‹ La guerre italienne en 1860Chapitre 13 sur 32 · I. Le théAlrc «le la ipierre <laa« le royaume de ^'aplco · texte numérisé non relu

I. Le théAlrc «le la ipierre <laa« le royaume de ^'aplco

Avant de raconter le passage de Garibaldi de l ile de Sicile dans les provinces napolitaines de terre ferme, nous devons jeter un coup d’œil sur les caractères de ce nouveau théâtre de la guerre, en attachant principalement notre attention aux points et aux lignes qui avaient d’avance une certaine importance pour des opérations militaires du genre de celles qui allaient avoir lieu, os qui ont pris cette importance par la marche des événements.

Le continent napolitain compte 0,890,000 habitants sur 1535 milles carrés.

A l’ouest il est baigné par la mer Tyrrhénienne et les eaux du détroit de Messine qui en est lu continuation, à l'est par la jner Adriatique, au sud par la mer Ionienne qui y creuse un golfe profond, celui de Tarente, large séparation interposée entre la Calabre et l’Apulie.

Le royaume de Naples était divisé politiquement en quinze intendances ou provinces, en allant du sud au nord. Ce .sont d’abord, limitées à l’ouest par la mer Tyrrhénienne, à l’est par la mer Ionienne et le golfe de Tarente, la Calabre Ultérieure première, la

Calabre Ultérieure seconde, la Calabre Cilérieure et la Basilicate.

— Au nord de la Basilicate, baignées à l’ouest par la mer Tvirhénienne, mais confinées à l'est par d’autres provinces et non plus par la mer, la Principauté Citérieure,Naplesetla Terre de Labour.

— La Terre d’Otrante est comprise entre la mer Adriatique et le golfe de Tarente. An nord de la Terre d’Otrante, baignées à l’est par la mer Adriatique, et confinées à l’ouest par des limites territoriales, la Terre de Bari, la Capitanate, Molise, l’Abruze Citérieure, et l’Abruze Ultérieure première.

Enfin les deux seules provinces qui d'aucun cAté ne touchent à la mer, mais n’ont qoe des limites territoriales, sont la Principauté Ultérieure, entre la Principauté Citérieure et la Capitanate; puis l’Abruze Ultérieure seconde, entre l’Abruze Ultérieure première et la Terre de Labour.

Les Apennins traversent tout le territoire napolitain depuis la frontière romaine, d’abord sous le nom d’Abruzes, ensuite sous celui d’Apennins du sud, jusqu’à la frontière nord de la Calabre, formant une large chaîne, abondamment pourvue de ramification.s, dont l’arrête a une hauteur moyenne de 2, .">00 pieds, et les cimes une élévation également moyenne de 5,0(X) pieds. Au nord les ramifications vont à l'ouest et à l’est jusqu’au bord des deux mers, laissant entre leurs contre-forts des plaines de côtes profondes, fertiles mais peu importantes. Plus au sud elles ne s’appuient hermétiquement au rivage qtie du côté de la mer Tyrrhénienne, tandis qu’à l’est elles s’abaissent par degrés pour former les plaines de pâturages vastes et privées d’eau de l’Apulie, qui embrassent presque toute la Terre d’Otrante et la Terre de Bari, ainsi que la plus grande partie de la Capitanate.

Les Apennin^ de la Calabre, avec une élévation moyenne d’arréte de -i,000 pieds et des sommets de 6,000 à 7,000 pieds, suivent le rivage de la mer Tyrrhénienne et la route de Messine d’un côté, en s'appuyant de l’aufre au golfe de Tarente, séparés en deux masses principales, l’une an nord, l’autre an sud, et dont on peut chercher le point de séparation près de Nicastro dans la Calabre Ultérieure seconde.

Les deux principales voies de communication du royaume de Naples sont séparées par la chaîne principale des Appennins : l’artère de la circulation à l’est est la roule consulaire qui part de

Reggio au sud, el se dirige par Scilla, Monleleone, Castrovillari, Lagonegro, Sala, Ëboli, Salerne, Naples, Capoue, Molo di Gaeta pour aboutir à Terracine, point où elle passe sur le territoire romain. Cette route, principale voie militairé du royaume, est presque partout bonne et bien entretenue. Les villes sont pour la plupart situées à côté de la route et le plus souvent elles en sont assez éloignées, perchées sur des hauteurs d'un dilRcile accès; sur la route elle-même en revanche on trouve d’espace en espace un nombre sulllsaul d’hôtelleries. On dirait que, dans la construction et le tracé de cette voie de communication, on a en beaucoup plus en vue les convenances militaires que celles du commerce el de la circulation, et que l’on a tout soigneusement calculé pour que le soldat Tût autant que possible mis à l’abri d'un contact dangereux avec les habitants du pays.

L'artère principale de l’est court de Lecce, ausud à Pcscara, au nord par Massafra, Rari,^Molfela, Barlelta et Foggia ; elle est loin d’élre dans un état d’entretien aussi satisfaisant que celle de l’ouest.

En outre, nous avons à mentionner les voies de communication suivantes, qui sont perpendiculaires aux précédentes el les mettent en relation l’une avec l’autre :

1° Le chemin de Gerace, au bord de la mer Ionienne à Gioja, au bord delà mer Adriatique, par le passage del Mercante, et audessous du Colle Hotulo ; dans sa partie orientale, jusqu'à Casalnuovo, il n’esl praticable que pour l’infanterie et les mulets.

2° Le chemin de Soveralo Nuovo, au bord de la mer Ionienne, à l’embouchure de l’Augilola, dans le golfe de Sl-£uphémie, au nord du Pizzo, en passant par Chiaravalle et Villilonga ; il est relativement facile.

3° La bonne route de Calanzaro, au bord de la mer Ionienne (golfe de Squillace) à Sanl’Eufemia, au bord de la iher Adriatique, par Tiriolo, et de là parNicastro en longeant le Lamato.

4° La bonne route de Paola, au bord de la mer Tyrrhénicnne, à Cosenza par Rende, et le chemin de Rossano, au bord de la mer Ionienne à Tarsia, sur la route consulaire.

5° La route de Bari au bord de l’Adriatique à Aulelta, sur la route consulaire.

b° La grande route de Foggia à Naples, par Ariano et Avellino.

Quant aux chemins qui mettent la partie septentrionale du rovaume de Naples en communication avec le territoire des Etats de l’Eglise, nous mentionnerons ; 1* celui de Capoue à Rome par S.-Germano et Frosinone; 2“ celui de Capoue à Leonessa par Venafro, isernia et Aquila; 3” celui de Chieti à Ascoli par Civita di Penne et Teramo.

En fait de chemin de fer, il n’existe dans le royaume de Naples que celui de la ville de Naples à Salerne, ou plutôt aux deux stations de La Cava et de Vielri près de Salerne, et celui de Naples à Capoue par Caserte, avec un embranchement sur Nola.

Toutes les routes qui n’ont pas été indiquées ici se trouvent, sinon dans tout leur parcours, an moins dans la plus grande partie de leur développement, en mauvais état, et ce que nons venons de dire s’applique principalement à tous les chemins de montagne.

Les rivières de la partie occidentale^ du territoire napolitain, les seules dont il soit nécessaire de s’occuper ici, sont toutes assez, insignifiantes : elles ne sont point navigables, même pour des embarcations d’un faible tonnage, et en été, pendant la séclieresse, on peut les passer à gué en beaucoup d’endroits. Dans la Calabre, dans la Basilicate et dans la Principauté Citérieure on no trouve* sur le versant de l’ouest que des torrents d’un cours très-peu étendu (fiumare) ; la première rivière qui mérite ce nom et que l’on ait à traverser en allant du sud au nord est le Sele, accru près d’Auletta des eaux du Calore; ce dernier coule de Casalnuovo Jusqu’à Auletta le long de la route consulaire, à laquelle il fait place dans sa vallée assez élargie sur certains points ; le Sele dans la partie inférieure de son cours coule au travers de bas.ses terres en forme de delta, qui s’étendent d’Auletta jusqu’à Salerne au nord, et jusqu’à Pesto au sud.

Une seconde rivière, un peu considérable, est le Volturno, dont le bassin s’étend à partir de Capoue, plus sur sa rive gauche que sur sa rive droite, jusqu’aux riches plaines de la Terre de Labour, aboutis.sanl à la plaine de Naples, où s’élève la solitaire et volca- • nique sommité du Vésuve.

Enfin le troisième fleuve dont il nous reste a faire mention est le Garigliano, dont le bassin intérieur, moins large que celui du

Vollnrne, est séparé de ce dernier par quelques chaînes de collines d'un faible relief.

