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Le cembal d’IeemJa et la capllalatlan de C'apone

Depuis le 2 octobre, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, l'armée italienne du Sud demeura dans ses positions défensives sur la rive gauche du Volturne, tandis que les troupes royales hors de Capoue occupaient la rive droite du fleuve, principalement en amont de cette ville.

Pour ce qui concerne l’armée italienne, la division Medici, ren-

forcée par la brigade Spangaro de la 15% et bieotât après par la brigade Basilicate, se trouvait sur les hauteurs de S.-Âugelo ; en avant de Santa-Maria les avant-postes étaient occupés, à droite de la route par la brigade Milan et à gauche par la brigade Eber, toutes deux de la 15‘ division, dont Rustow reprit le commandement le 5 octobre, Türr ayant dû retourner, malade, à Naples, où il fut nommé ensuite commandant de la capitale et de la province. La 16’ division et la brigade Masa (de la 15’) se trouvait à Santa- Maria même et dans les environs ; la brigade Sacchi surveillait la contrée de S.-Leucio et Caserte, la 18* division (Bixio) la route de Maddaloni à Ducenta; enfin la 19’ division (Calabrais, sons les ordres d'Âvezzana) était en grande partie occupée de sa réorganisation.

Les positions de l’armée avaient été renforcées par des ouvrages, principalement à S.-Angelo et à Santa-Maria. Sur le premier de ces points avaient été construites des batteries et des tranchées nouvelles: la brigade Milan s’était retranchée sur la ligne découverte de ses avant-postes ; sur la ligne de communication entre le front de Santa-Maria et celui de S.-Angelo, là où le 1" octobre les Napolitains avaient poussé le plus avant, avait été établie une forte lunette palissadée, afin que si les troupes royales venaient à renouveler la grande sortie du 1” octobre, la communication importante dont il s’agit ne fût pas exposée an même danger que celui dont elle avait été alors menacée ; enfin, immédiatement en avant de la porte de Capone, à Santa-Maria, avait été construite une redoute demi-circulaire en sacs à terre, percée pour quatre pièces de canon, et destinée à battre plus efiicacement la route.

Il y avait presque tous les jours des escarmouches sur le terrain qui s’étend entre S.-Tammaro, Santa-Maria, S.-Angelo et Capoue ; elles étaient occasionnées en grande partie par l’inexpérience des troupes dans le service des postes, et elles étaient eu général sans aucune importance. Lorsque l’entrée des troupes piémontaises sur le territoire napolitain fut imminente, et plus encore lorsqu’elle fut effectuée, les Napolitains songèrent à prendre leurs mesures en vue d’un siège en règle de la place, et leurs sorties qu’ils entreprenaient eurent dès lors pour objet soit d’opérer des reconnaissances partielles afin de vérifier l’emplacement des ouvrages et des batteries de l’ennemi, soit d’étendre le glacis

de la forteresse en coupant les arbres qui bordaient l’extrémité de l’esplanade et qui avaient fourni un abri assez utile aux garibaldiens, lorsqu’ils avaient pénétré le 19 septembre comme le 1" octobre jusqu’aux remparts de Capoue.

Les sorties les plus vives étaient en général effectuées le lundi, jour auquel avait été livrée la bataille du 1*' octobre ; aussi les soldats de l’armée do Sud disaient, pour se moquer des Napolitains, qu’ils avaient leurs jours de sortie comme les enfants des écoles: le dimanche il y avait grand’messe et discours plein de feu des aumôniers aux troupes pour les pousser à l’extermination des garibaldiens; le lendemain matin on lâchait les royaux hors de la ville, et à midi ou le soir, après avoir touché leurs rations d’horions, ils y rentraient pour se reposer.

En attendant, la situation dans laquelle se trouvaient les corps de l’armée du Sud placés aux avant-postes était loin d’étre enviable. Le temps avait commencé à devenir mauvais dans les premiers jours d’octobre; fréquemment il tombait une pluie serrée, et les baraques que les soldats se construisaient dans leurs bivouacs ne leur prêtaient qu’un abri fort insufllsant. Aussi, malgré toutes les mesures de précaution et malgré des distributions de vivres aussi régulières et abondantes que faire se pouvait, le chiffre des malades allait croissant dans les brigades sur lesquelles le service pesait le plus, d’autant que l’esprit du soldat était moins tendu vers un but déterminé dans cette position défensive et tonte d’observation ; cela était facile à prévoir et avait été effectivement prévu.

