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sur la hauteur, y trouva d'abord une résistance sérieuse et organisée dans les maisons et les fermes le long de la Spiaggia S.-Papino. A sept heures du matin le feu commença sur ce point : il durait depuis un certain temps sans résultat décisif, lorsque les Napolitains portèrent de l’artillerie en avant, formèrent sous sa protection leur infanterie en coloiçnes, jetèrent quelque cavalerie sur le bord de la mer et marchèrent à l’ennemi. Les jeunes soldats de Malcnchini ne ré.sistèrent pas à celte attaque, surtout au choc déjà cavalerie : ils plièrent, et lors même que Malenchini réussissait à rallier tantèt sur un point tantôt sur un autre quelques détachements pour les conduire à l’ennemi, et qu’il parvenait de côté ou d’autre à les porter de nouveau en avant, le résultat général de l'action n’en était pas moins qu'à chaque instant il perdait du lerrain.
Informé de l'étal des choses, Garibaldi, loin de sc laisser ébranler par cet échec partiel, reconnut aussitôt avec son coup d’œil rapide de général qu'il pouvait en tirer un grand avantage. Il ordonna A Medici de tenir ferme sur la droite, d'attaquer les moulins du Nocilo et de marcher de là toujours tout droit sur Milazzo. Pendant que Medici exécutait col ordre, Garibaldi voulut lui -môme rétablir le combat à la gauche. Il n’avait plus de doute sur l’in- ®tention des Napolitains d’agir de préférence avec leur aile droite et de s’en servir pour porter un coup qui leur as.surât un succès positif. Si cet effort rencontrait seulement une sérieuse résistance, il demeurait sans danger pour Garibaldi, et il était à supposer que, pour vaincre cette résistance, ils porteraient toujours plus leurs forces sur la droite, en sorte que cela augmentait d’autant la possibilité pour Medici de rompre de .son côté l’aile gauche affaiblie de Bosco et de pénétrer dans la ville en même temps que ses troupes en retraite.
Medici, étant obligé de quitter la ligne du centre pour appuyer à droite, lit avancer les doux pièces qu'il avait à Meri, par S.-Pieiro, sous l’escorte d'un bataillon.
Garibaldi de son côté, ne prenant d’abord avec lui quelescha.sseurs génois, se tourna à gauche contre les maisons de la Spiaggia S.-Papino, et il donna l'ordre à Cosenz de l’appuyer avec la réserve aussitôt qu’elle serait arrivée à Meri.
Seul avec les carabiniers génois et quelques-uns de scs gardes,
Garibaldi tomba an milieu de la ligne des Napolitains qui dans ce moment, après avoir repoussé Malenchini, remettaient leur cavalerie en ordre, afin de le poursuivre. Garibaldi était décidé à arrêter à tout prix cette nouvelle attaque de cavalerie : il chargea, suivi de ses guides, les cavaliers napolitains dans une rue étroite entre les murs des bâtiments, et là s’engagea un combat d’homme à homme: Garibaldi fut sauvé du danger d’être fait prisonnier par la bravoure du capitaine de guides Missori.
L’attaque de la cavalerie napolitaine fut empêchée ; Malenchini put rallier ses bataillons, et les conduire, appuyés par les carabiniers génois et le bataillon Dunne que Cosenz venait d’amener en personne, à un nouvel assaut contre la position des Napolitains. Il eut encore à lutter contre de grandes difficultés, surtout à cause de l’impossibilité d’avoir une vue d’ensemble de ce terrain, coupé de murs, de haies, de fourrés, et où par conséquent les assaillants étaient forcés d’avancer sur des chemins étroits. Les carabiniers génois, qui à travers les fourrés avançaient contre un fossé sur lequel SC trouve un pont conduisant à la plaine de Milazzo, avaient à lutter avec des obstacles d’autant plus grands qu’ils voyaient à peine à un ou deux pas devant eux, tandis que l’ennemi leur envoyait scs balles depuis un abri sûr. '
Garibaldi désirait avant tout trouver quelque point d’où il pût se rendre compte de la position générale de l’ennemi, afin de se donner une base solide pour la direction de l’attaque. Un hasard heureux vint le favoriser. Le vapeur de guerre le Tukery, parut en effet dans ce moment dans les eaux occidentales de Milazzo. Ce vaisseau, acheté en t848 en Angleterre par le gouvernement de l'insurrection sicilienne, portait originairement le nom d’/ndtpendenza et avait été baptisé le Veloce, lorsque, en 1849, il avait passé entre les mains du gouvernement napolitain. Le 9 juillet, le Veloce devait escorter un navire marchand qui transportait à Milazzo les troupes du premier régiment de ligne napolitain. Arrivé à Milazzo, le capitaine Anguissola, qui commandait le Veloce, annonça au capitaine du navire qu’il venait d’escorter qu’il avait encore une mission spéciale à remplir, et il se dirigea sur Palerme. Arrivé dans ce port, il arbora le drapeau tricolore italien et déclara qu’il passait à Garibaldi. Celui-ci se transporta anssitêt à bord du Veloce pour en prendre possession ; une grande partie
de l’équipage demanda à retourner à Naples, ce qui lui fut aussitôt accordé ; le Veloce changea alors une fois encore de nom, et il reçut celui de Tukery, en l’honneur du major hongrois qui é^it mort récemment des suites de la blessure qui l’avait frappé dans l’assaut de 1a porte Termini à Palerme.
