‹ La guerre italienne en 1860Chapitre 14 sur 32 · Fraa^oia II et «on gonveraement pendant le moi« d'aoAt · texte numérisé non relu

Fraa^oia II et «on gonveraement pendant le moi« d'aoAt

Jusqu’au débarquement de Garibaldi en Calabre, les choses avaient continué à suivre à Naples le cours que nous avons indiqué plus haut.

Le roi était faible et incapable de toute résolution, hors d’état d’agir énergiquement dans le sens de la réaction, tout comme de se jeter d’une manière décidée du côté de la liberté ; — le ministère était composé d’éléments hétérogènes, et dans son sein se trouvaient même des gens qui n’avaient pu y entrer qu’avec l’intention d’user de cette position pour renverser d’autant plus facilement le trône des Bourbons. François II cherchait à maintenir un reste d’autorité en ne cédant qu’à demi aux réclamations de son ministère, en môme temps qu’il suivait un système tout semblable vis-à-vis d’autres exigences. Pendant que d’un côté ou

lui recommandait d'envoyer en exil tous les hommes qui passaient pour des réactionnaires déterminés, de l’autre on faisait fêter l’anniversaire de la reine-mére, odieuse à Naples, et qui se trouvait à Gaéte avec tout son entourage. Il s'en fallut peu que cela n’aboutit à des troubles sérieux; cependant il n'y eut pas de tapage, mais l'illumination, à demi ordonnée, manqua complètement. et la représentation de gala ne put avoir lieu au thédtre, tous les acteurs qui devaient jouer ayant trouvé cent prétextes pour s’en dispenser. La haine qui se déclara le 30 juillet seuteraent contre la personne de la reine Marie-Thérèse, se manifesta hientêt comme un sentiment général à l'égard de toute la race des Bourbons. Nunziante, qui avait été exilé comme réactionnaire, mais qui d’ailleurs était suspect depuis longtemps de faire partie lie la conspiration, non garibaldienne, mais cavourienne contre la dynastie napolitaine, ou contre la royauté de François II tout au moins, se montra ouvertement partisan de Cavour aussitôt qu'il eut mis le pied sur le sol de la France, et bien d’autres généraux parlèrent tout haut le même langage que lui. Que pouvait-on attendre des troupes dans de pareilles circonstances ? Personne ne croyait plus ù la continuation de la dynastie des Bourbons. Le peuple de Naples, une grande partie des fonctionnaires, môme des employés de la police regardaient déjà Garibaldi comme un libérateur, et la chute de François II ne paraissait plus être qu'une question de temps. La presse disait tout sans crainte comme sans danger ; les portraits et les bustes de Victor-Emmanuel et de Garibaldi étaient partout dans les rues, tandis que personne ne voulait entendre parler de ceux du roi ni de la reine.

Longtemps François II se flatta de la vaine espérance que la France et le Piémont mettraient obstacle à une invasion de Garibaldi dans les provinces de terre ferme; il se figurait môme avoir reçu de ces deux puissances des promesses positives à ce sujet. Il connaissait la lettre que Victor-Emmanuel avait adressée à Garibaldi, et avec ses idées sur l’autorité royale, il était loin de supposer qu'un homme comme ce flibustier osât désobéir à l’ordre d’un souverain. Le roi, dji reste, et son gouvernement, — ce dernier sauf quelques exceptions, — n’avaient jamais voulu admettre, quoi qu’on eut pu leur dire, que ce ne fût pas sur l’ordre de Cavour que Garibaldi avait entrepris toute l’expédition de Si-

cile, et que Garibaldi eût, au contraire, agi en rt-alité de son chef et avec ses seules forces.

François II fut rdveillé de ses illusions sur la sécurité de ses provinces de terre ferme par les premières nouvelles certaines qui arrivèrent à Naples, le II août, sur le débarquement de Mis- -sori. Naturellement on ignorait encore dans la capitale qui avait opéré le passage et quelles étaient les forces des assaillants. François Il fit appeler auprès de lui Fambassadeur français, M. Brenier, et lui parla des promesses qu’il croyait lui avoir été faites par l’empereur Napoléon et par Cavour. M. Brenier déclara naturellement qu’il ne savait pas le premier mot de semblables promesses. Lé jeune roi lui demanda alors son avis sur ce qu’il avait il faire. L’ambassadeur lui conseilla de se mettre aussitôt en personne à la tète de son armée et de marcher à la rencontre de Garibaldi, en confiant Naples et ses envirotis à la surveillance du ministre de la guerre Pianelli et de la garde nationale. Banale cas où l’armée, malgré la présence du roi à sa tête, se laisserait battre, il pourrait toujours quitter son royaume et chercher un asile sûr auprès d’un souverain ami : dans tous les cas cette manière de faire serait la plus honorable, la plus digne d’un roi, et sa magnifniue capitale demeurerait à l’abri des horreurs de la guerre. — Le roi répondit i Brenier qu’il suivrait son conseil dès que ses troupes auraient remporté un premier succès, mais qu’il voulait attendre auparavant cette circonstance favorable. Autant eût valu dire qu’il ne voulait pas se mettre à l’eau avant de savoir nager.

