marpbe Hnr Kaplra
Penda?it le combat de Villa San-Giovanni et de Piale, le général Viale s’était avancé avec une partie de ses troupes de Monteleone sur Bagnara, et avait donné lui-méme au brigadier Ruiz l’ordre d’attaquer les garibaldiens. Celui-ci s’était refusé à hasarder celle attaque avec le petit nombre de troupes dont il disposait. Viale, là-dessus, s’était replié su^ Monleleone, où il .s’était mis au lit, malade, et avait immédiatement demandé sa démission en voyant dans quelle déroute se trouvaient les corps de Briganti et de Melendez, et en apprenant que les renforts qui lui étaient destinés avaient, été empêchés par les habitants du pays d’opérer leur débarquement à Paola. La mutinerie prenait d’ailleurs à chaque instant des proportions jilus considérables parmi ses soldats, et .se traduisait par des actes d’insubordination qui dénotaient le mépris le plus caractérisé à l’égard des olTiciers.
A la place de Viale, ce fut le général Ghio qui prit le commandement du corps réuni à Monteleone, lequel comptait encore un effectif d’au moins I2,0(i0 hommes ; ù la nouvelle de la capitulation de Caldarelli, sur la jonction duquel il ne pouvait dès lors plus absolument compter, Ghio se mit aussitôt en mesure d’opérer sa retraite; il se serait volontiers embarqué au Pizzo afin d’éviter la nécessité d’une marche dangereuse à travers la Calabre; mais comme il manquait de transports, il fallut bien qu’il se décidât à exécuter son mouvement par terre ; le 28, il arriva à Tiriolo; le 29, il continua sa retraite jusqu’à Soveria-Manelli, à l extréme frontière septentrionale de la Calabre. A partir de Ti-
riolo, la roule consulaire court, tantôt s’élevant, tantôt s’abaissant, entre les deux torrents du Lamato et du Corace, qui descendent de la contrée de Soveria-Manelli ; au nord de cette double localité se raccordent les deux chaînes de hauteurs qui se prolongent le long du cours des deux torrents que nous venons d’indiquer. A partir de ce point de raccordement, les pentes sur lesquelles est situé Soveria-Manelli s’abaissent dans la direction du sud. Ce fut sur ces versants que, par un choix singulier, Ghioprit position pour attendre l’armée de Garibaldi. Cette position pouvait facilement être tournée par les hauteurs par des détachements de ce dernier qui se trouvaient ainsi parfaitement placés pour tomber précisément sur les derrières des troupes royales. La décision de Ghio paraîtra plus étrange encore si l’on songe qu'il avait déjA à dos des forces ennemies, c’est-à-dire les insurgés de cette partie de la Calabre, les corps francs du brigadier Slocco, qui avait devancé de beaucoup l’arrivée de Garibaldi afin d’organiser militairement l’insurrection dans cette province.
Garibaldi, précédant vivement ses propres troupes, suivait à la piste la retraite de Ghio, non sans gagner encore le temps de faire çà et là une excursion pour se convaincre par ses yeux de la situation et des dispositions du pays.
Ghio avait à peine quitté Tiriolo le de grand matin, que Ga^ ribaldi y arriva à son tour, et fut informé de l’intention du général napolitain de se battre à Soveria-Manelli, ainsi que du mauvais esprit qui désorganisait scs troupes. Garibaldi fil aussitôt -expédier par le télégraphe un ordre à tous les syndics de la Calabre Ultérieure, pour que ceux-ci le fissent parvenir aux chefs de tous ses détachements. Tous les corps de l’armée du Sud devaient, d’après cet ordre, en quelque lieu qu’ils se trouvassent, marcher aussi rapidement que possible sur Tiriolo pour s’y concentrer. Dans le courant de la journée, Garibaldi reçut encore des nouvelles de Stocco, qui le renseignait au sujet des positions qu’il avait déjà occupées à dos de Ghio sur les points les plus favorables des montagnes, ainsi que des rae.sures qu’il avait prises pour rendre à ce dertiier à peu près impossible toute retraite ultérieure s’il ne remportait pas auparavant une victoire complète. Les Calabrais avaient barricadé avec la plus grande intelligence tous les chemins creux, et à portée de ces barricades avaient éla-
bli sur les hauteurs de véritables batteries garnies non de pièces d'artillerie, mais de blocs de rochers qui devaient être précipités sur la tète des royaux. Ces préparatifs de combats de montagnes rappellent vivement à l’esprit l’époque héroïque des guerres des Suisses, et surtout Morgarten et les batailles livrées parles Appenzellois pour leur liberté. Garibaldi vit de .suite qu'il pourrait porter là un coup décisif à rennemi, et il télégraphia de nouveau le ' soir un second appel à ses troupes en arrière, dans lequel, après les avoir louées de leurs précédents efforts, il les excitait à ramasser encore une fois toutes leurs forces, car dans les vingt-quatre heures les destinées de l’Ilalie allaient se décider.
Partout où cet ordre atteignit les troupes, elles firent réellement des efforts surhumains, et cependant. Jusqu'au 30 au matin, les détachements les plus avancés avaient pu seuls arriver jusqu'à Tiriolo, qui est encore éloigné de Soveria Alanelli de près de trois milles allemands.
Le 30 août, de grand matin, Garibaldi s'avança vers Soveria avec fort peu de monde, mais il quitta la route avant d’atteindre cette localité, et se mit à la recherche des corps francs de Stocco, qu'il trouva sur les hauteurs au nord, et qu'il vit bientôt descendre des montagnes de tous les côtés contre les positions des royaux. Bientôt la fusillade s'entama ; elle continua pendant plusieurs heures sans grand résultat. Garibaldi fit sommer le général Ghio d'avoir à capituler, il refusa. Il fallut bien que Garibaldi attendit qu’au moins son avant-garde arrivât de Tiriolo; il avait déjà ex- ()édié plusieurs estafettes pour presser la marche, mais la tâche était décidément trop rude pour ces hommes harassés de fatigue. Cependant, vers midi, parut l’avant-garde de la division Cosenz, forte de 1,500 hommes environ, et elle prit position au sud de celle des Napolitains. Cela suffit pour décider Ghio à accepter la capitulation; il pouvait, avec beaucoup de bonne volonté, se dire qu'il était cerné de tous côtés.
Cette capitulation eut lieu aux mômes conditions que celle de Mellendez et de Briganti; elle valut à Garibaldi 10,000 fusils, 12 pièces de campagne, environ GOü chevaux et mulets et un maU'ricl de guerre important et de toute espèce.
A ce moment, la division Rustow entra à son tour en ligne. Le 20 août, elle avait reçu l'ordre de marcher de Milazzo à Torre di
Faro pour s’y embarquer. Comme son organisation était achevée, elle partit le soir même et arriva le 28 août à Torre, en trois jours de marche, qui servirent en même temps à exercer la troupe; le 29, de bonne heure, les deux brigades Milan et Parme furent embarquées pour se diriger sur le golfe de St -Euphémie ; la brigade Bologne dut attendre, faute de moyens de transport. Le même jour, à midi, la peur qu’inspira aux capitaines des navires un vaisseau de guerre napolitain, qu’ils prétendirent avoir vu croiser dans ces parages, força les deux brigades à débarquer à Tropœa, qui est environ à trois jours de marche de Soveria-Manelli ; elles partirent dans ta nuit, de Tropœa : le 30, à midi, elles étaient réunies à Monteleone ; de là, elles se rendirent au Pizzo, où elles s’embarquèrent de nouveau, pour arriver le 31 à Paola. Formant l’aile gauche de l'armée, elles se trouvaient déjà, par suite de leurs marches par la voie de mer, en avant du gros de l’armée, de deux à trois étapes, Garibaldi ayant dû rester encore une bonne partie de la journée du 31 dans la contrée deSoveria- Manelli, pour mettre à exécution la capitulation du général Ghio.
Le 1" septeinbre, le général Türr arriva à Paola. Le corps de Rustow fut réuni, par un ordre de Garibaldi, à la 15' division que commandait Türr ; toutes les troupes de ce corps qui se trouvaient à Paola durent, autant du moins qu'y pouvaient sullire les transports que l'on avait sous la main, s’embarquer aussitôt pour Sapri, pour gagner une avance encore plus considérable, et former l'avant-garde de Tarraée tout entière. Le soir même, 15Ü0 hommes environ, c’est-à-dire toute la brigade Milan et une partie de la brigade Parme, le reste de celle-ci devant suivre aussitôt que possible, ainsi que la brigade Bologne, restée en arrière, partirent pour Sapri, avec le général Türr, et y arrivèrent le 2 septembre au malin. Ces troupes se trouvaient maintenant de 5 étapes en avance sur le gros de l'armée qui marchait de Soveria-.Manelli sur Cosenza par la route consulaire. Tandis que Türr, le 3 au matin, était allé chercher des ordres de Garibaldi à Lagonegro, et que Rustow s’occupait de l’armement de la garde nationale de la contrée, au moyen des armes qu’avait emportées avec elle l’expédition, Garibaldi lui-même arriva à Sapri par la voie de mer, et donna à Rustow, après un court entretien, l’ordre de partir dès le soir même, avec la brigade .Milan, la seule complète, pour Yi-
boDale, aliti île gagner près de là la grande route consulaire ; les brigades l'arme et Uologne devaient suivre, au fur et à mesure qu'elles se compléteraient à Sapri.
La brigade Milan, forte de 900 hommes environ, était le 3 dans la nuit à Vibonate, le 1, au col du monte Cocuzzo, après avoir passé à Fortino, sur la route consulaire sur laquelle depuis ce point elle continua à avancer, suivie à deux et trois jours de marche par les brigades l’arme et Dologne, à quatre et six jours de marche par le gros de l’armée. Le 5, elle dépa.ssa à Sala la brigade royale de Caldurelli, qui avait fait halte à Padula, afin d’observer d'autant mieux les termes de la convention conclue par lui à Cosenza avec les Calabrais et d'après laquelle il ne devait point combattre contre Garibaldi. La marche rapide de la brigade Milano lui coupant dès lors toute retraite sur Salerne, Galdarelli capitula définitivement avec Garibaldi.
Le 0, la brigade .Milano était à Aulctla, et 1e 1 à F.boli. Ce même jour, le dictateur entrait déjà eu personne dans la capitale abandonnée par François^II.
Depuis le 1" septembre, il avait été tenu à Naples plusieurs conseils de guerre des généraux napolitains. La majorité d’entre eux s’était d'abord prononcée dans le sens qu’une bataille était possHile en avant de Naples; quelques-uns seulement avaient osé déclarer ouvertement que telle n'était point leur opinion.
Le premier plan qui fut combiné alors, était d'attendre Garibaldi devant Salerne, sur la plaine qui s'étend entre cette ville et Eboli, et d’y accepter la bataille sur ce terrain ; mais il fut vite abandonné et remplacé par un autre, d’après lequel l’aile droite de l'armée aurait pris position à la Cava, et l’aile gauche à Avellino; à cet effet, les bataillons étrangers qui se trouvaient à Nocera, sous les ordres du général deMechel, avaient été portés en avant jusqu'à Salerne^ où devait commander .\fan de Riveni ; le général Ferez devait commander la gauche à Avellino; la réserve était sous les ordres de Scotli, qui se chargea aussi du commandement en chef, pour autant, cela va sans dire, qu’un autre ne serait pas envoyé an dernier moment.
Ce plan fut conservé jusqu’au 4 au soir; ce jour-là, on apprit à Salerne le débarquement de Sapri; ceux qui évaluaient le moins haut les troupes de Garibaldi qui avaient abordé sur ce point, les
estimaient à 4000 hommes; mais on allait jusqu’à parler de 10,000 hommes. On disait que Caldarelli avait réuni scs soldats à ceux de Garibaldi, et marchait avec lui sur Salerne, que de nouveaux débarquements d’autres divisions de l’armée du Sud allaient avoir lieu encore plus près de Naples. Là-dessus, l’inquiétude et l’esprit de mutinerie s’accrurent parmi les troupes concentrées à Salerne, et se manifestèrent môme parmi les régiments étrangers, où se trouvaient entre autres beaucoup de Bohèmes qui, ainsi du moins qu'ils le prétendirent plus tard, n’étaient en grande partie entrés dans l’armée de François II que pour la désorganiser.
Sur tous ces bruits alarmants François II tint dans la nuit du 4 au 5 septembre un nouveau conseil de guerre. Fort peu de ses généraux persistèrent à se prononcer pour une lutte en dehors de la capitale, et parmi eux pas un n’accepta la responsabilité du commandement en chef lorsque le roi voulut les prendre au mot. Quand, un peu plus tard, on reçut des nouvelles encore plus graves de Salerne et d’Avellino, où l’insurrection en était déjà venue à éclater ouvertement comme à Bénévent, il fut décidé dans un conseil des ministres tenu le 5 que le roi quitterait Naples et se rendrait à Gaëte, où il voulait former un nouveau ministère. Toutes les troupes devaient être retirées derrière la ligne du Volturne et à Capoue, en passant en partie par Naples, en partie par Nola et Caserte, afin d’ôtre reformées et refondues sur cette nouvelle ligne de défense en un tout aussi compact que possible.
Les ordres nécessaires furent donnés aussitôt et la retraite de Salerne et d’Avellino commença. Le G septembre toutes les troupes qui SC trouvaient à Naples furent mises en marche sur le Volturne, à l’exception de quatre bataillons qui restèrent provisoirement dans la capitale. Le roi conûa le maintien de l'ordre et de la sécurité publique à la garde nationale, dont il appela auprès de lui les chefs de bataillon. Il prit congé de ceux-ci par les mots suivants :
< Comme votre ami, allais-je dire, comme notre ami commun Don Peppe (Garibaldi) s’approche, ma tâche cesse et la vôtre comte
mence : conservez la tranquillité ; j’ai donné l'ordre de capituler aux troupes (qui restent encore à Naples). »
Aussitét que la résolution du roi de quitter Naples fut connue, de toutes parts on vit pleuvoir les demandes de démission d’officiers, d’employés civils et militaires : les gens se préparaient déjà de nouvelles places.
Le G septembre au soir le roi s’embarqua avec la reine, suivi de ses parents qui se trouvaient encore auprès de lui, et une suite peu nombreuse, à bord du paquebot de la poste pour se rendre à Gaëte; deux frégates espagnoles l’escortaient; il ne lui restait plus auprès de lui un navire de sa propre flotte de guerre. On avait voulu, déjà quelques jours auparavant, l’envoyer à Gaëte, afin qu'elle ne tombât pas entre les mains de Garibaldi; mais le bruit se répandit qu'en réalité la flotte allait être conduite à Trieste pour y être livrée aux Autrichiens. Là-dessus la plus grande partie des officiers et des équipages se refusèrent à quitter le port de Naples: les vaisseaux du roi de Naples attendaient maintenant Garibaldi.
François II, en quittant sa capitale, laissa derrière lui deux documents ofiiciels, une proclamation et une protestation. Voici d’abord le texte de la proclamation :
« Parmi les devoirs prescrits aux rois, ceux des jours d’infortune sont les plus grandioses et les plus solennels, et je veux les remplir avec une résignation exempte de faiblesse, l’àme sereine et confiante, comme il convient au descendant de tant de monarques.
• Dans ce but, j’adresse encore une fois la parole an peuple de cette métropole, dont je dois à présent m’éloigner avec douleur.
• Une guerre injuste et contre le droit des gens a envahi mes Etats, bien que je fusse en paix avec toutes les puissances européennes.
< Le changement des ordres gouvernementaux, mon adhésion aux grands principes nationaux et italiens ne suffirent pas pour les éloiper; car même la nécessité de défendre l’intégrité de l’Etat entraînera derrière elle des événements que j’ai toujours déplorés. Or, je proteste solennellement contre ces inqualifiables hostilités que les siècles présents et futurs jugeront seuls.
€ Le corps diplomaliqae nsidant près de ma personne a su, depuis le commencement de celte étrange invasion, de quels sentiments mon âme était remplie pour tous mes peuples, et pour celle illustre ville, aün de la garantir de la ruine et de la guerre, de sauver ses habitants et leurs propriétés, les temples sacrés, les monuments, les établissements publics, les collections d’art, tout ce qui forme, enfin, le patrimoine de sa civilisation et de sa gran deur, tout ce qui appartiendra aux générations futures et supérieures aux passions de ce temps.
« L’heure de tenir cette-parole est désormais arrivée. La guerre s’approche des murs de la ville, et c’est avec une douleur ineiïable que je m’éloigne avec une partie de mon armée pour me rendre là où la défense de mes droits m’appelle. L’autre partie demeure pour contribuer, de concert avec fbonorable garde nationale, à rinviolabilité et à la sécurité de la capitale, que je recommande au zèle du ministère comme un palladium sacré. Et je demande à l’honneur et au civisme du syndic de Naples et du commandant de celte même garde citoyenne, d’épargner à cette patrie si chère les horreurs des désordres intérieurs et les désastres de la guerre voisine, et, à cet effet, je concède à ces derniers tous les pouvoirs les plus nécessaires et les plus étendus.
« Descendant d’une dynastie qui, pendant cent vingt-six ans, régna dans ces contrées continentales, après les avoir sauvées des horreurs d’un long gouvernement de vice-roi, mes affections sont ici. Je suis Napolitain, et je ne pourrais, sans d’amers regrets, adresser des paroles d’adieu à mes bien-aimés peuples, à mes compatriotes.
« Quel que soit mon destin, heureux ou malheureux, je leur conserverai de profonds et affectueux souvenirs. Je leur recommande la concorde, la paix, la sainteté de leurs devoirs nationaux. Qu’un zèle immodéré pour ma couronne ne devienne pas un motif de troubles. Soit que, par le sort de la guerre présente, je revienne bientôt parmi vous ou dans quelque autre temps qu’il plaise à la justice de Dieu de me rendre le trône de mes ancêtres, devenu plus splendide par les institutions libres dont je l’ai irrévocablement entouré, ce que/j’implore, dès à présent, c’est de revoir mes peuples unis, forts et heureux.
• Naples, le 6 septembre 1860. « François. •
La prolestation adrcssde aux puissances était ainsi conçue :
« Puisqu’un hardi condottiere , avec toutes les forces dont l’Europe révolutionnaire dispose, a attaqué nos domaines invoquant le nom d'un souverain d'Italie, parent et ami, nous avons, par tous les moyens en notre pouvoir, combattu pendant cinq mois pour l'indépendance sacrée de nos Etals. Le sort des armes nous a été contraire. L’entreprise hardie que ce souverain, de la manière la plus formelle, protestait ne pas reconnaître, et qui pourtant, pendant le cours de négociations tentées pour établir un accord intime, recevait, surtout dans ses Etats, secours et appui, cette entreprise laquelle toute l'Europe, après avoir proclamé le principe de non-intervention, assista indifférente, nous laissant seul lutter contre l'ennemi de tous, est sur le point d'étendre ses tristes effets jusque sur notre capitale.
• D'autre part, la Sicile et les provinces du continent, de longue main et de toutes les manières travaillées par la révolution, dont la pression les a soulevées, ont formé des gouvernements provisoires avec le titre et sous la protection nominale de ce souverain, et elles ont confié à un prétendu dictateur l’autorité et le plein arbitre de leurs destinées.
t Fort de nos droits, fondés sur l’histoire, sur les engagements internationaux et sur le droit public européen, tandis que nous comptons prolonger autant qu’il nous sera possible notre défense, nous ne sommes pas moins décidé à n’importe quel sacrifice pour épargner les horreurs d'une lutte et de l’anarchie à celte vaste métropole, siège glorieux des plus anciens souvenirs, berceau des arts et de la civilisation du royaume.
« En conséquence, nous sortirons avec notre armée hors de ses murs, nous confiant dans la loyauté et dans l’amour de nos sujets pour le maintien de l’ordre et du respect dû à l’autorité.
• En prenant une pareille détermination, nous sentons cependant en môme temps le devoir que nous dictent nos droits anciens et inviolables, notre honneur, l’intérêt de nos héritiers et successeurs, et plus encore celui de nos bien-aimés sujets, et nous protestons hautement contre tous les actes jusqu’ici consommés et les événements qui se sont accomplis et qui s’accompliront à l’avenir. Nous réservons tous nos titres et toutes nos raisons émanant des
traités et des droits sacrés et incontestables de succession. Nous déclarons solennellement tous les événements et tous les faits mentionnés nuis, illégaux et sans valeur, remettant, pour ce qui nous regarde, dans les mains de Dieu tout-puissant, notre cause et celle de nos peuples, dans la ferme assurance de n’avoir pas eu, pendant le temps si court de notre règne, une seule pensée qui n’ait été consacrée ù leur bien et à leur bonheur. Les institutions que nous leur avons irrévocablement garanties en sont le gage.
« Cette protestation sera transmise par nous à toutes les cours, et nous voulons que, signée par nous, munie du sceau de nos armes royales et contre-signée par notre ministre des affaires étrangères, elle soit conservée dans nos royaux ministères d’Etat, des affaires étrangères, de la présidence du conseil des ministres et de grâce et justice, comme un monument de notre constante volonté d’opposer toujours la raison et le droit à la violence et à l'usurpation.
« Naples, 6 septembre 1860.
€ Signé : FliVNÇOlS. »
« Contre-signé : .lacques de Martino. »
Lorsque le roi eut quitté la capitale et qu’il fut connu que Garibaldi arriverait la nuit même à Salerne, les ministres se réunirent assez lard dans la soirée, et décidèrent d’envoyer dès le lendemain malin à Salerne une députation chargée de s’entendre avec Garibaldi pour son entrée à Naples.
Garibaldi qui, jusqu’au 6 septembre, avait marché avec la brigade Milan, l’avait quittée .sur les nouvelles qui lui arrivaient de Naples et de Salerne, et s’était hâté de se rendre dans celte dernière ville, où il était descendu ù l’intendance.
Le 7, à 6 heures du matin, eut lieu un nouveau conseil des ministres. mais auquel ne parurent point Spinelli, de Martino et Pianelli : il y fut résolu de rédiger une adresse à Garibaldi pour la lui transmettre à son arrivée à Naples : il ne fut pas fort difficile de venir à bout de celte ceuvre de rédaction, car Liborio Romano sortit l’adresse toute faite de sa poche.
Aux coins des rues, on lisait une proclamation du préfet de police Bardari, qui préparait aussi de son côté la population à son
nouveau souverain; elle était datée du 0. et Naples était encore occupée par les troupes royales.
Le 7 au matin, après avoir reçu à Salerne la députation qui lui avait été envoyée, Garibaldi télégraphia à Liborio Romano :
• Italie et Victor- Emmanuel I « Au peuple de Naples I
• Aussitôt que le syndic et le commandant de la garde nationale de Naples que j’attends seront arrivés ici, je me rendrai auprès de vous.
« Pans ce moment solennel, je vous recommande l'ordre et le calme qui conviennent à la dignité d'un peuple qui redevient maître de ses droits.
« Salerne, 7 septembre, 6 heures et demie du matin.
« Le dictateur des Deux-Siciles :
< Joseph GAUiit.VLDi. *
Liborio Romano répondit :
• A l’imincibte y&néral Garibaldi, dictateur des Deujc-Siciles f
t Liborio liomano, ministre de l'intérieur et de la police.
• Naples attend votre arrivée avec la plus grande impatience, afin de saluer le rédempteur de Tltalie et de déposer entre vos mains les pouvoirs publics et ses destinées.
• Jusque-là je maintiens l’ordre et la tranquillité. Vos paroles, qui ont été déjà portées à la connaissance du peuple, sont le meilleur gage du succès de mes efforts à cet égard.
• J'attends vos derniers ordres, et suis avec une considération illimitée votre
• Liborio Rom.\."«o. •
A dix heures et demie du matin, Garibaldi, accompagné .seulement d'un très-petit nombre d’ofliciers, monta en chemin de fer près de Vietri, et il arriva à Naples vers midi. Liborio Romano le
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reçut à la gare, accompagné des ministres et des chefs de ministères restés à Naples, et lui adressa l’allocution suivante :
« Général I Vous voyez devant vous un ministère qui a été investi de ses pouvoirs par François II. Nous les avons acceptés dans la conviction que nous faisions un sacrifice pour notre pays ; nous les avons acceptés dans les moments les plus difliciles, dans ces moments où la pensée de l’unité italienne sous le sceptre de Victor-Emmanuel , qui depuis longtemps agitait les esprits des Napolitains, soutenue par votre épée, acclamée par la Sicile, était déjà devenue toule-puis.sanle, où toute confiance avait disparu entre le souverain et les sujets, où de vieilles méfiances, de longues rancunes se produisaient publiquement à la faveur des récentes libertés constitutionnelles, où le pays était profondément ébranlé par l’angoisse que lui faisait éprouver la crainte d’une nouvelle et violente réaction. Dans de semblables circonstances nous avons accepté le pouvoir afin de maintenir l’ordre public, de sauver l'Etat de l’anarchie et de la guerre civile. Tel à été le but constant de nos travaux. Le pays a compris nos intentions et il a su apprécier nos efforts. Jamais la confiance de nos concitoyens ne nous a manqué, et c’est à leur actif concours que nous devons d’avoir vu cette ville préservée d’actes de violence et de destruction au milieu de tant de haine entre les partis.
«Général, toutes les populations du royaume, ici par l'insurrection ouverte, là par la presse, ailleurs par d’autres manifestations, ont témoigné de leur volonté d'une manière assez claire. Elles aussi veulent avoir part à la grande patrie italienne sous le sceptre constitutionnel de Victor-Emmanuel. Vous êtes, général, le symbole le plus haut de cette volonté et de cette pensée, et c’est pour cela que vers vous se tournent tous les regards, et que sur vous se portent toutes les espérances.
« Et nous, dépositaires du pouvoir, citoyens et Italiens aussi, nous transmettons ce pouvoir entre vos mains, certains que vous saurez le maintenir avec vigueur, et que vous saurez conduire avec sagesse ce pays vers le noble but que vous vous êtes donné, qui est écrit sur vos bannières victorieuses, et qui est gravé dans les coeurs de tous, l'Italie et Victor-Emmanuel I >
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Garibaldi remercia Liborio Romano, le nomma « le sauveur de Naples, » lui serra la main, el entra en triomphe dans la capitale au milieu de l’alldgresse de la population.