Enfin le i4 octobre, les corps qui, depuis le commencement du ' mois, avaient été astreints à un service non interrompu aux avantpostes furent retirés. La division Hedici (moins la brigade Basilicate) et la division Rnstow, avec les brigades Eber, di Giorgi, Spangaro, Corrao (précédemment La Masa, et maintenant commandée par La Porta depuis la blessure de Corrao) marchèrent en arrière sur Caserte et ses environs. La division Bixio vint occuper le front de Santa-Maria, et un régiment piémontais avec trois bataillons de bersagliers vinrent de Naples se joindre à la brigade Basilicate, sur le front de S -Angelo. On se souvient que le 13 octobre Garibaldi avait décidément lâché la bride an pàrti de l’annexion immédiate à Naples ; ce fut à la suite de cette circonstance

que le lendemaiD les troupes piémoutaises de la capitale entrèrent en ligne devant Capoue.

Le lundi 15 les Napolitains opérèrent une grande sortie contre S.-Ângelo, et ce fut là que, pour la première fois, ils se trouvaient en réalité sérieusement engagés avec des soldats piémontais ; ils en firent quelques-uns prisonniers dans cette occasion, et purent maintenant affirmer en toute vérité que les Piémontais étaient venus à l'aide de Parmée du Sud. Dans ce coptbat les troupes royales eurent 80 morts et blessés; la perte totale des Piémontais et des garibaldiens a été évaluée à une trentaine d'hommes seulement, mais elle doit avoir été plus considérable. Dans le courant de l’après-midi le combat devant Santa-Maria et S.-Angelo parut prendre un caractère si vif que Sirtori regarda un moment comme vraisemblable une répétition de la journée du 1°' octobre ; Rustow dut immédiatement se porter sur les hauteurs de Caserta-Veccliia pour pousser une reconnaissance sur Pocciaucllo. Il ne rencontra aucune trace d'ennemi, soit que les Napolitains n’eussent projeté pour ce jour-là aucuife entt'cprisc dans cette direction, soit qu’ils s’en fussent abstenus, après avoir vu que l’armée du Sud était sur ses gardes. Comme l'on ne pouvait savoir si quelqu’un des jours suivants une tentative de ce genre ne se renouvellerait pas, il fallut tenir constamment quelques troupes sur pied pour surveiller la ligne de Maddaloni et celle de la Scafa di Limatola. Rustow envoya à cet effet la brigade Eber prendre position au couvent de S.-Lucia et dans un poste plus petit et plus éloigné du côté de Maddaloni, et les brigades Milan et Spangaro à Poccianello et sur la roule de Limatola. Chacun de ces corps détachait tous les jours quelques centaines d'hommes aux avant-postes qui étaient relevés régulièrement, de manière à ne pas imposer des fatigues trop fortes à ces gens, qui avaient été envoyés à Caserte pour s’y reposer. Le ii, la plus grande partie de la brigade Spangaro ayant été portée en avant du côté de la Scafa di Formicola pour y être employée à la construction des batteries, la brigade di Giorgi (Milan) dut pourvoir seule à la garde du poste de Poccianello.

Lorsque l’on connut d'une manière certaine l’entrée des Piémontais sur le territoire napolitain, les troupes royales prirent aussi position du côté du nord pour les arrêter. François II nomma à cet effet le général Scotli-Douglas, son aller ego dans les pro-

\inces septentrionales. Scotti établit son quartier général à S.- Germano, y réunit quelques bataillons de troupes de ligne, la gendarmerie qu'il put retirer des Abruzzes et de la partie nord de la Terre de Labour, et décréta en outre, le 8 octobre, la formation de deux nouveaux bataillons de chasseurs volontaires : il réussit de cette manière à concentrer en quelque temps dans les environs de Venafro et d'Isernia un corps d’environ 8000 hommes.