On a beaucoup parlé de Vliéroïsme de François II. Les partisans de l’obscurantisme et du despotisme, qui ont inventé ce roi-héros, peuvent d’autant plus aisément le présenter au monde avec cette auréole, et finir, à force de répéter leurs louanges, par les faire admettre dans tout l univers, qu’il n’est pas agréable à des hommes de cœur d’attaquer l’infortune : or, ces gens ont mis à profit l’infortune de François II pour chanter leur ho.sannah à la gloire de l’héroïsme royal de leur client. Mais cette falsification de l’histoire ne saurait être tolérée, et quelque pénible que puisse nous être cette lâche, nous nous .sentons obligés par notre devoir à mettre de côté ces instincts généreux qui portent le cœur de

l'homme au respect du mafliqjil* pour rétablir une vérité historique que ces déclarations affectas tendent à détruire.

Si François II avait été réellç^Wiit un roi-héros, ou pour parler plus modestement s'il avait eu dans le caractère le moindre vestige d'héroïsme, il aurait immédiat’^ent suivi le conseil de Brenier, il se serait mis à la tête de soi^ymée, il est vrai, sans l’arrièrepensée de se sortir delà lutte »près la première bataille perdue; un héros aurait préféré une fi^^orieuse à une existence sans honneur.

Le 1 1 août, plusieurs des sommités de la réaction s’enfuirent encore de Naples, entre autres le général Filangieri, qui, en qualité de ministre de François II, avait ojiposé au rétablissement de la constitution la plus opiniâtre résistance, et qui dans ce moment cherchait à faire croire à tout le^nde que c'était lui au contraire qui avait poussé le roi à donner cette constitution.

Le août, dans le conseil des ministres, Liborio Romano fit la proposition de représenter au roi la nécessité, dans le dangereux état où se trouvait le royaume, de consulter et d'entendre son ministère responsable sur toutes les questions qui se rapportaient à la direction de la guerre, Spinelli .se chargea de faire au roi cette demande. Celui-ci répondit que la constitution lui donnait le droit de décider en ce qui concernait la guerre ou la paix, et qu'il agissait conformément à la constitution. C’est une chose remarquable que l’exacte connaissance que les souverains ont toujours des articles de constitutions où se trouvent consacrés pour eux quelque droit ou quelque privilège.

Sur cette réponse de François II, Liborio Romano et quelquesuns de ses collègues voulurent donner leur démission, mais le ministère s’y opposa; Liborio Romano se rabattit alors sur une seconde proposition d’après laquelle il serait adressé au roi, par lettre, une instante demande que la ville de Naples ainsi que ses environs ne devinssent en aucun cas le théâtre de la guerre. On discuta assez longtemps cette question dans le ministère sans arriver à une résolution. Liborio Romano, aussitôt qu'il eut l'occasion de voir le roi personnellement, lui fit le plus triste tableau de la situation, lui dit quels étaient les sentiments de la population, et lui déclara catégoriquement qu’elle regardait la chute de la domination des Bourbons comme inévitable, quoi que pût ou voulût faire

François II. Il chercha de plus à détruire dans son esprit toute confiance dans l’armée napolitaine; François II persista à garder néanmoins cette confiance, mais il ne fit pas la moindre chose pour se convaincre de ses véritables sentiments, non plus que pour améliorer ou relever, autant que cela aurait été encore possible, le moral de l’armée.

En même temps le ministère demandait au roi l’éloignement de Naples du comte Aquila, son oncle. Il était accusé de tenter le renversement du gouvernement existant; on avait trouvé des portraits de lui avec cette souscription : « Vive le Régent ! » on avait saisi des armes qui avaient été envoyées ;i Naples par ses ordres; un coup de feu tiré le dimanche précédent dans la rue de Tolède, avait été interprété comme un signal, bien que rien absolument n'eût été la conséquence de ce soi-disant signal. Bref, le comte Aquila devait être A la tête d’une conjuration, seulement on ne savait pas si elle se rattachait ou non aux intrigues de Cavour. Le roi céda, et le 15 août le comte dut s’embarquer « chargé d’une mission pour l’Angleterre. »

La brusque apparition de Garibaldi dans le port de Castellamare et l’audacieuse tentative que dans la nuit du 13 au 14 août il fit pour enlever le vai.sseau de ligne le Monarca, avaient mis Naples tout entier en mouvement. Un seul coup de fusil tiré dans la rue an milieu de cette incroyable agitation aurait pu cau.ser le plus grand désordre et entraîner des conséquences incalculables. Les uns redoutaient, les autres espéraient un prochain débarquement de Garibaldi dans le port même de la capitale. Le commandant de la place de Naples la mit de nouveau en état de siège, et en faisant appel au bon esprit de la population, il défendit tout rassemblement de plus de dix personnes : tout attroupement de ce genre qui ne se disperserait pas à la seconde sommation, devait être dissous parla force des armes ; les réunions secrètes étaient interdites d’une manière absolue, et dans ces réunions l’on faisait rentrer même les comités qui s’étaient formés en vue des prochaines élections ou qui, pour mieux dire, avaient pris ces élections pour prétexte, car en réalité, personne à Naples ne croyait sérieusement qu’il dût y avoir une élection quelconque avant l'arrivée de Garibaldi. Ritucci interdit aussi le port des armes ; les armes A feu, les armes blanches, et môme les cannes d'un trop fort calibre étaient égale-

ment prohibées, aussi bien que toute accumulation de pavés dans les rues, ou toute espèce de cris séditieux sur les places ou dans les rues de.la ville. Le même jour, la police invita par des alliches apposées au coin de toutes les rues les habitants de la capitale à ne pas prendre peur s’ils entendaient le lendemain malin le bruit du canon; ce devait être seulement la fête de Napoléon. Par la même occasion, les élections au Parlement étaient ajournées jusqu’au 30 septembre : six semaines de retard qui devaient être fécondes en événements.