Parmi les troupes restées dans les forts il se manifesta un instant quelque mouvement, comme si elles voulaient saluer le dictateur à coups de canon, mais rien ne bougea; lorsque Garibaldi, avec le cortège qui le conduisait au travers de la ville, passa devant un poste, l’ofTlcier qui le commandait voulut faire faire feu à ses soldats, mais ceux-ci refusèrent de lui obéir. Garibaldi se rendit d'abord à la cathédrale, puis descendit à la Foresteria du haut du balcon de laquelle il dut haranguer la foule; mais il transporta bientôt son quartier au palais Angri, dans la rue de Tolède.
Les coins des rues se couvrirent aussitôt d’une proclamation de Garibaldi, datée encore de Salerne, et adressée à la chhe population (le \aples :
« Fils du peuple, dit-il, c’est avec un vrai respect et un véritable amour que je me présente à ce centre imposant de populations italiennes que beaucoup de siècles de despotisme n’ont pu humilier ni forcer d£ plier le genou devant la tyrannie.
« Le premier besoin de l’Italie était la concorde, pour arriver il l’unité de la grande famille italienne. Aujourd'hui la Providence a pourvu à la concorde, grôce à la sublime unanimité de toutes les provinces pour la reconstitution nationale. Pourvoyons de même à l’unité ! Elle a donné à notre pays Victou-Emmam el, que nous pouvons appeler dès ce moment le vrai père de la patrie italienne.
« Victor-Emma.m el, modèle des souverains, inculquera à ses .descendants leur devoir pour la prospérité d'un peuple qui le mit è sa tète avec un dévouement enthousiaste.
« Les prêtres italiens, avec la conscience de leur mission, ont pour garantie du respect avec lequel ils seront traités, l’élan, le patriotisme, l’attitude vraiment chrétienne de leurs confrères innombrables, que, depuis les moines bietl méritants de la Gancia jusqu’aux généreux prêtres du continent napolitain, nous avons toujours vus, à la tête de nos soldats, affronter les plus grands périls des batailles. Je le répète, la concorde est la première nécessité de rilalie. Donc, les dissidents d’autrefois qui maintenant
veulent porter sincèrement leur pierre »à l’édifice de la patrie, nous les accueillerons comme frères. Enfin, tout en respectant la maison d’autrui, nous voulons être maîtres dans la notre, que les tout-puissants de la terre le veuillent ou ne le veuillent pas. >
Par le premier décret que rendit Garibaldi à Naples, il réunit toute la flotte napolitaine à l’escadre sarde commandée par l’amiral Persano. Ensuite, il licencia l'infanterie de marine qui, jusque-là, ne lui avait pas été favorable, et qu’il se gagna immédiatement en lui donnant l’autorisation de rentrer dans ses foyers, autorisation dont la plupart de ces hommes profitèrent avec la plus grande satisfaction.
Tandis que Türr suivait rapidement depuis Anlctta les traces du dictateur pour entrer avec lui à Naples, Rustow était arrivé le 7 à Eboli avec la brigade Milan; il y reçut à une heure avancée de la .soirée l’ordre de se rendre à Naples aussi rapidement que cela serait exécutable, et, si possible, dès le lendemain avec sa brigade, afin que le dictateur, dans l’incertitude où il se trouvait encore sur la situation, eut au moins sous la main quelques-unes de ses troupes ; mais il n’était pas très-aisé d’obéir littéralement à cet ordre, bien qu’à partir de Vilri on pût utiliser le chemin de fer, après les marches forcées non interrompues et le plus souvent difficiles que la troupe avait faites depuis le 3 septembre; il no fut pas possible de trouver à Eboli des chars pour transporter toute ta brigade. Pour se conformer à l’ordre qù’il avait reçu, en ménageant ta troupe, Rustow eut recours au moyen suivant : A minuit, un détachement de la garde nationale d'Eholi fut envoyé à Salerne, lequel expédia au-devant de la brigade de Milan tous les chars et véhicules qu’il pût ramasser sur sa route ; la brigade partit à 1 heure du malin d’Eboli, ne mettant d’abord sur les trois chars qu’elle avait pu emmener de cette localité, que ceux de ses hommes qui avaient les pieds le plus endommagés ; au fur et à mesure, le long de la route, les soldats les plus fatigués étaient placés sur les véhicules qu’envoyait le détachement de la garde nationale; à Salerne, les chars furent renvoyés en arrière, pour prendre tout ce qui n’étail pas encore arrivé. Rustow avait devancé la troupe pour recevoir dans le voisinage de celte ville les chars au fur et à mesure, et les renvoyer sous escorte dès qu’ils
n’t'laienl plus nécessaires ; par suite de cette organisation, le 5 septembre, de 3 heures A 8 heures du matin, toute la longueur de la route d'Eboli A Salerne fourmilla de véhicules des plus diverses espèces; omnibus, voitures, et surtout chariots A deux roues attelés de chevaux, de bœufs, d’Anes, et chargés de soldats. On télégraphia A Naples que toute l’armée de Garibaldi se faisait trèsagréablement voiturer vers la capitale, et quelques pédants trouvèrent que ce nouveau système de marthe était bon pour détruire toute discipline. En attendant, à 9 heures du matin, la brigade Milan entrait tout entière A Salerne, dans le plus bel ordre, précédée par le corps de m usique d’un régiment napolitain que Rustow avait trouvé dans cette ville et avait envoyé A sarencontre; quatre heures après, la brigade aurait pu être rendue A Naples, si les chemins de fer napolitains avaient été dans un meilleur état. Afin que la marche fût complètement sûre, il fallut attendre jusqu’A deux heures après midi pour partir de Vietri ; le transport A partir de cette ville devait commencer aussitôt que les troupes y seraient arrivées; il ne put avoir lieu qu’A 6 heures du soir, en raison du manque de wagons; il fallut quatre trains successifs pour amener de Vietri A Noiœra la brigade Milan, renforcée de gardes nationaux mobilisés de la province de la Principauté, formant en tout un effectif de 1200 hommes, en sorte que ce ne fut qu’A minuit que les derniers détachements entrèrent A Nocera, où tous les trains furent réunis de manière A ce que la troupe tout entière arrivAt A Naples A'ia fois. Le 9 septembre, A 2 heures du matin, les premières troupes organisées de Garibaldi entrèrent dans la capitale endormie, et ne trouvèrent que péniblement, après l’avoir traversée dans presque toute son étendue, un séjour provisoire dans la caserne de Pizzofalcone, mêlées A des soldats royaux qui s’y trouvaient encore. Le jour même de son arrivée, comme nous allons le voir, la brigade Milan dut repartir de Naples.
0. L'expédition d'Arfano. L'activité politique de Ciarlbaldl peu dant les premlero Jour» de aa préacnee A \aples.
Kons avons vu comment, sur le seul bruit de rapproche de rarmée de Garibaldi, l'aile droite et le centre de la ligne napolitaine sur Salernc, Avellino et Ariano, s’étaient vivement repliés en arriére. Les royaux avaient entièrement évacué dès le 6 septembre Salerne et Avellino; il n’en fut pas de même à l'aile gauche, qui parut au contraire prendre justement à ce moment une certaine importance. On se rappelle que le général Florès, ' lorsqu'il évacua l’Apulie devant l’insurrection, s’était retiré du côté des frontières de la Principauté Citérieure : en môme temps que le mouvement libéral s’y manifestait, appuyé depuis Bénévent, il y éclatait d'autre part une puissante réaction : le siège principal en était à Ariano, les points accessoires à Monte-Mileto et au bourg situé tout auprès de Torre délie Nocelle ; le meneur était l’évôque d’Ariano, activement soutenu par la masse du clergé. Florès ayant poussé jusqu’à Ariano la brigade Bonannos, forte d'environ 4ü00 hommes, celle-ci fut à peine arrivée que le parti de la réaction, fort médiocrement informé de ce qui pouvait se passer dans le reste de l'univers, se souleva avec fureur, massacra les chefs du parti libéral, qui ne purent s’enfuir à temps, ainsi que leurs familles, des vieillards, des femmes, des enfants, et se livra au pillage, ainsi qu'à tons ces excès que ne commettent ordinairement jamais les soldats, mais qui sont réservés aux masses fanatiques excitées par les prêtres.
A la nouvelle de ces horreurs, les gardes nationales de la partie avoisinante de 1a Principauté où l’insurrection du parti libéral se sentait victorieuse après la retraite des troupes royales, coururent aux armes ainsi que celles de Bénévent où le soulèvement avait triomphé d’une manière complète, puisque les troupes papales, même les gendarmes et les soldats étrangers, avaient en grande partie passé du côté du mouvement unitaire. Le 7, le dictateur, qui était déjà entré à Naples, y entendit le cri d'angoisse de ses partisans dans la Principauté Citérieure. Garibaldi, qui attachait beaucoup d’importance à mettre rapidement un terme à cet état
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de choses, nomma le gi'néral Türr commandant militaire dans celte province pour y t'craser le mouvement rt-aclionnaire, et institua un jury extraordinaire pour juger les auteurs des crimes commis qui seraient faits prisonniers. Comme la brigade Bonannos se trouvait tout près d’Ariano, et que Türr n’avait au commencement i sa dispo.silion que des gardes nationaux, la brigade Milan arrivée à Naples le 9 au matin dut se remettre en marche le même jrmr dans l'après-midi. Elle .se rendit par le chemin de fer ju.sqii’à Nola, et de 1;\ parvint dans la soirée jusqu’à Mugnano et Cardinale. Le 10 elle arriva à Avcllino ; de là Türr s’avança encore jusqu’à Venticane avec les bersagliers et un bataillon montés sur des chars, tandis que Rustovv, avec les deux autres bataillons, suivait en réserve jusqu’à Pratola. En même temps, les gardes nationaux mobilisés flanquaient la marche sur les côtés de la route. Près de Venticane et de Monte-Milelo il y eut quelques coups de fusil, et l’avant-garde de la brigade Milan couvrit l’arrestation de nombreux prisonniers faits par la garde nationale dans les environs de Monle-Mileto ; mais les meneurs de la réaction avaient eu le temps de fuir. Le 11 au matin, Rustovv con-' dnisit la réserve à son tour jusqu’à Venticane, et aussitôt que celle-ci fut arrivée, Türr se mit en mouvement avec l’avant-garde, de nouveau sur des chars, sur Grottominarda. Rustow resta avec la réserve à Campanarella et Venticane dans une forte position, sur la rive gauche du Calore, pour le cas où Bonannos, au lieu d’entrer en pourparlers, oserait engager un combat sérieux, attendu que, dans ce cas, les garibaldiens, vu leur petit nombre, auraient pu être aisément contraints de revenir à une défensive temporaire.
Arrivé à Grottominarda, comme Florès avait fui et avait été arrêté à Montefusco par la garde nationale, Türr somma le brigadier Bonannos d’avoir à se rendre aux conditions ordinairement dictées ou acceptées par Garibaldi en semblables circonstances. Bonannos fit d’abord des dilTicultés ; il voulait obtenir une libre retraite sur Gaëte avec armes et bagages. Sur ces entrefaites, ses soldats, qui avaient cru les garibaldiens encore fort éloignés, lorsqu’ils virent ceux-ci à quelques pas d’eux, commencèrent à manifester une inquiétude évidente, et la majorité ne cachait pas son envie de retourner au logis. Comme d’ailleurs Türr persistait dans ses exigences, Bonannos finit par s’y soumettre. Outre plu-
sieurs milliers de fusils, la capitulation mil entre les mains des garibaldiens quatre pièces de six et environ 150 chevaux, que ceuxci employèrent A la forma lion d’un corps de hussards pour la i5“' division, jusque-là entièrement dépourvue de cavalerie; les quatre pièces de six, de leur côté, furent sa première artillerie. La capitulation avait été conclue le 11 au soir; le iî au matin, la réserve de la brigade Milan commençait déjà son mouvement en arrière, et Rustow qui la commandait atteignit le 13, en suivant la même route par laquelle il était venu, la ville de Nola, où ja brigade devait se réunir pour entrer à Naples et y prendre quelque repos, à ce que l’on espérait. Le désarmement du gros des troupes de Bonannos eut lieu à .4riano: on accorda seulement à la cavalerie de la brigade, deux escadrons de carabiniers royaux, la faveur de marcher armés, montés et en ordre jusqu’à Nola ; mais comme la désertion s’était mise dans les rangs, contrairement aux clauses de la convention, Rustow dut procéder à son désarmement dès son arrivée à Avellino.
Pendant ce temps, il était déjà entré à Naples, à partir du 9 dans l'après-midi, d’autres troupes de l'armée italienne méridionale, d’abord quelques bataillons du corps de Rustow, des brigades Parme et Bologne, puis un plus grand nombre encore d’autres corps et divisions.
Les forts de Naples se rendirent les uns après les autres, et leurs garnisons se retirèrent en partie librement à Capoue et sur le Volturne, en partie se débandèrent pour regagner leurs foyers. La ville était dans un état permanent de fête et d’allégresse.
Garibaldi s’occupait sérieusement de la réorganisation de l’administration : il ne resta dans celle-ci de l’ancien ministère que Liborio Romano; tous les autres ministres furent changés, et, dans cette modification, Garibaldi s’attacha à placer aux affaires des hommes aussi modérés que possible. Le général Cosenz fut désigné comme ministre de la guerre ; Pisanelli fut mis à la jus-' tice. Antonio Ciccone à l’instruction publique, Rodolfo Afllito aux travaux publics, Scialoja, qui se trouvait encore à Turin, aux finances. Andrea Colonna fut appelé au syndicat de la ville. Les ambassades reçurent aussi de nouveaux titulaires : Pier-Silvestro Leopardi fut envoyé à Turin, le marquis deBella à Paris, et Carlo Cattaneo fut nommé au poste de Londres. Si l’on pouvait presque
dire de la plupart de ces fiomraes qu’ils étaient cavouriens, en revanche la nomination de Bertani, comme secrétaire général du dictateur, ne fit pas peu de sensation, et n’en aurait pas fait moins sans doute quand môme Bertani n’aurait pas en même temps reçu, chose singulière, un brevet de colonel.
Les premiers décrets de Garibaldi supprimèrent le cumul de plusieurs emplois par un seul individu, et reconnurent la dette napolitaine; les employés et les olBciers furent rappelés à leur poste; quant aux employés de toutes les provinces, leurs adresses d’adhésion et de dévouement pleuvaient littéralement toutes les heures sur le dictateur; pour les officiers, une ordonnance du ministère de la guerre leur donna dix jours pour faire acte de soumission au nouveau gouvernement; tous ceux qui obéiraient à cet ordre devaient conserver leur grade; ceux qui se mettraient à la disposition du gouvernement avec leur troupe rentrant aussitôt au service actif, et ceux qui arriveraient seuls étant provisoirement mis en disponibilité (à la réserve). Quant à ceux qui n’auraient pas fait dans le terme indiqué acte de soumission, ils étaient cou- • sidérés comme ayant donné leur démission. Nous pouvons faira ob.server ici que ce décret, quoiqu'il ait occasionné aussi une certaine démorali.sation dans les troupes royales, resta cependant • . sans grand effet au point de vue d’une augmentation des forces de Garibaldi ; en effet, les troupes royales qui se trouvaient disposées à quitter leurs drapeaux avec leurs ofiiciers ne le faisaient pas' pour pa.sser sous ceux du dictateur, mais beaucoup plutôt pour pouvoir rentrer dans leurs foyers.
Un décret qui fut parfaitement accueilli fut celui qui supprimait l’ordre des jésuites et déclarait nuis et non avenus tous les contrats hypothécaires ou toutes les transmissions de biens, concernant les possessions de cet ordre, qui avaient été conclus depuis le débarquement de Garibaldi à Marsala. Toutes les propriétés mobilières et immobilières des jésuites furent déclarées propriétés nationales. Il en fut de môme de tous les biens de la maison royale, de ceux qui avaient été rais û la disposition du roi ou désignés comme majorais royaux, ou enfin attribués d’une manière illégale aux serviteurs de la monarchie. Dans ce décret furent aussi compris les biens de VOrdre de CmisUtiue. Ces biens avaient été constitués en nue espèce de fondation comme lidéi-
commis, et en môme temps comme apanages par quelques familles nobles en faveur de lignes et de branches déterminées de ces familles, sons des conditions et des clauses particulières, et l’opinion publique fut très-partagée sur 1a question de savoir si le décret du dictateur à leur égard était bien conforme à la justice, et s’il n’y avait pas là certainement une violation des droits de la propriété privée.
“ D’autres décrets de Garibaldi mirent en liberté tous les prisonniers politiques, ordonnèrent la restitution aux frais de l’Etat de tous les objets qui se trouveraient engagés au.x monts-depiété, et dont la valeur ne dépasserait pas quatre ducats (en- ■ ^ viron dix-huit francs), supprimèrent les fonds secrets pour tous les ministères, prohibèrent la sépulture dans les églises dans l’in- • ' térieur des villes et villages. La suppression de la loterie fut ordonnée pour être mise en vigueur à partir du t" janvier 1861 ; à sa place devaient être établies des caisses d’épargne, et les employés de la loterie durent passer à l'administration de 'ces nouvelles institutions.
ï A la place des précédents intendants de province, furent nom- ' més des gouverneurs avec des pouvoirs plus étendus, tels que les ^ réclamait l’état de transition dans lequel se trouvait le pays; cette mesure témoigne certainement de la part de Garibaldi et de ses conseillers une nette entente des besoins de la situation. Une centralisation exagérée n’aurait pu être tolérée par l’Ilalie dans sa position actuelle, à cause des différences considérables qui existent dans les besoins respectifs de toutes les fractions de territoires qui forment l’ensemble de la monarchie nouvelle ; l’institution des gouverneurs permettait d’apprécier aisément ces besoins divers, et d’en tenir compte provisoirement de la manière la plus simple. Si les hommes politiques de Turin, pour lesquels Garibaldi n’est qu'une tête carrée, un brouillon, un aventurier heureux, étaient seulement de moitié aussi réellement hommes d'Etat que lui, il y a longtemps qu’ils auraient compris ces choses. Mais le fabricant de décrets, Farini, et ses aide-barbouilleurs de papier sont convaincus que, dès que, par ordre, les rubriques A, B, C, etc., etc., de la chancellerie piémontaise, seront seulement reproduites comme au calque, en Lombardie et à Naples, en Toscane et dans la Romagne, tout sera bien, et l’wnité de l’Italie sera une
chose faite. Mais apparente et extérieure n’est assuré-
ment pas runité, et peut au contraire bien aisément devenir le contraire de l’unité. Nous ne prétendons pas nier que parfois on n’ait pas toujours clioisi ic mieux possible ceux dont on faisait des gouverneurs, et que par suite, dans le commencement, bien de& abus soient aussi résultés de celte institution ; mais ces abus, tout bien considérés, étaient plus supportables encore que les sottise; piémontaiscs, et si Garibaldi eût eu devant lui autant de tranquil-«^‘ lité et de temps que les Piémontais en ont eu après lui et jusqu’à présent, il y a mille à parier contre un, que tous ces inconvénients auraient disparu depuis longtemps. Garibaldi avait pour lui rintelligcnce et le cœur de l ltalic méridionale, tandis que les cavouriens s'appuient sur des calculs égoïstes, sur une société vénale et corrompue.
Une autre institution que prépara Garibaldi, et dont il jeta le ^ germe dans le sol, témoigne aussi clairement de sa perspicacité , d'homme d'Ûtat: il ordonna la fondation d’un établissement d’instruction pour les enfants du peuple. Les enfants pauvres de l’àge «• ' de 7 à 10 ans devaient être reçus gratuitement dans cet établis» sement, et y rester jusqu’à leur 18' année ; ils devaient y recevoir l’enseignement élémentaire, y apprendre un métier, et y être en même temps élevés mililairemetU; les fonds nécessaires à celle ^ institution devaient être pris sur les biens nationaux. Ou l’a peu comprise du reste ; on a dit : Garibaldi est follement sympathique aux enfants, voilà tout. Sans doute Garibaldi aime les enfants, et quel homme brave, quel homme de cœur et de raison ne les aimerait pas, ces enfants, qui sont pour lui l’espérance de l’avenir, les continuateurs naturels de sa propre activité? L’homme qui ne les aime pas ne peut être qu’un imbécile ou un coquin, ou bien tous les deux à la fois, comme on voudra.
Mais ce n’était pas là tout.
Garibaldi sait depuis longtemps ce que les cavouriens n’ont pas encore com])ris jusqu’à présent, c’est que la conscription, avec une longue période de présence sous les armes, est une impossibilité, surtout dans l’Ilalie méridionale, et qu’il est nécessaire d’arriver à remplacer par un autre, ce vieux système. Ou entend dire fréquemment : l'Italien ne fait pas un bon soldat. Garibaldi sait mieux ce qu’il en est. Il sait que l’Italien en général a beau-
coup trop d’inlelligence naturelle pour se laisser convaincre par les raisonnements d’une autorité de par la grâce de Dieu, qu’il soit absolument nécessaire pour faire de lui un soldat, de se plier sons les drapeaux à une servitude de trois à quatre ans, injuste- 'meiit et inégalement répartie. Garibaldi sait que ce seul temps de «nteesuOit à détruire chez les Italiens tout amour pour les oc- «npalions militaires ; aussi, depuis longtemps travaille-t-il à in- **»Hroduire en Italie le système d’une armée de milices : son armement national n’est pas autre chose, et ne peut conduire à rien autre qu’à ce système; mais la seule base raisonnable, solide, que l’on puisse lui donner est l’éAirotio» de la jeunesse telle qu'elle est ' entendue aujourd’hui en Suisse, et telle qu’elle y sera toujours mieux comprise.
.■* Là où il existe déjà de bonnes écoles populaires, on peut introduire, dans le programme de leurs travaux, l’éducation militaire ; là où il n’y a rien de ce genre, on peut commencer par l’organisation militaire de corps d’enfants, et greffer l’instruction popu- ' • laire sur cette organisation. Tel est le cas de l’Italie, et surtout de VItalie du sud. Par la révolution de l’été de 18GO, on y avait fait V le champ libre de tous côtés, et l’on pouvait alors facilement je- ^ ter les fondements d’une organisation militaire nouvelle sur un tout autre terrain que celui où se trouvent les bases du système déraisonnable d’aujourd’hui. Que l'on apprécie à ce point de vue le petit commencement entamé par Garibaldi, et l’on aura la véritable mesure de l’étendue de son jugement. D’un autre côté, nous verrons bien tous à quoi les Piémontais, avec leur loi sur la conscription qu’ils regardent comme la panacée universelle en fait d’institution militaire, aboutiront dans l’Italie méridionale, et quelles racines pourra y prendre ce régime qu’ils veulent y implanter.
Comme de divers côtés on réclamait la démolition des forts de Naples, comme à Palerme on avait demandé celle du Castellamare, et comme Garibaldi n’estimait pas pouvoir faire droit à ces exigences, il décida seulement que la garde de ces forts serait < à perpétuité > confiée à la garde nationale de la capitale, que personne en effet ne pouvait soupçonner de vouloir jamais faire feu sur ses propres maisons, sur ses concitoyens et sur ses familles.
Le 14 septembre, Garibaldi promulgua le statut piémontais de 1848 pour le royaume de Naples, mais dans ce sens seulemeut qu’il devait être provisoirement publié dans toutes les communes et en se réservant de déterminer par un décret ultérieur la date à laquelle il entrerait délinitivement en vigueur. Le même jour, il nomma le général Sirtori prodictateur pour les provinces napolitaines du continent, parce qu’il voulait se rendre de sa personne à Palerrae pour y rester pendant quelques jours. La promulgation » du statut piémontais pour Naples et le voyage à Palerme avaient le même motif. En Sicile, les intrigues pour ranne.\ion immédiate et sans conditions de Plie au#iémont, n'avaient pas cessé, , et à Naples, elles avaient déjà commencé, activement poussées par les agents de Cavour. Garibaldi avait toujours à ce sujet la même opinion que nous lui avons vu exprimer trois mois auparavant, au duc de Vcrdura à Palerme, savoir qu’il serait toujours * temps de procéder à l’annexion sans condition, lorsque toutes les parties de l’ilalie seraient délivrées ; or Garibaldi ne pouvait marcher à ce but constant de ses efforUs, que s’il conservait la li- » * berté de ses mouvements; il ne le pouvait plus dés qu’il conseil’ tait à se livrer immédiatement entre les mains du parti de la di- ^ plomatie de Turin. ^
Mais certaines gens, en Sicile comme à Naples, ne voulaient pas entendre parler de devoir encore consacrer leurs ressources et leurs forces à aller avec Garibaldi délivrer Rome et Venise, ils étaient libres eux-mêmes maintenant: que leur faisait la servitude des autres? Aussi souhaitaient-ils pour leur part de tout leur cœur l’annexion immédiate an Piémont, et appuyaient-ils vivement les plans et- les intrigues de Cavour. Garibaldi ne cédait que pour l’apparence, en accordant des concessions qui en même temps reculaient toujours en fait l'époque de l'annexion définitive. C’est ainsi qu’il promulgua le statut piémontais pour le continent napolitain, comme pour la Sicile, avec la réserve qu’il fixerait lui-même une autre fois le moment de le faire entrer en vigueur : les gens, disait-il, doivent apprendre d’abord à connaître la constitution qu'on leur offre, afin de savoir ce qu’on leur donnera au juste avec cette constitution.
Pour décider Garibaldi à prononcer immédiatement l’annexion, on avait fait répandre le bruit qu’il agissait en accord complet avec
Cavour. Garibaldi, furieux, écrivit aussitôt ces lignes à l'avocat Bmsco à Gènes ;
€ Vous m’assurez que Cavour donne à entendre que nous sommes les meilleurs amis du monde, et parfaitement d’accord l’un avec l'autre.
• Quoique j'aie toujours été disposé à sacrifier mes antipathies personnelles sur l'autel de la patrie, je puis néanmoins vous certifier que je ne pourrai jamais me réconcilier avec des hommes qui ont porté atteinte à la dignité de la nation, et qui ont vendu une province italienne. »
Cette lettre, qui fut connue avant son départ de Naples pour Palerme, jeta le ministère, et principalement le ministre de la police Conforti, dans un état de vive irritation : il fut question de démission, mais l’orage passa, Garibaldi ayant fait, comme d’habitude, quelques concessions apparentes.
Arrivé en Sicile, il y changea le ministère : le toscan Mordini ' fut nommé prudictateur, Peranni fut appelé aux finances, Parisi j l’intérieur, Tamaja à la police, Fabri/.i à la guerre, Orlando aux travaux publics, Ugdulena i l’instruction publique. Le nouveau ministère était de couleur mazzinieune, et par conséquent opposé lui-mème à l'annexion immédiate et sans condition de la Sicile au Piémont.