L’armée piémontaise devant avoir une grande supériorité numérique sur ce faible effectif, il n’était pas à prévoir que Scotti pût longtemps maintenir sa position avec succès; lors même qu’il aurait réussi à arrêter l'une de ses colonnes, il aurait été inévitablement tourné par une autre qui l’aurait pris en flanc et par derrière ; si donc les forces de François II concentrées sur le Vollume ne faisaient pas une nouvelle tentative pour rejeter Garibaldi sur Naples d’une manière décisive, et de façon à changer complètement la face des affaires, elles devaient elles-mêmes se trouver infailliblement contraintes à évacuer la ligne du Volturne et à se retirer sur celle de Garigliana. Or, depuis la bataille du I" octobre, les Napolitains étaient trop découragés pour hasarder une pareille entrepri.se, et, à partir du 10, ils commencèrent déjà à faire leurs préparatifs de retraite; ils évacuèrent de Gaëte sur Capone tout le matériel de guerre qui n’était pas absolument nécessaire à la défense de cette place, les troupes elles-mêmes devant prendre le même chemin à l’approche de l’armée piémontaise.

Scotti, informé de la marche en avant de Cialdini, se mit en mouvement sur Isernia pour aller à sa rencontre. Le 20 octobre, Cialdini avançait de Castel-Sangro sur Isernia, tandis que Scotti, avec 6000 hommes, en sortait pour arrêter les Piémontaisau passage de la vallée de la Vaudra ; lorsque ce dernier atteignit, à 3 milles italiens environ au nord de l’Isernia, les pentes des hauteurs du Macerone, il se trouva en présence de l’avant-garde de Cialdini qui avait déjà traversé la Vaudra.

A partir d'Isernia, la grande route s’élève jusqu’aux sommets du Macerone par plusieurs lacets successifs, tandis que sur le revers opposé elle descend dans la vallée de la Vaudra par une pente douce et en ligne droite.

Le général GrifOni. qai tenait la tête de la colonne de Cialdini avec deux bataillons de bersagliers et deux pièces de canon, se hâta dès qu’il fut informé de l'approche des Napolitains, de gagner avec son monde la hauteur avant que Scolti y arrivât ; il y réussit et y prit position. Scotti forma ses troupes en trois colonnes, le centre sur la route, les deux autres à droite et â gauche, pour déloger Grifflni ; mais les soldats napolitains ne faisant nullement preuve d’une bien grande envie de marcher vigoureusement en avant, ce dernier put se maintenir pendant une heure et demie au feu, contre des forces bien supérieures aux siennes. Pendant ce temps, Cialdini, prévenu de ce qui se passait, accourut avec autant de troupes qu’il put en trouver sons sa main, les déploya rapidement pour entourer l’ennemi, et au bout d’une heure à peine les Napolitains fuyaient en pleine déroute, principalement sur la grande route d’Isernia. Un escadron piémontais lancé snr leur gauche par Cialdini, et favorisé dans sa poursuite par la direction de la route, rabattit bon nombre des fuyards du cdté de l’est, et Ht environ 800 prisonniers, parmi lesquels le général Scotti lui-méme.

Dès que la nouvelle de cet échec parvint à Capoue, le 2t octobre, on commença à y prendre les dispositions nécessaires pour l’évacuation définitive de la ligne du Volturne. Le 22, les troupes qui occupaient Cajazzo et le cours supérieur du Oeuve, furent retirées en arrière sur les hauteurs du mont Pappitella, dans les environs de Calvi ; les batteries des hanteurs de Gerusalemme forent en même temps désarmées, et tontes les troupes qui jusquelà avaient été concentrées à Capoue ou à proximité de la forteresse, opérèrent le 23 et le 24 leur retraite du côté de Torre di Francolisi, sauf une dizaine de mille hommes qui restèrent dans la place, et pendant ce temps, à l’aile gauche, les débris de la déroute de Scotti à Isernia se rallièrent à Teano.