Le Tukery avait fait depuis lors plusieurs captures sur la ma^ rine napolitaine, entre autres celles des vapeurs de commerce, le Duc de Calabre et VElba. Au moment des événements que nous racontons, il se trouvait dans le golfe occidental de Milazzo.
Garibaldi se rendit donc à bord de ce vaisseau, d’où en effet il était possible de distinguer nettement la position de l’aile droite des Napolitains. Pendant qu’il se trouvait sur \eTukery, il remarqua une nouvelle colonne qui sortait du fort et avançait sur la plaine sablonneuse à l’ouest de la ville ; c’était une réserve de l’aile droite, et l’on pouvait facilemept en conclure que Bosco se préparait à une nouvelle attaque avec sa droite. Garibaldi fit tirer du Tukery quelques coups de canon sur cette colonne qui, atteinte par les boulets, se retira en désordre dans le fort.
Garibaldi donna l’ordre an Tukery de mettre à terre quelques hommes an nord du fort pour s’emparer des positions qui le dominent de ce côté. Lui-méme descendit à terre pour diriger l’attaque de son aile gauche, qui devait désormais rencontrer d’autant moins de difficulté que, dans ce moment, l’aile droite avait déjà pénétré jusque dans le voisinage immédiat de la ville.
Medici, en effet, n’avait pas rencontré les mêmes obstacles que la colonne de gauche, quoique sa marche en avant fût lente, accuéilli qu’il était à chaque bâtiment, à chaque croisée de chemin, par le feu des chasseurs napolitains, et forcé d’enlever ces positions successivement.
Garibaldi, aussitôt débarqué, conduisit son aile gauche à une vigoureuse attaque ; mais Bosco avait déjà abandonné toute idée d’une résistance sérieuse sur ce point; ses chasseurs se retirèrent dans leur position de réserve, soit dans la ville, soit tout auprès, derrière les murailles, les maisons et les barricades qui avaient été construites sur le rivage en grande partie avec des barques de pêcheurs tirées à terre. *
L’aile gauche de Garibaldi traversa donc sans obstacle le pont, pénétra dans l’isthme et, faisant sa jonction avec Vma droite, mar-
cha à l’assaut de la ville. La résistance des Napolitains ne fut point sérieuse ; ils évacuèrent cette position plutôt qu’ils ne la défendirent pour retirer toutes les troupes dans le fort et ouvrir libre champ à l’action des canons de celui-ci. Les garibaldiens pénétrèrent donc dans la ville, non sans éprouver encore de rudes pertes, occasionnées surtout par l’artillerie du fort , et par les coups de fusil tirés sur eux depuis les maisons par les habitants réactionnaires de Milazzo. Néanmoins, vers cinq heures après midi, le feu cessa presque complètement, sauf quelques coups isolés, tirés de temps à autre.
Garibaldi rassembla ses gens, leur ordonna de se barricader dans les positions qu’ils avaient conquises et d’établir des bivouacs dans les endroits les moins exposés.
Le Tukenj reçut l’ordre de tourner le cap Milazzo pour entrer dans le golfe oriental et venir jeter l’ancre dans le port de Milazzo. Il avait déjà mis à terre quelques hommes au nord de la presqu’île, et ceux-ci s’étaient emparés des tours qui dominent le fort et qui furent évacuées sans résistance par les Napolitains. Cependant, à cette occasion, il avait été exposé au feu le plus elTlcace du fort, et avait éprouvé des avaries, si bien quïl fallut des barques conduites à la rame pour l’amener dans le port, en faisant le tour du cap. Cela fut fait le 21 au matin.