' Le 18, Garibaldi revint à Naples pour assister le 19, jour de la fameu.se fête de St. -Janvier, la liquéfaction du sang du saint patron delà ville de Naples, et pour voir si celui-ci consentirait on non à reconnaître le nouveau souverain du royaume.
1, État dc« chotM;* aa ramp de Fraaçols II. Coaeeatratioa de rttv«D(-gard« de €MarU»«ldl vers la ilgae da VoUarae* et eoap d'erll général iiar le terrain de la ligne dn Vollnmee
De Naples tournons maintenant nos regards à quelques heures au nord de celte ville sur les bords du Volturne et du Garigliano, qui doivent être le théâtre des derniers combats de l'armée du
Sud, el sur les pn'paralifs du roi François pour continuer à défendre son royaume sur l'étroite partie de son territoire qui lui restait encore.
Arrivé à Gaéte, le roi avait aussitôt formé un nouveau cabinet. Casella fut nommé président du Conseil des ministres, et il reçut le portefeuille de la guerre; le conseiller Ulloa eut celui de l'intérieur, del Re eut la marine, qui n’existait plus, du reste, et ne devait pas lui donner beaucoup de peine; Carbonclli, les finances, qui n’étaient guère en meilleur état que la marine, et Canofari, les affaires étrangères. Ce ministère était complètement réactionnaire, el ilm’élail assurément pas facile de comprendre pourquoi en même temps on ne supprima ]ias logiquement la constitution el les couleurs italiennes, afin de les remplacer par le drapeau ’ blanc. Un journal officiel fut fondé à Gaëte pour ce qui restait du royaume, et afin de publier les nombreuses protestations et les décrets que le gouvernement bourbonien devait encore trouver l’occasion de rédiger.
L’armée napolitaine était concentrée en partie à Capoue, en . partie le long de la ligne du Volturne, en partie en arrière sur le§ routes qui mènent au Garigliano, du côté de Ses.sa el de S.-Ger-' j mano, avec ses dernières réserves à Gaéte. Les troupes qui se trouvaient encore dans les .Abbruzes furent en grande partie retirées, el l'on abandonna la défense de ces contrées aux corps francs royalistes qui commençaient ù s’y former, d’autant plus que l’on comptait sur une certaine coopération de Lamoricière qui, depuis que l’expédition de Terranova avait été transportée en Sicile, s’était complètement tranquillisé au sujet d’une attaque possible venant du Nord contre le territoire des Etats de l’Eglise; mais il se trompait et devait quelques jours après être rudement désabusé par l'invasion de l'armée piémontai.se dans l'Ombrie et dans les Marches.
On a évalué l’ensemble des forces dont François II disposait encore sur les points que nous avons indiqués, à 00,000 hommes, parmi lesquels toute la garde royale,' la plus grande partie des bataillons étrangers el des bataillons de chasseurs, ainsi que de la cavalerie; en outre, on devait immédiatement mettre la main à l'œuvre pour la formation de nouveaux corps composés de bataillons de chasseurs volontaires. On se proposait, ainsi qu’on le
fit du reste, de promettre aux volontaires non-seulement une prime d’engagement considérable et l’entretien de leurs familles, mais encore on devait leur compter chaque mois comme une année de service, ainsi que les Russes l’avaient fait en 1855 au siège de Sébastopol. Cette dernière disposition surtout était propre à attirer beaucoup de jeunes gens, charmés de cette occasion de se débarrasser en huit mois de leur service de huit ans dans l’armée : dans l’état où se trouvaient les caisses du gouvernement napolitain, et toutes les branches de l’administration dans la faible portion de territoire demeurée entré les mains de François II, il s’entend de soi-mème qu’il ne put rien être tenu des promesses pécuniaires; quant à ce qui concernait celles relatives au temps de service, il en aurait été autrement si le roi était resté vainqueur, mais comme tel n’a pas été le cas, il n’est guère à supposer que les Piémontais reconnaissent comme valables les engagements pris par le roi de Naples.
Le 8 septembre, François II adressa à son armée la proclamation suivante :
t Soldats ! Il est temps que vous entendiez dans vos rangs la voix de votre souverain, qui a grandi au milieu de vous, et qui, après vous avoir consacré toute sa sollicitude, vient enfin partager avec vous vos dangers et votre infortune. Ceux qui, aveuglés ou égarés, ont précipité le royaume dans le malheur ou dans le deuil, ceux-là ne sont plus au milieu de nous. J’en appelle à votre honneur, à votre fidélité, à votre raison môme pour effacer la honte de la lâcheté, le stigmate de la trahison, par une série de glorieux combats et de chevaleresques entreprises.
« Nous sommes encore assez nombreux pour marcher à la rencontre d’un ennemi qui ne combat qu’avec les armes de la fausseté et du mensonge. Jusqu’ici j’ai voulu épargner à beaucoup de villes du royaume, et surtout à la capitale, l’effusion du sang et les horreurs de la guerre. Mais pourrions-nous, aujourd'hui que nous avons reculé jusqu’aux bords du Volturne et du Garigliano, laisser infliger de nouvelles humiliations à notre caractère de soldats? Voulez-vous permettre que votre souverain tombe de son trône par votre fante et doive vous abandonner à une honte étemelle I Non I non 1 jamais !
t Dans ce momenl décisif, nous voulons tous nous serrer autour de nos drapeaux, nous voulons défendre nos droits, noire honneur et le nom napolitain, déjà si profondément abaissé. Et s’il se trouve encore des tentateurs qui veuillent vous montrer l’exemple des malheureux qui .se sont misérablement rendus à l’ennemi, ce n’est pas cet exemple que vous suivrez, mais celui de ces braves et vaillants soldats qui se sont associés à la destinée de leur roi Ferdinand II et ont par là mérité la louange de tous, ainsi que les bienfaits et la reconnaissance de leur souverain.
« Puisse ce bel exemple de fidélité vous exciter à une noble émulation, et .‘i le Dieu des armées protège notre cause, vous pouvez aussi sûrement espérer ce que vous n’obtiendriez jamais par une autre conduite.
« Gaële, 3 septembre IStlO.
• FnA.xçots. >
Le roi François avait .sans doute parfaitement le droit de tenir ce langage, d’attendre encore la victoire, d'admettre que dans ce moment il avait réuni autour de lui la meilleure fraction de son armée et que le grain était séparé de la paille; s’il no voulait pas examiner l’armée italienne du Sud avec un verre gro.ssissanl, il pouvait concevoir des espérances d’autant plus grandes que, même si toute celte armée dans sa partie active et réellement belligérante eût été concentrée, l’armée royale était encore numériquement trois fois plus forte, sans compter la supériorité que devait lui donner sa cavalerie, son artillerie et tout son matériel. Mais au.ssi l’armée royale avait affaire à de tout antres adversaires que ceux qu’elle avait pu avoir devant elle au 15 mai, et vis-à-vis des soldats de Garibaldi les lauriers n’étaient pas si faciles à cueillir.
Lorsque Garibaldi'se prépara à quitter Naples pour Palerme, il transmit au général Türr le commandement des troupes de l’armée du Sud qui se trouvaient déjà disponibles pour être employées comme avant-garde et être concentrées dans le district de Caserle contre la ligne du Vollurne. On comptait pouvoir ainsi réunir en trois à quatre jours à Caserte 8 à 9,000 hommes, et le 14 septembre commença le mouvement en avant des brigades qui s’étaient déjà portées jusqu’à Naples, ainsi que de la brigade Milan qui arrivait à Nola de son expédition sur Ariano. .Mais avant de
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nous occuper des premières opérations de ces troupes, nous avons à consacrer quelques pages à l’étude stratégique du terrain sur lequel les deux armées allaient engager la lutte.
Nous prendrons comme point central de cet examen la forteresse de Capoue. — Le Volturne, ce fleuve des tours et des détours qui mérite de tous points à cet égard le nom significatif qu’il porte, se jette dans la mer à 14 milles italiens (3 milles et demi allemands) au-dessous de Capoue, près de Castel-Volturno ; dans cette partie inférieure de son cours, sa direction générale est de l’est à l'ouest; cette môme direction se prolonge encore jusqu'à 3 milles allemands en amont de Papoue; à partir de Scafa del Torello, toujours en amont jusqu'à l’embouchure de son affluent, le torrent de Titerno, il coule du nord au sud ; depuis ce point, la direction générale de son cours supérieur est du nordest au sud-ouest. Nous ne nous occuperons que du cours inférieur du fleuve, depuis Scafa del Torello jusqu’à Castel-Volturno, et tout spécialement dans la contrée de Capoue. Sur cet espace, le Volturne est en général profondément encaissé, quoiqu’il ne manque pas de points où les talus des vallées des deux côtés de son cours s’écartent l’un de l’autre très-loin, et où le lit de la rivière se trouve par conséquent tracé sur un terrain plat. Sa longueur dépasse rarement deux cents pieds, et, dans les points où elle est le plus considérable, il se trouve durant les chaleurs de l’été un certain nombre de gués, mais qui ne peuvent être utilisés qu’avec beaucoup d’attention et sous la direction de guides des localités les plus voisines, et qni, en outre, ne doivent être employés que pour le passage de petits détachements, à cause de la nature mobile du fond de la rivière. Les passages ordinaires au travers du Volturne à partir de la Scafa del Torello en aval, sont des gués ou des ponts volants (bacs, scafe) de la Scafa del Torello jusqu’à Capoue. Nous avons les Scafe di Limatola, di Cajazzo, di Formicola et di Triflisco. Ce dernier passage est à environ deux milles du pont de bois de Capoue; la distance qui sépare les antres varie de un à trois milles italiens.
A la place où se trouve Capoue, le Volturne décrit une de ses courbes les plus remarquables. Tout d'un coup, en effet, il prend la direction du sud-est au nord-ouest, conserve cette direction environ sur une longueur de 2,200 pas, puis fait nne courte con-
version du nord-est au sud-est, sur une longueur de 1,100 pas, pour reprendre la direction du nord-est au sud-est, qu’il conserve encore sur une certaine longueur de son cours après être sorti des ouvrages de Capoue, ce point de sortie étant situé à 1,100 pas environ du dernier contour. La courbe ainsi formée enferme une presqu'île ouverte du côté du sud-est et de 3<X) pas à peine de largeur; la ville de Capoue, située tout entière sur la rive gauche, occupe cette presqu'île et s’étend en outre du côté du sud, de telle sorte que la partie de son enceinte fortifiée, qui n'a pas le Volturnepour fossé et qui fait front vers le sud, s’étend sur une longueur de 2,000 pas environ, depuis le premier contour que fait le Volturne pour rejoindre le fleuve au point que nous avons indiqué plus haut : eu ce dernier endroit, appuyée au fleuve, se trouve la citadelle (donjon) quadrilatère, régulière de dimensions restreintes, renforcée au dehors par des lunettes avancées; la défense de la place, de la citadelle au Volturne, s» compose de quatre fronts bastionnés un peu irréguliers; les fortifications de Capoue, bâties par Vauban, ont été restaurées et améliorées sous le règne de Ferdinand II, mais elles portent toujours le caractère des ouvrages que construisit le célèbre ingénieur français. La partie de la ville qui est située dans la presqu'île dont nous avons parlé ne se prolonge pas Jusqu’à son extrémité ; un intervalle de trois cents pas l’en sépare; un front bastionné coupe la presqu'île sur ce point, et va rejoindre, le long du fleuve, la partie de l’enceinte que nous avons déjà décrite aux deux points où elle quitte et rejoint le Volturne par deux lignes de défense également bastionnées, mais pliées à la configuration du sol. Comme on le voit, c’est le fleuve lui môme qui, sur la plus grande partie du développement de cette enceinte, forme aux ouvrages un excellent fossé : ses eaux ne remplissent en outre que la partie des fossés du front tourné vers le sud qui touche au Volturne du côté de l’ouest.
Le seul ouvrage permanent situé sur la rive droite est une simple tôle de pont en terre, en forme de flèche, qui a un réduit du môme genre dans la presqu'île sur la rive gauche, en avant des fortifications du corps de place ; le pont est situé au dernier contour que décrit le Volturne avant de reprendre .sa direction générale vers le sud-ouest.
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La principale issue sur la rive gauche est la porte de Naples, pratiquée à peu près au milieu du front non couvert par le Voltnrne. Cette sortie est construite comme dans toutes les forteresses à la Vauban : par la porte proprement dite pratiquée au travers de la courtine, entre deux bastions, on arrive à un pont qui debouche sur la demi-lune, puis de celle-ci on passe sur un second pont qui aboutit dans le chemin couvert, et enfin, de ce dernier, on gagne d’abord le glacis par une pente fermée au moyen d’une barrière, puis la route de Caserte ou bien la gare du chemin de fer située à cent cinquante pas seulement du chemin couvert.
Une autre porte, pour les sorties, avec passage sur les fossés, est ménagée également sur ce front à l’endroit où il rejoint le Volturne du côté de l’ouest : efle était principalement utilisée pour envoyer la cavalerie sur l’esplanade ou la retirer dans la ville.
Par le pont jeté sut le Volturne et la tète de pont dont nous avons parlé, on passe de la ville sur la rive droite, et l’on se trouve sur la route de Gaëte et de Rome. La place n’a pas d’ouvrages avancés permanents; on avait seulement commencé, dans d’assez grandes dimensions, une seconde tète de pont sur la rive droite du Volturne, celle-ci au nord-ouest de la presqu’île, et derrière cet ouvrage se trouvait réuni sur la rivière tout le matériel d’un pont de pontons qui pouvait être jeté dès que le moment en serait venu.
L’esplanade située devant le front du sud avait une largeur moyenne de 1200 pas; sur sa partie orientale quelques constructions se trouvaient plus rapprochées de la forteresse.
La place était très-richement armée ; soixante pièces de canon étaient en batterie sur le seul front du sud, et sur tous les autres points l'armement était en rapport avec ce chiffre d’artillerie.
Le chemin de fer de Capoue à Naples se dirige d’abord, en sortant de Capoue, dans le sens du nord-ouest au sud-est; ce n’est qu’à partir de Caserte qu’il s’infléchit directement vers le sud pour joindre la capitale : dans la partie de .son tracé qui nous intéresse le plus, il passe près de trois villes importantes, Santa-Maria d’abord, puis Caserte, enfin Maddaloni ; ces trois villes restent en dehors du chemin de fer, les deux premières du côté du nord, la troisième du côté de l’est ; leur position est la même relativement
aux excellentes chaussées qui les relient. A partir du pont de Capoue, la place ronde du marché de Santa-Maria se trouve à deux milles et quart, le grand portail du palais de Caserte à un peu plus de six milles, le centre de Maddaloni à neuf milles et demi. Nous espérons du reste que le lecteur voudra bien nous suivre sans se rebuter dans les descriptions topographiques que nous allons être obligés de mettre sous ses yeux, parce qu’elles lui faciliteront beaucoup l’intelligence des faits que nous avons à raconter et qu’elles lui épargneront peut-être quelque peine à se les représenter ne^ttement.
Nous allons par conséquent examiner ensemble les diverses voies de communication qui relient les localités dont il sera question surtout plus tard, principalement du cMé du Volturne, afin de pouvoir ensuite rattacher à ce canevas les autres indications nécessaires; nous prendrons d’abord dans ce but Maddaloni comme point de départ.
De Maddaloni une route court à peu près droit vers l'est, dans la direction de Bénévent d’un côté, et d'Avellino de l’autre: elle traverse les fourches ratifimes, et le village de Forchia situé sur son parcours doit, si la tradition est exacte, désigner le lieu où les Uomains furent battus et passés sous le joug par les Samnites. Dans la même contrée un autre passage, situé à peu de distance de celui-là, devait être le théâtre de l’humiliation d’une défaite sanglante infligée aux troupes napolitaines par une partie de l’armée italienne du Sud dans la campagne que nous racontons maintenant. C’est le défilé de Ka/fe. De .Maddaloni, en effet, une seconde route conduit vers le nord, quoique s’infléchissant un peu vers l’est devant la villa Cualtieri ; elle passe au-dessous du gigantesque aqueduc qui conduit des hauteurs du Tiburno au parc de Caserte les eaux de la fameuse cascade, cette coûteuse fantaisie des Bourbons. Au delà de l’aqueduc, cette route est re.sserrée entre les versants méridionaux d’une hauteur assez considérable du monte Longano et du monte Pancaro, qui la séparent de la route de Bénévent et les pentes occidentales du monte Caro; entre ces hauteurs so trouve encaissée Valle. Un peu après être sortie de cette localité, la roule traverse une vallée largement ouverte, et après avoir passé le torrent de l’Ischlero conduit à Ducenla, puis à Salocapa. Dans ce dernier endroit elle traverse sur un pont en ferla
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rivière do Colore qui se dirige de Test à l’ouest vers le Volturne dont elle est un afnueiit ; un autre passage sur le Calore, à proximité de son embouchure, conduit à Amoroso, en passant près de la Scafa del Torello.
Les hauteurs du monte Caro s’étendent en deux chaînes principales, en trois chaînes si l’on veut compter leurs contre-forts, également dirigées du sud-est vers le nord-ouest, avec des ramifications se détachant vers le nord-est du côté de Limatola jusqn’an bord du Volturne. Ces hauteurs sont divisées en plusieurs groupes et portent différents noms, suivant les localités ; nous n’indiquerons ici, outre le monte Caro, que le monte Viro, le monte Vagliola, le monte Briano, sur les flancs duquel s’élèvent le château et la colonie de S.-Leucio ; nous en désignerons l’ensemble sous le nom de hauteurs de Caserta Vecchia, attendu que les ruines de cette ville se trouvent à peu près au centre de ce massif. Les hauteurs sont très-boisées et servent aux chasses royales; nous mentionnerons par exemple les forêts du monte Caro et le parc de S.-Leucio sur le mont Briarco, dans la partie nordouest de ce groupe de montagnes.
La principale communication de Maddaloni avec Cascrte est la ronte bien construite et bien entretenue qui conduit à cette dernière ville en passant par S. -Clément, Centorano et près des casernes de Falciano ; depuis le centre de Maddaloni, de bonnes troupes d’infanterie atteignent la place du château de Cascrte en I '/, heure environ. Près de Centorano se trouve le couvent de S.-Lucia, fort élevé et semblable à une citadelle ; depuis ce couvent, par des chemins en partie asse;; difliciles, on peut monter aux ruines de Caserta Vecchia ; on arrive aussi à ces ruines depuis la route de Valle, en suivant des .sentiers de chasse sur la croupe des hauteurs, au travers du monte Caro.
La principale route qui conduit de Caserta à Volturne, suit l’enceinte orientale du parc royal, passe au-dessous de l’aqueduc de la grande chute, et de là tendant presque droit au nord, en passant devant le palais de S.-Lcucio, entre le monte Briarco à l’est et le monte Tifata à l’ouest. Environ 2000 pas avant d’atteindre le Volturne, elle entre dans la plaine où elle se bifurque près de Gradillo : le chemin de droite conduit à la Scafa di Cajazzo, et celui de gauche à la Scafa di Formicola. Un sentier de monta-
gne, beaucoup plus difficile, mène de Cascrte à Limatola et à la Scafa di Limatola, par-dessus les hauteurs de Caserta Vecchia. Ce sentier se sépare de la route que nous venons de décrire, au point où celle-ci passe sous l’aqueduc, tourne du côté de l’est, au travers des rocs et des bois sur Poccianello, et passe au-dessous du Castel Morrone, qui est béti sur un contre-fort méridional du monte Vagliola pour aboutir à Limatola. Cette dernière localité se relie en outre, à l’est du massif des hauteurs de Caserta Vecchia, entre Valle et Ducenta, dans la vallée de l’Ischero, avec la route de Valle, et depuis là avec S.-Agata de Goti, au nord du monte Longano, dans la direction de l’est. En montant de Poccianello du côté de Limatola, on laisse à gauche Caserta Vecchia et les hauteurs escarpées, sur les plus élevées desquelles une vieille tour, ou bien quelque pan de muraille écroulée, offre un point de repos, et sur lesquelles est bâtie cette ville.
De Caserte on arrive à S. -Maria, sans parler du chemin de fer, par l’excellente grande route qui laisse Casanova à .«a droite, Casapulla à sa gauche, et qui entre dans S.-Maria par la partie méridionale de cette ville. S. Marie, ou S.-Maria di Capua, est l’antique Capoue dans les délices de laquelle s’énerva l’armée d'Annibal. On y voit encore les ruines fameuses de cet amphithéâtre dans lequel .se 'faisait Jadis l’éducation des gladiateurs de tout l’empire romain.
Le point central de S.-.Maria, non pas géométriquement, mais an point de vue de la circulation et à celui des opérations militaires, est une petite place de forme circulaire : il part de là en effet quatre routes, l’une se dirigeant sur Capoue, l’autre sur S.- Angelo. la troisième sur le chemin de fer, puis sur Tammaro, la dernière sur Caserte.
La route de S.-Angelo court à peu près directement du sud au nord : c’est une bonne chaussée, bien entretenue, mais peu large, quoique l'on parle à S.-Maria d’une porte de S.-Angelo, ce n’est là qu’une manière de s’exprimer, attendu que la ville est tout ouverte de ce côté. La route laisse l’amphithéâtre à gauche, ainsi que la fertile plaine de Labour, qui de là s’étend au loin vers le sud et l’ouest, tandis que sur sa droite, c’est-à-dire à l’est, s’élèvent les hauteurs du monte Tifata. Près de S.-Angelo (S.-Angelo in Formis) qui est bâti sur les pentes de cette montagne, la route
s'approche tout près du Volturne, puis tourne à l'est et descend enfin du côté de la Scafa di Formicola, en se croisant avec l'autre route qui arrive à cette Scafa di Gradillo et de S.-Leucio. Les hauteurs du monte Tifata forment une chaîne courant du sudest au nord-ouest, avec de hautes et abruptes parois de rochers, qui plus bas se changent en pentes toujours plus douces et plus productives, surtout du côté de l’ouest, où celles-ci viennent insensiblement se perdre dans la plaine labourée de la Terra di Lavoro. La chaîne du monte Tifata est complètement entourée à son pied par des routes, savoir: à l’est, le chemin de S.-Leucio à Gradillo; à l’ouest, la route de S. -Maria à S.-Angelo; au nord, le prolongement de cette dernière jusqu’à la Scafa di Formicola, le long du Volturne; enfin au sud, la grande route de Caserte à S.- Maria. Sur le versant septentrional du monte Tifata, droit vis-àvis de la Scafa di Formicola, se trouve une forêt a.ssez considérable, le Bosco di S.-Vito.
La route de S. -Maria à Capoue est une magnifique chaussée, bien entretenue, allant presque en ligne droite du sud-est vers le nord-est ; on la prend en sortant de S.-Maria par les deux voûtes de la porte de Capoue, remarquable monument de l’antiquité, auquel s’appuient à gauche des murs qui sont très-faciles à utiliser pour sa défense ; tandis qu’à droite il se trouve, dans la direction de l’amphithéâtre, un fossé dont il est possible de tirer également parti.
La route de S.-Maria à Capoue est en tranchée sur beaucoup de points, de telle sorte qu’il n’est pas pourtant précisément facile d’arriver de là, à droite ou à gauche, sur le terrain qui la borde ; elle passe d’abord près de l’église et du cimetière de S.- Agostino qu’elle laisse à gauche, puis près d’une tuilerie {à droite), ensuite entre un vaste couvent de capucins (à gauche) et la taverne Virilasci (à droite). A partir de là, on ne rencontre plus que quelques fermes dont la construction comporte peu de hiaçonnerie, et des baraques insignifiantes, les unes à droite, les autres à gauche. Tandis que jusque-là, des deux côtés de la route, la campagne est couverte d’arbres tantôt rapprochés tantôt éloignés, mais en moyenne plantés à une dizaine de pas de distance, en sorte que l’on ne trouve que fort peu de places découvertes , ces plantations cessent tout d’un coup à 1500 pas de la gare de Ca-
poue, et l'on entre sur l'esplanade de la forteresse, sur laquelle s’élève à droite la chapelle de S.-Laurent. A cet endroit se détache de la chaussée une route qui conduit à S.-Angelo, et de là à Scafa di Formicola.
Le chemin de fer, qui à la hauteur de la porte de Capoue à S.- Maria reste encore à 1000 pas environ à gauche de la chaussée, s’en rapproche à environ 700 pas de la gare de Capoue, et court depuis là parallèlement à la route; dans toute cette contrée, jusque a.sse/. près de Capoue, ta voie ferrée est élevée sur un remblai assez considérable ; ce n’est qu’après avoir dépassé le couvent des Capucins qu’elle se trouve au niveau du terrain.
Précisément au point où le chemin de fer se rapproche tout à fait de la chaussée, il se détache de celle-ci une roule qui conduit vers le sud parS.-Tammaro, puis par Aversa, jusqu’à Naples. C'est la voie de communication la plus courte entre Capoue et la capitale. Kntre Tammaro et Aversa, elle passe sur le canal, profondément entaillé dans le sol, des Regii Lagni qui peut former une très-bonne ligne de défense. Une autre route, qui conduit aussi de Capoue à Aversa, se dirige d’abord vers la Foresta, du côté de l’ouest, puis du côté du sud à travers la forêt et le château de chasse de Carditello ; elle passe ensuite les Regii Lagni et rejoint la route précédente à quelque distance au nord d’A versa.
La route de Capoue par S.-Maria, Caserte, Maddanoli à Nola, peut être envisagée comme la lisière sud-ouest du terrain montagneux, sur la rive gauche du Volturne ; au sud et à l’ouest de cette ligne de démarcation tout est plat. Or, quoique les garibaldiens ne fussent nullement, par leur manque d'artillerie et de cavalerie, exclus de la possibilité de tirer parti du plat pays, attendu que celui-ci est très-couvert et coupé, on comprend qu'ils devaient donner la préférence tout au moins au voisinage des montagnes dans le choix de leur position et du terrain de leurs entreprises. Mais, comme la plus courte ligne d’opération de Capoue sur Naple.s, dans le cas où les Napolitains auraient repris l’offensive, passe précisément par la plaine et par Avensa, tandis que les garibaldiens se trouvaient établis au nord-est sur la plus longue, il en résulte que les positions de l’armée italienne du Sud étaient des posilions de flanc relativement à la première de ces deux lignes; Aversa seulement constituait pour elle un point
important d'observation ; en effet, appuyé sur cette ville, on pouvait avec un détachement sur les Regii Lagni retarder la marche en avant de l’ennemi, dans le cas où il reprendrait l’offensive sur Naples dans cette direction, jusqu’à ce que le gros des troupes eussent en le temps d’accourir des hauteurs de S. -Maria et de Caserle.