Garibaldi de son côté, dès qu’il fut informé du mouvement de retraite commencé par les troupes napolitaines, résolut de passer avec une partie de ses forces le Volturne, afin de déblayer le flanc gauche des Piémontais qui marchaient snr Venafro et voulaient se diriger sur le Garigliano. Le 22 octobre, il fit entamer à cet effet la construction d’un pont à la Scafa di Limatola ; comme ce travail n’était plus contrarié par les batteries de Gerusalemme, il

fnt achevé dans la nuit du 24 au 25 ; le 25 au matin, la division Medici passa la première sur la rive droite du Voltnrne et prit position, faisant front contre Capoue, près des moulins de Trillisco, pour couvrir la marche de la colonne expéditionnaire, composée de la division Bixio, et des brigades Milan et Eber sous les ordres de Rnstow avec la légion anglaise forte de 600 hommes qui, enrôlée à grands frais en Angleterre, était arrivée le 15 de Naples à Caserte, en tout environ 5000 hommes.

Ce corps marcha, derrière la position prise par Medici, en une seule colonne, au travers d'un labyrinthe de chemins creux par Bellona, Vitolaccio, Pastorano et Partignano sur Calvi, où il arriva vers dix heures du matin ; il établit ses bivouacs à Calvi et Zuni. Bixio étant tombé de cheval dans la marche, près de Bellona, s’était cassé une jambe dans sa chute, et dut être ramené à Naples. Ce mouvement n'occasionna aucune rencontre avec les troupes napolitaines, le général Salzano les ayant justement déjà concentrées en arrière sur Pascano, le 25 dans la matinée. Cependant les garibaldiens firent un bon nombre de prisonniers, soit de détachements d’observation demeurés sur les hauteurs du Poppitella, et dont la retraite se trouvait coupée, soit de maraudeurs et de traînards. Une reconnaissance napolitaine qui, vers midi, s’avança de Capoue sur la grande route, se retira sans attaquer, une fois arrivée à proximité du château de Calvi.

A six heures du soir, Garibaldi mit son monde sur pied et alla bivouaquer pendant la nuit près du Bosco di Cajanello, entre le rivo di Cajanello et le Rivo délia Fontana Paola.

Ce jour-là, le corps de Cialdini était arrivé à Venafro, ainsi que le roi Victor-Emmanuel lui-même, qui était parti le H d’Ancône pour Grottamare, et était arrivé le 18 à Teramo par Chieti, le 23 à Castel di Sangro, le 24 à Forli, et avait rejoint le 25 les troupes de Cialdini par Isernia.

Le 26, le roi et le dictateur devaient se rencontrer.

Ce jonr-là, entre 5 et 6 heures du matin, Garibaldi avait quitté son bivouac de Cajanello, et avait conduit ses troupes jusqu’à le Frotte, à droite de la route. Ayant reçu là la nouvelle que Victor- Emmanuel et Cialdini, avec deux divisions piémontaises, étaient déjà partis de Venafro et étaient tout près de lui, il remit à Rustow le commandement, et avec quelques officiers de son état-

major revint en arrière sur la grande route, à la rencontre du roi. Il rencontra d'abord Cialdini, puis Victor-Emmanuel, qu'il salua du titre • de roi d'Italie, • et qu’il accompagna jusqu’à Teano. II eut le plaisir dans cette occasion de voir aussi ses intimes amis Panti, le ministre de la guerre et le chef d'état-major général du roi, et Farini, le nouveau gouverneur général de Naples, qui devait lui succéder et le supplanter.

Dans la matinée du 26, près de Teano, un détachement des pribaldiens eut à soutenir un petit combat de cavalerie. Comme il fut, entre autres circonstances, l’objet d’une note de Casella, nous devons en dire quelques mots, tout insignifiante qu’ait été cette affaire, défigurée du reste de la manière la plus pitoyable par les récits napolitains. Cialdini était entré en communication avec le général Salzano, provisoirement chargé du commandement en chef de l’armée napolitaine qui tenait la campagne, et il avait pris avec lui un rendez-vous pour le 26 à la Taverna délia Catena, sur la route de Teano, près de Cajanello-Vecchio. Les deux généraux voulaient s’y rencontrer avec une faible escorte; n’ayant pas été informé de ce fait, le 26 an matin Rustow, avant que le gros de ses troupes quittât le bivouac du Bosco di Cajanello, avait détaché le capitaine Ronchetti, de l’état-major général, avec une trentaine de hussards, sur la Taverna délia Catena, en le chargeant de se rendre de ce point à Teano, afin de reconnaître le terrain et de voir si cette contrée était entièrement libre d’ennemis.