Le 21 août on eut à Naples la certitude du débarquement de Garibaldi au Capo dell’ armi. Ce fait suflil pour faire disparaître le peu de confiance qui avait pu jusque-là se maintenir dans la eoniinnation du gouvernement de b'rançois II. Nous donnerons ici à nos lecteurs deux documents qui peignent parfaitement la situation.

Le 22 août, le ministère transmit au roi l'adresse que voici :

< Sire!

• Les circonstances extraordinaires dans lesquelles se trouve le pays, la situation extrêmement dilTicile dans laquelle nous ont mis à l'extérieur comme à l’intérieur les insondables décrets de la Providence, nous imposent vis-à-vis de Votre Majesté les devoirs les plus sacrés et les plus pénibles, cl nous engagent à vous adresser un langage libre et respectueux comme témoignage solennel de notre dévouement à la cause du trône et du pays

» Nous déclarons que la situation est des plus dangereuses : nous en faisons la preuve. Par la coïncidence d’une quantité de causes profondément regrettables et sur lesquelles nous préférons tirer un voile, nous voyons celle glorieu.se dynastie fondée par le magnanime Charles III, et qui a duré cent vingt-six ans jusqu’à Votre Majesté, dans le cœur de laquelle s’épanouis.<cnt les plus belles fleurs des vertus morales et religieu.ses, nous voyons celte dynastie réduite par le sort des temps et la méchanceté des hommes à ce point que le retour d’une confiance réciproque entre le peuple et le prince n’est pas seulement devenu difficile, mais même impossible.

< Nous nous bornons à constater un fait social sur lequel il ap-

partiendra à la poslérilé et à l'histoire de prononcer. Mais au point où nous nous voyons arrivés, nous considérons comme de cotre devoir de proposer et de conseiller à Votre Mtgeslé ce qui suit :

t Que Votre Majesté s’éloigne pour quelque temps du pays et «lu palais de ses ancêtres.

• Qu’elle institue comme régence temporaire un ministère digne de toute conflance.

• Nous sommes forcés de reconnaître combien sont urgentes ces mesures. Ni nous, ministres de la couronne, ni personne autre n’est en étal de changer ou de modifier à cet égard l’opinion publique, il ne nous reste que la douloureuse nécessité de nous en ouvrir librement, mais tristement à Votre Majesté.

• Pourrions-nous ne tenir aucun compte de celte expression générale de la méliance publique qui se fait jour de toutes parus et qui pénètre malheureusement dans les masses, et, ce qui est pire encore, dans une partie de l'armée de terre et de la Hotte, qui sont cependant et qui doivent être la dernière garantie du trône et de l'ordre social.

« Nous sommes fermement convaincus. Sire , qu'il n'est pas plus en notre pouvoir'de modifier l'opinion publique que de la dédaigner; et en fait, dans des temps comme ceux-ci, la force matérielle demeurera toujours nulle et sans effet, si elle n'est pas appuyée par l'opinion publique, si elle ne reçoit pas de celle-ci sa véritable efficacité. Et ce n’est pas là tout ; aux inextricables difficultés de la situation intérieure viennent se joindre celles de la situation extérieure. Nous nous trouvons en présence de l’Italie, qui s’est jetée dans la voie de la révolution avec le drapeau de Savoie à la main, c’est-à-dire appuyée du cieuret du bras d’un gouvernement qui est solidement constitué et qui est représenté par la plus antique dynastie de l’Italie. Tels sont les dangers, telle est la menace qui, par la volonté du sort, pèsent sur le gouvernement de Votre Majesté.

< D'un autre côté, le Piémont ne marche pas seul et sans appui. Les deux grandes pui.s.sances occidentales, la France et l’Angleterre, bien que pour des motifs et dans des buts différents, étendent sur le Piémont leurs mains protectrices. Garibaldi n'est

évidemment que rinstrumeut de celte politiqac maintenant toutepuissante.

€ Ces circonstances une fois données, nous voulons chercher quelle route il faut suivre pour sauver l’honneur, la dignité et l'avenir de la dynastie que représente Votre Majesté.

• Supposons le cas d’une résistance poussée jusqu’au.x dernières limites; nous devons avant tout avouer à Votre Majesté que nous tenons les éléments de cette résistance pour singulièrement affaiblis, vacillants et incertains. Quel compte le gouvernement peutil faire sur la marine royale qui, disons-le franchement, est en pleine décomposition ? Et l’on ne peut avoirmne confiance plus grande dans l’armée de terre, qui a brisé elle-même tous les liens de la discipline et de la subordination et qui ne peut plus servir dans une guerre régulière.

« Lequel des chefs de cette armée en prendrait la responsabilité avec une conscience nette? Et le petit noyau qui reste des troupes étrangères ne peut guère inspirer plus de confiance que l'armée nationale. Ce ramassis d'hommes armés qui sont dépourvus de tout sentiment d'honneur militaire, et qui n’ont aucun attachement sincère pour Votre Majesté, ne serait propre qu’à éveiller la défiance des soldats nationaux, des citoyens honorables, en menaçant tout sans rien garantir.