S.-Tammaro est situé à 1 ’ » mille au sud-ouest de S -Maria, et se trouve relié avec cette ville par deux chemins parallèles, étroits mais en bon état. Un sentier conduit directement à la Foriste, et un autre y aboutit également en faisant un détour au sud par le château de Carditello.
Tous les mouvements offensifs des garibaldiens devaient nécessairement commencer par un passage sur la rive droite du Volturne, soit en aval, soit en amont de Capoue : jetons donc maintenant un coup d’œil sur la configuration de celle rive du lleuve.
De ce côté, deux roules partent de Capoue, l’une dans la direction de l’est, l’antre dans la direction du nord.
La première traverse d’abord une vaste plaine, se rapproche du Vollnrne à la Scafa di Trifiisco, et se prolonge jusqu’à la Scafa di Formicola, resserrée sur le bord du lleuve par les hauteurs de Gerusalemme, contre-forts du monte Soppitella ; à ce point, elle s’en écarte de nouvegu jusqu’à 3000 pieds, et monte le long des pentes des hauteurs de Piana jusqu’à la ville de Cajazzo, située sur leur sommet, à 10 milles italiens de Capoue; à 1 mille au-dessous de Cajazzo, cette route se croise avec celle qui arrive de Gradillo, sur la rive gauche, et passe le fleuve à la Scafa di Cajazzo. D’autre part, près de la Scafa di Formicola, il s’en détache un chemin qui conduit à l’est du monte Poppitella dans la vallée du torrent de Freglia', affluent du Volturne, en traversant d’abord la plaine des faisanderies royales pour aboutir à la ville de Formicola au haut de la vallée du même nom, éloignée de la Scafa et du Volturne de 5 milles italiens environ.
Parallèlement à la roule de Formicola se détache de Cajazzo la roule d’Alife, qui s’enfonce du côté du nord, du haut des rochers de Cajazzo, dans une vallée latérale à celle du Volturne, la suit jusqu’à son extrémité, traverse le fleuve qui sur ce point court de l’ouest à l’est, et arrive à Alife, situé sur sa rive gauche, à quelque distance du bord ; depuis cette localité la route tourne
3iO
vers l’onesl, traverse une seconde fois le Volturne, passe au pied des hauteurs de Bairano et de Marzanello, et va rejoindre près des bois de Cajanello la grande route de Vénafre. Avant qu’elle atteigne le Volturne pour la première fois, il se détache de cette route de Cajazzo à Alife, un chemin qui conduit à Bajo du côté de l’ouest.
La seconde route principale partant de Capoue sur la rive droite, dans la direction du nord, est celle de Venape jusqu’à Caivi (7 milles de Capoue); elle s’infléchit un peu vers l’ouest, mais de suite après cette petite ville, elle court droit au nord ; dans le voisinage de Capoue, elle traverse un pays plat, laissant sur sa droite, à i milles environ, les hauteurs de Gerusalemme, tandis qu’à gauche la plaine s’étend jusqu’à la mer. Mais bientôt les hauteurs du monte Puppitella se rapprochent toujours davantage, et entre Li Martini et Caivi, elle est encaissée entre les hauteurs de Sparanise à gauche, et la chaîne du Pizzo Salvatore à droite, depuis ce point, sur la gauche, elle est presque continuellement bordée par les hauteurs qui séparent le bassin du Garigliano de celui du Volturne, tandis qu'à droite, an delà du Bairano et du Marzanello, elle a la vallée plate du Volturne. De Venafre elle conduit à Isernia dans les Abbruzzes.
Les hauteurs de Piana sur les rochers desquelles est situé Cajazzo, à leur extrémité orientale, sur une chaîne étroite courant de l’ouest à l’est, forment la limite au nord de la plaine des faisanderies royales que l’on aperçoit dans toute leur étendue, là où le permettent des éclaircies au travers des arbres, depuis les hauteurs de Gradillo et du parc de S.-Leucio sur la rive opposée du Volturne.
La chaîne du Pizzo S. -Salvatore, plus élevée que la précédente, est située à 4 milles plus au nord, et court également de l'ouest à l’est ; son extrémité orientale est à peu près sur le même méridien que l’extrémité occidentale de la chaîne de Piana. Une troisième qui borde le chemin de Bajo dont il a été déjà question, s’étend du monte Scopello dans la direction du sud-est au nordouest, jusqu’au monte Pozzillo et au Pizzo del Monaco ; son ex» trémité sud-est, le monte Scapollo, est sous le même degré de latitude que la chaîne du Pizzo Salvatore; le peu d’intervalle qui sépare leurs derniers contre forts du côté de l’est, estremplie par
Digiti/oi; i Goo^l-
l'Etna, saillant occidental du monte Protolaro. Les deux chaînes de Pizzo Salvatore et de Bajo forment ainsi ensemble un U ou un fer à cheval ouvert au nord-ouest, et enfermant la vallée de Santa-Croce.
L’espace entre le fer à cheval et la chaîne de Piana est rempli par des groupes de hauteurs peu élevées, boisées, servant autrefois aux chasses royales ; elles sont enfermées vers l’ouest par le monte Firato, qui clôt en même temps la vallée de Formicola do côté de l’est, tandis que celle-ci est resserrée à l’ouest par la chaîne de Poppitella, qui se détache dans la direction du sud de celle de Piz/o Salvatore. La ville de Formicola est située au pied méridional de cette dernière montagne, et la vallée est donc enserrée de trois côtés par les hauteurs et ouverte seulement du côté du sud, sur le Volturne.
Avant de quitter le terrain situé à l’est de la route de Vénafre, nous avons encore à mentionner deux chemins importants : le premier conduit d’Alife à Picdimon(e. situé au bas des montagnes du Matese, qui, sur la limite de la Terre de Labour avec la Molise au Monte Miletto s’élèvent jusqu’à 6400 pieds de Piedimonte, la route tourne au sud-est d’un côté sur Salopaca, de l’autre sur Bénévent; nous avons déjà parlé de celle qui conduit de Salocapa à Madeloni par Ducenta et Valle.
^e .second chemin dont nous voulons dire un mot conduit, à partir de la Scafa di Formicola, le long du versant occidental du monte Poppitella, au travers des pentes de celui-ci, par Bellona, Vitolaccio, Pastorano, Partignano, et Pignatero, à la petite ville de Calvi. Du Voltume jusqu’à Pignataro celte route est presque continuellement encaissée jusqu’à une profondeur de 7, 10 pieds, et môme davantage, en sorte qu’une colonne peut s’y mouvoir sans être exposée le moins du monde à être aperçue de loin ; en revanche il .serait facile à un adversaire vigilant d’anéantir une colonne ainsi engagée, attendu qu’il n’y a qu'un très-petit nombre de points sur lesquels il soit possible de sortir de ce chemin creux : c’est du reste là un caractère commun à la plupart des chemins jetés au travers de la partie montagneuse de ces contrées et qui s’y trouvent, durant de's milles de longueur, profondément encaissés.
Après avoir passé en revue le fleuve oriental de la route de
Vénafre, venons à son fleuve occidental. A quatre milles à peine au nord du pont de Capoue s’embranclie sur elle, se dirigeant d’abord au nord-ouest puis droit à l’ouest, la Stradadi lioma; elle passe au sud des hauteurs de Sparanise, qui s’étendent de la route jusqu’à Calvi ; ensuite, entre Carinola et Sessa, elle se trouve resserrée au nord par les hauteurs de la chaîne de S.-Croce, qui remplissent l'intervalle entre le Garigliano et la route de Vénafre. et au sud par le monte delle Brecciole: près de Sessa elle pénètre dans la vallée de Garigliano, traverse ce fleuve et atteint bientôt Mola di Gaëta, où elle se bifurque pour conduire au sud à la forteresse de Gaëte, et an sud-ouest à Rome par Fondi et Terracine.
Au nord de Calvi, près de la taverne délia Torricella, un autre chemin parallèle à la chaussée dont nous venons de parler se sépare de la roule de Vénafre et se rend à Teano dans les montagnes de S.-Groce; Teano est relié encore avec cette route par un chemin qui va le rejoindre plus au nord au-dessous des hauteurs de Bairano et Marzanello, ppès de la Taverna délia Catena ; sur ce même point s’embranche encore avec la route de Vénafre celle qui conduit de là à Rome par Germano et Frosinone.
Enfin nous avons à indiquer un chemin qui se sépare de la Slrada di lioma avant que celle-ci atteigne les hauteurs de Sparanise, et qui, à travers la plaine, conduit au sud-ouest vers le bord de la mer à Mondragoni : de là il traverse de la rive droite sur la rive gauche du Volturne à Camello et Arnone, puis les Regii Lagni près de Torre di Monaco, passe à cinq milles à l’ouest d’Aversa, et arrive directement à Naples. Les royaux, s’il ne leur manquait pas de résolutien pour quelque audacieuse entreprise, pouvaient aussi opérer sur cette ligne contre Naples, et il n’est pas contestable que cela n’eût été très-fâcheux pour l’armée italienne du Sud qui d’un côté devait, avec le gros de ses forces, se tenir dans les hauteurs et dans leur voisinage immédiat pour le motif que nous avons indiqué, et' qui de l’autre ne pouvait s’étendre beaucoup par détachements en râison de sa faiblesse numérique.
Les détails que nous venons de donner mettront le lecteur à même de suivre d’une manière suflisante, en ce qui concerne l’armée du^ud, les événements ultérieurs dont nous allons reprendre la narration.
9«>L«s premier)» eomb«tK d'avaat-poflite» nur la ligne dn Yol* tnme, fS et i6 «eptembre. L’ocenpation de C'ajassn et le eombat de Capoae le 19 siepCembre»
Le 15 septembre commencèrent les engagements d’avant-postes sur la ligne du Volturne
A Santa-Maria les garibaldiens avaient les brigades Eber et La Masa, environ 3000 hommes on tout; les avant-postes étaient déployés en avant de S.-Agostino, sur la ligne de la tuilerie (Fornace). Une grand’garde de la troupe dite légion hongroise avait été attaquée dans la matinée du 15 par un détachement de cavalerie napolitaine qui fut repoussé : les Napolitains mirent en ligne alors de l’infanterie contre laquelle s’avancèretit le bataillon de carabiniers de la brigade Eber, et un bataillon du régiment Corrao de la brigade La Masa ; ces deux bataillons, après un court combat de tirailleurs attaquèrent à la baïonnette et repoussèrent les Napolitains jusqu’à l’esplanade de la forteresse. Ce fut la fin de cette première escarmouche.
A S.-Leucio se trouvait la brigade Sacchi, renforcée par le bataillon Ferracini et la compagnie du génie milanaise de la brigade Puppi (Bologne). Ces deux derniers corps furent portés le 16 en avant jusqu’au Volturne, parle Gradillo, sous le commandement du lieutenant-colonel Winkler. Aussitôt qu’ils'approchèrent du Volturne, les Napolitains ouvrirent sur eux un feu très-vif depuis la rive droite. Les garibaldiens, qui ne connaissaient pas le terrain et ne voyaient pas le fleuve, assez encaissé en cet endroit, voulurent attaquer à la baïonnette : les Napolitains, qui devaient savoir pourtant parfaitement bien qu’il5 étaient couverts par le fleuve prirent honteusement la fuite sur cette seule démonstration.
Garibaldi avait donné les ordres nécessaires pour une entreprise importante qui devait s’effectuer le 19; elle avait un double but : d'ebord Cajazzo devait être occupé pour servir de pivot à des opérations décisives sur la rive droite du Volturne ; ensuite 00 savait que les Napolitains projetaient pour le jour de Saint- Janvier une attaque sur les avant-postes garibaldiens, et l’on se proposait de prévenir cette attaque.
Pour introduire ce mouvement du 19, dès le 10 Türr avait en-
voyé le major Csudafy avec 300 hommes à Madilaloni, d’où il devait pousser en avant jusque dans les montagnes de Baisano et de Marzanello, en passant par Ducenta, Solopaca et Piedimonte. Csudafy avait l’ordre de renforcer sa petite colonne de volontaires du pays et d’inquii'ler ainsi les Napolitains sur leurs derrières ; en même temps, par ceye expédition, il assurait la ligne importante de Maddaloni par Ducenta, dont nous avons parlé plus haut.
C’était la division Medici qui était destinée à la prise de possession de Cajazzo, et en général à l’occupation de la rive droite du Volturne; mais comme il n’était pas encore arrivé, le 19, le bataillon des chasseurs de Bologne, commandé par le major Cattabene, dut provisoirement avancer seul sur Cajazzo; pour assurer cette attaque et en même temps pour prévenir un mouvement offensif des Napolitains depuis Capoue, le même jour plusieurs attaques devaient être exécutées contre leurs lignes sur plusieurs points de la rive droite.
A cet effet, les mesures suivantes furent arrêtées : Türr luimême avec la brigade Sacchi. le bataillon Ferracini et une partie de la compagnie du génie de Milan devait avancer de San- Leucio sur le Volturne par Gradillo ; il avait en tout 1 ,700 hommes avec deux des canons pris ù Ariano.
Tout ce qui demeurait disponible fut placé sous les ordres du colonel brigadier Rustow qui, nommé le lO septembre seule- -ment chef de l’état-major général de l’avant-garde, avait dû ju.squelà employer la pins grande partie de son temps à l'organisation d’un étal-major qui faisait encore complètement défaut. Ruslow avait en tout sous ses ordres 5,300 hommes, mais une partie de cet effectif devait être employé à assurer ses communications avec Türr.
La répartition des troupes fut ainsi fixée :
La brigade Eber devait garder Sanla-Maria avec le régiment Cossowich, 500 hommes; le reste de la brigade devait avancer de Santa-Maria à droite sur .S.-Angelo pour servir d’intermédiaire entre Türr et Rustow, et en même temps remplir, le cas échéant, une autre destination que nous indiquerons bientôt.
Deux bataillons de la brigade Spangaro durent, dans la nuit du 18 au 19, marcher de San-Tammaro à Foresla, pour s’avancer sur Capoue le 19 au malin. La nécessité de ce détachement sur ce
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point s'explique par ce que nous avons dit, dans la description du terrain, de l’importanje de la ligne Capoue-Aversa.
La colonne d'Eber comptait 1,5U0 hommes dirigés sur S.-Angelo ; la colonne de Spangaro, 900 hommes ; cette dernière brigade était celle que commandait primitivement Nicotcra dans la divisioti Terranova, qui, ainsi qu’on se le rappelle, devait entrer de la Toscane dans les Etats de l'Eglise, pendant quelles quatre autres brigades de l'expédition devaient aborder à Montalto. La brigade Nicotera, qui était casernée à Castel Pucci, près de Florence, avait été véritablement dorlotée par Ricasoli, et avait reçu les meilleures promesses d'appui de tout genre. Mais après que les quatre premières brigades de l'expédition de Terranova eurent été détournées sur la Sicile, après que Farini eut lancé sa circulaire du 13 août, par laquelle il annonçait que le gouvernement piémonlais empêcherait de la manière la plus caU'gorique tout nouveau départ de volontaires, Nicotera reçut l’ordre de licencier sa brigade; on chercha même à l’y forcer par son arrestation ; mais comme Nicotera résista, que la brigade ne voulut pas .se dis.soudre, et d’un autre côté ne commit aucun désordre qui pùt servir de prétexte à employer la force à son égard, ainsi qu’on l’avait pent-être attendu et désiré, elle fut, à la suite d’une convention du 31 août, embarquée à Livourne pour la Sicile. Pianciani, qui s’était rendu de Palerme en Toscane pour y réunir, si possible, autour du noyau de la troupe de Nicotera, les éléments d’une nouvelle expédition contre les Etats de l’Eglise, fut expulsé. La brigade une fois arrivée de Palerme à Naples, Nicotera y déposa son commandement, qui fut provisoirement remis au major Morici ; lorsque la brigade arriva le 15 à Palerme, le colonel Spangaro fut appelé à la prendre sous ses ordres.
Déduction faite des colonnes d’Eber et de Spangaro, il restait d Rustow environ 2,A00 hommes sous sa direction immédiate, savoir: la brigade Milan, 8.'>0 hommes, sous les ordres du major di Giorgi, mais dont le bataillon Venuti, 3Ü0 hommes environ, se trouvant aux avants-postes, ne pouvait entrer en ligne que durant le cours du combat; la partie disponible de la brigade Puppi, c’est-;\-dire deux bataillons ou bOO hommes; trois bataillons de la brigade La Masa, 900 hommes; plus deux pièces de canon avec leurs ser-
ra-
vanis, quelques soldais milanais du génie et quelques hussards, ensemble une cinquantaine d’hommes. ,
Avec celte colonne, Rustow voulait, le l'J au malin, marcher sur ta grande roule de Santa-Maria à Capouc, rejetant en arriére tout ce qu’il rericonlrerail. Comme le seul point de la rive gauche du Vollurne où les Napolitains fus.senl encore établis était Capoue, le but pripcipal de tout le combat qui devait être engagé sur la rive gauche, étant d’altérer les forces des royaux pour faciliter la prise de Cajaz/.o, ne pouvait être atteint que .sur la ligne qu’occupait Rustow. Mais comme d’autre part les Napolitains avaient au moins 20,000 hommes dans Capoue même et en amont de la forteresse jusqu'ù la Scafa di Torello, avec b; petit nombre de troupes dont disposait Rustow, il ne pouvait accomplir la lùche qui lui incombait que par une attaque extrêmement vive : le courage et la vivacité des mouvements devaient sui>pléer à ce qui faisait défaut du cdlé du nombre.
Avant six heures du matin, le 10, Rustow disposa le centre de sa colonne près de l’église de S.-Angostino; les bersagliers milanais formant avant garde se déployèrent en chaîne à droite et à gauche de la route. En arrière se trouvaient sur la droite les deux bataillons que di Giorgi avait déjà à sa disposition (le troisième était encore attendu), un bataillon en première ligne, l’autre en seconde ligne ; à la même hauteur que di Giorgi, et dans le même ordre, Puppi plaça scs deux bataillons sur la gauche de la roule. Des patrouilles de llanqueurs furent envoyées de chaque côté par la seconde ligne pour éclairer le terrain et établir autant que possible une communication avec Eher d’une part et Spangaro de l’autre. En arrière de Giorgi et de Puppi, sur la route même, Ea Masa rangea seu trois bataillons (deux du régiment Corras et un du régiment La Porta). La Masa devait former la réserve; avec lui marchaient les deux pièces; il devait d’abord avancer sur la grande roule, mais aussitôt que le combat commencerait, faire un mouvement pour en sortir, afin de n’y pas servir de cible aux coups d’entilade de l’artillerie napolitaine.
Lorsque la colonne d’Eber, en marche sur S.-Angelo, eut gagné quelque avance après six heures du malin, Rustow fit marcher ses troupes formant la colonne du centre dans le même ordre où elles avaient été disposées. On avança lentement jusqu’à la ta-
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verne Virilasci ; jusque-là les maisons et les fermes situées à proximité de la route n'élaient pas occupées par l’ennemi ; sur ce point on rencontra les premiers avant-postes napolitains ; ceux-ci auparavant avaient toujours été tenus plus rapprochés de Capoue, et le fait que ce jour-là ils avaient été portés en avant paraissait confirmer le bruit d’après lequel les troupes royales avaient eu ce jour-là même l’intention d’attaquer Santa-Maria.
Les Napolitains avaient eu effet poussé quatre bataillons des deux côtés de la grande route jusqu’à la hauteur de la ferme Vitale : deux bataillons, quatre escadrons et une batterie de campagne étaient en réserve sur l’esplanade de la forteresse; une autre troupe, composée d’un bataillon et de quelque cavalerie, s’était aussi avancée le matin sur la route de La Foresta. C(> dernier détachement avait déjà un peu après six heures commencé le combat avec la colonne de Spangaro; après une courte escarmouche, celle-ci se replia sur La Foresta avec une perte de neuf morts e;t blessés (un pour cent).
Du côté de la colonne de Rustew, le premier coup de fusil fut tiré dans le voisinage de la taverne Virilasci, à sept heures environ ; le feu ouvert de ce côté empêcha les troupes royales engagées avec Spangaro de le suivre dans sa retraite, parce qu’elles craignirent d’étre coupées de Capoue. Rustow fit attaquer vivement les tirailleurs napolitains par ses bersagliers milanais; au commencement, ceux-ci avancèrent sans rencontrer une grande résistance, mais bientôt derrière la chaîne des royaux se montrèrent des hataillons serrés. La première ligne de Giorgi et Puppi avança à la baïonnette et les rejeta en arrière, mais seulement jusqu’à une coupure de terrain où ils firent ferme. — Cette coupure était formée par un chemin creux qui, depuis la route, se dirige à sa gauche vers le chemin de fer et de là à la maison Capece et à sa droite au travers de la ferme Saullo et d’une éclaircie assez étendue, allant jusqu’à la ferme Ambrosio, au travers des arbres qui couvrent les champs.
Rustow, qui regardait comme possible que Spangaro et même Eber, quoiqu’il y eût peu à compter sur ce dernier en raison de son éloignement et de sa tâche, qui consistait à maintenir les communications avec la colonne de Türr, vinssent tomber sur les flancs on sur le dos des Napolitains et leur couper ainsi la retraite
sur Capoue, ut* se tiâla pas beaucoup de mettre tin au combat sur ce point ; la fusillade dura ainsi des deux côtés plus d’un quart d’heure; mais lorsque La Masa se rapprocha avec la réserve et ses deux pièces de canon, Rustow donna l’ordre à l’aile droite d’attaquer à la baïonnette le flanc gauche de l’ennemi et de décider ainsi l’affaire; le bataillon Monlesi, de la brigade Giorgi, qui avait été porté de la seconde ligne à droite en avant, à l’arrivée de la réserve chargea à huit heures environ, et les Napolitains évacuèrent en désordre la coupure dont nous avons parlé, l'infanterie s’enfuit en partie sur l’esplanade, en partie sur la grande route vers la porte de Naples; l’artillerie gagna la poterne orientale à travers l’esplanade, et la cavalerie resta sur celle-ci pour' protéger la retraite.
L’aile gauche de la brigade Giorgi et la droite de la brigade Puppi suivirent les royaux au pas de charge sur la grande route, où les arbres qui la bordaient n’avaient pas encore été abattus; le bataillon Monlesi poussa en avant sur l'esplanade, près de la chapelle de S.-Lorenzo;. *
Rustow crut un moment qu'il pourrait etitrer dans Capoue en même temps que les royaux : dans ce cas la ville était prise; il s’avança donc à cheval à la tète de la brigade Giorgi et arriva avec quelques bersagliers jusque sur la crête du glacis devant la porte de Naples. Là il vit que Capoue était une belle et bonne forteresse dont l’enceinte parfaitement irréprochable était tout à fait à l’abri des reproches de négligence qu’il avait entendu faire à son sujet, qu’elle était bien armée .sous tous les rapports et que le poul-levis de la demi-lune avait été déjà levé derrière les Napolitains. Ceux-ci avaient complètement évacué le chemin couvert, mais toutes les pièces du front du sud de la forteresse avaient ouvert le feu : le bataillon Montesi dut quitter l’esplanade pour s’abriter derrière la chapelle S.-Lorenzo, et les troupes de Giorgi et de Puppi qui s’étaient avancées jusqu'à la gare durent aussi se mettre à couvert derrière ses constructions ; les bisca’iens et la mitraille balayaient tout le pourtour des fortitications.
La colonne des garibaldiens n’avait pas avec elle d’échelles d’assaut ; suivant les circonstances, il n’aurait pas été impossible de jeter dans le fossé quelques-uns des waggons du chemin de fer qui se trouvaient sur la ligne près de la gare, et de s’en servir pour
allcitidre le haut de l'escarpe ; mais cela ne pouvait se faire sans de grandes diflicultés, et Rustow ne songea pas à s’engager dans une entreprise aussi téméraire avec le faible chiffre de troupes dont il disposait. Hais s’il n’était pas possible d’entrer dans Capoue, il n'y avait aucun motif pour tenir plus longtemps les troupes sous le feu meurtrier de la forteresse, auquel les garibaldiens ne pouvaient en opposer un semblable. Rustow décida donc de rétrograder jusqu’à la hauteur de la taverne Virilasci.
A huit heures et demie les ordres furent donnés à cet effet. Di Giorgi dut rester en bataille et a couvert derrière la gare avec la partie de sa brigade qu'il avait portée jusque-là ; tout le reste de la colonne dut se réunir sur la ligne extrême de l’esplanade à l'abri des arbres et des bâtiments ; cela fait, l'avant-garde quitta à son tour la gare. Di Giorgi et Pupi>i devaient se retirer derrière la taverne Virilasci, tandis que La Masa formait l'arrière-garde et couvrait le mouvement contre une poursuite éventuelle de la part des Napolitains. La marche fut un peu retardée par le fait que les chevaux de Irait des deux pièces que le major Dricoli avait mises en batterie à l’angle de l’esplanade pour tenir en respect la cavalerie ennemie, ce qui avait eu un plein succès, avaient tous été tués ou bles.sés mortellement. Il fallut quelque temps pour dégager les harnais et les traits. Dans cette dangereuse besogne se distinguèrent particulièrement le lieutenant Zanearie, de la compagnie milanaise du génie; le canonnier Zuppo, qui avait seul pendant quelques instants servi les deux canons, tous les autres artilleurs ayant pris la fuite; Farini, ordonnance de Rustow; deux soldats du génie et quelques bersagliers milanais. — Les pièces furent d’abord traînées en arrière à bras, jusqu’à ce que l'on pùt se procurer les chevaux absolument nécessaires pour les atteler de nouveau.
Pendant le comqienccment de la retraite, le colonel Puppi fut blessé mortellement, ce qui occasionna quelque désordre dans sa brigade, qui se retira jusque derrière le couvent des Capucins, où le major Bossi put l’i^rrèter, la rallier, la remettre en ordre.