Les principales localités qui peuvent nous intéresser sont, dans la Calabre Ultérieure première, Reggio, Scilla et Palmi. Reggio compte 25,0ü0 habitants ; elle possède un vieux fort et est le cheflieu de la province. Entre cette ville et Scilla, le long de la cète, se trouvent plusieurs forts destinés à surveiller le détroit de Mes- -sine ; ce sont de simples batteries côtières, contenant chacune une tour comme réduit de leur faible garnison, dominées par les hauteurs qui s\dèvent en arrière, et sans valeur défensive réelle, comme du reste toutes les fortiOcations connues dans le système des cordons. Il devait sullire d'un débarquement heureux sur un point quelconque de toute l'étendue de la côte pour qu’elles fussent toutes tournées, et que leurs garnisons n'eussent plus autre chose à faire qu’à les évacuer et à opérer leur retraite le mieux que cela leur serait possible.

Dans la Calabre Ultérieure seconde nous avons à noter Tropœa, le Pizzo, Mileto, Monteleone, Tiriolo, Maida et Catanzaro. — Le Pizzo est situé tout au bord de la mer, dans un enfoncement profond et sombre, au-dessous de la route depuis laquelle on y descend péniblement ; ses habitants sont aussi sombres que la localité elle-même; la réaction ne pourrait trouver un meilleur repaire, et l'on comprend aisément que cette population égarée ait pu mériter une réputation de fidélité exemplaire et exceptionnelle aux Bourbons, et cela pour d’autres motifs encore que pour avoir arrêté en 1815 Murat, qui avait débarqué dans ce lieu et qui y fut fusillé. Séparée du Pizzo par les hauteurs du cap Zambrosie, également située tout au bord de la mer, mais perchée sur un promontoire qui fait saillie dans les flots, Tropœa est placée de telle sorte quïl faut autant de peine pour escalader son rocher qu’il en est besoin pour descendre jusqu’au Pizzo; mais l’esprit qui y règne ne diffère guère de celui que nous avons constaté dans cette dernière ville. Chacune d’elles possède 5,000 habitants environ et un port insigoiliant. En particulier, devant Tropœa, des navires à vapeur d'une certaine dimension doivent rester à plusieurs centaines de pas du rivage.

Une bonne route qui conduit du Pizzo à Tropœa, passe par Monteleoiie, couronnée par un viedx château, et habitée par 7,000

fîmes, populatioQ occupt.'e sartout de la fabrication de Thaile et de la culture de la soie. Mileto, dans le voisinage de l'ancienne résidence du même nom des princes normands, avec 4,000 habitants, est une petite ville tonte moderne. Catanzaro en compte 10,000; c’est le chef-lieu de la province; la principale industrie V est la fabrication du fromage.

Nous mentionnas Maida, Tiriolo, Soveria (cette dernière localité tout à fait au nord de la province), surtout pour rectifier l’erreur de la plupart des cartes géographiques qui, au lieu de les placer sur la nouvelle route de Monteleone à Cosenza, où elles se trouvent réellement, les mettent sur la route de Nicastro ; en outre Maida mérite d’être mentionnée pour un souvenir militaire historique qui s’j rattache : ce fut là en effet que, le 4 juillet 1806, les Anglais débarqués à Sant’Eufemia, et appuyés par le landsturm calabrais, livrèrent aux Français, commandés par le général Reynier, un combat cité habituellement comme exemple de la supériorité de l’ordre en ligne sur l’ordre en colonne.

Dans la Calabre Citérieure, nous nommerons Cosenza, Paola et Castro Villari : le chef-lieu Cosenza, 12,000 habitants, est situé au confluent des deux rivières le Crati et le Rusento (Buzenzo) qui, réunies depuis là, coulent ver la mer Ionienne. Paola, non loin de la mer Tyrrhéuienne, mais sur la hauteur, possède une industrie ■relativement florissante, principalement en ce qui concerne la culture de la soie, et une bonne rade.

Des villes de la Basilicate nous ne mentionnerons que le chef-lieu Potenza,avec 10,000 habitants, et Lagonegro sur la route consulaire, qui, sur ce point, se rapproche beaucoup delà mer, pour s'éloigner ensuite de nouveau et pénétrer dans l’intérieur de la principauté. Lagonegro est reliée par une bonne route avec la mer; cette route aboutit au port Jadis fameux de Sapri, aujourd’hui bien amoindri, njais toujours excellent. Sapri est construite en partie sur les ruines de la vieille ville romaine de Vibona ; dans des temps récents elle a reçu de nouveau quelque illustration de la malheureuse expédition de Pisacane, qui y aborda en 1857. Elleest située dans la Principauté Citérieure à laquelle appartiennent, plus au nord, les villes de Padula, la Sala, Diana, Auletta, Eboli et Salerne, toutes situées sur des hauteurs, à l’exception de la dernière. Auletta a été en grande partie détruite par le tremblement de terre de 1857.

Salerrae est une jolie ville maritime, de 25,000 âmes environ, entourée de fortifications très-étendues, mais sans grande importance, qui s’appuient à une vieille citadelle bâtie sur la hauteur. Au nord de Salerne, entre cette ville et Nocera, se trouve la position bien connue de la Gava, entre le monte Caraso â Test et à l’ouest la chaîne du monte S.-Angelo qui s’étend vers Sorrente, pour se terminer dans Hle de Capri.

Dans la province de Naples nous n’avons à mentionner, du côté de la capitale, que le port de Castellamare, pourvu de grands chantiers et d’arsenaux, avec 20,000 habitants. Quant à Naples môme, sa population peut être évaluée à environ 500,000 âmes ; c’est une ville ouverte, mais elle possède six châteaux, beaucoup plus propres du reste à comprimer un soulèvement populaire qu’à SC prêter à une défense elBcace vis-à-vis d’un ennemi venant du dehors. — Quatre de ces châteaux sont situés au bord de la mer: ce sont, en allant de l’est à l’ouest, le château de Carminé, construit après le soulèvement de Mazaniello en 1047; le Castel Nuovo, quadrilatère 5 peu près régulier, contigu au port et dont les premiers travaux remontent, dit-on, jusqu’en 1283 ; le château de l’Œuf, bâti sur une langue de terre qui s’allonge dans la mer, et le Pizzofalcone dans la ville, sur une hauteur qui la domine. — Le Castello Capuano, ou la Vicaria était jadis la résidence des rois de Naples; il est situé â la porte de Capoue ; le château St-Elme, fort étoilé à six saillants et irrégulier, sur un rocher abrupte à l’ouest de la ville, est la véritable citadelle ou plutôt le corset de force de Naples. Ses fortifications ont été commencées par le roi de France Louis XII.

Dans la Terre de Labour, nous avons d’abord à indiquer les deux forteresses de Capoue et de Gaëte, sur lesquelles noos nous réservons d’entrer dans quelques détails lorsque les événements les feront intervenir activement dans l'histoire de cette guerre ; puis la ville toute cléricale de Nola, avec ses 10,000 habitants; Caserte, avec son magnifique château de plaisance, construit en 17.52, S.-Leucio, dans son voisinage, Santa-Maria, l’ancienne Capoue où Annibal laissa s’énerver son armée; S. Germano et Sora. Comme notre narration nous retiendra précisément dans cette province pendant quelque temps, nous n’entrons pas ici sur ces

localités dans des détails qni trouveront naturellement leur place plus tard dans le récit que nous avons entrepris.

Enfin, dans la Principauté Ultérieure, nous mentionnert^us l'agréable villo d’Avellino (^,000 habitants) et la sotubre Arriauo, siège épiscopal, près des frontières de la Capitanate ; c'est aussi dans cette province qu’est située Bénévent, enclave appartenant aux Etats de l'Eglise.

Au point de vue des conditions sociales et matérielles de l’existence, les choses diffèrent fort peu dans le continent napolitain de ce que nous avons déjà vu qu’elles sont en Sicile. Le pays est beau, si l’on en excepte seulement quelques contrées à l'est des Apennins ; mais la culture est mauvaise par suite du défaut de morcellement des propriétés, du manque de voies de communications, quoique l’on y ait fait davantage pour les roules que dans nie de Sicile, et de l’absence presque complète d’industrie et même de commerce. L’agriculture, l’élève du bétail sont les principales occupations des habitants; l’élève des chevaux se fait surtout dans l’Apolie et dans la Calabre ; la Basilicate est renommée pour ses forêts. Les Napolitains sont, pris en général, une race aimable et intelligente. Les Calabrais sont surtout mobiles, actifs et animés d’un esprit d’indépendance particulier. On en ferait sans aucun doute d’excellents soldats, si l’on voulait seulement ne pas se laisser rebuter par la peine d’étudier un peu les principaux traits de leur caractère. Plus on se rapproche de la capitale, moins on trouve de sentiment de la liberté et de vivacité, plus on remarque en revanche les signes d’une existence comprimée, mais qui se relève facilement dès que les gens s’aperçoivent que l’on agit envers eux avec bonté et loyauté. On peut regarder, tout bien considéré, la Terre de Labour et la principauté Citérieure comme les provinces les moins éclairées et les plus écrasées du continent napolitain.