« Lequel des conseillers clairvoyants de la couronne pourrait approuver le combat et la résistance, alors que la lutte n’aurait d'autres appuis que des éléments aussi inconsistants, aussi incertains, aussi vermoulus? Dans tous les cas, des flots de sang devraient couler, et même en admettant une victoire momentanée de l’armée et du gouvernement de Votre Majesté, cette victoire. Sire, serait un de ces malheureux triomphes qui sont pires que cent défaites, une victoire achetée au prix de la dévastation de vos provinces et d'un torrent de sang répandu, une victoire qui soulèverait l’opinion de toute l'Europe et ferait la joie de tous les ennemis de votre maison, une victoire qui peut-être ouvrirait un abîme entre vous et les peuples qui ont été confiés par la Providence à votre cœur paternel.

< Si donc nous nous voyons engagés par l'honneur et par notre conscience à rejeter le parti de la résistance, de la lutte et de la

guerre civile, quelle résolution sera assez sage, honorable et humaine pour être vraiment digne d’un descendant de Henri?

« La seule résolution que le sentiment de nos devoirs nous permette de conseiller à Votre Majesté est ;

t Que Votre Majesté s’éloigne pour quelque temps du pays et du palais de ses ancêtres, et qu’elle institue comme régence temporaire un ministère honorable et capable d'inspirer toute confiance.

« A la tète de ce ministère, vous ne placerez pas un prince de la famille royale: sa présence, pour des motifs que nous ne voulons pas expliquer ici, suffirait j)our empêcher la confiance publique de se rélablir, et ne serait point en même temps une garantie suffisante pour les intérêts de la dynastie. Vous placerez plutôt à la tête du ministère un homme qui soit généralement connu et honoré, et qui mérite aussi bien la pleine confiance de Votre Majesté que celle du pays. En même temps que Votre Majesté s’éloignera de sou peuple, elle lui adressera quelques paroles loyales et magnanimes qui seront pour lui un témoignage de votre cœur paternel et de votre noble décision d’épargner au pays les horreurs de la guerre civile. Vous invoquerez le jugement de l’Europe, et vous déclarerez attendre du temps et de la justice de Dieu le retour de la confiance de votre peuple et le triomphe de vos droits légitimes.

■ Tel est, Sire, le conseil que nous devons donner à Votre .Majesté avec la franchise d'une bonne conscience , et c’est le seul que nous pouvons donner. Nous avons la confiance que Votre Majesté ne dédaignera pas des avis respectueux et éclairés qui ont pour but d’assurer l’honneur et la dignité de la dynastie, en même temps que l’ordre public qui se trouve en danger.

« Si par malheur Votre Majesté, dans sa sagesse, ne croyait jm devoir accepter ce eonseli, il ne nous resterait rien autre à faire gu’à renoncer à la haute dignité dont Votre Majesté nous avait honorés, attendu gUe nous devrions y voir la preuve que nous ne jouissons pas de la confiance de notre souverain. »

Le second document que nous avons mentionné est une lettre adressée au roi par son oncle, le comte de Syracuse, en date du 24 août, et qui était ainsi conçue :

«Sire! si précédemment ma voix s’est élevée pour conjurer les dangers qui menaçaient notre maison , et si alors elle n a pas été entendue, permettez cependant, aujourd'hui qu’elle annonce des périls encore plus grands, qu’elle pénètre jusqu’au fond de votre âme et qu’elle ne se perde pas au travers de conseils à la fois imprudents et pernicieux.

• La situation de l’Italie est devenue tout autre. Le sentiment de l’unité nationale a fait des pas de géant dans les quelques mois qui ont suivi la prise de Palerme; il a enlevé à Votre Majesté cette force sur laquelle reposent les États; il a rendu impossible votre alliance avec le Piémont. C’est avec un sentiment d'horreur analogue à celui qui s’était manifesté lors des massacres de Sjrie et avec une effrayante unanimité que les populations de l’Italie septentrionale ont repoussé les ambassadeurs de Naples, et que l’on nous a abandonnés à la triste épreuve du sort des armes, seuls , sans aucun allié, livrés ù la haine des masses qui se levaient sur tous les points de l’Italie avec un cri de malédiction , ameutées contre notre maison devenue l’objet de la répulsion générale. Pendant ce temps, le feu de la guerre civile a entamé les provinces du continent; cette guerre civile entraînera avec elle votre dy- ' naslie jusqu’au fond du gouffre, sur le bord duquel de déplorables conseils font depuis longtemps marcher la postérité de Charles III.

Le sang versé inutilement inondera encore les villes du royaume, et vous, Sire, qui avez été un moment l'espérance et l’amour de votre peuple , vous serez regardé avec horreur comme la seule cause d'une guerre fratricide.

« Sire! il est encore temps. Sauvez votre maison des malédictions de l’Italie entière ! Suivez l’exemple de notre royale tante de Parme, qui, aux premières lueurs de la guerre civile, a aussitôt délié scs sujets de leur serment de fidélité et les a rendus maîtres eux-mûmes de leur sort. L’Europe et ses peuples vous tiendront compte de ce noble sacriûce, et vous. Sire , vous pourrez élever avec confiance vos regards vers Dieu, qui reconnaîtra la magnanime action de Votre .Majesté.

t Trempé dans l’infortune, votre cœur s’ouvrira aux généreux sentiments de l’amour de la patrie, et vous bénirez le jour dans lequel vous aurez pris la magnanime résolution de vous sacriûer vous-méme à la grandeur de l’Italie !