Rustow trouva à la taverne Virilasci le 3“ bataillon (Venuti) de la brigade Milan, appelé de Ca.sapulla, et qui arrivait dans ce moment de Santa-Maria . Comme les Napolitains, sortis de Capoue, commençaient à serrer de près son arrière-garde, Rustow fit attaquer les
ro\aux par ce halailloii, sous les ordres du capilaiiie de Carolis, adjudanl-inajor de la brigade, son commandant Venuli ayant dté chargé de ramener en avant la brigade Puppi. Cette attaque avec un seul bataillon sulTit à refouler les Napolitains sur Capoue.
Il y eut lù-dessus suspension complète des hostilités sur ce point. Comme ses gens iravaienl encore rien pris de la journée, qu'il se trouvait à Santa-Maria des vivres ainsi que la réserve de munitions, et que Uustow reçut par un ollicier expédié à la recherche de Spangaro, la nouvelle que celui-ci était déjA en marche pour rentrer A S.-Tainmaro, il décida <le ne lai.sser qu’une grand’gardeà Yirilasci, et vers onze heures il rentra avec toutes ses troupes A Santa-Maria, pour leur donner un repos bien mérité, les faire boire et manger et renouveler les munitions, afin d’étre prêt à un nouveau mouvement en avant s'il devenait nécessaire.
Vers deux heures de l'aprè.s-midi on enUmdit de Santa-Maria le bruit du canon du cété de Cradillo; en même temps arriva de la taverne Yirilasci la nouvelle que les Napolitains avançaient et se renforçaient sur la route de (Papoue. Comme il était maintenant connu que les Napolitains, sérieusement inquiétés pour Capoue par la vivacité de l'attaque de Hustow, avaient rappelé sur ce point leurs troupes venues du haut Volturne, en sorte que le 10 après midi les forces rassemblées dans Capoue ou A proximité pouvaient éire évaluées A une vingtaine de mille hommes, comme il était possible il’autre part que, tranquillisés par une interruption de plusieurs heures du combat, ils fussent revenus de leurs craintes et eus.sent pris la ré.solution d’employer maintenant leurs forces A une attaque contre la colonne de Tiirr, ce que leur rendait facile l'excellent matériel de pont qu’ils possédaient, Rustow, pour faire une diversion et dégager Tiirr autant que possible dans cette éventualité, lit reprendre les armes A son monde, s’avança sur la route de Capoue dans le même ordre que le matin, et comme le matin les Napolitains furent promptement repous.sés jusqu’à la coupure dont nous avons parlé. Là, Rustow lit halle vers quatre heures; il y reçut l’ordre de Garibaldi de cesser le combat et de rentrer A Santa-Maria avec toutes ses troupes, le but des opérations de la journée étant complètement atteint et Cajazzo ayant été pris presque sans résistance.
Au Gradillo le combat s'était borné à une canonnade et à une fusillade à peu près innocentes.
Le major Callabene, lorsqu’il s’élail ai)proché de Cajazzo avec le bataillon de cha.sseurs de la brigade Bologne, après avoir passé la Scala di Cajazzo, avait trouvé un bois d’oliviers en avant de la ville faiblement occupé par les troupes royales, les avait chassées après avoir entretenu assez longtemps avec elles un feu de tirailleurs, et était entré dans la ville après les avoir débusquées enliri ù la baïonnette.
Cajazzo se trouvait donc entre les mains des garibaldiens, et il eût seulement fallu dès lors y envoyer aussi promptement que possible la division Medici ou toute autre troupe d’une force un peu considérable, afin de pouvoir poursuivre autant que possible l’avantage que l’on venait de remporter; mais il n’en fut rien comme nous le verrons.
La perte des garibaldiens dans cette journée s’éleva à environ i 10 hommes morts et blessés, dont 10 dans le bataillon Cattabene, 5 dans la colonne de Tiirr, 2 dans celle d’Eber, 9 dans celle de Spangaro et plus de 1-iO dans la colonne que Rustow avait conduite jusque sous les murs de Capouc. Les Napolitains qui, placés dans des po.sitions avantageuses, pouvaient faire usage d'une artillerie bien supérieure, n'avaient perdu que moitié autant de monde environ.
Les jeunes soldats des garibaldiens s’étaient en général parfaitement bien battus ; qu'il n’ait pas manqué d’ailleurs parmi eux de fuyards, cela se comprend de soi-mème ; la configuration du terrain sur la route de Capoue rendait fort aisé de disparaître à ceux qui ne se sentaient pas le désir de faire connaissance avec les balles royales; il y en eut môme quelques-uns qui coururent jusqu’à Naples avec le chemin de fer de Sanla-Maria, tandis que Rustow, avec ses braves compagnons, rejetait victorieusement derrière les remparts de Capoue les Napolitains en forces triples des siennes.
Le combat de Capoue a fait un certain bruit, et il n’y a à cela rien d’étonnant, puisque depuis Reggio c’était le premier engagement sérieux, et que, depuis qu’il existait une armée italienne du Sud véritablement organisée, il n'y avait eu de livré par elle que deux combats qui méritassent ce nom, celui de Milazzo et celui
de Reggio. Comme même è ces derniers il n y avait eu réellement au feu qu'un chiffre de troupes relativement très-restreint, le public et même une partie des officiers supérieurs de l’armée avaient fini par s'habituer positivement à ne regarder la campagne dans les provinces napolitaines que comme une promenade militaire: le combat de Capoue fit tomber cette illusion et partant ne fut pas agréable à tout le monde. ^
Parmi les officiers supérieurs des garibaldiens, le colonel Puppi fut ble.ssé mortellement et mourut dans les vingt-quatre heures; le major Montes!, en arrivant sur l’esplanade de Capoue, eut son cheval tué sous lui et la poignée de son sabre brisée par un biscaïen. Parmi les officiers d'état-major de Rustow. le major Vigio et le capitaine Ronchitti reçurent des contusions; Rustow luimême eut deux chevaux tués sous lui et son fourreau de .sabre endommagé par la mitraille; et Bricoli. qui commandait l’artillerie, fut blessé à la jambe.
Parmi tout ce qui a été écrit et publié sur le combat dont nous venons de parler, il y a, cela va sans dire, beaucoup de sottises, et ce qui n'y a pas peu contribué a été ce fféau des iimaleurs qui suivent les armées et qui, au milieu des troupes de Garibaldi, avaient plus de liberté que nulle part ailleurs : ce sont ces messieurs qui se donnent toujours comme lémoius oculaires dans leurs lettres adressées aux journaux; ce sont eux qui ont tout vu à la fois au feu à Caserte, à Santa-Maria, à Naples même, mais qui en réalité, dans les bonnes positions qu’ils choisissent, ont vu surtout l’écume du petit corps qui se battait devant Capoue. c’est-à-dire les honteux fuyards, comme il s’en trouve dans toutes les armées du monde, et qui ne manquent pas d’avoir mille choses à raconter pour masquer leur turpitude et leur lâcheté : nous nous bornons à citer comme exemple de ces comptes rendus oculaires celui du sieur Edwin James. Comme nous avons clairement exposé les motifs du combat du 19 septembre, il n’est pas nécessaire d’y joindre de longues dissertations, pas plus que de réfuter des allégations qui n’ont pas le sens commun. Chacun sera d’accord avec nous que ce combat a été à la fois plus important et plus profitable que celui de Meri. pour lequel Garibaldi promut Mcdici au grade de général à l’ordre du jour de l'armée, et déclara que sa division avait bien mérité de la patrie. Si l'on étudie sérieusement l’his-
oogle
loire militaire moderne, on n’y rencontrera peut-t'tre pas une seule fausse attaque qui ail fourni un résultat approchant seulement de loin celui qui a été obtenu par l'attaque de Rustow sur les Napolitains devant Capoue. Une troupe d’un peu plus de 2000 hommes a en effet réussi à attirer sur elle 20,000 ennemis, c’est-àdire une force décuple, et à les tenir toute la journée en haleine par son impétuosité et sa ténacité.
l^a reprinr de C'iijamso par le<« (roape«« royaleti.
Au lieu d’envoyer à Cajazzo en toute hâte la division Medicion quelque autre corps d’une force assez considérable, afin de tirer parti du succès du 19 par une offensive sur la rive droite du Volturne et dans la direction de Capoue, ce qui aurait été certainement facile en raison du trouble où se trouvaient les royaux à la suite de l’échec du 19 septembre, on ne fit rien absolument.
On se contenta, sur la demande pressante du major Caltabene, de lui envoyer seulement à Cajazzo le régiment Vacchieri, de la division Medici , qui y arriva le 20 au soir. Les Napolitains, ne se voyant pas attaqués ce jour-là comme ils s’y étaient attendus d’après ce qui s’était passé la veille, reprirent courage et .se disposèrent à renvoyer sur le haut Voltnrne les troupes qu’ils en avaient retirées le 19 sur Capoue; d’un autre côté, sachant que pour le moment Cajazzo était très-faiblement occupé, mais que des renforts étaient en marche pour se joindre à Garibaldi, ils résolurent d’attaquer et de reprendre si possible ce poste i-solé sur la rive droite pendant qu’il en était encore temps pour eux.
Le brigadier Colonna se mit en marche à cet effet le 21 septembre au malin, avec le 4' et le 0“ bataillon de chasseurs, une batterie de huit pièces, tandis que le brigadier de Mechcl sortait de Capoue avec trois bataillons étrangers, la moitié du 8” chasseurs et deux s escadrons pour appuyer l’attaque de Colonna sur Cajazzo : c’était donc un effectif de 5000 hommes que les Napolitains affectaient à celte expédition. Or la garnison de Cajazzo se composait du bataillon Catfàbene, 320 hommes, et du régiment Vacchieri dont les
trois bataillons trèsTfaibles ne comptaient en tout que 020 bommes; tout le corps garibaldien n’(^lait donc qne de 910 hommes, et les Napolitains avançaient en force quintuple
Le 21 vers onze heures du malin, lorsque Colonna approcha de Cajazzo, Vacchieri rassembla sa petite troupe, fil occuper par ses avant-postes, sous les ordres de Catlabene, le bois d’oliviers dans lequel avait eu lieu l’insignifiante escarmouche du 19, et fit barricader la ville elle-mCrae. Après un combat de plusieurs heures, fort inégal pour les garibaldiens, puisqu’ils n’avaient pas d’arlillerie, et dans lequel ils perdirent beaucoup de monde, ils durent se retirer derrière les barricades élevées dans la ville. L’artillerie des troupes royales les couvrit d’obus, cl lorsque de Mechel approcha à son tour, les Napolitains montèrent à l'assaut : comme si ce n’élail pas assez de la supériorité numérique de cinq contre un des troupes royales, les prêtres soutenus par les habitants réactionnaires de Cajazzo prirent alors eux aussi part au combat en faisant feu des fenêtres et par derrière sur les garibaldiens; ces vaillants soldats se ballirenl encore néanmoins pendant trois heures, reculant lentement dans les rues de barricade en barricade : ce ne fut qu'à six heures du soir que les royaux furent maîtres de la place; ce qui restait encore dos garibaldiens s'enfuit alors du côté de la Scafa di Limalola et à travers le Vollurne, et la cavalerie napolitaine fit encore bon nombre d’entre eux prisonniers.
Les Napolitains avaient eu 110 morts et blessés; 500 hommes des garibaldiens revinrent les jours suivants à Caserle et à Maddaloni ; 200 hommes environ étaient tombés, blessés, entre les mains des royaux, et avec eux le personnel médical chargé de les soigner : le major Catlabene et huit autres ofliciers, grièvement blessés, furent pris et conduits à Capoue. Le reste avait été tué.
Aux yeux des Napolitains la reprise de Cajazzo fut une grande victoire: ils glorifièrent dans leur bulletin les princes de Trani et de Caserle de s’être distingués dans celle * bataille. » Chacun a sa mesure.
Quelque glorieux qu’ait été à nos yeux, pour les garibaldiens qui défendaient Cajazzo, le combat du 21 septembre, et quelque peu de raison que doivent avoir au contraire les Napolitains de ,se vanter si fort d’être restés maîtres du terrain avec 5000 hommes soutenus par la population, contre 909 hommes sans artillerie ni ca-
valerie, el cela après sept heures de combal. — celte affaire n'eii était pas moins un succès pour les Napolitains, et comme ils n’étaient guère habitues à des succès, il ne faut pas s’étonner s’ils se montraient aussi peu dilbciles dans leurs exigences à ccl égard que disposés à l’exagérer el à prendre ces exagérations pour argent comptant. François II pouvait dire à ses soldaUs que maintenant la fortune de la guerre commençait à tourner, surtout s'il ajoutait à la prise de Cajazzo le fait que le 19 Ruslow n'avait pas pris Capoue ; d’ailleurs de ce que Cajazzo, dont l’occupation par les garibaldiens ne devait avoir d’autre but que de servir de pivot à de sérieu.ses opérations sur la rive droite, avait été si lentement et si mal pourvue de troupes, on pouvait conclure avec raison que dans la direction supérieure de l’armée du Sud tout n'était pas parfaitement ordonné, ni fondu d’un seul jet.
Quoi qu’il en soit, celte défaite de Cajazzo appelait évidemment une revanche immédiate de l'armée du Sud, et celle-ci pouvait même tirer parti de cet échec momentané pour multiplier les chances d'une nouvelle entreprise.
C'est à ce point de vue que .se plaça Ruslow : Türr était retourné le 21, malade, à Naples; Medici avait reçu le commandement de l’avant-garde dont Ruslow resta chef d’état-major. Dès le malin du 23 Rustow communiqua à Medici un projet pour les opérations à entreprendre ; ce projet .»e basait .sur les principales dispositions suivantes:
2000 hommes environ occupent Santa-Maria el y font des préparatifs comme s'ils se disposaient à entamer le siège de Capoue, en même temps qu’en réalité ils se retranchent dans celte ville, tout le reste disponible de l’armée est concentré autour de Caserte, de manière à pouvoir en peu d'heures être jeté de l’autre côté du Volturne sur le pont qui paraîtrait le plus convenable, en / amont de Capoue. Pour être en étal d'opérer ce passage avec rapidité et sûreté, on doit exercer une partie suffisante de la troupe à la construction d’ouvrages de fortification passagère, une autre partie à l’établissement de ponts volants, et le matériel nécessaire pour jeter des ponts sur le Volturne doit être réuni d’avance. Dans le voisinage où l'on se trouvait de la ville de Naples et de toutes les ressources qu’elle offre, c’étaP une lâche bien facile, si l’on mettait raisonnablement la main à l’œuvre. Comme point de pas-
sage 011 choisit un endroit à mi-chemin entre Capone et Cajazzo, en amont de la Scafa di Formicola, mais non dans ce lien même, parce qu’en Tace de là et tout près les Napolitains avaient établi sur les hauteurs de Gerusalemme plusieurs batteries qui v dominaient complètement le fleuve. Une fois le passage du Volturne exécuté, le pont devait être aussitôt couvert par une double tête de pont, où se logerait le détachement de Santa-Maria pour s'en assurer la possession. Le gros, après s’étre emparé au moyen d’un mouvement tournant des batteries des hauteurs de Gerusalemme pouvait, suivant les circonstances, ou faire face à droite pour enlever Gajazzo, ou marcher sur la gauche contre le corps napolitain qui sans doute accourrait de Gapoue pour la défense des batteries de Gerusalemme. Dans run comme dans l’autre cas la victoire des garibaldiens était certaine, en raison des forces qu’ils mettaient en ligne (par certahn' nous entendons aussi vraisemblable que possible), et si l'on mettait immédiatement la main à rantvre, Gapoue pouvait être déjà complètement cernée dans les derniers jours de septembre, et les forces napolitaines rejetées sur le Garigliano. Tout ce qui était arrivé à Gajazzo pouvait être mis à profit pour l'exécution de ce plan Irè.s-simple, en «e sens qu’un faible détacbement, envoyé à la Scafa di Limatola et y faisant des préparatifs ostensibles pour jeter un pont sur ce point, aurait siifli pour détourner l'attention des Napolitains de l’endroit véritablement désigné pour cette opération.
Rustow motivait la nécessité de ne pas se mettre en repos et de pou.sser au contraire sans relâche les mouvements offensifs, principalement par le fait que l’armée du Sud était exclusivement composée de jeunes troupes mal ou point exercées au service d’avantpostes, et courant par consi^quent plus qu’une autre le danger d’y épuiser ses forces. En effet on pouvait s’attendre à do continuelles alertes à propos de chacune desquelles le manque d’habitude des ofliciers et des soldats ne manquerait pas de mettre sous les armes l’armée tout entière, d’ailleurs numériquement si faible. En outre Hustow estimait qu’il y avait nécessité également à main tenir ce prestige de succès qui avait été si utile à l’armée jusque-là, en masquant toutes ses imperfections, en même temps qu’à émousser l’ardeur de la réaction qui s'agitait dans la Terre de Labour, et ne pas laisser le moral des troupes royales se relever sur la ligne du Volturne.
Il } avait encore un autre argument que Rustow passa sous silence: les premiers bruits de l’entrée des Piémontais dans les Marches et dans l’Ombrie avaient déjà pénétré jusqu’à Naples, et pour peu que l’on fût au fait des intrigues de Fanti, de Farini et de Cavour, on pouvait aisément apprécier dès lors la signification de ce fait, et partir de l’idée qu’il était dirigé plus encore contre Garibaldi et l’armée du Sud que contre le pape. Quoique toute la presse européenne soit en ce moment dominée par le parti Cavour en ce qui concerne les événements qui se sont passés en Ita" lie, aujourd’hui il n’est pas possible à personne de conserver le moindre doute sur ce que nous venons de dire. Il importait donc de paralyser ces plans cavouriens par de rapides succès remportés sur François II. Mais naturellement ces choses-là ne se disent pas volontiers tant que l’on n’a pas des preuves entre les mains; d'ailleurs les motifs puisés seulement dans la position militaire des deux armées et des deux partis qui se trouvaient en face les uns des antres sur leVoltnrne fournissaient à l’appui des raisons bien suffisantes d’une continuation régulière du mouvement offensif de l’armée du Sud, et malheureusement quelques semaines plus tard l’événement ne confirma que trop les craintes qu’avait exprimées Rnstow au sujet des conséquences qu’aurait sur les jeunes troupes de Garibaldi une longue halte, l'arme an pied, sur la rive gauche du fleuve.
On prit bien quelques mesures préparatoires pour l’exécution du plan mis"en avant par Rustow : ainsi le 25 septembre, Garibaldi transféra à Caserte son quartier général, tonte l’armée fut concentrée autour de Santa-Maria, Caserte et Maddaloni ; on rassembla des matériaux pour jeter des ponts ; il est vrai qu’on le fit pour ainsi dire aussi mal que cela était possible ; Santa-Maria fut retranchée, et l’on établit sur les hauteurs de S.-Angelo quel(|ues batteries qui, à une distance suffisamment respectable, pouvaient avoir quelque apparence d’étre destinées à canonner Capoiie, et qui furent au.ssi en partie dirigées du côté des batteries napolitaines des hauteurs de Gerusalemme. Mais tout cela se fit avec mollesse: aveuglés par la marche presque sans combat qui les avait amenés de l'extrémité méridionale de la Calabre jusqu’à Naples et à Caserte, plusieurs des officiers supérieurs n’avaient plus guère de dispositions à une activité sérieuse et raisonnable. En outre les
nouvelles de la marche des Piémontais, tandis qu'elles auraient été propres à exciter les vrais soldats de l’armée du Sud à entreprendre et mener à bonne fin quelque grande et glorieuse entreprise avant leur arrivée, faisaient au contraire penser à d’autres qu’il n’était plus besoin de tant agir, et que l’armée du Nord suffirait bien sans cela pour achever de mettre au pied du mur le roi François II. Pourquoi donc se donner tant de tourment? Comme plus tard un bon nombre de ces amateurs de la quiétude se sont si bien entendus avec Cavour, Fanti et Farini, on peut sans doute supposer qu’au mois de septembre déjà ils se sentaient obligés d’appuyer et de favoriser les' plans des meneurs piémontais. C’est ainsi que l’on entendit déjà à ce moment formuler des plaintes sérieuses sur la faiblesse de l’armée du Sud, tandis que toujours on avait entendu affirmer le contraire lorsqu’il s’agissait de tailler, dans l’effectif que l'on avait, une nouvelle division et dé créer un nouveau général de division. Pendant que Garibaldi se plaignait jusque-là qu’il avait trop de monde avec lui, il n’en lançait pas moins le 19 septembre, de Naples, celte proclamation adressée aux volontaires de toute l’Italie pour les appeler sous ses drapeaux, il est vrai en donnant à entendre qu’il ne s’agissait plus que de se préparer à la conquête de Rome. Nous allons reproduire ici ce document, qui sera parfaitement compréhensible pour nos lecteurs après ce que nous venons de raconter;
Dictateur de Pltalie méridionale aux volontaires.
• Quand l’idée de la patrie était en Italie le don du petit nombre, on conspirait et l’on mourait. Aujoui d’hoi l’on combat et l’on triomphe. Les patriotes sont assez nombreux pour former des armées et livrer bataille aux ennemis. Mais notre victoire n’a pas été complète. L’Italie n’est point libre encore tout entière, et nous sommes bien loin des Alpes, notre but glorieux. Le fruit le plus précieux de ces premiers succès est de pouvoir nous armer et poursuivre. Je vous trouvai prêts à me suivre, et maintenant je vous appelle tous à moi. Hâtez-vous d’accourir à la revue générale de ces troupes qui doivent être la nation armée, pour rendre l’Italie libre et une, que les puissants de la terre le veuillent ou non.
• Rassemblez-vous dans les places de vos villes, eu vous rangeant avec ce populaire instinct de guerre qui suffît pour vous faire assaillir ensemble l'eAnemi.
• Les chefs des corps ainsi formés avertiront avant leur arrivée à Naples le directeur du ministère de la guerre, alin qu'il tienne prêt tout ce qu’il faut. Pour les corps qui pourraient vçnir ici plus convenablement par voie de mer, les dispositions convenables seront prises.
« Italiens, le moment est suprême Déjà des frères à nous combattent l’étranger dans le cœur de l'Italie. Allons à leur rencontre à Rome, pour marcher de là tous ensemble sur les terres de Venise. Tout ce qui est notre devoir est notre droit, nous pourrons le faire si nous sommes forts. Des armes donc et des hommes ! Du cœur, du fer et la liberté !
« Naples, le 19 septembre 1860. •
En fait, l’armée du Sud demeura sur la rive gauche du Voltume dans ses po.sitions défensives, jusqu’à ce que les royaux eux-mêmes prissent l'oITensive. Du 21 au 30 septembre, il ne se passa rien de bien remarquable : le détachement de Csudafy, qui, après s’être renforcé de 000 hommes environ de landslurm,
, mais conlinucllemenl menacé par la population en très-grande partie royaliste de ces localités, s’était avancé par Piedimonte jusque danslesmontagnes de Bairano, avait rencontré .sur ce point des forces napolitaines supérieures, et, après une courte escarmouche, avait dû battre en retraite sur le même chemin par lequel il était venu.
Dans les environs de S.-Angelo il y eut à plusieurs reprises des combats d'avant-postes occasionnés par les sorties fait,es par les Napolitains dans le but de détruire les travaux des batteries commencées. La plus importante de ces escarmouches eut lieu dans la nuit du 27 au 28 septembre, et elle mérite surtout d’être notée en ce que, dans cette circonstance, le régiment Dunne fut saisi d’une terreur panique à la suite de deux ou trois coups de fusil tirés du cêté des Napolitains, et s’enfuit en toute hâte.
Aussi souvent qu’un coup de fusil partait aux avant-postes, tous les camps et quartiers jusqu'à Caserte et à Maddaloni étaient en alerte , toutes les troupes se mettaient sous les armes, et ordi-
nairement elles devaient attendre ainsi pendant cinq ou six heures avant de pouvoir rentrer dans leurs cantonnements; or comme les coups de feu ne sont pas chose très-rare aux extrêmes avantpostes, on peut aisément se figurer comment les troupes tout entières de l’armée du Sud se trouvaient pour ainsi dire perpétuellement sur pied, ce qui certainement ne devait pas être de nature à faire une heureuse impression sur 1e soldat.
Des nouvelles venues du camp des royaux, ou de simples bruits faisaient constamment attendre à l’armée italienne du Sud une attaque de la part des Napolitains. Enfin, ces nouvelles se trouvèrent sérieuses le 30 septembre, car le lendemain, 4 octobre, les troupes royales sortirent de leur position pour livrer la bataille décisive du Volturne. Nous avons l’intention de la raconter avec (les détails d’autant plus circonstanciés, que depuis quelques semaines déjà tonte la machine de Cavour était en mouvement pour calomnier d’un côté aux yeux de l’Europe l’armée du Sud, en répandant des inventions de tout genre sur ses soi-disant défaites, et de l’autre côté pour transformer en grandes batailles, au moyen de rapports cl de bulletins de plusieurs aunes de longueur, les petites escarmouches des Piémontais qui étaient entrés dans les Etats de l’Eglise, pour mettre dans l’ombre complètement, au moyen de ces<ictions dans le Nord, ce qui se passait de vraiment . sérieux sur le Volturne, et pour arriver enfin à démontrer à la foule crédule et bien préparée, que la bataille du Volturne, lorsqu’elle fut une fois gagnée, l’avait été par les Piémontais. Beaucoup de gens seraient, il est vrai, eu position de renverser d’un coup tout cet échafaudage de mensonges; mais celui qui est agité par certaines craintes, ou par certaines espérances, est peu disposé à dire la vérité en face à ceux de qui il a justement à craindre ou à espérer; aussi ast-ce avec plaisir que nous nous chargeons de la tâche de remettre à cet égard la vérité en lumière.
La bataille du Voltarne. I et S Octobre.
A. PMitions de l'artnce du Sud le 30 Septembre.
A l’exlrème aile droite de l'armée du Sud se trouvait Bixio avec sa propre division, la 18% la brigade Eberliardt de la division Medici, et la colonne Luigi Fabrizzi. La brigade Dezza de la 18‘ division comptait 1828 hommes; la brigade Spinazzi, 073; la brigade Eberhardt, 1502; la colonne Fabrizzi, 1560; en outre, 6 petits obusiers de montagne et 20 guides montés, soit en tout 5653 hommes. — Bixio se trouvait avec le gros de ses forces en avant de Maddaloni, occupant le monte Caro h gauche, le monte Longano à droite, avec ses extrêmes avant-postes sur la route de Maddaloni à Ducenta, près de Valle.