Beaucoup de dévastations sont occasionnées par la nature volcanique du sol, et surtout dans la Calabre septentrionale, la Basilicate et la principauté, par les tremblements de terre dont on , trouve de tous côtés les traces anciennes ou récentes. Mais la richesse et la fécondité que cette même nature volcanique donne an terrain compensent certainement bien les ravages dont elle est l'origine.

s. Le débarqnement de Garlbaldl «ar la e6(e de Calabre. Premiers eombala.

Nous avons dit que Garibaldi, vers la Fin de juillet et an commencement d’août, étant fermement décidé à passer sur Je conti- ! nent napolitain, faisait tous ses préparatifs à cet effet, et avait répondu à l’avertissement de s'abstenir de cette entreprise, qu’il devait et roulait aller en avant. Mais nous avons dit en même temps qu’il s’agissait là d’une tâche un peu moins aisée qu’elle ne le paraissait vue de loin.

On a fait des calculs merveilleux sur les forces que Garibaldi avait à sa disposition : en partant de l’idée que le général des volontaires les avait partagés en quatre dirisions, on concluait qu’il pouvait bien avoir 48,000 hommes. Si, de plus, on voulait croire à un certain succès des décrets qu’il avait rendus en Sicile pour y organiser la conscription, il semblait très-juste d’élever encore ce chiffre; enfin si l’on ajoutait foi littéralement aux nouvelles sur l’expédition qui se répandaient de Gènes, de Livourne et d’antres places de l’Italie du nord, on sc formait un chiffre de 20,000 hommes au moins partis de ces différents points à diverses époques pour SC rendre en Sicile, et un effectif total de 48,000 hommes ne paraissait dès lors avoir rien d’exagéré, en raisonnant sur un contingent même très-modéré, fourni par la Sicile.

Nous aussi nous voulons établir le compte des forces dont disposait réellement Garibaldi à la fin de juillet. En ce qui concerne les expéditions parties du nord de l’Italie, nous prendrons des chiffres plutôt encore trop élevés suivant nous, mais nous laisserons de côté dans cette appréciation tout ce qui avait avant le départ l’intention de se joindre à l’expédition, se trouvait plus ou moins au lieu du rendez-vous... cl ne partit point avec elle; nous déduirons également tout ce qui ne partit pour la Sicile que pour se sortir le plus promptement possible des rangs des combattants, faire aux frais communs un petit voyage d’agrément dans le sud, on se glisser dans les emplois civils en Sicile ou à Naples.

L’effectif venu de la haute Italie se décompose ainsi :

Première expédition, mise à terre à Marsala. . 1085 hommes.

Expédition Medici 2500 »

Expédition Cosenz ItMX) •

Expédition Sacchi (partie de Gènes le 19 juillet i et poussée par Milazzo à Spadafora au commencement du mois d’août) 1500 »

Petites expéditions parties de Gênes et de Livourne 1600 •

On voit que le total de ces forces réunies s’élève û 8300 hommes environ, dont un millier à peu près furent tués ou blessés sur les champs de bataille de la Sicile, de manière à rester en arrière pendant un assez long temps dans les hôpitaux de Pile. Mais pour évaluer cette diminution au chiffre le plus bas possible, nous voulons bien supposer que 8000 des volontaires venus de l'Italie du nord étaient à la disposition de leur général pour effectuer le passage du détroit de Messine. Il faudra y ajouter, si l’on déduit les simples gardes nationales, puis les dépôts, qui le plus souvent d'ailleurs n’existaient que sur le papier, puis quelques volontaires agissant absolument à leur guise, enlin les troupes qu'il fallait laisser en arrière pour observer la citadelle de Messine, environ -tOOO Siciliens qui avaient été incorporés aux différentes divisions de l’armée de Garibaldi par les colonnes de Bixio, d’Eber et de Medici, lors de leur marche vers l’est à travers l'intérieur de nie.

On voit donc que toute l'armée active d'opération de Garibaldi ne dépassait pasm fail un total de 12,000 hommes. Garibaldi luimême ne fut bien au clair de cette force réelle que dans les derniers moments ; en effet, tes différents chefs de corps, pour se donner plus d’importance et de signification, tenaient toujours dans leurs rapports leurs effectifs plutôt au-dessus qu’au-dessous de la vérité, comptaient avec les soldats véritables toute une queue inutile sur laquelle ils ne pouvaient jamais faire aucun fond, et envisageaient comme des réalités leurs espérances sur l’augmentation qu’ils croyaient pouvoir obtenir dans un temps rapproché.

Or, ces 12,000 hommes étaient-ils suffisants? Ün pouvait dire que Garibaldi avait débarqué à Marsala avec 1000 hommes seulement, et conquis néanmoins en quatorze jours toute la moitié oc-

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cidentale de la Sicile, môme l’ile à peu près eolière. Mais on pouvait aussi objecter ce qui suit à une comparaison de ce genre : le débarquement de Marsala avait ôté une surprise ; de plus, la Sicile, depuis le 4 avril, s’était trouvée dans un état d’insurrection active, et la haine du Sicilien à l’égard du Napolitain avait été d’un puissant secours à Garibaldi ; enfin les indécisions de la cour de Naples avaient eu leur part dans ces rapides succès. — Maintenant la cour de Naples ne pouvait plus être surprise ; les pertes que ses troupes avaient faites dans la courte campagne de Sicile avaient été si faibles qu’il ne valait pas la peine d’en parler. Môme en diminuant d’un chiiïre assez fort les évaluations ordinaires de l’armée napolitaine, il en restait toujours 100,000 hommes environ, renforcés par les enrôlements de mercenaires autrichiens et bavarois ; sans doute la Calabre était déjà agitée, Antonio Garcea déjà à la fin de mai avait appelé ses habitants aux armes; mais il n’avait été question, jusqu’au moment où nous. sommes, d’aucun succès un peu considérable de ce mouvement, et de petits détachements des’ troupes napolitaines devaient probablement, là comme sur d’autres points, suffire pour comprimer la première explosion de ce soulèvement Ainsi le roi de Naples, à quelque morcellement de ses forces qu’il pût se trouver contraint, devait toujours disposer de 50,000 à 60,000 hommes à concentrer pour les opposer aux garibaldiens. Or, entamer la lutte contre des forces aussi supérieures, quelque faible opinion que l’on voulût se faire des qualités des troupes napolitaines, constituait évidemment une entreprise assez hasardée ; d’ailleurs il n’était point établi que ces troupes dussent être absolument mauvaises. A supposer que l’on fût à Naples assez prudent pour faire marcher contre Garibaldi les soldats qui ne s’étaient point trouvés en contact avec lui en Sicile, et qui n’avaient point été démoralisés par les événements qui s’étaient passés dans 111e, on pouvait facilement espérer qu’ils se battraient bien, surtout s’ils rencontraient un appui dans l’esprit de la population, si celle-ci ne se comportait pas hostilement à leur égard ou peut-être môme venait à leur témoigner quelque sympathie. — En admettant que ces circonstances ne se produiraient pas en Calabre, il restait toujours possible qu’elles se fissent sentir dans le nord, et si Garibaldi, après avoir traversé le sud en vainqueur, venait à perdre plus loin une

bataille décisive, qse poavait-il faire avec ses 12,000 hommes poar réparer cet échec, en supposant qu'il eût encore ces 12,000 hommes, chose qui n’était pas absolument vraisemblable, si l’on tient compte de la nécessité où il devait sans doute se trouver de laisser derrière lui quelques détachements dans la Calabre. Certainement, chin antre côté, une bonne part de la honteuse déroute de l’armée napolitaine en Sicile doit être imputée à l'incapacité de ses généraux ; mais était-il bien sûr que Iota les généraux de cette armée fussent incapables? Ne pouvait-on pas admettre avec quelque raison que parmi eux il devait pourtant aussi se rencontrer des hommes de mérite, que l’expérience enseignerait au gouvernement de Naples à confler à des intelligences plus jeunes et plus actives la direction de son armée, pour laquelle les vieux oQiciers qu’il avait employés en Sicile avaient montré tant d’inaptitude ? EnQn, n’élait-il pas possible même que Lamoriciëre, dont nous avons déjà parlé plus haut, vint à réunir sons son commandement supérieur, avec les troupes du pape, l’armée napolitaine? La réputation militaire de ce général ne pouvait-elle pas, dans ce cas, donner un autre esprit aux soldats ro3faux, et Lamoricière, qui avait remporté en Afrique de si brillants succès sur les Arabes, serait-il homme à .s'en laisser aussi facilement imposer que les vieux lieutenants-généraux napolitains par l’audace de Garibaldi et ses stratagèmes de partisan?

C'étaient là d’assez sérieux sujets de réflexion, et Garibaldi ne les négligea nullement ; il arriva à cette conclusion qu’il devait chercher à se procurer des renforts, ou bien, ce qui aurait un résultat équivalent, affaiblir l’ennemi en diminuant ses forces.