Salzano était arrivé justement ce matin-là à Teano, avec une escorte de cavalerie qu’il avait laissée sur ce point pour .se rendre lui-mème de là à Cajanello-Vecchio. Ronchetti ne rencontra pas le général, qui avait .sans doute pris un autre chemin que lui, et il atteignit Teano sans temps d’arrêt : à son approche, ce bourg fut évacué par l’escorte de Salzano, et Ronchetti y fit une halte; mais tout d’un coup il fut assailli de deux côtés à la fois par les Napolitains, et il dut leur livrer dans les rues un combat à la suite duquel quelques prisonniers restèrent entre les mains des hussards garibaldiens. Vers raidi, Ronchetti retourna avec son détachement au bivouac de Le Fratte; en chemin, il croisa le général Salzano, qui revenait du rendez-vous sous escorte piémontaise, et qui, arrivé à Teano, n’y trouva plus sa propre escorte.

L’entretien de Cialdini avec Salzano était resté sans résultat. Cialdin^ avait cherché à convaincre le général napolitain que toute défense ultérieure des royaux devenait inutile, et qu’ils feraient mieux de déposer les armes. Salzano avait répondu en protestant contre l’invasion des Piémontais dans les États du roi François II, et en alTirmant qu’il combattrait avec les troupes napolitaines jusqu'à la dernière extrémité.

Salzano se retira à Sessa.

Cialdini ne flt faire à Teano qu'une courte halte à l’armée piémonlaise. Son plan primitif était de marcher immédiatement par Roccamonfina et les hauteurs du Monte Croce sur les derrières des royaux, afin de les couper entièrement de la ligne du Garigliano, et de les forcer à se replier sur Capoue, où ils seraient tombés entre les mains des garibaldiens ; mais, informations prises, il dut renoncer à ce projet en raison du mauvais état des chemins, et il marcha sur des routes meilleures par S.-Guiliano et Cascano, contre le front des Napolitains. Le 26 dans l’après-midi, son avant-garde atteignit entre S.-Guiliano et Cascano, l’arrièregarde des Napolitains qui, sous les ordres de Mechel, occupait une forte position; il s’ensuivit un engagement très-vif qui ne prit pas une tournure bien favorable aux Piémontais; mais Salzano, avec le gros de ses troupes, au lieu de chercher à utiliser les chances que paraissait lui offrir ce combat, se mit en retraite sur le Garigliano, et fit suivre ce moiivement par l’arrière-garde.

Le même jour, un peu après midi, Rustow reçut l’ordre de Garibaldi de-quitter le bivouac de Le Fratte pour revenir dans la contrée de Calvi, et y cantonner les troupes de manière à faciliter la subsistance et à rendre possible de les distribuer dans des abris suffisants si le temps devenait pluvieux. Les difficultés de l’approvisionnement résultaient en partie de ce que tout le pays traversé par la route de Venafre, avait été littéralement dévoré par les troupes napolitaines, en partie de ce que le pont, très-imparfait, construit à la Scafa di Formicola, ne permettait point le passage de chariots, en sorte qu'.aocun envoi de vivres ne pouvait avoir lien régulièrement, tandis que les petites provisions de sac de la troupe ne devaient pas la mener bien loin. En outre, le corps d’expédition n’avait pas emmené l’artillerie, car on n’aurait pu songer à la risquer sur le pont de Formicola. Les gens de

Garibaldi furent donc réduits, pendant tout le séjour de ce corps sur la rive droite du Volturne, à vivre principalement do châtaignes bouillies. Quelques poules ou cochons, obtenus par réquisition, formaient une rare exception à ce sobre régime. — L’ordre de Garibaldi fut exécuté aussitôt : le 26 au soir, la division Bixio, commandée maintenant par Dezza, se cantonnait à Calvi avec la légion anglaise, les brigades Eber et Milano, à Zuni et Visciano ; un bataillon de Dezza avait été porté en avant jusqu’à Partignano, et un bataillon de la brigade Eber, jusqu’à Sparanise; pour maintenir la communication avec les troupes piémontaises, un détachement avait été laissé à la Taverna délia Forricella, où la route de Teano s'embranche sur celle de Venafre. Garibaldi avait son quartier général près de l’église de Calvi, Rnstow, qui commandait les troupes, avait le sien dans la Taverna di Calvi, isolée à peu près au centre du cantonnement.