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« En vous adressant ces paroles , Sire, j'accomplis un devoir sacré que m'impose mon expérience , et je prie Dieu qu'il vous éclaire et vous rende par là digne de ses bénédictions.

• De Votre Majesté, l’oncle dévoué,

« Léopold, comte de Syracuse. •

Ainsi donc l’oncle même du roi lui conseillait de faire le sacrifice de sa couronne à la grandeur de l’Ilalie : en fait, un pareil acte, accompli librement et énergiquement, et alors que la possibilité d'une résistance existait encore, eût pu réhabiliter les Bourbons aux yeux de l'Europe. Une résistance héroïque, dans laquelle le jeune roi aurait mis en jeu sa propre personne, eût été également digne de sympathie. Mais, comme nous allons le voir, François Il ne sut choisir ni l’un ni l'autre de ces deux chemins, qui tous deux eussent été dignes d’un roi. Le ministère, dans son adresse, conseillait seulement au roi de quitter Naples lemporairevient. Évidenuuent, il ne manquait au conseil du ministère que la franchise du comte de Syracuse : l'auteur de l'adresse était Liborio Romano, et il est absolument invraisemblable que Liborio Romano ait pu supposer que François II, après avoir une fois quitté le pays, pourrait jamais rentrer à Naples. Liborio Romano voulait éloigner le roi uniquement afin de n’ètre pas contrecarré par celui-ci, et de pouvoir livrer Naples ou à de Cavour ou à Garibaldi, suivant les circonstances et suivant que l’un ou l'autre serait plus promptement à portée de tendre la main pour saisir le cadeau.

Avant de dire comment François II se comporta vis-à-vis de l’adresse de sbn ministère, nous avons à mentionner quelques événements qui se passaient en même temps et qui contribuent pour beaucoup à expliquer l’ensemble de la position , lors même qu’au premier abord ils ne paraissent pas être en relation avec elle.

Le 3 août Garibaldi, pour faire échec aux intrigues cavouriennes, avait de son chef promulgué le Statut piémontais comme loi fondamentale de la Sicile, et ordonné la prestation du serment de fidélité à Victor-Emmanuel, mais sans fixer encore de terme précis. Ce ne fut que le 21 août, c’est-à-dire après que le débarquement de Garibaldi sur le continent fut connu, que de .Martin»

protesta contre cet acte auprès des puissances étrangères au nom du gouvernement napolitain. Il résulte clairement de là que, pendant un certain laps de temps, le gouvernement de Naples fut parfaitement résolu à abandonner la Sicile au roi Victor-Emmanuel, à la condition que celui-ci voudrait et pourrait s’opposer au débarquement de Garibaldi sur le continent. Ce ne fut qu’au moment où l'on vit que celte supposition était dénuée de tout fondement que l’on revint à Naples sur le consentement tacite donné jus(|u'alors à l’occupation de la Sicile.

Le gouvernement piémontais avait envoyé quelques vaisseaux de guerre ayant à bord un certain nombre de bersagliers dans le port de Naples, sous le prétexte de protéger ses ressortissants établis dans cette capitale contre les éventualités qui pouvaient se produire; mais il est vraisemblable ((u’en même temps et surtout il s’agissait pour lui d’avoir là quelques bonnes troupes sous la main, dans le cas où la révolution de palais qu’il attendait arriverait à bien. Chose singulière, précisément le soir où l'on apprit le débarquement de Garibaldi, c'est-à-dire le 21 août, une certaine quantité de bersagliers furent mis à terre : excités contre les Piémontais, des soldats de la garde royale les attaquèrent, et il s’entama une espèce de combat de rues auquel prit bientôt part la garde nationale, mais en faveur des bersagliers. Deux de ces derniers furent blessés dans la lutte. Aussitôt l’amba.s.sadeur piémontais, M. de Villamarina, réclama une satisfaction qui lui fut immédiatement accordée; les soldats de la garde napolitaine furent mis en jugement devant un conseil de guerre , et les bersagliers reçurent 20,000 francs d’indemnité.

En même temps, une autre demande de satisfaction se produisit avec non moins de vivacité. On se rappelle que lors du tumulte du 28 juin l’ambassadeur français, M. Brenier, avait reçu une ble.ssure; à celle époi|ue, celui-ci n’avait pas réclamé autre chose, sinon que .M. La Greca réglerait celte affaire avec M. Thouvenel à son arrivée à Paris, où il se rendait comme ambassadeur du roi de Naples. M. Brenier reçut la nouvelle de M. Thouvenel que La Greca n’avait rien réglé du tout relativement à cette question, et le ministre, des affaires étrangères du cabinet des Tuileries lui donnait en même temps carte blanche pour agir désormais à ce sujet comme il l’entendrait. Brenier réclama là-dessus que la conr

(le Naples envovfil à Paris une ambassade extraordinaire pour y porter des excuses formelles; il demanda de plus le cordon de Saint-Janvier pour M. Thouvenel et un dcidommagemenl pécuniaire complet pour tous les Français qui, de manière ou d’autre, avaient souffert du bombardement de Palerrae. Tout lui fut de suite accordé, et le duc de Cajanillo partit avec une lettre de regrets de François II pour Napoléon III, sur le concours duquel on persistait toujours, à la cour de Naples, à conserver quelques espérances.