Le moyen qu’il avait à sa disposition pour atteindre ce dernier but était d’organiser, avant de passer avec toutes ses forces sur le continent, de petits débarquements, tantôt sur no point, tantôt sur l’autre, de préférence là où l’on pouvait se ménager des intelligences. Ces débarquements devaient induire en erreur la cour de Naples, lui inspirer des inquiétudes pour tout le développement des côtes du royaume, et même pour la ville de Naples, l’engager ainsi à commettre une grave faute militaire, qui se fait nonseulement souvent, mais presque toujours, et dont les suites ne manquent jamais d’être déplorables, savoir la faute de disloquer ici en un cordon de frontière, là en un cordon de côtes, les troupes

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disponibles pour un service d’opérations actives. En outre, en adjoignant à ces détachements de débarquement des hommes originaires du paifs, possédant des relations et de l’indaence dans ses diverses provinces, ayant des connaissances et des talents militaires, réfugiés jusque-là hors de leur patrie, ces hommes pouvaient, là où le débarquement réussissait, donner une forme militaire an mouvement insurrectionnel et transformer en armement populaire l'existence de simples bandes de brigands.

Garibaldi résolut de se servir de ce moyen et d’en accroître encore l’elBcacité en faisant répandre des bruits inquiétants de diverses natures. Nous verrons bientôt qu’il obtint un succès qui dépassa môme sans doute les espérances qu’avait pu en espérer le général ; mais, comme il ne pouvait être assuré d’avance de l’étendue de ce résultat, il n’en dut pas moins en même temps chercher à renforcer la partie de son armée dont il pouvait disposer directement et avec certitude.

Or, au commencement d’août, Garibaldi trouva un renfort de ce genre tout prêt. C’était la petite armée qui, à son départ de la hante Italie, prit le nom de division ou d’expédition de Terranova.

Cette expédition avait été préparée par l’activité de Hazzini et du D' Bertani, que Garibaldi avait laissé à Gênes pour le remplacer dans cette ville, en vue d’une entreprise qui devait être dirigée contre les Etats de l’Eglise. Le commandant en chef était le colonel Pianciani, le chef d’état-major général, le colonel W. Rustow, qui tous deux avaient surtout dirigé l'organisatioD du corps; sa force s’élevait à 9000 hommes environ, divisés en six petites brigades: les quatre premières, d’après un plan conçu et arrêté avant les obstacles ultérieurs qui le firent échouer, devaient partir de Gênes et de la Spezia, se réunir près de Monte-Christo, de là aborder sur la côte romaine près de Montalto, et en évitant soigneusement tout conflit avec les Français du corps d'occupation, marcher dans la direction deViterbe ou de Montefîascone contre l’aile gauche de l’armée de Lamoricière, dispersant les corps isolés qu’elles rencontreraient, mais refusant le combat devant des forces supérieures et concentrées. La cinquième brigade, formée en Toscane, devait s’emparer de la ville de Pérouse et de là opérer en commun avec les quatre brigades débarquées à Hontalto. La sixième, formée dans la Romagne, devait, quelques jours

avant le débarquement, faire une invasion dans les Marches, pour attirer de ce côté l'attention de Lamoricière et faciliter ainsi les opérations des autres corps. Plus tard, une fois leur concentration opérée, tous les corps devaient pénétrer dans le royaume de Naples par les Abruzzes et faire leur jonction avec l’armée de Garibaldi.

Il va sans dire que le recrutement et l’organisation de ces 9000 hommes ne pouvaient s’achever sans donner beaucoup à causer. Le gouverneur piémontais qui, à la fin de juillet, voulait à tout prix neutraliser l’action révolutionnaire nationale, ne devait naturellement pas, à son point de vue étroit, voir avec satisfaction le plan de l’expédition sur Rome. — En même temps que Cavonr faisait écrire à Garibaldi par le roL Victor-Emmanuel la lettre que nous connaissons, et avant que la réponse de Garibaldi fût encore arrivée, le gouvernement piémontais envoyait à Gênes Farini pour agir par les moyens qui lui étaient familiers sur Bertani, pour entraver l’expédition projetée, ou pour la rendre dépendante du gouvernement qui voulait en changer à .son gré la destination.

Dans les derniers jours de juillet, Farini conclut avec Bertani une espèce de convention, aux termes de laquelle le gouvernement piémontais s’engageait à ne pas mettre d’obstacle à l’organi- .sation de l’expédition, et même à la faciliter autant que cela lui serait possible, tandis que, de son côté, Bertani devait s’engager à envoyer d’abord l’expédition dans un port de la Sicile d'où elle pourrait ensuite se rendre où bon lui semblerait, et à la faire partir non en une seule fois, mais en plusieurs convois échelonnés de jour en jour ou de deux en deux jours, et non d’un seul port, mais de plusieurs points différents. Le gouvernementsarde devait, de plus, permettre que l’expédition se réunit sur la côte nord de nie de Sardaipe, dans le golfe des Oranges et la baie de Terranova, où il serait aussi procédé à l’armement : c'est de ce point de départ que l’expédition prit son nom, mais ce ne fut pas sans une allusion à sa destination qui n’était point la Sicile, mais une nouvelle terre.

Bertani espérait, d’après ce qu’il savait de ses intentions précédentes, confirmées ensuite par un ordre du jour du 30 juillet, qui n’arriva, il est vrai, à Gênes que 14 jours plus lard, que Gari-

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baldi serait complétemeot d'accord avec le projet d'expédition sur le territoire romain, qu’il se chargerait même en personne de diriger les premières opérations, afin qu’il ne pût y avoir aucun doute sur le fait qu’elle agissait de concert avec lui. Bertani se rendit donc lui-même en Sicile dans les premiers Jours du mois d’août, afin de discuter avec Garibaldi les détails ultérieurs de l’entreprise.

Dans la nuit du 7 au 8 août, la première partie de l’expédition quitta Gênes : le reste suivit de Gênes et de la Spezzia par échelons successifs selon la convention conclue avec Farini, de telle sorte que le i3 l’état-maJor général put partir è son tour, ne laissant derrière lui qu’une très-faible fraction des quatre premières brigades. Les chefs de l’expédition espéraient que 1e détour par la Sicile leur serait épargné et qu’ils pourraient être transportés directement de Terranova à Montalto, sur le territoire romain. Les commandants de la 5* et de la 0° brigade en Toscane et en Romagne avaient reçu des instructions en conséquence.

Mais les choses avaient changé dans l'intervalle sur deux points, de telle sorte que, dans deux sens à la fois, les circonstances contribuaient à détourner l’expédition de son but primitif.

Le gouvernement piémontais avait reçu la réponse de Garibaldi à la lettre du roi : Garibaldi ne voulait pas écouter l’avertissement qu’il lui avait donné; le gouvernement piémontais se flattait toujours de la perspective de voir éclater à Naples une révolution de sa façon, telle qu'il la désirait, c'est-à-dire cette révolution de palais dont nous avons parlé, avant que Garibaldi eût le temps d'atteindre la capitale, même lorsqu’il traverserait le détroit sans délai. Cette perspective était un peu dérangée en revanche, si par la mise à exécution d’une expédition rotnaine, il surgissait des embarras nouveaux dans la partie septentrionale du royaume de Naples. S'opposer ouvertement à l’expédition de Terranova était impossible au gouvernement piémontais, parce qu’elle avait pour elle au plus haut point l’opinion publique dans le nord de l’Italie; mais on pouvait lui susciter, sur la base de la convention conclue entre Farini et Bertani, des chicanes et des difficultés de détail, au moyeu par exemple du manque d’argent que l’on pouvait prolonger dans la caisse de l’expédition, de la suppression du transport gratuit des volontaires sur les chemins de fer de •

l’Etat, etc. Mais tout cela ne servit de rien, et le gouvernement lui-méme savait que ces petits obstacles, qu’il ne rougissait pas de créer lui-môme, finiraient toujours par être surmontés; il prit donc ses mesures pour que, dans tons les cas, ce fût sur la Sicile que l’expédition fût dirigée ; la convention de Gênes, qui l’avait disloquée en plusieurs échelons séparés les uns des autres, facilitait singulièrement l’exécution de cette idée. Le voyage de Bertani en Sicile fournit un prétexte pour ne pas se fier à sa parole, mais pour envoyer stationner un aviso, la Gulnara, dans le port de Terranova ; le capitaine de ce navire avait pour instructions d'engager de toutes les manières possibles, menaces, ordres, flatteries, les commandants des diverses parties de l’expédition, an fur et à mesure de leur arrivée au golfe des Orangers, à continuer immédiatement leur route sur Palerme. — On disait que Bertani s’était rendu en Sicile pour obtenir du dictateur un ordre de passer directement sur le’ territoire romain; le gouvernement piémontais déclara voir dans cette démarche une violation de la convention dont nous avons parlé, et il y répondit en la violant lui-même, c’est-à-dire en enlevant à l’expédition le lien de rassemblement qui lui avait été accordé sur la côte de Sardaigne.

