A MES COMPAG.NONS D’ARMES
« Arrivés à l’avant-dernière étape de notre résurrection, nous devons considérer la période qui va finir et nous préparer à achever splendidement l'œuvre admirable des hommes d’élite de vingt générations ; car la Providence a réservé la fin de cette œuvre à cette génération fortunée
c Oui, jeunes gens, l’Italie vous doit une entreprise qui a mérité les applaudissements du monde.
€ Vous avez vaincu et vous vaincrez encore, parce que vous êtes faits à la tactique qui décide des batailles.
• Vous n’ôtes pas dégénérés de ceux qui se précipitèrent au mi-
lieu des masses les plus épaisses des phalanges macédoniennes, et brisèrent la poitrine aux superbes vainqueurs de l'Asie.
« A celle page merveilleuse de notre histoire s'en ajoutera une plus glorieuse encore, et l’esclave montrera enfin à son frère libre un fer aiguisé, provenant des anneaux de sa chaîne.
« Aux armes, tous! — tous! et les oppresseurs, les tout-puis sauts se disperseront comme la poussière !
t Vous, femmes, repoussez bien loin les liches ! ils ne vous donneront que des lâches; — et vous, tilles, ne souhaitez qu’une postérité, une race brave et généreuse. ^
< Que les doctrinaires peureux aillent traîner ailleurs leur servilisme et leurs misères.
€ Ce peuple est maître de lui. Il veut être le frère des antres peuples, mais regarder de haut les superbes, et ne pas ramper en mendiant sa liberté. Il ne veut pas être à la remorque d’hommes au cieur de boue. Non I non ! non !
• La Providence a fait don à l'Italie de Victor-Emmanuel. Tout Italien doit se rallier à lui et se serrer autour de lui. A côté du roi galanl-homme, toute rivalité doit disparaître, toute rancune se dissiper. Encore une fois je vous répète mon cri : Aux armes I tous I tous! Si le mois de mars 1801 ne trouve pas un million d’Italiens armés, pauvre liberté.... pauvre existence d’Italie! Oh non ! loin de moi une pensée qui me répugne comme un poison. Le mois de mars 1801, et, s’il le faut, le mois de février, nous trouvera tous à notre poste.
€ Italiens de Calalalimi, de Palerme, du Vollurne, d’AncOne, de Castelfidardo, d’Isernia, et avec nous tout homme de ce pays qui n’est ni lâche ni servile ; tous, tous serrés autour du glorieux soldat de Paleslro, nous donnerons la dernière secousse, le dernier coup â la tyrannie qui s’écroule.
€ Recevez, jeunes volontaires, restes honorés de dix batailles, une parole d’adieu. Je vous l’adresse du plus profond de mon âme. Aujourd’hui, je dois me retirer, mais pour peu de jours. L’heure du combat me retrouvera encore avec vous, à célé des soldats de la liberté italienne.
« Que ceux-là seuls retournent chez eux qui sont appelés par des devoirs impérieux de famille, ou ceux encore qui, glorieusement mutilés, ont mérité la reconnaissance de la patrie. Ils la
serviront encore dans leurs foyers par le conseil et par la vue des nobles cicatrices qui parent leur mile front de vingt ans. A l’exception de ceux-là, que tous les autres restent pour garder les glorieux drapeaux.
« Nous nous retrouverons dans peu pour marcher ensemble à la délivrance de nos frères encore esclaves de l’étranger ; nous nous retrouverons dans peu pour marcher ensemble à de nouveaux triomphes.
< Naples, 8 novembre 18(50.
« fi.VRinALDI. «
Dans cette proclamation, Garibaldi déclare de nouveau que l'Italie doit s’affranchir de toute influence étrangère, et concentrer toutes scs forces pour se tenir debout sans appui. Il réclame pour le dernier combat, dont il fixe le commencement au printemps de 18(51 , un million d’Italiens armés. Pour une grande guerre de délivrance ce n’est assurément pas trop exiger, s’il s’agit de déployer toutes ses ressources; on peut d’ailleurs s’en convaincre par une comparaison avec la Suisse, qui possède cette même proportion (de quatre et demi pour cent sur la population) de milices régulières, c’est-à-dire d’élite et de réserve d’élite, sans tenir aucun compte du chiffre de sa landwehr. Mais on peut être aussi parfaitement assuré que jamais l lialie ne satisfera à la demande de Ga- ’ribaldi, si son système militaire n’est pas placé sur une base entièrement nouvelle et si l’on persiste à le calquer au contraire dans toutes les parties du pays sur l’organisation piéraontaise.