C'était le 22 août, ainsi que nous l'avons dit, que le ministère avait transmis au roi l’adresse que nous avons reproduite plus haut. François II réclama 18 heures de réllexion; après ces 48 heures, il ne se résolut ni û abdiquer, ni à accepter la démission de ses ministres. Cette démission leur fut refusée sous toutes sortes de prétextes, et le ministère resta nanti de diverses questions parmi lesquelles la plus importante consistait dans un projet de neutralisation de la ville de Naples, et dans les négociations à suivre relativement à ce projet.

En attendant, au fond, François II s’était complètement jeté dans les bras de la réaction : sa belle-mère et ses frères de mère, les comtes de Trani et de Caserta avaient entièrement le dessus à la cour; on tramait une grande conspiration dont les fils n’allaient pas seulement jusqu’à leur résidence de Gaëte, mais bien jusqu’à Rome. Le 30 août, un coup d'État devait remettre le pouvoir absolu entre les mains de François II; l’armée, appuyée sur celle de Larnoricière, qui dans certaines circonstances données pouvait opérer de concert avec elle, devait être aussitôt menée à la rencontre de Garibaldi. Pour paralyser l’action de Liborio Romano et du ministre de la guerre, Pianelli, le général réactionnaire Cutro-, fiano, devait d’abord être nommé commandant déplacé, et Ischitella, qui avait pendant quelque temps quitté ces fonctions, être rappelé au commandement de la garde nationale. Ces nominations eurent effectivement lieu le 27, et le 28 Cutroflano proclama de nouveau l’état de siège. Nous ne pouvons mieux caractériser les tendances du parti réactionnaire qu’en donnant à nos lecteurs le texte d’un manifeste adressé au roi, manifeste qui fut imprimé succinctement, et qui devait être jeté dans le public le 30; il était ainsi conçu ;

« Lp peuple napolitain à son roi François II.

« Lorsque la patrie est en danger, le peuple est en droit de demander à son roi qu’il la défende ; car les rois sont faits pour les peuples, et non les peuples pour les rois. Nous devons leur obéir, mais ils doivent nous comprendre et nous protéger; c’est dans ce but que Dieu ne leur a pas donné seulement un sceptre, mais aussi une épée.

« Aujourd'hui, Sire, l’ennemi est à vos portes, la patrie est en danger. Depuis i mois, un aventurier, à la tête de bandes ramassées dans toutes les nationalités, a pénétré dans votre royaume et a répandu le sang de nos frères. La trahison de quelques misérables l’a secondé; une diplomatie plus misérable encore l’a soutenu en même temps dans ces criminelles tentatives. Encore quelques Jours, et cet aventurier nous imposera son Joug odieux ; nous ne connais.sons que trop bien ses intentions, et vous aussi. Sire, vous les connaissez; du reste, cet homme n’en fait pas mystère. Sous le prétexte de vouloir réunir ce qui n’a Jamais été uni, il veut faire de nous des Piémontais, nous enlever notre catholicisme, et après avoir anéanti la religion, établir dans nos provinces un gouvernement républicain sous la féroce dictature d’un Mazzini dont il sera le bras et le glaive.

« Mais, Sire, depuis des siècles nous sommes Napolitains. Votre immortel aïeul, Charles 111, nous a arrachés au joug des étrangers ; nous voulons rester Napolitains, vivre et mourir Napolitains, avec cette belle et sage civilisation que nous a donnée ce grand roi Et quoi? Le fils de Ferdinand ne saurait pas tenird’une main ferme le sceptre qu’il a reçu de son père de glorieuse mémoire ? Le fils de Marie-Christine nous abandonnerait honteusement à son ennemi ? L’eançois II, en un mot, notre souverain bienaimé, n’aurait pas le courage et la force du moindre des rois? Non, Sire, non! cela ne peut être!

« Sire, sauvez donc votre peuple! Nous vous le demandons au nom de la religion qui vous a sacré comme roi, au nom des lois qui vous ont transmis le sceptre de vos prédécesseurs, au nom du droit et de la Justice qui vous imposent le devoir de veiller assiduement à notre bien, et de mourir, s’il le faut, pour sauver votre peuple.

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« Nous vous répétons, Sire, que la patrie est en danger, et qu’elle réclame de vous à haute voix, quatre choses :

« 1° Votre ministère vous trahit ; ses actes le prouvent, ses relations avec Judas et Pilate le témoignent; chassez vos ministres, et mettez à la tête des affaires des hommes choisis, honorables, dévoués à votre peuple, à la couronne, à la constitution.

• 2“ Beaucoup d’étrangers conspirent contre votre trône, contre votre nation. Chassez ces étrangers du royaume.

« 3“ Il se trouve dans votre capitale de nombreux dépôts d’armes. Ordonnez le désarmement.

• 4® Toute la police est vendue à vos ennemis ; mettez à sa place une autre police honorable et Adèle.