Le 27 octobre, le corps détaché de l’armée du Sud demeura dans ces positions, attendant l’ordre de prendre part à la bataille qui devait rejeter les Napolitains derrière le Garigliano; mais comme le combat d’arrière-garde du 26, entre S.-Guiliano et Cascano, avait déjà suffi pour obtenir ce résultat, l’attente de cette bataille devenant superflue, le dictateur donna le 27 au soir l'ordre de retourner à S.-Angelo, et le 28 au matin, celui de rentrer à Caserte.

Une sera pas inutile de mentionner ici, pour répondre à de certains bruits qui ont été répandus, sans doute dans c une bonne intention, > d’abord, qu’il n’y a eu aucune revue du corps d’expédition par le roi Victor-Emmanuel, puisque Rustow sur l’ordre exprès, ou le désir, comme on voudra, du dictateur lui-même, adressa au quartier général du roi un rapport de dislocation de ses troupes, et fit demander au chef d’état-majof général du roi, le général Fanti, les mois pour les derniers jours d’octobre. Victor-Emmanuel passa le 27 à Calvi pour se rendre à S.-Angelo, pendant une absence du dictateur, qui avait fait à cheval une course jusqu’à Sparanise et sur la voie romaine, et les troupes de l’armée du Sud qui campaient le long de la route suivie par le roi, se mirent sous les armes et rendirent au roi les honneurs que comportent les convenances militaires. Quant à la légion anglaise, elle ne fut, pendant toute la durée de l’expédition sur la rive droite

dn Vollurne, qu’un impedimentum complet pour l’armée du Sud, et les événements plus tard ne changèrent absolument rien au jugement que l’on en put porter dès lors. Paresseux, voraces, indisciplinés, les soldats de ce corps se conduisirent dans la contrée de Calvi comme ils l’avaient fait dans celle de Le Fratle, volant partout, et bornant leurs occupations à faire la chasse aux petits cochons noirs domestiques ; ce fut une de ces bandes de marandgnre qui, le 27, fit feu sur jej;oi Victor-Emmanuel, lorsqu’il se rendait à cheval de Calvi à S.-Angelo. Il faut, pour s’expliquer ce fait, réfléchir que les gens de celte légion, et môme le plus grand nombre des officiers, ne comprenaient pas un mot d’italien et ne savaient pas la moindre chose de ce qui se passait en ce moment dans le sud de l’Italie, si bien qu’ils prirent le roi d’Italie et sa petite escorte de«avalerie pour des soldats napolitains, et tirèrent sur eux. Hais on comprendra facilement l’exaspéralidh dans laquelle ce fait jeta Garibaldi, si l’on songe aux conséquences qu’il aurait pu avoir. Si par malheur Victor-Emmanuel eût été atteint ou même blessé mortellement, Garibaldi n’aurail-il pas été accusé par tous ses ennemis d’avoir fait assassiner le roi, quelque insensée que pût être en réalité une pareille inculpation ?

Le 28 octobre dans la matinée, Rustow revint à la Scafa di Formicola par le même chemin qu’avait suivi le corps d’expédition pour se rendre sur le haut Volturne : il dut faire une longue halte sur la rive droite, le pont s’étant trouvé rompu encore une fois, puis après avoir opéré son passage, il marcha sans s’arrêter, par S.-Angelo et S.-Maria, jusqu’à Caserte, où les troupes arrivèrent à la nuit tombante et forent logées dans les casernes.

AQn de ne pas couper notre récit par une nouvelle interruption, nous laisserons de côté pour le moment les événements qui se passèrent alors sur le Garigliano, et nous raconterons les derniers incidents du siège de Capooe.

Garibaldi ne pouvait se décider qu’avec peine au bombardement de cette ville, les Piémontais prirent sur eux cette besogne sans tant de scrupule. Lorsque Garibaldi avait passé sur la rive droite dn Volturne, le général délia Rocca avait pris le commandement de tontes les troupes de l’armée du Sud comme de l’armée du Nord qui se trouvaient devant Capoue; les troupes piémontaises, qui avaient déjà pris positisc à S.-Angelo et à S.-Ha-

ria, forent considérablement renforcées : du génie et de l’artillerie vinrent se joindre à elles, et un autre détachement traversa le Volturne pour occuper Cajazzo évacué par les Napolitains ; de son coté, l’armée du Sud porta en avant à S.-Angelo la division calabraise Avezzana, formée à Maddaloni; elle entra en ligne le 27 octobre.