Or le jeu des événements voulut que cette fois le gouvernement piémontais se trouvât avoir travaillé dans le sens de Garibaldi luimême. Lorsque Bertani eut avec le dictateur son entrevue en Sicile. celui-ci avait déjà reconnu la force réelle de son armée et résolu d’appeler en Sicile, pour lui donner une augmentation d’effectif absolument nécessaire, cette expédition qui se préparait à Terranova ; d’ailleurs il y était aussi poussé par on certain nombre de ses officiers qui se promettaient de faire servir une bonne partie de cette petite armée à boucher les trous de leurs maigres divisions; et si l'on songe à la manière dont certains individus, après la dissolution de l’armée du sud, s’unirent étroitement à Cavour, on peut à peine se défendre du soupçon que peut-être déjà à cette époque ils étaient d’accord avec lui pour travailler dans le même sens en ce qui concerne la division Terranova.

Revenons maintenant aux opérations militaires. Dès la fin de mai et le commencement de juin, le gouvernement napolitain avait fait prendre position en Calabre à deux brigades, commandées par les généraux Briganti et Mellendex, pour surveiller la cête sud-ouest

de cette contrée ; Briganti gardait le rayon de c6tes sitné an sud de Bagnara, avec Reggio comme centre ; Mellendez commandait au nord de Bngnara jusqu’à Nicotera et Tropœa. Les troupes dont disposaient ces deux généraux s’élevaient de 10 à 12,000 hommes environ. Une réserve à peu près de la môme force était concentrée autour de Monteleone sous les ordres du général Viale. Après une tournée d’inspection du général Marra dans la Calabre méridionale, il avait été décidé de porter à 30,000 hommes le chilTre total des troupes stationnées dans cette province.

Dans la nuit du 8 an 9 août, Garibaldi fit monter près de la Torre di Faro, sur 20 barques, 400 hommes destiués à aborder comme avant-garde sur la côte de Calabre, à se faire un chemin dans l’intérieur, et à y organiser un soulèvement. Cette avantgarde se subdivisa en plusieurs petits détachement.s : l’un d’entre eux fut reçu par un feu si vif à la batterie d’AltaUnmara, entre la pointe del Pezzo et Torre del Cavallo, qu’il dut reprendre le large. En revanche un autre, formé de 150 hommes, sous le commandement de Missori, et avec lequel se trouvaient plusieurs chefs d’insurgés d’origine calabraise, réussirent à prendre terre, sans être aperçus près de Canatello, dans le voisinage de la pointe del Pezzo. Missori divisa ses gens en quelques petites colonnes; il trouva des guides du pays qui, par des chemins solitaires, les firent passer tout au travers des troupes napolitaines, jusqu’aux hauteurs d’Aspromonte, éloignées de trois milles du lieu de leur débarquement. Là, Missori fit une halte ;lesCalabrais lui apportaient des vivres, et beaucoup d’entre eux se joignirent à sa petite troupe. Celui-ci, ainsi renforcé, crut pouvoir attaquer Bagnara et faciliter par là l’opération du débarquement du gros de l’armée de Garibaldi: il marcha donc, dans la nuit du 10 au 11, sur cette ville où il assaillit les Napolitains dans la matinée du 11 ; mais il put bientôt se convaincre par les renforts qui arrivèrent aux troupes royales, que leur supériorité numérique était décidément écrasante, et après une courte escarmouche il se retira dgns les montagnes.

Le même jour, de petits débarquements du même genre, qui ne rencontrèrent aucun obstacle, eurent lieu sur la côte orientale de la Calabre à Bovalino et Bianco.

Les deux vapeurs napolitains [’Ettore Fieramosca et la Ftdminante, qui croisaient dans le détroit de Messine, n’avaient rien vu

(la passage de Hissori; appelés tantôt sur un point, tantôt sur un autre, lorsqu’ils arrivaient, ils ne trouvaient plus de traces des individus débarqués. — Melendez, qui avait un grand désir de marcher dans l’intérieur pour détruire et disperser aussitôt les insurgés calabrais réunis par Missori, ne voulut pas cependant quitter la côte sans que la flotte s’engageât à la garantie de tout débarquement nouveau pendant trois jours; comme on ne put lui donner cette assurance, il demeura dans les positions très-étendues qu’il occupait le long du bord de la mer.

Garibaldi avait encore différé l’attaque principale sur la Calabre, afin de se rendre en personne au golfe des Orangers pour en ramener l’expédition de Terranova ; il regardait cette démarche comme nécessaire, d’après ce qui lui avait été rapporté que la plus grande partie de l'expédition ne voulait accepter aucune autre destination que celle qui lui avait été donnée dans le principe, c’est-à-dire pour les Etats du pape.

Garibaldi remit le 12 août le commandement en chef au Faro au général Sirtori, son chef d’état-major général, lui confia le soin d’achever le travail de la réunion de toutes les embarcations près de la Torre di Faro, ainsi que la construction des batteries, et il s’embartjua sur le Washington. Le bruit avait été répandu, et il n’était pas très-invraisemblable après la lettre de Victor-Emmanuel et la réponse de Garibaldi, que celui-ci avait été appelé à Turin pour y rendre compte de ses actes, et qu’il se rendait dans ce moment à cette invitation. Dans la nuit du 13 au U, Garibaldi se trouva dans le port de Castellamare, près de Naples, et y fit une tentative hardie d’enlever le vaisseau de ligne napolitain le Monarco; celte tentative ne réussit pas, mais l’apparition de Garibaldi dans ce port eut pour effet de mettre les royaux dans la plus complète incertitude sur ses projets, et ils commencèrent à redouter un débarquement à Naples môme, ou dans le voisinage immédiat de la capitale.

Le U, avant midi, Garibaldi entra dans le golfe des Orangers, mais il n’y trouva plus que la plus grande partie de la troisième et de la quatrième brigade (Gandini et Suppi) de la division de Terranova; la première et la .seconde (Eberhard et Tharrena) avaient déjà quitté le golfe et fait voile pour Païenne ; le reste de la troi-

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sième et de la quatrième brigade, ainsi que l’état-major général de la division, n’étaient pas encore arrivés.

La brigade Eberhard (Gènes) qui était arrivée la première au rendez-vous, y avait été aussitôt haranguée et travaillée par l’équipage de la Gulnara qui l’avait décidée assez facilement, ainsi que son commandant, bien que ce fût contre ses instructions, à se diriger sur Palerme sans attendre le reste de l’expédition. Comme celui-ci était parti sans laisser aucun renseignement sur ce qu’il avait l’intention de faire, ce fait jeta de l’inquiétude dans la seconde brigade (Tharrena, Parme), qui était arrivée plus tard. Cette inquiétude fut mise à profit par les gens de la Giiliiara, par dos individus qui disaient agir sur l’ordre de Garibaldi, et l'on ne manqua pas de se servir aussi de la circonstance que les vivres faisaient un peu défaut, et que les subsistances n’étaient pas faciles à trouver avec promptitude dans cette contrée pauvre. Tbarrena à son tour, s’était donc laissé décider à se rendre à Palerme.

Eberhard, arrivé à Palerme, y reçut l’ordre de faire le tour de nie par l'ouest et la côte méridionale; on lui avait adjoint le Franklin avec quelques centaines d’hommes ; ce corps de troupes devait faire sa jonction avec la divisio’n Bixio, qui se trouvait déjà sur la côte orientale, et qui y était occupée encore le 13 à réprimer un soulèvement à Bronte, dans le district de l’Etna. La jonction eut lieu à Taormina, et la division Bixio fut portée par cette augmentation au chiffre de 4,5fX) hommes, ainsi que nous l’avons déjà indiqué plus haut La brigade Tharrena avait été retenue à Palerme à son arrivée, et il se manifesta particulièrement dans ce corps un certain esprit d’agitation.

Le Byzantin, qui portait le reste des brigades Gandini et Puppi ainsi que tout l’état-major général, avait été retenu à Gènes jusque dans l'après-midi du 13, bien que toutes les troupes fussent déjà embarquées à 8 heures du matin, par suite des mesquines manœuvres du gouvernement piémontais qui, par exemple, arrêta ce jour-là le numéraire appartenant à l’expédition ou retarda, sous des prétextes insignifiants, le paiement de ces sommes.

Rustow avait insisté pour que lui-même ou Pianciani fût envoyé en avant le plus promptement possible au golfe des Orangers, afin que dès l’abord il s’y trouvât un chef supérieur pour réunir les éléments divers de l’expédition. Mais Pianciani n’avait

pas cru pouvoir donner suite à cette demande, parce que ses instructions portaient qu’il s'embarquerait le dernier avec son étatmajor. C'est ainsi que le Byzantin n'arriva que le t-4 as.sez tard dans l'après-midi au golfe des Orangers, puis à la baie de Terranova. ' .

Garibaldi, dans la matinée du même jour, n'v avait donc trouvé que le gros des brigades Gandini (Milan) et Puppi (Bologne), et les avait aussitôt emmenées avec lui à Cagliari ; il y fut suivi par le Byzantin, lorsque Pianciani fut arrivé à son tour au rendez-vous, sans y trouver les autres navires de l'expédition, et ne pouvant obtenir en outre que des renseignements très-confus sur le véritable état des choses.