A la fin du combat, la position des deux adversaires était celle-ci: Garibaldi était en possession de l’isthme, en sorte que Bosco ne pouvait plus se retirer par terre sur Messine sans livrer une bataille, et de plus, les positions dominant le fort étaient occupées par les garibaldiens. Le port était également dominé par eux, et comme ils avaient conquis plûsieurs canons, ils pouvaient empêcher un embarquement de Bosco dans le cas où des vai.sseaux napolitains seraient venus de Messine dans ce but. Bosco ne pouvait pas davantage recevoir de renforts, ni par terre, ni par mer, et pour connaître à temps l’arrivée de ceux qui auraient voulu le dégager depuis Messine, les Siciliens de Nicolo Fabrizi, qui n’avaient à peu près rien fait le 20 juillet, durent marcher à droite sur Spadafora.
La perte des garibaldiens avait été considérable: elle s’élevait à 750 morts et blessés, c’est-à-dire à '/s environ des troupes engagées. La perte des Napolitains fut évaluée à 2 officiers et 38 sol-
Jats tués, SoITiciersel 83 soldats blesst's, et 31 manquants, cY'st-àdire en somme à U)2 hommes ou * „ des forces de Bosco ; celte proportion est exlrômemenl faible ; la différence entre les perles do vainqueur et celles du vaincu est considérable : elle s’explique facilement par le fait que les Napolitains combattaient dans des positions préparées d’avance, et avaient une artillerie relativement très-forte, tandis que les garibaldiens, qui manquaient presque absolument de celte dernière arme, durent constamment enlever des positions les unes après les autres. Mais lorsque les Napolitains insistent avec un certain orgueil sur la modicité de leurs perles, on peut leur demander à bon droit pourquoi donc ils n'ont pas préféré en éprouver de plus fortes et acheter par ce sacrifice un résultat avantageux. Qu’auraient obtenu dans celle journée les Garibaldiens .s’ils se fussent dès l’abord lai.ssé effrayer par une perte de 150 hommes ?
Nous devons enfin faire observer que les Napolitains montrent bien peu de véracité, lorsqu’ils disent qu’ils n’avaient au combat du 20 juillet que lf)00 hommes et qu’ils évaluent les garibaldiens à 11,000 hommes. Nous avons vu avec exactitude quel était le véritable chiffre de ces derniers ; quant aux leurs, les Napolitains prétendent évidemment ne compter que les tirailleurs qu'ils ont eu en chaînes et qui ont été engagés en première ligne ; mais en admettant que ceci fût une vérité au lieu d’èlre une fausseté, leur perle en morts et blessés serait encore beaucoup trop peu de chose pour qu’ils aient le droit de parler d’une lutte • vigoureuse » et « opiniâtre • de leur part, puisqu’elle n’aurait encore été que de ’j,o de l’effectif engagé.
Garibaldi perdit dans le combat de Milazzo son cheval tué sous lui et reçut une légère contusion ; Missori cl Medici eurent leurs chevaux tués sous eux, ce dernier dans la ville même, cl Cosenz fut légèrement blessé au cou.
tO. i'apllulatloM de ?Htlazzo*
Le 21 juillet, le calme régna à Milazzo; chacun des deux camps se tint tranquille : ni l’un ni l’autre n’ouvrit le feu, mais il n’y eut pas non plus de négociations entamées.
Le 22 juillet parurent sur la rade trois vapeurs français de commerce, le Prûlis, le Charles Martel et la Stella. Ces vaisseaux, ainsi que cinq autres, étaient loués par le gouvernement napolitain pour le transport des troupes et du matériel ; il payait pour ces huit vapeurs, non compris le charbon, 466,000 francs par mois ; possesseur de la plus grande et la plus belle flotte de Tltalie, il n’osait presque plus s’en servir ; car les ofliciers de la flotte lui étaient plus suspects encore que ceux de l’armée, et si la plus grande partie des équipages, ainsi qu’on le supposait, était animée de sentiments de fidélité pour le roi, l’exemple du Velore, maintenant le Tukery, avait montré qu'il ne fallaitpas trop s’y fier. Le gouvernement de Naples préférait donc .se borner, quant à sa flotte, â empêcher que Garibaldi s’en servit contre lui, et il laissait ses vaisseaux sur leurs amarres dans les ports de Castellamare, de Naples et de Gaëte : un petit nombre de navires de guerre faisaient une exception ù la régie, et jouissaient d'une confiance suHlsante pour y puiser le droit de faire des excursions en pleine mer.