Près de Castel Morrone, sur le passage qui va de Caserle à Limatola, se trouvait le bataillon de bersagliers Bronzetti, delà 16' division, 227 hommes.
Près de S.-Lencio et plus au nord, au Gradillo, était placée la brigade Sacchi, récemment renforcée de l’ancienne brigade Puppi, en tout 1500 hommes.
Medici occupait les hauteurs de S.-Angelo jusqu’à S. -Maria ; il avait deux brigades de sa division, la 17% soit 2500 hommes, 200 carabiniers génois, le régiment du génie Brocchi, 300 hommes, et la brigade Spangaro de la 15' division, c'est-à-dire en tout, plus de 4000 hommes : avec lui se trouvait le vieux général Avezzano, arrivé depuis peu d’Amérique; Jusqu'à la formation d’une division calabraise dont le commandement lui était de.stiné, Garibaldi lui avait confié la surveillance de toute la ligne du côté de Capoue. En fait d’artillerie, Medici avait 9 pièces toutes en batterie, dont 6 pièces rayées de 4.
A l’aile gauche de Medici venait s’appuyer, sur la ligne de S.- Maria, Milbitz qui, en l’absence du ministre de la guerre Cosenz, commandait sa division, la 16°. Les troupes qu’U avait sous ses ordres, dans ce moment, appartenaient en partie à cette division, en partie à la 15' : elles comptaient environ 4000 hommes avec 4 pièces.
A l’extrôme gauche enfln, près d’Aversa, se Irouvail la brigade « Basilicale • sous les ordres du colonel Corle, 1500 hommes.
Le quartier général se trouvait à Caserte : c’était là aussi qu’était concentrée la réserve générale dont Turr avait pris le commandement à son retour de Naples, avec Rustow comme chef d’étal-major général. D’après les rapports que Rustow reçut du général Sirlori sur la force et la composition de cette réserve, elle comptait le 30 septembre après midi: la brigade Eber, lOOOhommes, la brigade Giorgi, 850 hommes (toutes deux de la 15' division), la brigade Assanli de la IC' division, 1100 hommes, le bataillon Paterniti, 250 hommes, la brigade calabraise Pace, 2100 hommes, par conséquent, en tout un effectif de 5900 hommes. Mais sur le corps de Pace il n’j avait que 200 hommes bien armés, 500 armés tant bien que mal; le reste (1 iOO hommes) était pour le moment hors d'étal de servir à quoi que ce soit, en sorte que le chiffre des combattants pour la réserve, se réduisait en réalité à 1500 : elle avait en outre 13 pièces, dont 9, le 30 après midi, avaient déjà reçu l'ordre de partir pour Sanla-Maria.
Comme on le voit, les divisions étaient disloquées de la manière la plus fâcheuse.
Quant à la force numérique, si nous additionnons : les corps de Bixio . . . 5600 hommes.
Bronzetti .
Sacchi. . .
Medici. . .
Milbilz . .
Corta .
réserve . .
nous arrivons à un total de 21CK30 hommes environ, comme effectif de l’armée de Garibaldi le 30 septembre. Nous devons d’ailleurs faire expressément observer que, pour les détachemenUs dont nous n’avons pu obtenir le chiffre parfaitement exact, nous avons pris l’évaluation la plus élevée ; secondement que, lors de la bataille du 1" octobre, il y eut bon nombre de défaillants qm n’attendirent pas le commandement pour se trouver en arrière, en sorte qu’il est difllcile d’estimer à plus de 18,000 le nombre des
hommes qui se trouvèrent ce jour-là disponibles sur les rangs pour prendre une part réelle au combat.
B. Plan, font et réimrlition des troupes royales.
Les Napolitains, lorsqu’ils virent l’armée de Garibaldi persister dans la défensive et ne plus faire aucune tentative pour s’établir sur la rive droite du Volturne, avaient décidé de prendre enxmômes l’offensive; ils y furent d’ailleurs doublement engagés par les événements qui se produisaient dans les Etats de l'Eglise, et les victoires des Piémontais sur Laraoricière. Cavour n’annonçaitil pas que, s’il entrait dans les provinces napolitaines, c’était uniquement pour y mettre un terme à Vananhie^ Or si le roi François réussissait à remporter sur Garibaldi une victoire décisive, et peut-être à anéantir l’armée de ce dernier, et par là à relever le parti bourbonien, l'anarchie était vaincue, et ce prétexte d’apporter au peuple de Naples sa coûteuse intervention, était du moins enlevé au premier ministre piémontais.
Pour ces motifs, le parti bourbonien réunit toutes ses forces pour vaincre si possible dans une grande bataille l’armée italienne du Sud, et il se tint pour si assuré du succès qu'il prit toutes ses mesures afin que cette victoire hypothétique eût pour résultat l'anéantissement total des garibaldiens.
Le 4 octobre était le jour de la fête de François II ; les royaux voulaient célébrer sa fête à Naples.
François II lui-même vint à Capoue avec les comtes deTrapani et de Caserta pour prendre part en personne à la bataille qui se préparait, et pour doubler le zèle des soldats, on leur promit, s’ils étaient victorieux, le pillage de toutes les localités qu’ils traverseraient en marchant de Capoue sur Naples.
Le général Ritucci prit le commandement en chef
Sur l’extrême gauche de l’armée royale, le brigadier de Mechel devait avec une colonne de 8000 hommes, dont 5 bataillons étrangers, marcher sur le haut Volturne, puis sur Maddaloni par la route de Ducenta et Valle.
Un détachement sous les ordres du colonel Perrone, fort de 1200 hommes, devait déboucher de Cajazzo, par Castel Morrone,
sur Caserte ; le brigadier Ruiz restait comme réserve à Cajazzo avec 3000 hommes.
De Capoue môme devaient sortir deux colonnes principales ; l’une sous les ordres du général Afan de Rivera, composée des deux brigades du général Barbalonga et du colonel Polizzi ; 10,000 hommes en tout devaient attaquer le village de S -Angelo in Formisetles hauteurs du monte Tifata, puis après s’être emparé de ces positions, pousser sur S.-Leucio par le Gradillo, s’y réunir au détachement de Perrone, prendre Caserte, et là se mettre en communication avec Mechel, qui pendant ce temps devait de son côté être entré dans Maddaloni. — La seconde colonne, sous les ordres do général Tabacchi, et dans laquelle se trouvait toute l’infanterie de la garde royale, comptait 7000 hommes, elle devait attaquer S.-Maria, attirer et maintenir sur ce point le plus possible les forces des garibaldiens, et faciliter d'autant l’action des colonnes de Mechel et d’Afan de Rivera sur les derrières de l’armée italienne ; avec la colonne Tabacchi voulurent aussi marcher les comtes de Caserte et de Trapani, tandis que François II se joignit à celle d'Afan de Rivera qui avait le rôle principal dans l'action.
' Un détachement de 1300 hommes sous les ordres du brigadier .Sergardi devait, à l’exjrême droite des Napolitains, attaquer S.- Tamraaro.
La cavalerie, sauf un petit nombre d’escadrons attribués aux diverses colonnes, devait provisoirement rester en bataille sur l’esplanade de la forteresse, pour être employée sur les points où le réclameraient les circonstances; c’était un effectif de 2300 chevaux.
Le général Colonnaavec 5000 hommes avait pris position sur la rive droite du Voiturne à la Scafa di Trillisco, en amont de Capoue, pour suivre comme réserve le mouvement de la colonne du général Afan de Rivera ; il avait à sa disposition un équipage de pont sur le Voiturne, au moyen duquel il pouvait en très- peu de temps avoir à sa disposition un point de passage. Enfin, il restait à* Capoue 7000 hommes environ, soit comme réserve, soit comme garnison.
Si nous récapitulons ces différents corps, nous trouverons :
Coloune de Hechel 8000 hommes.
Détachement Pcrrone 1200 •
Détachement Ruiz 0000 * >
Colonne Afan de Rivera 10000 •
Colonne Tabacchi 7000 •
Détachement Sergardi 1500 »
Brigade Colorina 5000 »
Garnison de Capoue et cavalerie. 9500 .
c’est-à-dire, on tout 15200 hommes.
Si l’on en déduit la garnison de Capoue (7000), on voit que le.s garibaldiens ont eu le 1" octobre à faire avec 38,000 hommes, environ le double de ce dont ils disposaient eux-mémes ; l'artillerie de campagne des troupes royales comptait 8 batteries, c’est-à-dire 64 pièces, et de plus, pour dÜTéreutes parties du combat, ils pouvaient encore mettre à proflt les canons qu’ils avaient en batterie de positions sur les hauteurs de Gerusalemme ou dans les ouvrages de Capoue du côté du sud.
Eu outre, si nous avons choisi les évaluations les plus hautes pour établir l’elTectif des garibaldiens, nous avons suivi le principe contraire en ce qui concerne celui de l'armée napolitaine : des officiers royaux prisonniers ont indiqué 45,U0U hommes comme étant le chiffre de cette armée au 1" octobre, et l’on voit qu'il est d’accord avec notre calcul, en y comprenant la garnison de Capoue ; les chiffres que nous avons donnés plus haut proviennent de renseignements que nous nous sommes procurés auprès d’officiers prisonniers, et, dans tous les cas, ce sont les plus faibles.
Lorsque les royaux eurent été rejetés le 19 sur Capoue, ils firent naturellement de leur attaque nue simple reronnaissattce, et ils s'efforcèrent dans leurs rapports offioiels de réduire à peu près à rien le chiffre des troupes qu'ils avaient engagées, en usant de cet artiOce qui consiste à ne jamais donner la force des colonnes, et à chercher, en ne nommant que quelques-uns des corps faisant partie de chacune des colonnes, à faire croire que ces corps, seuls désignés, en formaient tout l’effectif. C’est ainsi que l’on ' voyait dans ces rapports une colonne qui devait être employée à l'attaque d’un village retranché, ne se composer que de cavalerie.
De son côté, Cavour, qui a évidemment répandu à pleines mains sur toute l'Europe les plus grosses faussetés sur la journée du 1" octobre, s’est emplojé de tout son pouvoir à aider ainsi François II à dénaturer tout l’ensemble des événements. Cela ne saurait être trop répété, et chaque fois que l’occasion s’en présentera, nous y insisterons de nouveau sans redouter de fatiguer des lecteurs amis de la vérité.
(■. K.irarmmichr irai'tini-posks le :iO Septembre à S.-Augelo.
A la lin de septembre, la droite de Medici se trouvait an bois de S.-Vito en communication avec Sacchi; par une grand’garde de ce dernier, son centre était à S.-Angelo, sa gauche, 1e long de la route qui se dirige sur S. -Maria, jusqu’aux maisons Lassano et di Napoli. Les pièces étaient en batterie sur les hauteurs du monte Tifala ; les avant-postes étaient poussés jusqu’à 2000 pas du côté de Capouc, abrités par des maisons et des bouquets d’arbres, et sur la droite jusqu'au bord du Yolturne.
Le 30, lorsque de Mechel eut commencé à opérer son mouvement tournant sur Ducentai Colonna, pour en détourner l’attention , entama dans les premières heures de l’après-midi une canonnade et une fusillade très-vives depuis la rive droite du Volturne à la Scafa di Trillisco et à la Scafa di Formicola contre les avant-postes de Medici, qui répondit également par le feu de son infanterie et de son artillerie ; ce dialogue dura jusqu’au soir: il coûta à chacun des deux partis 40 morts et blessés environ ; du côté de Medici, c’étaient le régiment Vacchieri, un bataillon dit de zouaves de sa division, et une compagnie de carabiniers génois, eu tout "00 hommes environ qui avaient été engagés.
Du côté de l’armée du Sud on avait regardé d’abord co tapage comme l’indication d’une tentative de passage du fleuve de la part des Napolitains, et toutes les réserves avaient été mises sous les armes à Caserte ; le feu ayant cessé vers le soir, Garibaldi tint dès lors cette escarmouche pour une démonstration destinée à attirer son attention de ses ailes sur le centre, et fit rentrer à Caserte les réserves jusqu'à ce qu’il eût reconnu le véritable point d’attaque que l’ennemi s’était proposé de prendre. •
D. Ln haiaiUe du Voltiirne. le î" Octobre jusqu'aiu: premièren heures de rnprh-midi.
Le 1" octobre, à 2 heures du matin, les colonnes de Sergardi, de Tabacchi et d’Afan de Rivera sortirent de Capoue parla porte de' Naples ; elles se formèrent sur l’esplanade et se mirent en mouvement pour l’attaque avant l’aube. A la pointe du jour doux combats s’engagèrent à la fois ; l’un devant S. -Maria, l’autre devant S -Angelo. Nous les décrirons chacun à part, en les suivant ju-sque dans les premières heures de l’après-midi, et en commençant par celui de S. -Maria.
n. Combat de S.-Maria.
Les troupes de Milbilz étaient formées à S.-Maria de la manière suivante :
A l’extrCme gauche, ù Tammaro, le régiment Fardella, 500 hommes. A la même hauteur, à cheval sur le chemin de fer, en se rapprochant de S.-Maria, le régiment Malenchini, 500 hommes. — Au centre, sur la route consulaire, les régiments Lange et Sprovieri, avec le bataillon de volontaires napolitains, 1200 hommes. En arrière, en réserve, le régiment Palizzolo, nnecompapie du génie, 1 10 cavaliers à pied, une compagnie de la garde de sûreté de S.-Maria, et 70 hussards, en tout 720 hommes. — Sur l’aile droite, près de l’amphithéâtre et sur la route de S. -Angelo, la brigade La Masa (régiment Correo et la Porta) et la compapié française de Flotte, 1100 hommes. Deux pièces de canon étaient en batterie dans une coupure ))ratiquée au travers du chemin de fer, en avant de la station, les deux autres sous les voûtes de la vieille porte de Capoue de S.-Maria.
Toute cette ligne de défense de Milbitz, de S. -Tammaro à la route de S.-.Angelo, avait environ AOOO pieds de développement.
Un peu après 5 heures du matin, l’avant-garde de Tabacchi attaqua les avant-postes de Milbitz, près de la tuilerie et du couvent des Capucins sur la grande route : les avant-postes de Milbitz se replièrent pendant que toutes les troupes se mettaient sous les armes». Tabacchi marchait, le centre refusé, les deux ailes en
avant, surtout sa gauche, contre la route de S.-Angelo. Cependant toutes les deux étaient faibles et plutôt destinées à maintenir ses communications et à éclairer ses flancs, qu’à exécuter une attaque sérieuse. L’aile gauche, après s’ètre engagée avec La Masa, et avoir obtenu d’abord quelque avantage, fut bientôt repoussée par la réserve de La Masa. Malenchini avait retiré ses avant-postes en arrière de la Ipetite batterie qui coupait le chemin de fer, , afin de laisser libre le front de celle-ci, dont le feu sulTit pour arrêter l'infanterie ennemie qui marchait le long de la voie ferrée. Lorsque Fardella de son côté s’aperçut du mouvement de la colonne de Sergardi, sur la route de Capoue à S.-Tamraaro, comme celui-ci manœuvrait de manière avenir se mettre entre Tammaro et le chemin de fer, Fardella, pour ne pas être coupé, évacua Tammaro et vint s’appuyer au chemin de fer pour soutenir Malenchini ; il ne laissa à Tammaro qu’un faible détachement d'observation qui en cas de besoin pouvait aisément se replier sans danger au travers de la contrée environnante, et dans la direction qui lui paraîtrait la plus .sûre.
Tabacchi avait concentré le gros de sa colonne près de la route de Capoue : il lit marcher sur la route une batterie de huit pièces qui dirigea surtout son feu contre la petite batterie placée sous la porte de Santa-Maria, et qui répondit avec succès, mais non sans éprouver aussi des pertes sensibles. Après une heure de canonnade, Tabacchi forma son infanterie des deux côtés de la route. Milbitz jeta à sa rencontre, sous les ordres du colonel Porcelli, les deux régiments Lange et Sprovieri, qui repoussèrent les Napolitains derrière leur artillerie et leurs réserves ; Malenchini et Fardella y contribuant de leur côté par une attaque sur leur flanc droit. Mais pendant ce temps Tabacchi avait formé sur sa gauche une forte colonne d’attaque, près de la route de S.-Angelo, qui marcha impétueusement sur La Masa et rejeta celui-ci en arrière.
Lorsque le combat avait commencé le malin, Garibaldise trouvait justement à la station du chemin de fer avec Milbitz. Comme il ne fut bientôt plus douteux qu’il s’agissait ce jour-là d'une affaire sérieuse et qui prenait de grandes proportions, Caribaldi fit demander aussitôt à Sirtori une partie des réserves de Caserle; Sirtori envoya d'abord à Santa-Maria la brigade Assanti.de la 16’
division, et bientôt après la partie armée de la brigade Pace. La brigade Assanti, mais sans son bataillon Brongetti, qui combattait dans ce moment à Castel-Morrone, forte par conséquent de 1100 hommes environ, arriva à huit heures du matin, au moment où La Masa était serré de près et dut aussitôt attaquer l’ennemi sur la route de S.-Angelo. Assanti envoya un bataillon du régiment Albuzzi à la porte de Capoue pour y renforcer la réserve, et marcha lui-mCrae sur la route de S.-Angelo avec un bataillon de bersagliers, ayant à sa droite le régiment Fazioli, à sa gauche le régiment Borghe.si; cette attaque rejeta sur ce point les Napolitains en arrière.
Pendant ce temps, Milbitz en avait dirigé une autre de la porte de Capoue sur le centre de Tabacchi, qui l’avait repoussé et s’était lui-mème avancé presque jusqu’aux retranchements de Sanla- Maria ; mais les garibaldiens, aussitôt après s’élre ralliés, en sortirent de toutes parts et Tabacchi dut se retirer à son tour en perdant plusieurs de ses canons.
Là-dessus le combat se trouva suspendu pendant près d’une heure, Tabacchi .sentant le besoin de rassembler son monde, et Milbitz de son côté ne se croyant pas a.ssez fort pour sortir de la défensive autrement que par les mouvements offensifs momentanés qui lui étaient nécessaires pour maintenir sa position.
A onze heures, Tabacchi ayant remis en ordre sa colonne, marcha de nouveau contre la porte de Capoue à Santa-Maria, en l’attaquant par la droite et par la gauche. Malenchini, Fardella et Sproviere arrêtèrent l’attaque sur le chemin de fer, soutenus par deux nouvelles pièces tirées de la réserve de Caserte ; deux autres canons fournis également par la ré.serve étaient en batterie à la porte de S.-Angelo pour soutenir La Masa et Assanti. En outre, à la porta Capuana, Milbitz avait renforcé le régiment Lange par celui de Palizzolo et par la compagnie du génie de la réserve. De grands services furent rendus dans cette partie du combat par la compagnie d e Flotte qui, po.stée dans une maison fortifiée, maintenait la communication entre le centre et l’aile droite de Milbitz, de la route de Capoue à la route de S.-Angelo. D’après les articles des journaux français, celte compagnie de 00 hommes a tout fait à elle seule dans la bataille du Vollurne ; les descriptions militaires de quelques vaillants journalistes lui consacrent deux in-
terminables colonnes, pendant qu'en quelques lignes ils font l'affaire de tout le reste de celte lutte, qui s’étendait sur un front de douze milles, depuis Valle à Sanla-Maria et Tammaro, parCastel- Morrone et S.-Angelo. La stupidité des narrateurs saute ici aux yeux du premier venu; mais il y a mainte antre description de bataille qui n'est ni meilleure ni plus exacte : il est bon de se «tenir en garde à l’endroit de tous ces récits, où l'on voit certains noms jouer un rôle qui absorbe tout, alors que souvent ceux qui les portent n’ont en réalité absolument rien fait. Mais ces balivernes étaient une pâture trop bien venue aux feuilles cavouriennes elles-mêmes pour qu' elles ne fissent pas tout leur possible afin de les répandre avec prédilection, en mettant en même temps tous leurs soins à couper toute publicité à des nouvelles plus raisonnables, mais qui leur étaient pour certains motifs moins agréables.
Pour revenir à l'attaque de onze heures, celle-ci fut, comme la précédente, repoussée par Milbitz.
A une heure et demie le général napolitain la renouvela encore, en la faisant appuyer par la cavalerie qu'il jeta en avant sur la grande roule et sur la chaussée du chemin de fer : sur ce dernier point elle fut arrêtée et repoussée par le feu de la batterie ; en revanche, à la porta Capuana, deux fois la cavalerie royale chargea jusqu’au pied même des retranchements, et Milbitz en personne dut conduire les volontaires napolitains du major Monteforte contre les chasseurs qui s’avançaient fc long de la roule ; il reçut une contusion à la jambe dans cette occasion.
Tabacchi n’avait entrepris ce mouvement offensif de ses chasseurs et de sa cavalerie que pour faire entrer en ligne, sous sa protection, une nouvelle batterie qui prit position près de la reute, dans les environs de la tuilerie, ouvrit un feu d’ailleurs peu nourri contre les aboutissants de la porta Capuana, et derrière laquelle furent encore une fois reformées les colonnes napolitaines.
Nous quitterons ici un moment Santa-Maria : il est deux heures après midi ; le combat jusque-là a été sur ce point pour les garibaldiens une défensive heureuse ; mais le.s troupes dont dispose Milbitz sont presque épuisées, et il manque absolument de troupes fraîches.
b. Combat de S -Angelo.
A cinq henres et demie du matin, Afan de Rivera attaquait sur tonte la ligne les avant-postes de Hedici. Avant le commencement de cette attaque de front, un détachement de la brigade Colonna avait passé le Volturne à la Scafa di Triflisco, avait immédiatement engagé le combat, et dès le début avait coupé une partie des avantpostes de Hedici, sur la droite, sans que celui-ci eût presque le temps de s'en apercevoir, puis par des chemins couverts, le long du bois de S.-Vito, avait continué sa marche sur les hauteurs de S.-Nicola.
Hedici, au milieu du désordre occasionné au premier abord par cette alerte, ramassa ce qu'il pot immédiatement trouver de son monde sous la main : les avant-postes en tenant çà et là devant l'attaque retardèrent assez le mouvement des Napolitains pour permettre à Hedici de prendre quelques dispositions : il eut ainsi le temps d'envoyer le second régiment de la brigade Simonetta sur l’aile droite au nord de S.-Angelo, et le premier régiment avec le vieux général Avezzano et le colonel Simonelta à sa tète au sud, pour maintenir les communications avecSanta-Haria. Hedici lui-mème réunit au centre ce qu'il put trouver de la seconde brigade de la 17‘ division, dont une partie occupait les avant-postes, et de la brigade Spangaro, et avec ces troupes il prit position près d'une batterie qui avait été élevée sur la pente des hauteurs à l'ouest de S.-Angelo.
Pendant ce temps les colonnes d’Afan de Rivera poussaient en avant, et il s’engagea un combat opiniâtre qui dura longtemps avec des chances diverses : tantôt les royaux pliaient, tantôt c’étaient les garibaldiens qui étaient rejetés en arrière; en particulier les premiers amenaient sans cc-sse sur leur aile droite de nouveaux renforts pour assurer leurs communications avec Tabacchi, de telle sorte que, malgré tous leurs efforts, Avezzano et Simonetta ne purent réussir à rester maîtres de la grande route de S.-Angeto à Santa-Haria.
Garibaldi qui, ainsi que nous l’avons vu, se trouvait le matin du 1" octobre de bonne heure à Santa-Haria, s’était rendu de là à sept heures environ, après avoir donné les ordres nécessaires pour
mettre en mouvement une partie de la réserve et avoir laissé ses instructions i Hilbitz, jusqu’à S -Angelo en voiture, afin déjuger par lui-méme de la situation des choses sur ce point, et d’amener la division de Medici sur le flanc gauche de Tabacchi, dans le cas où il ne serait pas attaqué, ou ne le serait pas d’une manière trèssérieuse. Mais il trouva les troupes de Medici déjà engagées dans un combat de la plus grande vivacité. En chemin, un cheval et le cocher de Garibaldi furent même tués sur la roule; cependant comme Simonetta avait réussi dans cet instant à repou.sser l’ennemi pour un moment, Garibaldi put arriver par la grande route jusqu'au pojnt où s’en détache à droite le chemin qui conduit à S -Angelo in Formis. Après avoir examiné la situation, il donna à Medici l’ordre de tenir à tout prix, pendant que lui-même se rendrait sur les hauteurs qui dominent S. -Angelo, pour avoir de là un coup d’œil sur l’ensemble du combat.
Medici continua donc la lutte dans les mômes conditions qu'au commencement de la journée, avec celte seule différence que le nombre de ses gens diminuait sensiblement, le chilîre des morts et des blessés étant assez considérable, et d'autres se dérobant au combat ou y renonçant par la.ssilude, tandis que l’ennemi s’apercevait beaucoup moins de circonstances analogues, en raison de son énorme supériorité numérique. A neuf heures du matin Medici n’avait plus sous la main que 2(X)0 hommes tout au plus. — Garibaldi de son côté avait trouvé l’ennemi déjà en possession des hauteurs au-dessus de S. -Angelo in Formis : c’était la colonne de chasseurs qui avait traversé le Volturne à la Scafa di Triflisco. Garibaldi leur opposa une compagnie de carabiniers génois et deux compagnies de la brigade Sacchi, qu'il avait trouvées sur ce point aux avant-postes, y joignit ce qu’il put rama.sscrde soldats d'autres corps, et marcha sur les royaux qu’il repous.sa.
Le gros de la’colonne de Rivera, qui étaitsur pied depuis minuit, commença vers midi à se fatiguer devant la résistance opiniâtre de Medici à laquelle il ne s’était point attendu. Le combat • se ralentit donc, mais les Napolitains étaient encore en possession des hauteurs au sud de S. -Angelo. — De leur côté les troupes de Medici étaient absolument harassées, et ce qu’il en restait à mettre en ligne était réduit à bien peu de chose. On préparait dans ce moment leur ordinaire à S. -Angelo ; les petits détachements de
braves qui s’étaient trouvés formés de différents corps pendant le combat de la matinée, se serrèrent plus étroitement les uns sur les autres, espérant que la lutte était à sa fin, mais tout prêts néanmoins à en accepter, s’il le fallait, la continuation.