Le 45, après-midi, le Byzantin entra en rade à Cagliari, et là, Garibaldi donna l’ordre à Pianciani de se rendre immédiatement à Palerme, où les autres vaisseaux devaient le suivre aussitôt qu’ils auraient pris à bord leur provision de charbon.

Le 10 au soir, le Byzantin mouillait devant Palerme; dès le lendemain Pianciani eut un entretien avec Garibaldi, qui lui expliqua qu'il ne pouvait donner son assentiment à l’expédition sur le territoire romain, parce qu’il ne pouvait se passer du renfort de celle nouvelle division pour mener à bien son entreprise sur le conlinent napolitain. Ceci mérite d'étre indiqué expressément, parce que, pour des raisons faciles à comprendre, ou a faussement répandu le bruit que Garibaldi aurait lui-méme conduit dans les Etals du pape la division de Terranova, si le 14, il eût trouvé au golfe des Orangers un effectif plus considérable que les 2,000 hommes présents des brigades Gandini et Pupi, que c’était seulement ce faible chiffre de troupes qui l’avait engagé à diriger l'expédition sur la Sicile.

A la suite des déclarations de Garibaldi, Pianciani, qui avait promis de se rendre dans les Etats du pape et nulle part ailleurs, déposa son commandement, et Garibaldi le transféra, quant à ce qui concernait les trois brigades encore réunies de Tharrena, Gandini et Puppi, au colonel-brigadier Rustow , qui reçut en même temps l'ordre de rassembler et d’organiser la division à Milazzo.

Ruslow, avec les troupes embarquées sûr le Byzantin, se trouva dès le 18 après-midi, dans celle ville, où arrivèrent les Jours suivants le reste des troupes, en sorte que le 21 il avait réuni à peu

près 4,000 hommes. Comme Tharrena avait suivi l’exemple de Piaociaoi et pris son congé, le major Spinazzi reçut le commandement de sa brigade. Le départ de Pianciani, la déviation de l'expédition de son but primitif, le mécontentement et les dissentiments qui ea furent çà et là la con.séquencc dans le personnel de l'expédition, occasionnèrent d’abord quelque confusion, d’autant plus qu’un certain nombre d’officiers avaient donné leur démission, comme Pianciani. Rustow fit tous ses efforts pour réorganiser la troupe pendant son séjour à Milazzo, les pourvut d'arme.s et de munitions, et la fit exercer, chose pour laquelle jusque-là 00 n’avait pu trouver un seul jour, sauf pour la première brigade, à Gènes.

Quant à la cinquième et à la sixième brigade, qui se trouvèrent par suite du cours des événements privées de toute communication avec celles dont nous venons de parler, et qui étaient restées dans l’Italie centrale, nous aurons plus tard l’occasion d’en parler.

Pendant ce temps Garibaldi, qui avait quitté Palermc le M, et s’était rendu sur la côte est de la Sicile, commençait les opérations de son pas.sge en Calabre.

Dans ce moment les forces dont il disposasse divisaient en deux groupes : près de Taonnina et de Giardini étaient réunis les 4,500 hommes de Bixio et d’Eberhard ; l’autre groupe comptant maintenant 12 à 13,000 hommes se trouvait en plusieurs échelons sur lacéte nord-est de l’Ile : en première ligne, près de Messine et de Torre di Paro, les divisions Cosenz et Medici et la brigade Eber, environ 8,000 hommes, sans compter les troupes destinées à observer la citadelle de Messine ; en arrière, près de Spadafora, la brigade Sacchi, 1,200 à 1,500 hommes ; enûn derrière celle-ci, à Milazzo, la division Rustow, 4,000 hommes environ.

Orsini était parti de Palerme par mer le 28 juillet, avec les troupes d’artilleria qu’il avait organisées dans cette ville, et douze pièces de position de 24, une batterie de pièces de montagne, une batterie de campagne, et 2 mortiers ; à Milazzo, il avait pris encore en passant 9 mortiers, et il s’était rendu avec ces 35 pièces à Torre di Faro, où l'artillerie depuis le commencement du mois d’août éleva et arma les batteries de oète dont Garibaldi avait ordonné l’établissement, et construisit, de concert avec le génie, quelques batteries flottantes ainsi que des ponts volants pour opé-

rer le débarquement en Calabre des chevaux et du matériel d’artillerie. Dans les premiers jours du mois d’août, 156 barques se trouvaient ras.semblées près de Torre di Faro.

Le commandant de la citadelle de Messine ne négligea pas de protester contre les préparatifs de l’armée italienne du sud pour passer en Calabre, comme étant une violation de l'arrangement précédemment conclu; mais peu au fait de ce qui sepas.sait, et d’ailleurs hors d’étal de s’y opposer elficacement, il ne fil rien de sérieux dans ce but.

Garibaldi, qui supposait avoir attiré par ses travaux l’attention des croiseurs napolitains presque exclusivement sur Torre di Faro et les environs, résolut maintenant de commencer l’opération du passage du gros de son armée sur un point situé plus au sud. Les troupes de Bixio et d’Eberhard devaient traverser de Ciardini, près de Taormina, à Melito en Calabre, marcher delà sur Reggio pour attaquer celte ville, et aussitôt le combat commencé, Medici et Cosenz devaient à leur tour jeter le plus de monde possible, avec les barques restées à leur disposition, de Torre di Faro dans la contrée de Villa S.-Giovanni.

Garibadi se rendit en personne à Taormina, où il trouva le To~ rino, le Franklin, les hommes amenés par ces deux navires et la division Bixio ; l’elTectif total était de 4,300 hommes ; les vaisseaux dont il s’agit étaient tous deux avariés et paraissaient d’autant moins propres à recevoir, môme pour une courte traversée, une plus grande quantité de soldats que celle pour laquelle ils avaient été aménagés : néanmoins Garibaldi ne se laissa pas arrêter par cette circonstance, 3,100 hommes durent monter à bord du Torino, 1,200 à bord du Franklin.

Le 19 août, à 10 heures du soir, ils quittèrent Taormina, et le lendemain vers 2 heures du matin ils furent en vue de Melito, entre le cap deir Arrai et le cap Spartivento. Non loin du premier de ces promontoires le Torino donna sur un écueil ; du reste, dès le commencement, le capitaine de ce vaisseau avait été considéré comme une ^ personne en qui l’on ne devait point mettre une confiance illimitée. Garibaldi fit aussitôt mettre à terre toutes les troupes que portait le Torino, et le Franklin dut chercher à sortir le Torino de sa position dangereuse, mais il n’y put réussir. Garibaldi se rendit donc à bord de ce dernier, pour se diriger sur le Faro et en rame-

lier le secours nécessaire; au delà du cap Armi, il croisa deux navires de guerre à vapeur napolita ins, T.4 quila et la Fulminante ; ceuxci aperçurent bientôt le Torino et commencèrent à 1e canoniier; lorsqu’ils virent qu’il ne se faisait aucun mouvement surson bord, leurs équipages l’abordèrent, le pillèrent et y mirent le feu. Pendant ce temps, Garibaldi entendant le feu des vaisseaux napolitains comprit que les secours qu'il allait chercher au Taro arriveraient dans tous les cas trop tard; il se fit mettre à terre sur la côte de Calabre pour rejoindre la division Bixio. Il fit aussitôt après marcher les troupes débarquées contre Reggio par la grande route qui longe le rivage de la mer. Bixio tenait la droite, et Eberhard la gauche; Missori, qui avait appris la descente opérée par Garibaldi, l'avait rejoint avec une partie de sa colonne et reçut l’ordre de prendre part à l’attaque de Reggio.

Les habitants de cette ville, lorsqu’ils eurent appris le débarquement du Capo dell’ Armi pressèrent le commandant napolitain de la place de ne pas engager la lutte dans les rues et de ne pas exposer ainsi la ville au pillage.

Le commandant, pour tenir compte de cette prière, ne fit occuper que le fort, et prit position avec 1,000 hommes environ sur les bords d’un ruisseau qui coule au sud de Reggio. Le 20, dans l’après-midi, la division Bixio rencontra les avant-postes napolitains, qui se replièrent sur leur ligne principale après une courte escarmouche; le 21 août, Bixio attaqua cette ligne : l'aile droite des royaux seule fit quelque résistance, et par suite la brigade Eberhard éprouva des pertes relativement assez fortes ; les troupes de Bixio lui-méme souffrirent du feu du fort. Lorsque les Napolitains virent leur aile droite enfoncée, et la colonne de Missori paraître sur les hauteurs à l'est du fort, ils battirent en retraite sur toute la ligne, et se jetèrent en partie dans le fort, en partie dans la ville et ses environs.

Le fort fit au commencement mine de vouloir se défendre, mais dès le 22 il arbora le drapeau blanc, et entama des négociations qui aboutirent promptement à sa reddition; le 23 au matin, la garnison sortit avec ses armes et ses bagages personnels, laissant entre les mains de Garibaldi, avec la place elle-même, 8 pièces de campagne, 2 paixhans de 80, b paixhans de 36, 14 mortiers, 8

antres pièces de position, 500 fusils et beaucoup d'autre matériel de guerre.

