 officiers supérieurs ou subalternes, 12,000 matelots et 750 mousses. Le personnel subalterne provenait des engagements volontaires contractés pour une période de trois ans. Il u^existe pas aux États-Unis d'institution analogue à notre inscription maritime.
De son côté, la marine espagnole comptait à la même époque 22 officiers généraux, 870 officiers supérieurs et subalternes, i 4,000 sous-officiers et matelots, 7,000 soldats d'infanterie de marine et ISOO artilleurs marins.
Le recrutement de ces contingents, sensiblement supérieurs à ceux correspondants de la flotte américaine, a lieu par la voie de l'inscription maritime, qui peut fournir quatre classes de réserve, soit encore 16,000 bommes.
Vers la fin de mars 1898, le New-York Herald publia une carte indiquant la position des forces navales des deux pays dans l'Atlantique. Nous en extrayons les renseignements suivants qui donnent une intéressante indication sur le groupement éventuel des escadres ainsi que les projets présumés des deux adversaires.
Au mouillage de Key-West et sur les côtes de la Floride, par conséquent à quelques heures de la côte cubaine, nous constatons la présence des cuirassés Indiana et lowa^ des croiseurs Cincinnati, Détroit^ Montgomery^ Nashville, des canonnières Castine, Newporty Wicksburg et Wilmington^ enfin des torpilleurs Ciishing, Dupont^ Ericson^ Foote et Portés.
A Port-Royal, au sud de Charleston, se trouvent quatre garde-côtes : Amphitnte^ Mintonomah^ Puritan^ Terror.
Devant Hampton-Roads (Fort Monroë) croisent le cuirassé Massachusetts et les croiseurs Brooklyn, Columbia, Minneapolis.
Plus au nord, à Philadelphie, les monitors Canonicus^
Mahopac^ Manhattan, défendent Tentrée de la baie de Delaware.
A Long-Island, en face de New-York, on a réuni le cuirassé Texas et les monitors Jason et Nahant.
Plus au nord encore, les monitors Castkill et Lehigk défendent les approches de Boston.
Dans l'océan Pacifique se trouvent le Monterey^ gardecôtes cuirassé ; le monitor Monadnock, et le cuirassé Oregon; ce dernier vient de recevoir l'ordre de rallier Key- West ; mais n'oublions pas qu'il lui faut pour cela doubler le cap Horn, en contournant toute l'Amérique du Sud ; à Honolulu, soit à mi-chemin des Etats-Unis et des Philippines, le croiseur Baltimore et la canonnière Benmngton attendent dés instructions.
En Extrême-Orient, les croiseurs Olympia et Charleston ont reçu Tordre de rallier l'Amérique par le canal de Suez ; les forces des mers de Chine comprendront, après leur départ, les croiseurs Boston, Concord, Pétrel et Raleigh.
Enfin, dans les eaux européennes, nous constatons la présence des croiseurs San-Francisco, New-Orleans, Topeka; des canonnières Bancroft et Helena, et du torpilleur Sofners. Tous ces navires peuvent avoir rallié en quelques jours la mer des Antilles.
Quant à l'Espagne, elle a ses croiseurs cuirassés Almirante-Oquendo et Vizcaya, et un croiseur protégé, Al^ fonso XII, dans les eaux de la Havane et de Porto-Rico ; les contre-torpilleurs Ariete, Azor, Furor, Pluton, Rayo et Terràr sont en route pour les Antilles ; ils seront rejoints à bref délai par les croiseurs cuirassés en armement : Alfonso XIII, Cristobal-Colon, Emperador Carlos V, Infanta-Maria-Teresa,
Les deux adversaires, on le voit, concentrent le gros de leurs forces dans la mer des Antilles : les Américains à Key-West et sur la côte est des États-Unis, l'Espagne à Cuba et à Porto-Rico. C'est, en eflFet, dans Tocéan Atlan-
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