« Voilà, Sire, ce que réclame de vous votre peuple napolitain ; votre armée vous est aussi dévouée qu’elle est brave ; lirez l’épée et sauvez le pays I Lorsque l’on a le droit et la justice, l’on a aussi Dieu pour soi I

• Vive notre roi François II ! Vive la patrie I Vive la constitution ! Vive la brave armée napolitaine J »

Personne ne contestera à cet appel sa chaleur, son énergique vivacité ; mais qu’il ait été dicté par une influence cléricale et qu’il n’y eût que fort peu de sérieux dans ses fréquentes invocations à la constitution, cela se voit et se sent à une bonne distance; pour nous, ce document est particulièrement intéressant en ce qu’il nous montre ce qu’il faut penser de la manière d’agir d'un roi à qui ses propres partisans ne paraissent pouvoir dire que des in- • jures. '

Vis-à-vis de ce manifeste, qui fut secrètement imprimé et qui ne devait jamais voir le jour, on nous permettra d’en mettre en regard deux autres pris parmi les nombreux appels du parti révolutionnaire, et qui, eux, étaient au môme moment publiquement affichés à tous les coins de rue de Naples pour annoncer à la capitale l'arrivée de Garibaldi.

t Le dictateur Garibaldi s’avance à la tôle de 14,000 hommes au travers de la Calabre; les troupes royales se joignent à lui, ou fuient au seul éclat de son épée. La révolution qui a éclaté dans la Basilicale, trouve un écbo dans le cœur de tous les amis de la patrie, et se répand avec la rapidité fulgurante de la pensée, de

province en province De l'extrémilé de la Calabre jusqu’à Salerne, les chaînes des Bourbons maudits sont brisdes pour toujours.

« Frères, descendons de nos montagnes sur lesquelles n’a jamais disparu l’amour de la patrie et de la liberté ; renversons dans notre élan les ennetais de Fltalie : combattre pour l’unité et la liberté de l’Italie, est le plus ancien, le plus ardent désir de nos âmes. Debout t Le moment est décisif, la victoire certaine, car notre cause est sacrée, et la Providence combat avec nous. Vive l’unité de l'Italie! Vive Victor-Emmanuel! Vive notre dictateur Garibaldi ! >

Voici maintenant une autre de ces proclamations :

e Napolitains! Il est temps d’en finir avec la postérité de Charles I|I : vous savez maintenant ce que c’est que le droit divin, et vous n’avez rien, plus absolument rien à faire avec lui !

« L’homme qui vous gouverne ne s'appelle pas François II: non ! son noraesl ifmesse, ht haine était son père, ia trnhisou son grand-père, le mensonge son arrière-grand-père.

« Nous ne parlons pas de sa grand’raère et de son arrière-grand’mère, de Messaline et de Sapho, afin que nos filles n'aient pas à rougir.

• Napolitains, il y a déjà trop longtemps que vous entendez résonner dans vos rues le cri allemand neréi ? et que vous réimudez : esclaves I

• • II est temps que ce cri se fasse entendre : C/a ta là ? et que

vous puissiez répondre : citoyens.

« De tous côtés l’on entend le cri des armes et le cri de • vive l’Italie! » Vous seuls paraissez sourds et muets.

• Reggio, Polenza, Bari, Foggia sont en pleine insurrection. Vous seuls considérez l’incendie national d'un œil aussi calme que s’il vous était indifférent.

« Napolitains ! craignez de venir trop tard ; craignez que lorsque vous viendrez enfin, la Lombardie, la Sicile, la Basilicate, la Calabre, ne vous crient d’une voix de tonnerre : Arrière ! bâtards de l’Ilalie ! vous n’fites plus nos frères, vous n'appartenez plus à la sainte famille.

« Napolitains aux armes ! >■

Pendant que se croisaient dans la ville de Naples, les unes publiquement, les autres clandestinement, ces allocutions, si passionnées et si diverses, de Martine avait soumis à l’ambassadeur français, Brenier, le projet de la neutralisation de Naples et de ses environs, les troupes royales devaient évacuer la ville qui resterait sous la protection du peuple et de la garde nationale, ainsi que des escadres des puissances étrangères.

Ce projet servait le parti royaliste sous tous les rapports: d’abord il donnait au roi quelque apparence de céder aux nombreuses sollicitations qui lui avaient été adressées d’épargner au moins les horreurs de la guerre à sa capitale; ensuite il pouvait on retirer toutes ses troupes pour en disposer au dehors, livrer d’abord au sud une première bataille Garibaldi, puis s’il ne parvenait pas à le vaincre dans cet engagement, .se retirer derrière le Vollurne pour y tenter de nouveau le .sort des armes ; enfin si les puis.sances étrangères acceptaient dans toute son étendue le projet qu’il leur soumettait, elles s’engageaient en mémo temps à ne pas permettre à Garibaldi d’entrer à Naples, c’est-à-dire à agir contre lui dans certaines circonstances données, et François II obtenait enfin ainsi cette intervention sur laquelle il s’était obstiné à mettre toutes ses espérances.

L’ambassadeur français se déclara parfaitement d’accord avec le projet, sans doute parce qu’au premier abord il reconnut qu’il ne serait jamais mis à exécution ; l’ambassadeur anglais se déclara tout aussi positivement contre cette idée, parce qu’il la prit plus au sérieux que son collègue et qu’il voulait empêcher à tout prix que l’Angleterre se trouvât engagée à accepter quelque obligation de nature à lui être dans tous les cas fort dé.sagréabie à remplir.

Mais quelque accueil que lissent les puissances à la proposition qui leur était faite, son but principal, celui que seul on pouvait avouer, savoir l’intention d’épargner la capitale et de diminuer le sang versé ne pouvait en réalité être atteint que si Garibaldi luimême acceptait cette neutralisation de Naples. Et Garibaldi avait beau être l'humanité personnifiée, il n’en restait pas moins trèsdouteux que même à ce point de vue de l’humanilé il consentit ù accepter une semblable proposition. Elle lui coupait d’abord une quantité de ressources dont il avait le plus pressant besoin pour son armée ; de plus celte circonstance était très-propre à faciliter

l’élahlissement des troupes royales dans les fortes positions du Volturne et plus loin dans celles du Garigliano, et à rendre bien plus difficile à Garibaldi l’enlèvement de ces obstacles, en sorte qu’en définitive elle pouvait amener une effusion de sang encore bien plus considérable que celle qu’eût coûté la prise de la capitale elle-même.