Immédiatement après la victoire de Reggio, qui coûta à l’armée du sud une perte de 147 morts et blessés, Garibaldi avait fait marcher une partie des troupes qui venaient de prendre part au combat dans la direction du nord le long de la mer. — D’un autre côté, Cosenz et Medici avaient embarqué autant de troupes à Torre di Faro que le leur permettait le nombre de bateaux qu’ils avaient à leur disposition, aussitôt que, le 21, ils avaient entendu le canon de Reggio, et dans la nuit du 22, ils avaient abordé dans la contrée de Scilla : de là, apprenant que les Napolitains se concentraient près de Piale et de S. -Giovanni, ils avaient marché aussitôt vers le sud sur les hauteurs de Costa di Motaiti qui dominent Piale.

Briganti en effet, avait réuni ses propres troupes et une partie de la brigade Mellendez près de Villa S. -Giovanni.

Le 23 an matin, les Napolitains se virent entourés du côté du sud et du côté du nord par les troupes de l’armée du sud, dont le cercle se resserrait toujours davantage sur eux : les avant-postes des royaux commencèrent à une grande distance un feu parfaitement inutile contre les garibaldiens : ceux-ci>ne répondirent pas, et sans lâcher un coup de fusil, Garibaldi fit sommer Briganti d’avoir à se rendre.

Bientôt l’agitation et l'inquiétude se montrèrent dans le camp des royaux : ni officiers ni soldats ne témoignaient d'une grande envie de se battre. Vers le soir, fut conclue une convention' d’après laquelle les soldats napolitains déposeraient leurs armes et pourraient partir pour se rendre où bon leur semblerait. On calcule que de cette manière 9,500 hommes en tout, soit de ceux qui se trouvaient à Villa S.-Giovanni, soit des troupes non engagées du général Mellendez, se dispersèrent par suite d’une espèce de capitulation qui se reproduisit encore plus d’une fois pendant la marche rapide de Garibaldi sur Naples. Il n’est donc pas sans intérêt de dire ici en quoi consistaient ces capitulations : les officiers étaient toujours renvoyés avec leurs armes et leurs propriétés : pour la plupart ils n’avaient rien de plus pressé que de se séparer de leurs soldats, sur lesquels ils ne possédaient plus aucune autorité, dès que les liens matériels de la discipline .se trouvaient brisés.

Jl

6l dans raffeclion, l'estime ou raltachement desquels ils avaient fort peu de conliaiicé. Très-peu d'olliciers passèrent dans les rangs de Garilialdi; le plus grand nombre cherchait à rentrer le plus vite possible à Naples, pour voir s’il n’> restait pas encore quelque chose à faire dans leur intérêt. Il ne passa guère plus de soldats que d’ofliciers à Garibaldi ; les soldats. ceu\ du moins qui n'appartenaient pas aux régiments étrangers, placés à cet égard dans une tout autre position, ne songeaient qu'à regagner leurs foyers et à rejoindre leurs parents, leurs familles. Ils marchaient disséminés en petites troupes, par étapes irrégulières, le long des routes de la Calabre, de la Basilicate et de la Principauté, souvent mélangés de la manière la plus désordonnée, ayant sur leurs talons les bataillons de Garibaldi , faisant des haltes là où la fatigue les leur imposait, ou bien où la commodité les leur conseillait, vivant dans les auberges de leur argent, aussi longtemps qu'il leur en restait, puis volant et mendiant, même auprès des garibaldiens; les maladies n'éclatèrent pas encore parmi eux à cette époque-là : ce ne fut que plus tard que les maladies contagieuses se déclarèrent dans ces masses errantes, au delà du Volturne, où chaque auberge, chaque hameau, chaque hutte se transforma en hôpital, empestant au loin l’atmosphère. Les troupes étrangères, contraintes il est vrai par la nécessité, puisqu'elles ne connaissaient ni le pays, ni la langue et qu’elles ne pouvaient chercher d'autre patrie dans le territoire napolitain que sous les drapeaux du roi, tinrent beaucoup mieux que les troupes nationales, et ne furent pas d'ailleurs aussi promptement que celles-ci abandonnées par leurs oflicicrs.

Les gens renvoyés dans leurs foyers par Garibaldi ne manquèrent pas, partout où ils se trouvaient, de donner une grande envie aux autres soldats napolitains encore réunis sous les drapeaux, de suivre à leur tour cet exemple à la première occasion qui se présenterait, et contribuèrent ainsi quoique indirectement au triomphe de Garibaldi.

800 hommes de ceux qui avaient capitulé à Reggio et à Piale demandèrent à être transportés à Naples ; ils n’avaient voulu se rendre qu’à cette condition. Garibaldi, sans marchander avec eux, les fU embarquer sur le Franklin, et le 25 août ils entrèrent, sous pavillon parlementaire, dans le port de la capitale pour yannon-

cer les victoires de Garibaldi et y chanter les louanges du vainqueur.

Tout ce qui se retira avec un certain ordre des colonnes de Briganti et de Mellendez, sans avoir capitulé à Reggio ou à Piale, s’élevait à 1,800 hommes des 1", 13' et 14' régiments de ligne, du 1" bataillon de chasseurs et du 2' régiment de lanciers.

Il est incontestable qu’il faut faire entrer en ligne de compte avec les éclatants succès de Garibaldi bien des faits déplorables et honteux de la part des Napolitains. Si les généraux napolitains et leurs oITiciers eussent été des hommes braves, les succès de leuradversaire auraient été une impossibilité absolue. Mais c’est une trèsgrande erreur de croire que Garibaldi ait manœuvré avec de l’argent pour acheter des traîtres. Garibaldi n'avait point d'argent, et les perpétuels embarras pécuniaires de l'armée du sud ne cessèrent qu’après l'occupation de Naples. 11 est possible que dans telle ou telle occasion quelque coquin de l’armée royale .se soit résolu à une prompte capitulation dans l’espérance de s’appliquer à luiméme, grûce aux circonstances, la caisse do son régiment ou de sa brigade, mais cela n’a pu être encore qu’un cas assez rare, car les caisses de guerre napolitaines ne regorgeaient guère non plus de numéraire. La principale cause de la rapidité des résultats obtenus par Garibaldi doit être cherchée sans aucun doute dans l’étal de corruption de tous les éléments du régime napolitain, dans le manque absolu de confiance qui régnait chez toute la classe éclairée, du civil comme du militaire, et dans la confusion, le manque de résolution qui provenaient de l’ensemble de cet état de choses, assez semblable à celui qui s’était produit en Prusse en 18ÜC. Ces mêmes individus qui, quelques semaines auparavant, malmenaient, du haut de leur grandeur, leurs soldats avec le plus effroyable arbitraire, et voulaient avaler sur la place de manœuvres toutes les armées du monde, étaient devenus plus faibles que des femmes dès que la discipline extérieure physique de la troupe n’avait plus suffi, et qu’il en avait fallu appeler à Vhomme et à sa valeur individuelle. L’armée prussienne d’aujourd'hui, celle qui a pour représentant les < Militarischen Blætler, > ne ferait pas mal de mettre à profit ces souvenirs et cet enseignement.

Le 25 août, le général Briganti traversait à cheval la petite ville de Mileto, an sud de Monteleone, lorsque du milieu d'une bande

de soldats, licenciés par la capitulation de Piale, qui campaient là en désordre, s’éleva le cri de trailre. A ce cri, qui le plus souvent est tout d'abord poussé par ceux qui ont été les premiers à fuir et qui veulent toujours être les premiers sauf lorsqu’il s’agit de rencontrer un ennemi en armes, cette horde tomba sur son général, le mit en pièces et le dépouilla. Des faits semblables doivent être mentionnés par Thistoirc, quelque désireux qu’on puisse être d’en détourner ses regards et de les passer sous silence.

Le 2i août Garibaldixoncentra toute .son armée active, sauf la division Rustow, qui restait encore à Milazzo sur le terrain napolitain, à Scilla. Les troupes prirent position sur la côte, de telle sorte que la tête se trouva formée des troupes qui avaient passé le détroit le.s dernières ; d’abord les brigades Eber et Sacchi, puis la division Cosenz, la division Medici et enfin la division Bixio. L’artillerie, qui depuis les batteries de Torre di Faro avait entretenu les21, 22 cl 23 une vive canonnade contre l’escadre de guerre napolitaine, afin de couvrir le débarquement, dut passer aussi sur la côte de Calabre, où Orsini fut chargé d’établir de nouvelles batteries, de manière à ce que l’armée du sud pût rester absolument maîtresse du détroit.

Avant de raconter la marche de Garibaldi sur Naples à travers la Calabre, la Basilicale et la Principauté, U est nécessaire de jeter un coup d’œil sur l’insurrection de ces provinces, insurrection qui précéda l’armée du sud, et de voir en môme temps quelle attitude l&roi François II, sa cour et son ministère prenaient vis-àvis des événements.