En réalité, Afan de Rivera n’avait suspendu momentanément l’attaque que pour pousser des troupes fraîches en première ligne, et à 1 heure il marcha de nouveau sur S.-Angelo. Cette fois ses colonnes du centre pénétrèrent jusque dans le village même, et les gens de Medici furent sur tous les points repoussés sur les hauteurs en arrière ; les royaux s’emparèrent des vivres préparés pour les garibaldiens, ainsi que de plusieurs canons, et mirent le feu à quelques maisons. Garibaldi vit que, si les Napolitains avaient encore une réserve à faire donner, toute résistance ultérieure de Medici .serait bientôt impossible. Mais il avait déjà donné l’ordre de diriger sur S. -Maria les dernières réserves de Caserte : alors il prit la résolution de courir lui-mème à S.-Maria pour y chercher ses réserves et les amener sur S. Angelo. Or la grande route était interceptée, puisqu’elle était fortement occupée par tes royaux an sud du village ; il dut par conséquent se jeter dans tes montagnes du côté de l’ouest, et faire à pied une partie de la roule. A 2 heures il arrivait enfin à S.-Maria.
c. Combat de Maddaloni ou de Valle, et de Caatel Morrone.^
Pour achever notre revue des circonstances au milieu desquelles la réserve fut appelée à prendre part à la bataille, nous devons encore raconter le combat de Maddaloni jusqu’aux premières heures de l’après-midi, comme nous l’avons fait pour les précédeiiLs, et enfin dire quelques mots de la lutte soutenue par Bronzetti à Castel Morrone.
Bixio, le 30 septembre dans l’après-midi, avait reçu l’ordre de Garibaldi de se tenir prêt à repousser un mouvement offensif de l’ennemi auquel on s’attendait. Il avait pris à cet effet les dispositions suivantes :
La brigade Eberhard, à l’aile droite, sur le versant nord du monte Longano et près de l’aqneduc ; la brigade Spinazzi, au centre, à la Villa Gualtieri ; à la gauche, deux bataillons de la brigade Dezza, sur les pentes du Monte Carro. En réserve, le reste
delà brigade Dezza à S.-Michel, et la colonne Fabrizzi à S.-Salvatore, entre l’aqueduc et Maddaloui. — Deux pièces couvertes par un bataillon de la brigade Ebcrhard étaient en batterie sur la route de Valle, une autre sur la gauche de la route, balayant l'aqueduc, trois autres enfin en réserve, en arrière de la brigade Spinazzi. — Le bataillon qui avait formé les avant-postes à Valle, fut retiré sur le gros.
Le 1" octobre à 5 heures du matin, une patrouille de cavalerie que Bixio avait envoyée du côté de Valle, y rencontra l’avantgarde ennemie, et au petit jour Bixio aperçut depuis les hauteurs une forte colonne napolitaine qui marchait sur la grande route de Ducenta. C’était de Mechel. — Celui-ci, après avoir atteint la vallée de l’Isclero, avait détaché sur ses flancs de grand matin deux corps, dont l’un, sur son aile droite, devait s’emparer des hauteurs de Caserta-Vecchia et de Casola, pour couper les communications de Bixio avec Caserte, et l’autre marchait sur S.- Agata de Goti, pour tomber de là sur le flanc droit des garibaldiens par les hauteurs du monte Longano.
Nous avons vu que Bixio, inquiet surtout pour son flanc gauche, c’est-à-dire pour les communications avec Caserte, avait massé les principales forces de sa réserve dans cette direction.
De Mechel atteignit Valle à 7 '/t heures avec son gros qu’il forma à son tour dans un terrain couvert en trois colonnes, dont l’une devait attaquer à droite le monte Caro, la seconde à gauche le monte Longano, et la troisième exécuter l’attaque principale au centre sur la grande route : cette dernière avait avec elle sur la route une batterie de huit pièces: Mechel attendit quelque temps afin de donner une avance suffisante aux corps qu’il avait dirigés sur Casola et S.-Agata de Goti, pour qu’ils pussent arriver à leur destination et attaquer vigoureusement en même temps que lui.
L’attaque commença à 8 '/i heures : pendant que la batterie napolitaine couvrait la route d’un feu très-vif, les quatre colonnes latérales de de Mechel assaillirent à la fois la gauche et la droite de Bixio.
A la gauche, Dezza fut rejeté jusqu’aux dernières pentes occidentales du Monte Caro, mais il réussit à rallier sur ce point ses deux bataillons; comme le combat y était très-ardent, Bixio en-
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Toya, pour l’appuyer, la brigade Spinazzi sur les pentes du Monte Carro, à droite de Dezza, appela de S. -Michel à la villa Gualtieri les deux autres bataillons de la brigade Dezza, et de Maddaloni à S. -Michel, la colonne Fabrizzi. '
Pendant que cela se passait à la gauche et au centre de Bixio, l’attaque des Napolitains sur sa droite avait un plein succès : la brigade Eberhard, assaillie à la fois de front, de flanc et à dos, avait lâché ses premières positions d’abord avec assez d’ordre, puis en déroute lorsque l’ennemi la serra de plus près, et s’était repliée sur Maddaloni. Les deux pièces que Bixio avait mises en batterie sur la route, abandonnées par leur soutien, et d’ailleurs fort maltraitées par le feu très-supérieur de l’artillerie napolitaine, durent également être retirées sur Maddaloni.
Si de Mcchel avait été en position de tenir convenablement parti de ce moment, et de marcher aussitôt sur Maddaloni avec la plus grande partie de ses troupes, la position de Bixio devenait très-critique, d’autant plus qu’il était presque certain que Caserte tomberait au pouvoir des royaux.
Mais de Mechel dirigeait principalement son attention sur un antre point, c’est-à-dire .sur sa droite: c’était le plus court chemin par lequel, comme nous l’avons vu, on pùt couper les communications de Bixio avec Caserte et le reste de l’armée de Garibaldi ; en même temps c’était la ligne de communication la plus courte pour la colonne de Mechel avec la colonne de Perrone qui devait arriver depuis Limatola, qu’on attendait déjà longtemps sans la voir paraître, et dont on n’avait toujours point de nouvelles. — Or justement sur la droite de Mechel l’avantage s’était de nouveau déclaré pour les garibaldiens. En effet, Dezza, lorsqu’il avait vu s’avancer sur le côté sud du Monte Caro le premier bataillon de la brigade Spinazzi, avait aussitôt ordonné à ses bataillons de faire ferme dans leur position, tandis qu’il courait charger le commandant du bataillon de Spinazzi, qui entrait en ligne, d’aborder l’ennemi par son flanc gauche ; au moment favorable il combina avec ce mouvement une attaque de front de ses deux bataillons, et les Napolitains furent ramenés d’une manière brillante à travers les bois jusque sur Valle.
Par suite de la défaite d'Eberhard et de la perte de la grande route au nord de l’aqueduc, ainsi que des hauteurs du Monte Lon-
gano qui en avait été la conséquence, Bixio résolut de prendre d’abord une nouvelle position qui lui permit de reprendre le combat d'une manière régulière. A cet cfTet, il rappela du Monte Caro, en arrière, à la Villa Gualtieri, la brigade Spinazzi, sauf le bataillon dont avait disposé Dezza, ainsi que les quatre pièces qui jusque-là avaient été en batterie près de l’aqueduc; il n’en arriva que trois, la quatrième ayant dù être abandonnée en raison de la vivacité avec laquelle les Napolitains poussaient leur attaque sur ce point. La nouvelle position que Bixio se trouvait avoir prise dans l’après-midi était perpendiculaire à celle du matin ; elle était à l’ouest de la grande route de Maddaloni à Ducenta par Valle, faisant front à celte route, avec ses lignes de retraite sur Caserte, d’un côté par Centorano, de l’autre par S.-Nicola alla Strada et le long du chemin de fer. A l’extrême droite, à Maddaloni, se trouvait ce qui restait de la brigade Eberhard ; à S.-Michel, Fabrizzi ; à la Villa Gualtieri une partie des brigades Dezza et Spinazzi ; enfin au nord do l’aqueduc, Dezza avec trois bataillons, formant l’extrême gauche. Bixio s’assura des positions prises par ses troupes et de l’effectif qui lui restait, sans que, cho.se singulière, l’ennemi eût jugé à propos de le déranger dans cette opération. C’était surtout pour sa gauche que craignait maintenant Bixio ; il devait bientôt en avoir de bonnes nouvelles.
Noos quittons donc ici à son tour, à la même heure que les précédents, le combat de Maddaloni. Nous ajoutons seulement en ce qui concerne celui de Castel Morrone, que sur ce point, Bronzelti, attaqué dans la matinée par la colonne de Perrone, avait réussi, quoique en forces cinq fois moindres, en tenant bravement sa forte position, sans se laisser ébranler par des pertes considérables et par le manque de munitions, à mettre un obstacle insurmontable à la marche des Napolitains; à deux heures de l'après-midi il n’avait pas bougé de son poste et continuait à y faire vaillamment son devoir.
E. Entrée en ligne de la n’serre qui décide de la bataille du 1" Uctohre.
Si nous jetons un coup d’œil général sur l’ensemble de la bataille, tel qu’il se présentait à deux heures après midi, en prenant
comme point central la place du chûteau à Caserte, nous voyons que la position des deux armées était celle-ci :
Sur l’extrême aile droite des garibaldiens, ;i Maddaloni, Bixio a perdu sa première position de front contre Valle, néanmoins sa gauche tient encore sur les hauteurs du Monte Caro, au delà de Taqueduc. Les Napolitains, avec des forces supérieures, sont là à douze mille pas de la place du château, à Capouc, et peuvent atteindre ce pivot central en quatre heures, y compris le temps du combat, s’ils poussent en avant avec énergie ; mais pour le moment ils se montrent singulièrement calmes.
La colonne de Porrone est à peu près arrivée à la même distance de Caserte, mais elle n’a jusque-là rien gagné de décisif; cependant avec la position telle que nous la connaissons, la résistance de Bronzetti peut cesser à chaque instant. Mais les Napolitains auraient toujours cinq heures de marche, et par des mauvais chemins, pour arriver sur la place du château.
Sacchi au Gradillo est intact : il n’a eu en face de lui aucun ennemi ; .seulement quelques compagnies de sa brigade, employées par le dictateur lui-même, ont été engagées dans la matinée sur le monte S.-Nicola.
A S.-Angelo Afan de Rivera a décidément l’avantage ; s’il sait on tirer parti, s’il se donne seulement la peine de voir la faiblesse numérique de son adversaire, Medici ne peut lui échapper ; avec sa supériorité, d'après les succès qu’il a déjà obtenus, s’il attaque avec énergie, s’il ne laisse pas ses gens perdre leur force et leur temps à piller et à incendier, toute la partie septentrionale du Monte Tifata doit être entre ses mains en une heure ; au bout d'une autre heure Sacchi devra à son tour avoir succombé devant le nombre, et deux heures après Afan de Rivera peut se trouver sur la place de Caserte, et là tendre la main à de Mechel qui, de son côté, peut aussi se trouver avancé jusque-là en ce moment, comme nous l’avons vu.
A Santa-Maria le combat est suspendu, mais des deux parts on dispose tout pour le reprendre bientôt ; les troupes de Milbitz, sont pour la plupart au feu sans interruption depuis le grand matin, et l'on ne peut trop prévoir combien de temps encore elles seront en état de résister à une attaque énergique. Or de Santa-Maria il ne faut qu’une heure et demie sur cette excellente route pour ar-
river sur la place du château à Caserle, et cela peut se faire en . trois heures, mt}me en supposant des combats d’arrière-garde.
Enfin S.-Tammaro est entre les mains des royaux.
Depuis le malin, en ce qui concerne la réserve, toute son artillerie avait été déjà dirigée sur S.-Angelo et Santa-Maria, ainsi que la brigade Assanti, le bataillon Paternili, cl ce qui était en état de service de la brigade Pace ; la réserve générale se composait doue encore des deux brigades Eber et di Giorgi, formant ensemble un total de 2450 hommes ; cependant on avait dû en détacher plusieurs petites troupes pour s’informer sur différents points de l’état du combat, par exemple sur Maddaloui, une autre sur Macerata, car le bruit courait que l’ennemi avançait sur ce point de Tammaro contre le flanc gauche de Milbilz, bruit qui du reste se trouva sans fondement. En fait, la réserve comptait donc encore 2300 hommes, sans une seule pièce de canon.
Avant deux heures après midi elle reçut l’ordre de marcher sur Saiita-Maria. Türr avec la brigade di Giorgi (Milan) prit parle chemin de fer; Ruslow avec son état-major et un petit détachement de hussards prit la grande route, sur laquelle il fut suivi à distance par la brigade Eber. Ruslow arriva avec son escorte à deux heures et demie ; la brigade Giorgi à deux heures trois quarts; enfin la brigade Eber un peu après, trois heures et quart.
Lorsque Rustow se fut un peu orienté sur l’étal du combat près de la porte de Capoue et eut réparti ses ofliciers pour recevoir et diriger les troupes qui allaient arrivèr, il se rendit sur la place ronde de Santa-Maria, qui était le rendez-vous général. Il y rencontra Garibaldi qui arrivait justement de S.-.Angelo ; le dictateur, lorsque Ruslow lui annonça l’arrivée de la réserve, voulait d’abord qu'elle se reposât avant d’aller au feu. • Nous sommes vainqueurs, dit-il, nous n’avons plus qu'à frapper le dernier coup, mais pour cela il nous faut des troupes fraîches. * Dans ce moment arrivait au pas de course de la gare la brigade Milan, venue par le chemin de fer ; celle troupe n’avait pas marché, et Garibaldi donna l'ordre qu'elle s’avançât aussitôt sur la route de S.-Angelo.
Rustow, à côté du dictateur, se plaça lui-mème à la tôle de la brigade ; à peine sa tète de colonne formée par les bersagliers de Milan débouchait hors de la porte, qu’elle fut accueillie par un feu
violent dirigé contre son flanc ganche. Tabacchi se préparait précisément à un nouvel assaut plus énergique encore que les précédents contre la porte Capuana. Garibaldi prit quelques sections de Calabrais qu’il trouva dans les taillis en avant de la porte de S.-Angelo, et s’en servit pour couvrir la gauche de la brigade Milan. Pendant ce temps il parut à Rustow que ce serait en marchant diagonalement de la route de S.-Angelo contre celle de Capoue, que l’on obtiendrait le plus facilement un résultat décisif; ce mouvement opéré à peu près à travers la ferme Parisi, sur la ferme Sanllo, prenait à la fois en flanc et û dos d’un côté le corps de Tabacchij de l’autre celui d’Afan de Rivera et pouvait leur couper leur retraite sur Capoue. Rustow fit donc quitter la route et marcher sur la gauche au travers des arbres serrés qui couvrent les champs près de Moricello, d’abord ses bersagliers, puis les bataillons d’infanterie de la brigade. — L’infanterie ennemie se replia dans la direction de la route de Capoue, et Tabacchi , à la vue du mouvement toujours plus vif en avant de la petite brigade Milan, ordonna la retraite générale; pour la couvrir, il jeta quatre escadrons au-devant des bersagliers milanais ; mais cette cavalerie, lorsqu’elle arriva à trente pas des tirailleurs qui s’étaient aussitôt formés en groupe, dut faire demi-tour après avoir reçu leur feu, fort empêchée qu’elle était d’ailleurs par la nature du terrain.
Dès lors la retraite de Tabacchi se précipita, elle fut encore accélérée par une charge de 60 hussards que Milbitz avait fait sortir de la porte de Capoue pour le poursuivre, et entre les mains de qui Tabacchi dut laisser plusieurs pièces de canon.
Lorsque la brigade Eber arriva à son tour à Santa-Maria, une partie en fut dirigée par Sirtori par la porte de S.-Angelo pour appuyer la brigade Milan : c’étaient la légion hongroise, la compagnie étrangère et le régiment Cossovich ; avec l’autre moitié de la brigade Eber (le bataillon de bersagliers et le régiment Ba.ssini) Türr courut à la poursuite de l’ennemi sur la grande route de Capoue.
La charge de cavalerie exécutée par les quatre escadrons de Tabacchi, malgré son peu de succès, n’en avait pas moins intimidé les bersagliers de Milan ; ils eurent un moment d’hésitation qui s’expliquait d’autant mieux que justement alors, pour se trouver sur la direction que leur assignait Rustow , ils avaient à appuyer
à droite sur un terrain découvert. Dans ce moment, le corps dit • légion ho?igroise * et la compagnie étrangère sortirent par la porte de S.-Angelo et vinrent se placer sur la droite de la brigade Milan, justement dans la direction où Rustow voulait avoir son attaque. Rustow, qui avait déjà eu un cheval tué sous lui et n’avait pu remonter qu’as.sez mal, se plaça aussitôt à 4a tête des tirailleurs de la légion hongroise.
Cette dernière, jointe à la compagnie étrangère, formait un effectif total de 200 hommes ; elle marchait dans ce moment le long du chemin creux de la ferme di Napoli sur la ferme de S.-Amhrosio; plus à gauche, la brigade Milan, 700 hommes marchaient dans la direction de Parisi et de la taverne Yirilasci.
La marche on avant des tirailleurs de la légion hongroise fut brillamment exécutée, tandis qu’au contraire les soutiens en colonne serrée suivaient avec une excessive lenteur De son côté la brigade Milan avançait aussi rapidement que les tirailleurs de la légion hongroise. L’aile gauche de la colonne de Tabacchi ne tint pas devant ces forces si peu considérables, et s’enfuit dans la direction de l'esplanade de Capoue. De son côté Afan de Rivera, contre lequel Medici avait bravement et pied à pied disputé le terrain, malgré que ses forces allassent en s’affaiblissant à chaque instant, lorsque la réserve des garibaldiens entra en ligne et se porta en avant sur son flanc droit, se décida aussi à opérer sa retraite sur Capoue.
Pour couvrir leur retraite simultanée et assurer leur jonction près de Capoue, Afan de Rivera et Tabacchi lancèrent en avant toute la réserve de cavalerie qui se trouvait sur l’esplanade, près de la chapelle S.-Lorenzo, en avant et dans la direction des maisons Ambrosio et Saullo. Cette masse de cavaliers ne rencontra que les 00 tirailleurs de la légion hongroise, en grande partie des Allemands du Nord comme Rustow lui-mème, qui les conduisait dans ce moment ; la cavalerie napolitaine sabra réellement, et l’on vit des blessures de coups de sabre, chose de la plus grande rareté dans toute cette guerre. Rustow dut s’ouvrir lui-mème un chemin au milieu des cavaliers ennemis pour sortir de la ferme .Ambrosio. Mais l'arrivée, bien que tardive, de la légion hongroise ;@t de la compagnie étrangère d'un côté, ainsi que la pointe poussée sur Yirilasci par la brigade Milan de l’autre côté, non-seulement ter-
minèrent promptement cette escarmouche, mais encore engagèrent la cavalerie napolitaine à battre en retraite jusque sur l’esplanade.
Vers cinq heures du soir le feu avait complètement cessé dans les champs de Capone et de S.-Angelo ; les plans de l’ennemi avaient échoué, et malgré sa supériorité numérique il avait été forcé de rentrer derrière ses fortifications.
Le soir, la réserve de Garibaldi était disposée ainsi : entre Santa- .Maria et Capoue, Eber avec le régiment Cossovich sur la route de S.-Angelo à la hauteur de la ferme Avallo; — Ilustow, avec la légion hongroise et la compagnie étrangère, près de la mai.son de Angelis, et la brigade de Milan près de la taverne Virilasci et du côté de Vitale. Le reste de la brigade Eber, sou.s les ordres de Türr, qui n’avait plus trouvé devant elle que de faibles chaînes de tirailleurs prompts à battre en retraite, était derrière le couvent des Capucins.
En même temps que les combats de S.-Angelo et de Santa-Maria, celui de Maddaloni, à l’extrême droite, se décidait également en faveur des garibaldiens.
Nous avons laissé Bixio dans la position où il avait été refoulé par les premières attaques de Mechel ; il avait été forcé de faire un mouvement en arrière, mais le brave Dezza lui avait conservé le pivot de son aile gauche, le Monte Caro ; dès que Bixio se fut assuré de cette circonstance et qu'il reconnut que les royaux ne sortaient pas de l’inaction dans laquelle ils étaient tombés après leurs premiers succès, il résolut de prendre lui-même l’offensive.
Il forma deux bataillons de la brigade Dezza et un bataillon de la brigade Spinazzi, ensemble 800 hommes environ en colonnes d’attaque, et avec cette faible troupe il marcha de la Villa Gualtieri contre le pont de l’aqueduc et le centre des Napolitains; il les enfonça par la vivacité du choc, reconquit le canon qu’il avait perdu, et chassa devant lui l’ennemi sur la grande route de Ducenta, et sur ses côtés Jusqu’à la batterie, qui dut dételer en toute hâte, en laissant derrière elle deux canons rayés. Aussitôt que Dezza vit le mouvement de Bixio en avant sur la route, il prit luimême sur les hauteurs du Monte Caro une vigoureuse offensive avec ses trois bataillons et chercha à couper, par Valle, la ligne de retraite de l’ennemi.
L’aile gauche et le centre de Bixio avaient ainsi, dès quatre heures après raidi, reraporlé une victoire éclatante sur l’aile droite et le centre des Napolitains; la conséquence en fut que l’aile gauche de ceux-ci se retira à son tour avec précipitation et dans un certain désordre.
A Maddaloni, comme sur tout le reste de la ligne, la journée appartenait donc aux garibaldiens, et le soir do 1" octobre Bixio avait repris toutes les positions qu’il occupait le matin.
Néanmoins le 2 octobre un dernier combat devait encore avoir lieu pour compléter la bataille.
F. IjC 2 Octobre. Combat de Caierte.
Nous avons vu comment, dans les premières heures de l’aprèsmidi du 1" octobre, Bronzetti tenait encore vaillamment à Castel- Morrone contre les attaques de Perrone, quoique celui-ci fût bien supérieur en nombre ; cependant à la lin ses braves perdirent leurs forces et épuisèrent leurs munitions : ce qu’il en restait dut, à quatre heures de l’après-midi, au moment où sur tous les autres points du champ de bataille la victoire était décidée, ou commençait à se décider pour les armes de Garibaldi, se résigner à mettre bas les armes. Mais l’opiniâtre et courageuse résistance de Bronzetti avait fortement réduit aussi les troupes do Perrone, et celui-ci n’osa pas avec ce qui lui restait continuer sa marche sur Caserte par Poccianello. 11 demanda donc des renforts à Ruiz, qui lui envova 2000 hommes, en sorte que Perrone put marcher contre les hauteurs de Caserta-Vecchia, à la tête de 3000 hommes. Une partie de ces troupes, le 1" octobre au soir, s’engagea avec les avant-postes de Sacchi au parc de S -Leucio. Garibaldi, informé le soir à S.-Angelo du mouvement de Perrone, résolut aussitôt d'anéantir cette colonne: il dirigea immédiatement sur Caserte les Calabrais de Stocco et la brigade A.ssanti. Lui-même le lendemain matin marcha de S.-Angelo à travers les montagnes sur Briano, avec 600 à 700 hommes (les carabiniers génois, une partie de la brigade Spangaro et une compagnie des Montanari del Vesuvio) ; il ordonna à Sacchi de le suivre en réserve.
Perrone occupait les hauteurs de Poccianello et de Caserta- Vecchia, et se disposait à l’attaque de Caserte, lorsqu’il fut aperçu
par les guides de Garibaldi, qui avaient reçu l’ordre de reconnaître sa position sous la direction de Missori. Garibaldi envoya aussitôt l'avis à Bixio de marcher le plus promptement de Nadda- > loni contre les hauteurs de Caserta-Vecchia, aQn de tomber sur le flanc gauche des Napolitains; comme les colonnes du dictateur luimOme et de Sacchi les attaquaient par leur flanc droit, Bixio laissa la colonne de Fabrizzi sur la route de Ducenta pour garder de ce cote les abords de Maddaloni, fit marcher Dezza avec sa brigade du Monte Caro sur le Monte Viro, à dos de l’ennemi, et. conduisit lui-même, à gauche de Dezza, les brigades Spinazzi et Eberhard sur Caserta-Vecchia. Sirtori avait cru devoir aussi appeler de Naples à Caserte, à tout événement, quelques troupes piéinontaises; il en arriva en effet un bataillon de bersagliers, fort de 400 hommes environ. Ce bataillon, réuni aux Calabrais de Stoccoet à une partie de la brigade Assanti, reçut le premier choc de Perrone, dont l’avant-garde avait débouché sur Caserte dans l’après-midi, et avait pénétré jusqu’à la Piazza Mercato, et même jusque sur la grande esplanade devant le château royal.
Pendant que les royaux échangeaient dans Caserte des coups de fusil avec les troupes de Garibaldi, qu’ils y avaient rencontrées, et qu’ils commençaient à piller dans les quartiers tombés entre leurs mains, quelquefois de la manière la plus comique, puisque, entre autres, ils dévalisèrent un magasin de modes, Sacchi et Bixio attaquaient la queue de leurs colonnes sur les hauteurs de Caserta- Vecchia et de S.-Leucio. Cette attaque fut décisive sans presque coûter une goutte de sang; l’avant garde de Perrone se retira en désordre sur les hauteurs, mais presque rien de la colonne n’échappa aux garibaldiens; beaucoup furent faits prisonniers dans Caserte; un plus grand nombre encore tombèrent entre les mains de Bixio; le reste se rendit à Sacchi sauf quelques fuyards qui réussirent à se sauver par Amoroso et par la Scafa di Limatola. Enfermés de de toutes parts, lesNapolitains n’avaient ou d’autre alternative que de mettre bas les armes ou de chercher une mort glorieuse, et ils choisirent le premier parti.
S.-Tommaso, abandonné le 1" octobre par l’armée du Sud, avait été repris le 2 sans coup férir par un détachement.
Tel est le récit exact de la grande bataille du Volturne ; ce beau
fait d'armes, qui peut ütre mis à cùté des plus brillantes actions militaires que nous raconte Tbistoire, ne pouvait être c'clipsé par les cavouriens au moyen de leurs faciles triomphes de Pérouse et de Castellidardo, obtenus par des forces très-supérieures sur des bandes indisciplinées et démoralisées, tandis que la victoire du Volturne avait été remportée après deux jours de combat par une jeune armée de volontaires sur les meilleures troupes de François II, qui les avaient de plus attaqués en nombre double.