Les jours suivants, l'artillerie italienne construisit six batteries formant un demi-cercle autour des ouvrages de Capoue; celle de l’extrême gauche était en avant de la Foresta ; de là leur ligne passait par le couvent des Capucins, puis en avant de la ferme Cianfrotti, pour aboutir au bord du Volturne, en amont de Capoue, à l’extrême droite ; toutes ces batteries étaient encore à une forte distance de la place, celles de la gauche à plus de 2000 pas, la plus rapprochée, à la droite, à plus de 1000 pas des ouvrages extérieurs.

Le 28 et le 20 les Napolitains exécutèrent plusieurs .sorties pour empêcher la construction des batteries; il en résulta plusieurs vives escarmouches, principalement à l’aile droite des positions italiennes, en avant de S.-Angelo, où les Calabrais réussirent le 28 à s’emparer d’une redoute commencée à l’entrée de l’esplanade de la forteresse, et en possession de laquelle ils se maintinrent encore le 29 ; les assiégés ne purent donc obtenir aucun succès de leurs sorties. .

Le 29 après midi, deux parlementaires se rendirent de la place auprès du général délia Rocca pour négocier avec lui; mais on ne put s’entendre sur les conditions de la reddition : le soir de ce jour-là les Italiens avaient trente-deux pièces en batterie; huit antres furent encore placées dans la nuit du 31 octobre.

Le 1" novembre, à quatre heures après midi, un drapeau rouge arboré sur les hauteurs de S.-Angelo donna le .signal du bombardement, et toutes les batteries ouvrirent aussitôt leur feu.

La classe inférieure de la population de Capoue, travaillée par le clergé, avait jusque-là poussé à la résistance la plus opiniâtre, le feu des assiégeants ne causant en effet à peu près aucun dommage dans la ville; mais lorsque les canons Cavalli se furent mis de la partie, le seul sifflement lugubre de leurs projectiles par-dessus la tête des habitants commença bientôt à leur être très-désagréable, et d’heure en heure leur ardeur inconsidérée baissa sensible-

ment. Une grande partie de la bourgeoisie aurait vu depuis longtemps avec plaisir la reddition de la place, un peu par sympathie pour la cause de ritalie, et beaucoup par ddsir de voir finir les dommages de toute espèce que la défense entraînait pour elle. Mais par crainte de mauvais traitements de la part des soldats ou de la populace, et surtout des paysans fanatisés qui s'étaient réfugiés dans la ville, ces gens s'étaient tenus dans une prudente expectative ; lorsque l’on vit la résolution et l'ardeur du bas peuple diminuer, ils se décidèrent à donner à leur tour signe de vie. Le syndic de Capoue se rendit pendant la nuit auprès de l’archevôque pour l'engager à intervenir auprès du gouverneur de la place, le général Corné : l'archevêque y consentit. Assiégé par plusieurs députations. Corné réunit enfin un conseil de guerre, et comme dans le sein de ce conseil plusieurs officiers se prononcèrent aussi pour que l'on entr.1t en négociations avec délia Rocca, il fut résolu le 2 novembre, à cinq heures du matin, de commencer les pourparlers. A sept heures, deu.v parlementaires furent envoyés au général piémontais, mais ils durent revenir encore une fôis à Capoue sans avoir rien fait , le gouverneur demandant à expédier d'abord un courrier à Gaëte, pour obtenir du roi François II la permission de rendre Capoue, et pour savoir de lui à quelles conditions il devrait remettre la place ; délia Rocca avait refusé d'accéder à cette proposition, et donné une heure de réflexion au gouverneur ; à l'expiration de ce court délai, si les négociations n'étaient pas reprises, le bombardement devait recommencer.