L'insnrrcclloii dan» les provinces napolttalncs de terre feme*

En môme temps que les premières troupes de Garibaldi abordaient sur le continent, l’insurrection éclata sur tout le territoire du roi de Naples : l’armée de Garibaldi ne fut d’abord que le point d’appui de ces soulèvements qui marchaient devant elle. Il est

impossible de suivre dans ses détails chacune de ces insurrections partielles, mais il est nécessaire d’exposer au lecieur leur développement général, ce que nous chercherons à faire en les groupant plutôt d’après les localités que d’après la succession des dates. Nous remarquerons en passant, comme un fait qui s'est reproduit presque partout, que ceux qui se montrèrent le plus actifs dans l’organisation de l'insurrection furent ces agents de Garibaldi qui, aussitôt après le premier débarquement de Missori, se répartirent peu à peu dans les provinces, et quace furent eux surtout qui donnèrent de la force et de l'unité au mouvement.

Dans la Calabre septentrionale la population tout entière s’insurgea à la première nouvelle des victoires de Garibaldi à Reggio et à Villa S-Giovani. A Catauzaro, à Cosenza, à Casirovillari, sur la côte ouest à l’aola et à S-Lucedo, les gendarmes furent expulsés, des fonctionnaires nationaux installés, l’insurrection proclamée au nom de Victor-Emmanuel et de Garibaldi. \ Cosenza se trouvait dans ce moment la brigade napolitaine Caldarelli ; le 20 août le gouvernement de l’insurrection conclut avec ce général une convention d’après laquelle, en abandonnant le superflu de ses armes, il devait se retirer pacifiquement jusqu’à Salerne en onze étapes, et s’engageait à ne point combattre contre Garibaldi. Caldarelli, qui devait entrer à Salerne le ft septembre, commença aussitôt son mouvement de retraite, opération dans laquelle nous le retrouverons dans les premiers Jours de septembre. La garde nationale sc forma dans toute la Calabre; une partie en fut mobilisée, réunie dans des camps, et les dispositions nécessaires furent prises d’une part pour prévenir un retour offensif de Caldarelli, d’autre part, pour rendre la retraite aussi difficile que possible aux troupes royales qui se trouvaient encore coticentrées dans la Calabre méridionale.

Dans la Basilicate, le colonel Camille Boldone avait déjà ra.sscmblé le 17 août 5 à (iOO hommes sur le Monte-Cerreto, et il annonça qu’il allait marcher sur l’otenza. Il ne se trotivait dans ee chef-lieu de province qu’un fort détachement de gendarmerie napolitaine, commandé par le capitaine Castagna. L'autorité insurrectionnelle de Potenza avait conclu avec le capitaine Castagna un compromis d’après lequel il ne devait pas attaquer, s’il voulait qu'on le laissât lui-même en repos. Sur l’avis donné par Boldoni,

Castagna sortit de la ville le 18 aa matin pour engager en dehors du chef-lieu la lutte avec les insurgés; de la ville un détachement de garde nationale l’observait : vraisemblablement dans la convio tion, du reste assez fondée, que la garde nationale ferait cause commune contre lai avec Boldoni, dès que celui-ci paraîtrait et le mettrait ainsi entre deux feux. Castagna fit tout d'un coup face en arrière et attaqua la garde nationale, ou pour nous exprimer plus exactement, se trouva engagé avec elle dans un combat qui dura fort longtemps dans les rues, où il y eut des deux parts des morts et des blessés, et qui se termina lorsque Boldoni arriva devant la ville par la dispersion des gendarmes de tous les côtés.

Le 19, un gouvernement prodictatorial fut institué à Potenza au nom de Victor-Emmanuel, roi d'Italie, et de Garibaldi, dictateur des Deux-Siciles ; ce gouvernement déclara légitime l’insurrection de la Lucanie, nomma le colonel Boldoni chef des forces lucaniennes, et ordonna l’établissement d'une junte d’insurrection dans chaque commune. Un tiers de la garde nationale devait être immédiatement mobilisé.

Boldoni s'occupa en conséquence de la réunion et de l’organisation de ces forces, occupa les passages les plus importants pour couvrir Potenza et fit paraître une instruction pour la guerre de partisans : dès lors toute la partie septentrionale de la Basilicate se souleva, — Fito déjà avait donné l'exemple le 19, et il fut également suivi par la partie nord-ouest de la Terre de Bari, qui se joignit à l'insurrection lucanienne ; de Spinazzola il arriva à Potenza un contingent de bandes armées. Le bas clergé se prononça en grande partie pour le mouvement, et l’ouest de la Basilicate s'insurgea bientôt comme le reste de la province et son chef-lieu. Boldoni interdit la formation de tout corps armé sans son autorisation, mesure qui avait pour objet de contrecarrer des armements réactionnaires. L’insurrection gagna ensuite les troupes elles-mêmes. Sur l’appel de Castagna, le 0' régiment de ligue dut partir de Salerne pour Potenza ; il quitta cette ville aux cris de • vive Victor-Emmanuel ! vive Garibaldi ! » Il marcha cependant jusqu'à Auletta, mais arrivé là, la majorité des soldats se refusa à passer les limites de la Basilicate et à combattre contre leurs concitoyens. Le régiment dut être rappelé le 20 août à Salerne.

Dans la Capitanate, l'insurrection avait éclaté le 17 à Foggia.

Deux escadrons de dragons qui s’y trouvaienl et devaient comprimer le soulèvement firent cause commune avec lui. Le commandant militaire de IWpulie, le général Flores, envoya de Bari à Foggia deux compagnies du 13' de ligne; mais ces troupes, à peine arrivées, firent de même que les dragons. Flores se rendit en personne à Foggia, mais il n’y obtint aucun résultat; comme pendant ce temps Bari et les autres villes de l’.\pulie s’étaient révoltées, Flores concentra ses troupes, tout au moins ce qu’il en avait encore sous la main, et il se relira hors de r.\pulie, sur la frontière de la Principauté Ultérieure, où il pensait pouvoir prendre une position plus forte et compter sur l'appui d’un parti royal assez considérable. Toute l’Apulie se trouvait donc libre : elle s’organisa aussitôt pour soutenir Garibaldi.

De son côté le gouvernement insurrectionnel de la Basilicale, dès qu’il avait vu sa position assurée, s'était hâté d’user de toutes ses ressources pour porter à son tour le mouvement dans la Principauté par le moyen d’agents qu’il poussa même jusque dans la Terre de Labour et les Abruzzes. Le 25 août, Eboli, la Sala et le district de Cilenlo se soulevèrent dans la Principauté Citérieure; les royaux laissèrent faire tranquillement, mais ils ne virent plus la chose du même œil quand la révolution apparut jusque dans la Principauté Ultérieure. Ce fut l’enclave papal de Bénévent qui bougea le premier; puis des corps francs se rassemblèrent au sudest de la Terre de Labour, autour d’ Alise et de Piedimonle, et le bruit courait qu’ils se proposaient d’attaquer Avellino. Cela aurait coupé les communications de Salerne avec le général Flores et avec tous les corps qui se trouvaient encore dans les Abruzzes. Au nord de cette province commandait le général Benedictis : induit en erreur par les rumeurs qui circulaient, ainsi que par l'apparition de navires suspects dans l’Adriatique, il avait concentré ses troupes tout à fait au nord et établi .son quartier général à Ciula-Nova. Pour assurer les communications entre Salerne et Arriano, on envoya de Salerne à Avellino une forte brigade, commandée par le général Perez, qui y arriva le 26.

La ligne de défense occupée vers la fin du mois d’août par les troupes royales était donc celle de Salerne à Arriano par Avellino. Sur celle ligne, on comptait environ 20,000 hommes, et un chiffre à peu près égal en arrière de Salerne, sur la ligne allant de

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cette ville à Naples par Nocera, ainsi qu'aux environs de la capitale; c'était sur ce point que se trouvaient la plus grande partie des troupes étrangères. Comme réserve de cette armée de 40,000 hommes figuraient les garnisons des deux forteresses de Capoue et de Gaëte et différents détachements dans les Abruzzes, 15,000 hommes environ, puis le corps de Benedictis sur l'Adriatique, 8000 hommes; ce qui portait le total des forces de François II sur la ligne de défense de Salerne à Arriano, et en arrière de cette ligne à 63,000 hommes au moins. En outre, deux corps se trouvaient dans ce moment engagés dans le sud ; c’étaient d'une part la brigade Caldarelli, 4000 hommes, en marche de Potenza à Salerne, ainsi que nous l’avons déjà dit, et le corps du général Viale, en Calabre, évalué à 12,000 hommes, et qui servait de réserve aux brigades disparues de Mellendez et de Briganti. Si ces deux corps parvenaient à opérer leur jonction avec le gros de l’armée rojafe, François II pouvait, à la fin d’août, opposera Ga- . ribaldi un effectif de 80,000 hommes.

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