On pouvoit bien toujours demander à Garibaldi ce qu’il pensait de l’idée de neutraliser Naples; mais s’il le fallait absolument, si l’on voulait faire faire à celte question un pas vers sa solution, l’ambassadeur piémontais fit l’offre de se rendre personnellement auprès de Garibaldi et de chercher à obtenir son assentiment; mais le légat du pape et l’ambassadeur d’.\utriche ne voulurent pas entendre parler de se trouver dans le cas do négocier au nom de leurs gouvernements respectifs avec le flibustier, et tout le projet acheva de tomber dans l’eau lorsque l’ambassadeur piémontais, Yillamarina, ajouta qu’il allait sans dire que préalablement il devrait demander à son souverain son autorisation pour la médiation dont il avait proposé de se charger.

Sur ces entrefaites, dans la nuit du 28 au 29 août, le ministère, dont rame était toujours Liborio Romano (qui ne se regardait plus comme ministre de François II depuis la demande de démission du 22 août, estimant avoir assez fait par cette adresse vis-àvis de sa conscience, et qui ne travaillait plus que dans les intéréLs de Garibaldi, parce que c’était à ses yeux le plus rapproché en même temps que le plus actif des compétiteurs de la succession de François II), ce ministère eut connaissance des plans de conjuration tramés par le roi et parla cour. Sur la dénonciation d’un imprimeur, on découvrit la proclamation réactionnaire dont nous avons donné le texte, et l’on en saisit un certain nombre d’exemplaires sur un prêtre français qui se trouvait en relations intimes et continuelles avec la cour de Rome.

Le ministère communiqua immédiatement cette découverte au roi, ce qui était du reste assez inutile, celui-ci sachant fort bien à quoi s’en tenir à cet égard ; il se trahit même devant ses ministres en affirmant qu’il était à sa connaissance que le prêtre français en question avait déjà quitté Naples; cela n’avait pas encore eu lieu : il avait été arrêté et Liborio Romano refusa de le mettre en liberté, même sur la demande de l'ambassadeur français. — Le

30 août les minisires conseillèrent encore une fois an roi de quitter Naples et d'instituer une régence d’après les motifs qu’ils lui avaient donné le 22 ; ils demandèrent en outre, pressés par les chefs de bataillon de la garde nationale, l’éloignement d’Ischilella et de Cutroflano des postes que l’on venait de leur confier ; à la place de Cutrofiano ils voulaient mettre le général Viglia, anti-bourbonien déclaré, et à la place d’Ischitella le général de Sauget, libéral très-raisonnable. Ils demandèrent une réponse positive à leurs exigences avant le 31 août à 11 heures du matin.

La découverte du complot réactionnaire pour lequel tout était préparé n’aurait peut-être pas suffi à elle seule pour en empêcher l’explosion; mais il entrait dans le plan des conjurés que François II se montnU lui -même dans les rues de Naples au moment où le mouvement aurait éclaté : or cette espèce de signal convenu manqua, François II ayant été informé le 30 au matin qu’on lui avait d’autre part organisé une réception avec des bombes Orsini, en sorte qu’il ré.solut de ne pas sortir de son palais.

En attendant, il ne voulut pas accorder à son ministère la nomination des généraux ^iglia et de Sauget, et déclara pouvoir tout au plus condescendre ù remplacer Cutroflano par le général Cataldo. Les ministres donnèrent de nouveau leur démission qui cette fois fut acceptée Le conseiller Ulloa fut cbargé de la formation d’un nouveau cabinet ; mais comme on dut reconnaître immédiatement que ce ne seraitpaslûunechose facile, le ministère Liborio Romano consentit à continuer d’expédier les affaires courantes jusqu’au moment où aurait été formé le nouveau cabinet, mais sous la condition que Cutrofiano ne pourrait donner aucun ordre sans I l’avoir communiqué au ministère et sans avoir obtenu son approbation. Du reste, pendant ce temps, Garibaldi volait plutôt qu’il ne marchait au travers des Calabres, et un nouveau cabinet à Naples devenait chose fort superflue.

Ajoutons*^ que le gouvernement piémontais, éprouvé par les nouvelles de la course victorieuse de Garibaldi, multipliait ses efforts pour provoquer dans la capitale de l’Italie méridionale, avant l’arrivée du héros national, une révolution annexioniste et cavourienne destinée à l’exclure, — que, tandis que le comte de Syracuse quittait Naples pour se rendre à Turin, le général Nunziante, passé à la solde de Cavour, amené dans le golfe de Naples

par un vaisseau piémonlais, jetait dans la ville une proclamation annexioniste à l’armée napolitaine , — enfin que de nouveaux soldats de Victor-Emmanuel étaient embarqués ù Gênes à destination de Naples, — et Ton se fera une idée assez exacte de l’incrovable confusion qui régnait dans la capitale de François II durant les derniers jours du mois d’août.

Nous pouvons maintenant revenir û la marche de Garibaldi.

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