A 9 V* heures du matin, le brigadier Liguori reparut au quartier général italien à S.-Maria, muni de pleins pouvoirs; les pourparlers furent aussitôt entamés, et le 2 novembre, à I heure après midi, était signée des deux parts la capitulation suivante :

Art. I". La place de Capoue et son armement complet, drapeaux, magasins à poudre, armes, habillements, vivres, équipages de ponts, trains des équipages, et tout autre objet appartenant au gouvernement, tant militaire que civil, sera livré le plus tôt possible, c'est-à-dire dans les vingt-quatre heures après la signature de cette capitulation, aux troupes de S. M. le roi Victor- Emmanuel.

Art. 2. A celte fln seront consignés immédiatement aux troupes de la dite Majesté les portes de la ville et tous les ouvrages de fortification.

Art. 3. Tonte la garnison de la place de Capoue, y compris les employés militaires de Parmée qui se trouvent dans la place, en sortira avec les honneurs de la guerre.

Art. 4. Les troupes qui composent la garnison sortiront avec drapeaux, armes et bagages, successivement, d’heure en heure, 2,000 hommes à la fois. Ces troupes, après avoir rendu les honneurs militaires, déposeront les armes et les drapeaux au bas des remparts (excepté les officiers de tous grades, qui garderont le sabre ou Pépée), et seront envoyées à pied à Naples, d’où elles seront transportées dans un des ports du roi de Sardaigne.

Tous les dits militaires, moins les malades, sortiront de 1a ville par la porte de Naples, demain 3 du mois de novembre, à commencer de sept heures. Seront traités comme déserteurs de guerre ceux qui resteraient sans aucune cause qui les empêche de marcher.

Art. 5. Les officiers de tous grades (excepté les généraux, qui seront envoyés à Naples par le chemin de fer) marcheront avec leurs troupes. Les famillevdes militaires ne pourront pas suivre la colonne.

Art. 6. Les blessés et les malades seront laissés à Capoue sous la garantie des troupes qqj occupent la ville. Il est permis aux officiers malades de garder leurs ordonnances. ,

Art. 7. Les parties contractantes nommeront une commission mixte, composée pour chacune d’elles :

D’un officier d’artillerie.

D’un officier du génie,

D’un employé de l’intendance militaire, afin de recevoir tout ce qui existe dans la place et ses dépendances, appartenant au gouvernement. De tout cela. Usera rédigé un inventaire.

Art. 9. Les officiers emmèneront avec eux leur simple bagage.

Art. 10. Il est convenu que, après la signature de celte capitulation, il ne devra plus exister aucune mine chargée dans la place. S’il s’en trouvait, cette capitulation serait considérée comme nulle, et la garnison serait exposée à toutes les conséquences d’une reddition à discrétion.

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Art. 11. Cette capitulation serait regardée également comme nulle si Ton trouvait des pièces d’artillerie enclouées, ou bien des fusils, carabines et autres armes mis hors d’usage.

Deux autres articles furent encore, sur les instances particulières du général Corné, ajoutés à la capitulation, à trois heures après midi ; ils sont ainsi conçus :

Art. 12. Les familles des officiers de la garnison de Capoue, aussi bien que de ceux appartenant au reste de l’armée du roi François II qui se trouvent à Capoue, sont placées sons la protection de l’armée de S. H. Victor-Emmanuel.

Art. 13. Les chevaux appartenant aux officiers leur seront laissés.

Après l’addition de ces deux articles, la capitulation fut signée par Corné et Liguori d’une part, par délia Rocca et son chef d’état-major, le lieutenant-colonel Fornari, d’autre part.

Les portes de Capoue furent occupées le même jour dans la soirée par des détachements de l’armée italienne ; le lendemain matin la garnison sortit de la place pour se rendre prisonnière de guerre, et la livraison du matériel commença.

La prise de cette place livra aux Italiens 10,500 prisonniers, six généraux, 290 canons de bronze, 160 affûts, 20,000 fusils, 80 voitures, 240 mètres de matériel de pont, 500 chevaux et mulets, de,grands approvisionnements de munitions et d’effets d’habillement militaire.

En tout, le 1*' novembre, les batteries italiennes avaient tiré environ 300 coups contre la place ; une vingtaine de projectiles à peine étaient arrivés dans la ville, et une demi-douzaine peut-être y avaient causé no dégât réel.

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