Lorsque, des trois vaisseaux que nous avons indiqués, le Protis le premier entra dans la rade de Milazzo, le capitaine du port se rendit à bord, selon l’usage, et il apprit du commandant du Protis, le capitaine Salvi, jjuesa cargaison, consistant en approvisionnements pour la garnison de Milazzo, était ù la disposition du commandant de la place. Salvi, cela va sans dire, ne songeait qu’à un commandant napolitain, et il ne fut pas peu étonné d'apprendre que c’était entre les mains de Garibaldi que se trouvaient la ville et le port de Milazzo.
Le 23 au matin arriva à son tour sur la rade l’aviso de guerre français à vapeur, la Mouette, commandant Boyer. Le capitaine Boyer eut aussitôt une entrevue avec Garibaldi, et l’on tomba d'accord d’entamer des négociations avec Bosco par l’intermédiaire du capitaine Salvi, ou plutôt Garibaldi consentit à se prêter à cette démarche : il demandait que toute la garnison .se rendit prisonnière de guerre ; les ofliciers seuls ayant la permission de retourner à Naples. Garibaldi y joignait la menace, si la garnison refusait de se rendre, de la passer au fil de l’épée.
Salvi se rendit donc le 23 avant midi au fort pour communiquer cette proposition à Bosco. Celui-ci ne voulut rien entendre et remit à Salvi une lettre pour Garibaldi, et une autre pour le
roi François H. Dans la première il disait que lui aussi désirait éviter l'elTusion du sang et n’était pas éloigné de vouloir rendre la place à des conditions honorables, mais toujours sous réserve de la ratillcation de la capitulation par le gouvernement napolitain. Il reconnaissait, du reste, que la situation de la citadelle était loin d’être brillante, mais il se refusait à la regarder comme désespérée, et il estimait qu’elle pouvait offrir encore bien des ressources à un général résolu et à des troupes animées du même esprit. Quant à la menace de Garibaldi, il l’avait mal comprise, il avait cm que Garibaldi le menaçait de faire sauter le fort avec la garnison, et il répondait que, plutêt que de se soumettre à des conditions déshonorantes, et pour épargner ses soldats, il préférerait sauter seul, pour peu que l’on eût la complaisance de lui indiquer où était la mine en question. 11 aurait été certainement difficile à Garibaldi de montrer au colonel Bosco cette mine qui devait le faire sauter fui, ie fort et la garnison, car il n’y en avait point ; mais quant à satisfaire le colonel, ç’aurait été plus aisé, puisqu’il suffisait pour cela de lui offrir un baril de poudre en guise de fauteuil.
Tandis que la Mouette, le Charles Martel et la Stella quittèrent la rade de Milazzo, le Protis y resta encore pour attendre si Bosco changerait de résolution. En outre, le 24 au malin, il arriva quatre frégates à vapeur napolitaines ; on aurait pu supposer qu’elles étaient destinées A appuyer Bosco ; il n’en était rien. L’une d'elles avait à bord le colonel Ansani, de l’étal-raajor-général, et celui-ci était chargé de traiter de la capitulation de Milazzo arec Garibaldi. Bosco dut se soumettre. *
Le moment était venu où le gouvernement napolitain s’était enfin décidé à sacrifier la Sicile dans l’espérance de conserveries provinces de terre ferme avec l’aide du Piémont.
D’après la capitulation conclue entre Garibaldi et Ansani, les troupes napolitaines devaient sortir du fort avec les honneurs de la perre et s’embarquer aussitôt pour Naples ; le fort, avec toute l’artillerie et les munitions de guerre, devait être remis entre les mains de Garibaldi; il lui était livré également tous les chevaux de l’état et la moitié des mulets, l’autre moitié restant aux Napolitains pour être embarquée. Bosco dut, car c’était une clau.se spéciale de la capitulation, livrer en outre les deux chevaux qui
étaient sa propriété particulière, à cause de la déclaration qu’il avait faite tout haut à Messine et dont nous avons parlé. L’un de ces chevaux fut donné à Medici qui le monta à son entrée à Messine, comme Bosco s’était prématurément vanté d’y faire sa rentrée lui-méme sur le cheval qu’il aurait enlevé à Medici.
Le 25 eut lieu rembarquement des troupes napolitaines dans le port de Milazzo ; un certain nombre de soldats profitèrent de cette occasion pour déserter et vinrent grossir les rangs des garibaldiens.
Garibaldi, ayant appris les intentions du moment du gouvernement napolitain, pensa qu'il fallait battre le fer pendant qu’il était chaud: il était décidé à n’accepter aucune condition, à ne se soumettre à aucun arrangement qui aurait pu l'cmpécher de porter ses armes de l’autre côté du détroit sur 1e continent.