Cavour avait surtout entrepris Pinvasion de l Ombrie et des Marches, que nous allons bientôt raconter à son tour, dans l’intention d’enlever à Garibaldi ses lauriers, et de lui dérober le fruit de .ses travaux. Depuis le milieu de septembre les journaux de l’Europe, en partie vendus au Piémont, en partie inspirés par une partialité évidente, furent remplis de rapports interminables sur les escarmouches de Pérouse, de Castelfidardo et d’Ancône; s’ils trouvèrent à peine la place de consacrer quelques lignes aux faits les plus importants de l’armée de Garibaldi, ce ne fut encore le plus souvent que pour les calomnier, lle.st possible que Cavour se soit aussi procuré dans l’armée de Garibaldi des alliés qui n’éprouveraient aucun scrupule à dénaturer de la manière la plus injurieuse les actions de leurs frères d’armes dans des ouvrages en trois volumes, ce qui sans doute leur permettra de faire, en revanche de leurs propres actes le tableau sinon le plus fidèle, au moins le plus favorable à leur amour-propre. En présence de cette possibilité, c’est doublement le devoir de Phistorien indépendant, non-seulement de dire la vérité, mais encore de la défendre de toute la force de son cœur et de son intelligence.
Lorsqu’on s’aperçut que la bataille du Volturne n’était pourtant pas une chose que l’on pût facilement enterrer sous les interminanables descriptions officielles des affaires de Pérouse, de Castelfidardo, d’Ancône, — que l'on nous pardonne si, dans cette énumération, nous oublions quelque engagement d’avant-postes, transformé en grande victoire, — les cavouriens n’eurent pas honte de prétendre que c’étaient des Pjfimontais, des Piémontaisde Cavour et do Fanti, cela va .sans dire, qui avaient gagné la bataille du Volturne, el sauvé le octobre Varmée de Garibaldi.
11 résulte de notre récit que je I" octobre pas un soldat piémontais n’a pris part au combat ; il en résulte en outre que le
2 octobre un bataillon do bcrsagliers piéraontais, fort de 400 hommes, a pris part au petit combat de Caserte, et nous n'avons qu’à ajouter qu’il y a eu en tout 2 ou 3 blessés. On nous dira peutêtre que Sirtori a commis une faute en les appelant de Naples; nous ne voulons pas dissimuler que nous-mêmes avons été de cet avis au premier abord. Cependant nous devons dire que, comme nous connaissons ces gens-là, nous sommes convaincus qu’il n'était pas le moins du monde nécessaire qu’un seul soldat piémonlais eût réellement assisté à quelque épisode delà bataille du Volturne, pour que les cavouriens vinssent alTirmer que la bataille avait été gagnée par leurs Piémontais. Un peu plus ou un peu moins de fausseté n’est pas ce qui tourmente ces messieurs.
Les Napolitains, de leur côté, ont naturellement accueilli avec satisfaction les rapports mensongers des autres journaux placés sous l’inspiration dont noos venons de parler; dans les innombrables protestations et manifestes oii les ministres du roi se plaignent depuis Gaëtcde l’isolement dans lequel ce roi est laissé par l'Europe légitime, et dans lesquels ils attaquent, de préférence et à maintes reprises, la perfidie du gouvernement piémontai.s, ils répètent toujours que le 1" octobre rarinée du Sud était perdue si les Piémontais de Fanti et de Cavour n’étaient accourues à son aide, et ne l’avaient sauvée. Maintenant, pour que chacun sache qui étaient en réalité les soldats dans lesquels les Napolitains ont cru voir ces Piémontais sauveurs du 1" octobre, il résulte de leurs rapports que ce seraient les réserves employées à la fin de la journée pour forcer la retraite de Tabacchi sur la route de Capoue. Or, nous pouvons leur apprendre et leur prouver que ces • soldats réguliers, • ces c vétérans piémontais, « t dont aucune armée du monde ne saurait soutenir le choc impétueux et mortel, » n’étaient autres que les jeunes soldats de la brigade garibaldienne Milan, des recrues qui avaient à peine été deux ou trois fois au feu.
Du reste, chacun comprendra qu’à un certain point de vue personnel, ce n’est pas sans quelque plaisir et sans un légitime orgueil, que nous avons vu ces attaques contre le Piémont, relativement aux événements du 1" octobre, de plus, elles contiennent en même temps de précieux aveux : il en résulte en effet clairement que, d’après le témoignage même des royaux, leur entreprise n’était nullement une reconnaissance, comme les rapports
militaires ofTiciels de Gaëte l'ont plus tard qualifiée, reconnaissance qui, disent-ils, a été arrêtée dès que son but a été rempli, mais bien un plan d’attaque combiné en vue d’un anéantissement complet de l’armée italienne du Sud. A cet égard, nous devons remercier sincèrement les cavouriens de ce que leurs mensonges ont contribué à mettre au jour la vérité sur ce dernier point.
G. RéfidiaUi âe la bataille. Réflcrione.
Les pertes au prix desquelles l’armée italienne du Sud a acheté la victoire du Volturne, n’ont pas été sans gravité; il est impossible de les indiquer avec une exactitude absolue; cependant, nous sommes en état de les résumer approximativement dans tous les cas, sans risquer de commettre aucune erreur de quelque importance ; en voici le tableau d’ensemble :
16' divi.sion, y compris le bataillon
Morts.
Blessés.
Manquants.
Bronzetti
Autres troupes sous le commande-
ment de Milbilz
2lX)
Troupes de Medici
Brigade Sacchi
Calabrais de Face
Division Bixio
Brigades Gber et Milan
La perte totale s’élève donc à
soit à 3023 hommes; en sorte que, le 3 octobre, l’armée de Garibaldi pouvait encore avoir sous les armes 15 à 16 mille hommes. Le rapport des morts aux blessés est à peu près comme 2 à 5, ce qui s’explique par la supériorité de l’artillerie napolitaine. Le rapport des morts et blessés avec l’effectif total engagé a été de 1 à 10. Dans le corps de Bixio, pour 187 sous-olllciers et soldats tués et blessés, il y a eu 34 officiers tués ou blessés. Le chiffre des officiers aclifs de l’armée garibaldienne, c’est-à-dire de ceux qui ne se contentaient pas d’en porter le litre et de parader à Naples, mais que l'on rencontrait sur le champ de bataille, comparé
an chiffre des soldats, donnait un rapport oscillant de 1 officier sur {2 hommes à 1 officier sur 15 hommes, suivant les corps de l'armée du Sud, en y comprenant tous les officiers des états-majors, de l’intendance et de l’ambulance. Nous mentionnons ici ces chiffres afin de montrer que l'armée du Sud n'était nullement favorisée d’une aussi grande surabondance d’officiers actifs qu'on l’a affirmé et répandu de certains crttés pour des motifs bien connus. Les armées régulières, lorsqu’elles n’ont pas des états de compagnies trop forts, mais allant seulement de 100 à 120 hommes, après quelques mois de campagne, surtout s’il y a eu peu de combats, présentent le môme rapport numérique 'entre les officiers et les soldats, c’est-à-;lire de à '/ib- Que plus tard, au moment du licenciement de l’armée du Sud, il se soit trouvé une foule de héros seulement titulaires et dont on n’avail Jamais entendu parler au combat, cela est très-possible, surtout si l’on songe aux circonstances toutes révolutionnaires dans lesquelles se trouvait l’Italie méridionale au moment de 1a conquête, et à la rage de titres et de brevets qui possède les habitants de ce pays. Mais combien n’y en a-t-il pas aussi dans toute armée régulière ! et dans ces armées-là ils sont par-dessus le marché nourris, décorés, pensionnés, etc., d’une manière permanente aux frais de l'Etat. Les pertes en officiers faites par l’armée du Sud dans la bataille du Volturne ont donc été proportionnellement très-fortes, et l’on peut de ce fait déduire une conclusion favorable à l’esprit . de bravoure ffui animait les officiers actifs et réels de celte armée.
Le chiffre des manquants est très-considérable aussi comme on le voit : il s’en faut cependant de beaucoup qu’ils doivent être envisagés comme ayant été faits prisonniers, puisque l’armée de Garibaldi n’en a perdu qu’à l’affaire de Castel Morrone, et au commencement du combat, en avant deS.-Angelo. Les autres sont des individus qui dès le début de la bataille se sont escamotés pour des raisons de santé aux premiers coups de feu, et n’ont pas su se retrouver déjà le soir du l'' ou du 2 octobre à leur corps pour la distribution do pain , ou bien qui s’étaient procuré quelque asile paisible dans un des hôpitaux de Naples, ou dans quelque autre lieu de plaisir et de repos ju.squ’à complète tranquillisation de leurs esprits troublés.
L’armt'e du Sud perdit en outre 6 petites pièces non attelées, snr les hauteurs de S.-Angelo.
Quant aux pertes qu’a éprouvées de son côté l'armée royale en morts et blessés dans la bataille du Volturne, les chiffres n’en ont jamais été connus. Cependant nous supposons qu’elles ne se sont pas élevées aussi haut que celles des garibaldiens; en effet, quoique les royaux aient le 1" et le 2 octobre exécuté plusieurs attaques, et que les garibaldiens se soient fréquemment trouvés dans d'excellentes positions pour les repousser, ceux-ci rî’ont pas pu tirer suffisamment parti de cet avantage à cause de leur manque d’artillerie eùie tireurs exercés. En fait de prisonniers, les royaux ont perdu plus de 3000 hommes (en particulier le 2 sur les hauteurs de Casertc) ; ils ont en outre laissé sur le champ do bataille 1 pièces de gros calibre de campagne, dont deux rayées, etdeux obusiers longs de six pouces.
Le 1" octobre, ce furent incontestablement les troupes qui défendirent sous les ordres de .Medici les hauteurs de S.-.\ngelo, et qui combattirent à S.-Maria sous ceux de Milbitz, qui supportèrent le principal poids de la lutte. Personne ne refusera aux soldats qui toute la journée tinrent tète à des forces quadruples, le tribut le plus mérité d’éloges, surtout si l’on considère que ces troupes, au début de l’engagement avec l’ennemi, avaientété affaiblies d’une manière incroyable, soit par la surprise de leurs pos- . tes avancés faits prisonniers, soit par la disparition de nombreux individus disséminés au moment de l’attaque inattendue des Napolitains, et par le désordre qui en fut le résultat. Si S.-Maria ou S.-.\ngelo eussent été perdus, la bataille était perdue, et personne ne pourrait dire ce qu’il serait advenu de Naples en pareil cas. Certainement ce n’est pas la première troupe venue qui, depuis la pointe du jour jusqu’à une heure avancée de la soirée, eût résisté aux attaques répétées de l’armée royale, a^ec la bravoure et la constance ([ue déployèrent les jeunes soldats de Garibaldi sur les hauteurs de S.-Angelo et sur la ligne de S.-Maria : ce sont là des combats que l’on peut assurément mettre à côté de ceux qu’a soutenus Wellington à Waterloo, et celui qui connaît l’histoire militaire trouvera aisément d’après notre récit des points de comparaison sur lesquels nous n’avons pas à insister ici.
Le l'' octobre, la partie la plus brillante et la plus favorisée par
Ifi succès de la Wche de l’armée du Sud échut à la réserve , et principalement à la division conduite par Rustow, la brigade Milan, la légion hongroise et la compagnie étrangère, et le 2 octobre, le même réle tomba en partage, sur les hauteurs de Caserte, à Bixio et à Sacchi.
Garibaldi fut incomparable avant, pendant et après la bataille. — Il a confié le soin de veiller sur ses derrières Dixio, il sait que Bixio, aussi longtemps qu’il lui restera un homme et une cartouche, ne cédera le terrain, s’il est obligé de plier, que pas à pas: ce n’est donc que lentement et affaibli que, dans l'hypothèse la plus heureuse pour lui, l’ennemi arrivera jusqu’à Caserte par Maddaloni. Ce n’est qu’ainsi que le général en chef pouvait avoir la pleine assurance de gagner le temps nécessaire pour remporter une victoire complète sur les colonnes qui l’attaquaient de Capoue par S.-Tamraaro, S.-Maria, S.-Angelo. C’est là que le dictateur se porte de sa personne, et après avoir pris les mesures les plus nécessaires pour la défense de S.-Maria, il se rend à S.-Angelo, ce point déci.sif de tout le champ de bataille ; si en effet les Napolitains s’emparent de cette position et du monte Tifata, il n’y a plus d’obstacle à opposer à la Jonction de cette colonne principale avec celle de Mechel : c’est donc cette jonction qui rend presque certaine la victoire des royaux qu’il faut empêcher à tout prix. D’un autre c6té, si les Napolitains ne jettent pas sur S.-Angelo la plus forte partie de leur attaque, Medici peut de ces hauteurs tomber lui-même sur le flanc de l’une ou de l’autre des colonnesqui marchent surS.-Maria ou sur S.-Tammaro, ou de toutes deux à la fois ; et cette offensive, si elle devient possible, promet des résultats brillants et décisifs. S.-Angelo est donc le nœud de la question, soit comme point de départ de l’offensive pour les garibaldiens, soit comme pivot de leur défensive. Au.ssi est-ce sur les hauteurs de S.-Angelo, que Garibaldi déploie toute la force de son caractère, toute l’énergie de la confiance qui l’anime : en y arrivant, il a trouvé les choses dans une assez triste situation, mais il ne se laisse ébranler par aucun succès des Napolitains dans sa ferme volonté de vaincre ; cette volonté, cette confiance, il sait la faire partager à ce qui combat encore des troupes de Medici, d’un front serein, de sa voix la plus assurée, sous le feu meurtrier des Napolitains qui décime leurs rangs, il leur affirme si hardi-
ment et si constamment, qu’ils sont au moment de vaincre, que malgrt* tout ils n’osent en douter.
A chaque attaque des Napolitains il répond par une nouvelle attaque, partout où il peut ramasserautour de lui une douzaine d’hommes. Ce n’est que lorsqu'il voit les dernières forces des troupes de Medici presque épuisées dans ce sauvage ballottement d’une résistance digne de coiurs délions, les bataillons de Milhitz commencera tomber de fatigue, mais aussi les colonnes ennemies non moins hara.ssées par leurs inutiles efforts, si bien que Theure parait venue de porter un seul coup, un coup qui sera le dernier, avec des forces fraîches, et que, d’autre part, dans ce moment, le point central de Caserte n’a plus un péril sérieux à redouter du côté de Maddaloni, ce n’e.stqu’alors qu'il appelle à lui sa dernière réserve, et qu’il court la chercher, seul, par des chemins dangereux et presqu’au travers des troupes ennemies. Cette réserve elle-même, il l’anime à son tour du feu de son courage, lui annonce également la victoire qui s’approche, lui promet la gloire de décider de la bataille : il marche avec elle, puis la lance sur les bataillons ennemis ébranlés qui fuient bientét en désordre et ne pensent plus à oser autre chose, contre cette petite troupe, que de couvrir leur retraite avec toute leur cavalerie. Le lendemain, le -2 octobre, il concentre de toutes parts les troupes les plus rapprochées sur Caserte, pour frapper avec la rapidité de l’éclair sur les derniers re.stes de tant de forces mises en mouvement contre scs positions, un coup qui anéantit ces débris.
Rien n’échappe au coup d’ieil d’aigle de Garibaldi sur cette vaste ligne de douze milles italiens de développement, sur laquelle il ne dispose que de 20,000 hommes à peine, qui, en raison de la faihles.se numérique des unités tactiques, et du nombre des corps à diriger, équivalaient à 00,000 pour la difliculté d'en manier l’ensemble. Garibaldi ne perd pas de vue le point décisif, et en même temps il sait distinguer dans quel endroit et dans quel moment il faut charger à fond, dans quel moment et dans quel endroit il faut se maintenir sur la simple défensive, plier ou même céder le terrain dans une certaine limite, et partout il se trouve en personne dans l'instant de l’action capitale; il se multiplie, se centuple, en faisant pas.ser dans l'ilme des siens toute .son âme ; l’ennemi stupéfait croit voir un Garibaldi dans chaque chemise rouge.
Voilà le vrai portrait de cet homme, de ce guerrier, que les esclaves de la k^gilimité traitent de flibustier, que les instituts de cadets nomment uti heureux aventurier incapable de commander un bataillon, à qui des gens indignes de délier la courroie de ses souliers, reprochent sa simple chemise rouge, quand leur sotte malignité ne sait plus à quelle chicane se raccrocher, eux qui ne sont quelque chose que par cette comédie vaine et creuse des armées permanentes dont ils sont si fiers. Nous pen.sons qu’il n’est pas néces-saire d’avoir recours aux couleurs de la palette du romantisme pour peindre Garibaldi : la simplicité de l’expression, la simplicité de la vérité, voilà ce qui répond le mieux à la noble simplicité de cette grande figure.
Avant de quitter ce sujet nous avons encore quelques mots à ajouter pour expliquer et examiner les mouvements des Napolitains le 1 et le 2 octobre.
En thèse générale, l’offensive entamée avec habileté a sur la défensive cet avantage considérable, qu'elle permet bien mieux que celle-ci de tenir ses forces concentrées.
Il est vrai que pour cela l’ollcnsive doit réaliser deux conditions ;
1" Qu’elle connaisse exactement le point décisif, ou, pour s’exprimer plus exactement, qu’elle représente clairement, qu’elle réunisse sur un point m\e fois choisi tontes sesidées et ses calculs.
2° Qu’elle soit en état de faire des démousl rat ions efficaces avec des forces peu considérables. Avec toute attaque principale doit être combinée une fausse attaque, ou attaque apparente, autrement comment détournerait-on l’attention de l'ennemi de ce point déterminé sur lequel il .s’agit de remporter ta victoire'?
Il est clair, en outre, que l'on doit être en état de faire quelque chose d’important avec peu de forces dans la fausse attaque, car autrement, en admettant que dans leur ensemble les re.ssources des deux adversaires en présence sont à peu près égales, comment s’assurerait-on une supériorité sur le point d'attaque principal?
Mais, pour atteindre un résultat considérable avec des forces restreintes, il faut, avant tout, un chef résolu et de bonnes troupes, ou, tout au moins, des soldats hardis : or. c’était là justement ce qui manquait aux Napolitains pour pouvoir mènera bonne fin de faus.ses attaques, par exemple comme celle de Rustow sur Capoue le 19 septembre; il leur manquait des chefs résolus et des soldats
hardis. C’est ce qui les conduisit à employer, mt'me pour un simple mouvement accessoire, plus de forces que l'ennemi lui-mOrae ne devait en avoir sur le point menacé, et par lA disparaissait la véritable utilité, le sens réel de la fausse attaque : fausses attaques et attaque principale se confondaient, et cette dernière n’avait pas assez de force, parce que l’on en donnait trop aux premières. S’il est quelque chose qu'il importe beaucoup pour une bataille de déterminer d’une manière bien précise avant le combat, ce doit être indubitablement la répartition des troupes pour les différentes parties de la tâche de l’armée assaillante : tout le reste peut se faire pendant le combat : si vous donnez â un chef, dans celte distribution des rôles, un chiffre modique de troupes relativement à celui dont dispose l’ennemi auquel il aura affaire, et que vous lui assigniez un mandat positif et aussi important que po.ssible, son action se trouvera d’ellc-mème être une fausse attaque; il ne réussira peut-être pas à remporter un triomphe partiel, mais il atteindra le buld’uiie fausse attaque quine peulétre que d’attirer sur lui des forces ennemies hors de proportion avec celles qu’il emploie lui-même.
Ceci dit, quel était le point d’attaque principal des Napolitains? Ils en avaient évidemment dett.v : Maddaloiii et S.-Angelo, .sur lesquels étaient dirigées tes colonnes de Mechel et d’Afan de Rivera, reliées par celte de Perrone : la fausse attaque était celle deTabacchi. Là déjà il y avait une faute; on ne peut justifier le plan de deux attaques principales séparées qui ne peuvent se réunir pour frapper le coup décisif qu'après que chacune d’elles de son côté aura été couronnée de succès, au lieu d'une attaque concentrée d’avance avec toutes les forces qu’elle doit employer : l’attaque de Mechel, — et il est évident que les généraux napolitains n’ont pas été très au clair là-dessus, — devait être l’affaire principale, mais cette attaque pour laquelle, avec d'autres chefs et d'autres soldats, on aurait pu réunir les colonnes de Mechel, do Ruiz, de Colonna et d’Afan de Rivera, fut relaliremeiil très-faible. Nous ignorons si ce sont do petites jalousies entre les généraux qui ont amené ce résultat; mais il est permis de conclure que notre supposition à l’égard du rôle assigné à de Mechel est fondée, d’après une citation textuelle empruntée au rapport officiel, d’ailleurs très-confus, que les Na-
poiilains ont fait de la bataille du Volturiie. Nous lisons en eiïet dans ce rapport ;
< Dans ce but trois colonnes furent formées : la première, sous les ordres du général de Mecliel, composée de trois bataillons de carabiniers, de quelques bataillons danfanlerie de ligne, avec l’artillerie et la cavalerie nécessaires, devait former l’aile gauche de l’armée, et marcher par Duccnta sur Maddaloni pour reconnaître l’ennemi de ce côté.
* Des deux aulres colonnes, l’une commandée par le généralmajor Afan de Rivera, formée des bataillons de chasseurs et des deux brigades du général Barbalonga et du colonel Polizi, devait reconnaître les hauteurs fortifiées de S. Angelo in Formis, et le village situé au bas de ces hauteurs; — l’autre, composée des régiments de la garde, des bataillons de tirailleurs et de quelques compagnies du 9'’ et du 10® régiment de ligne, sous les ordres du général Tabacchi, devait menacer S. -Maria de front et détourner l’attention de l’ennemi de toute opération militaire que le général de Mechel pourrait entreprendre.
Ces indications seront, comme pour nous, parfaitement claires pour tout lecteur qui aura suivi et compris la marche de la bataille.
Mechel avait donc la tâche principale, et cependant il était relativement laWAe (bien que, absolument parlant, il eût plus de monde que Bixio), parce que l’on ne parait pas s’être clairement rendu compte si Afan de Rivera devait faire une fausse attaque ou une attaque principale , on lui avait attribué les deux rôles â la fois; il devait s’emparer du Monte Tifata, et détourner ainsi l’attention de Garibaldi de Maddaloni ; mais ensuite il devait en outre opérer sa jonction avec Mechel dans le cas où celui-ci aurait poussé en avant jusqu’à Caserte pour porter de concert avec lui sur ce point le dernier coup, le coup décisif.
L’exécution du plan, elle-même, ne répondit pas non plus, ainsi qu’on peut s’en être convaincu, à de justes exigences. 11 parut presque que chaque colonne attendait les aulres pour avancer ; la ténacité nécessaire manqua dans l’attaque, et les succès partiels obtenus ne furent pas poursuivis; sauf à S. -Angelo, et encore sur ce point ne le furent-ils que par quelques corps de troupes isolés. C’est vis-à-vis de Bixio, du côté de Maddaloni,
que celte faiblesse, cette mollesse se tirent le plus remarquer. Sur ce point les Napolitains avaient d’abord obtenu une victoire évidente. Bixio avait été repoussé dans une tout autre position que celle <[u‘il occupait d’abord. Mais ce n’était encore lù pour les royaux qu’un succès partiel; il fallait le mettre à profit et le poursuivre pour arriver à de grands résultats, et ce fut ce qui fil défaut. Sans aucun doute de Mectiel aurait dû continuer son attaque sur la droite de Bixio, pour gagner Maddaloni, et de là la route de Caserte. Au lieu de cela, il s’arrêta et commença de loin un combat de mousqueteric et d’artillerie, auquel Bixio mil enlin un terme par sa brillante attaque à la baïonnette. Il est clair que l’opiniAtre résistance, mêlée de retours offensifs, opposée sur la gauche de Bixio par De^za, inspira des craintes 5 de Mecliel pour sa droite et ses derrières, et que ce furent principalcraent ces craintes qui l’empéchèrenl de poursuivre sa victoire dans la direction qui se trouvait dans le moment la plus favorable.
De même que Donza, pour le combat de Maddaloni, Bronzetti rendit de grands services à Castel-Morrone pour toute la bataille du 1'' octobre. Si Bronzetti, avec sa petite' poignée de braves, n’eût pas tenu aussi longtemps, si par suite d’une retraite trop prompte à Castel-Morrone les royaux eussent paru déjà à midi sur les hauteurs qui dominent Caserte, c’est sur ce point qu’aurait dû être employée la réserve de l’armée, le combat principal de Sanla- Maria et de S.-Angelo aurait tout au moins, par l’absence de celle réserve, beaucoup perdu de l’éclat de sa conclusion.
On a beaucoup parlé de ce que l’armée du Sud aurait manqué de munitions pendant la bataille du Volturne, et cela non pas dans ce sens que par moments les munitions auraient fait défaut à tel ou tel corps, ainsi que cela arrive dans tout combat, mais bien qu’elles auraient entièrement manqué sur presque tous les points. Quoique les richesses des garibaldiens, en poudre et en balles, n’aient jamais été excessives, ce que l’on alTirme au sujet de la bataille du Volturne n’est cependant pas exact. Rustow, aussitôt après avoir été nommé chef de l’état-major de l’avantgarde, avait immédiatement pris des mesures pour l’établissement d’un magasin de munitions à Caserte, d'abord seulement pour les troupes concentrées à celle époque à Caserte et sur le Volturne ; ensuite il fut donné non sans peine une extension assez grande à
ce magasin, pour qu'il y fût réuni en quantité suffisante des munitions pour tous les calibres de l’armée, et lorsque le 30 septembre au soir il se manifesta quelques embarras dans le service de l’approvisionnement, dont un certain nombre de corps ne s’occupaient, du reste, qu’au moment où ils avaient l’ennemi devant le nez, Ruslow, quoique ce jour-là il eût déjà effectué des distributions considérables, put néanmoins encore certifier à Sirlori l’existence au dépôt de 200,000 cartouches, chiffre véritablement inouï jusque-là pour une oreille garibaldienne.
Quelque important qu’ait été le succès remporté par l’armée du Sud dans la bataille des 1 et 2 octobre, il n’y avait cependant pas de doute qu’il ne fût incomplet, et que l’on eût dû le poursuivre par le passage du Volturne. Mais Garibaldi renvoya encore cette opération. Les nouvelles que l’on recevait de l'approche des Piémontais eurent une bonne part à ces retards. Pour apprécier exactement leur influence ainsi que celle de Cavour sur l’armée du Sud, nous devons maintenant nous occuper du fécit de la brusque invasion des Piémontais dans les Etats-Romains.