Garibaldi invite en outre l’armée du Sud, dont il avait remis le commandement à Sirtori, à rester réunie sous ses ordres, sauf quelques exceptions qu’il indique lui-même. Mais on put dès le premier moment prévoir que le contraire arriverait, soit parce que la plus grande partie des soldats, se trouvant jetés dans l’inaction et l’immobilité, réclameraient tout au moins de la manière la plus pressante l’autorisation de retourner dans leurs foyers pour un temps assez prolongé, soit parce que le gouvernement piémontais ne voulait pas que cette armée du Sud continuât à exister d’une vie particulière.
Le général délia Rocca avait adressé le 3 novembre à Garibaldi, par l’ordre du roi, une lettre très-llatteuse pour le dictateur, et
dans laquelle il exprimait la haute satisfaction qu'avait fait éprouver ù Victor-Emmanuel l’attitude de l’armée du Sud, en même temps que l’espérance de voir les liens de l'amitié entre frères d'armes se serrer d'une manière toujours plus étroite entre cette armée et l’armée régulière. Le roi lui-raérae, selon toute apparence, avait fait plusieurs tentatives pour retenir Garibaldi et le détourner de son intention de se rendre à Caprera. Mais il est assez évident, sans qu’il soit nécessaire de s’y arrêter, que Garibaldi ne pouvait accepter aucune position subordonnée vis-à-vis de Cavour et de Farini, chez qui il devait présumer à bon droit la résolution bien arrêtée d'opposer des obstacles sans cesse renouvelés à tous les actes que lui-même regarderait comme nécessaires. Garibaldi ne pouvait demeurer à Naples que dans un cas, dans le cas où le roi lui aurait laissé les fonctions de gouverneur général des Deux-Siciles, ou même seulement du continent napolitain, avec des pleins pouvoirs civils et militaires. Effectivement, Garibaldi refusa tous les avantages personnels, tous les honneurs et toutes les récompenses qui lui furent offertes, et se borna à demander au roi, le 8 novembre encore, les fonctions de gouverneur général à Naples. Nous ne voulons pas discuter ici s'il était ab.solumenli»«/yos.si7/fe au roi, avec la connaissance qu’il avait du caractère de Garibaldi, de lui accorder cette position ; mais en fait la circonstance qu’il avait amené avec lui Fariui, déjà désigné pour l’occuper, suffisait à montrer qu’il ne tomberait pas d’accord sur ce point avec le dictateur.
La lettre de délia Rocca et les efforts faits pour retenir Garibaldi à Naples paraîtraient indiquer de la part du gouvernement de Turin un désir sérieux de maintenir l'armée du Sud ; cependant l’attitude que prirent les officiers de l’armée du roi vi.«-à-vis des officM>rs des troupes de Garibaldi, les difficultés par le.squelles l’administration piémontaise, désormais étabiie à Naples, ne ce.ssa d’empêcher que les subsistances et la solde fussent régulièrement délivrées à l'armée du Sud, et qui semblaient presque calculées pour pousser les soldats à des excès, et bien d'autres choses encore durent promptement convaincre tout observateur impartial de ce que, d’ailleprs, quelque connaissance des allures du cabinet de Turin suffisait à faire savoir, c'est-à-dire de l'intention de
ce gouvernement de se débarrasser d’une armée qui avait à ses jeux le grave défaut (Tavoir trop fait.
Un décret du 11 et un ordre du jour royal du 12 novembre décidèrent que l’armée méridionale formerait un corps spécial de l'armée régulière, avec une capitulation de deux ans pour les sous-olficiers et les soldats; les officiers de ce corps devaient avoir leur rang d’ancienneté et leur avancement à part. Une commission composée de généraux de l’armée régulière et de l’armée du Sud devait examiner les titres des ofliciers, et le gouvernement voulait se réserver la faculté de transposer ceux-ci dans l’armée régulière, sons réserve, bien entendu, des droits des officiers de cette dernière; les lois piémontaises sur les pensions et indemnités devaient être appliquées à tous les officiers, sous-officiérs et soldats de l’armée du Sud qui avaient été mis hors de service par des ble.ssures. Les officiers qui demanderaient leur congé devaient recevoir six mois de solde de leur grade, sur pied de paix, les sous-officiers et les soldats trois mois de solde entière (plus tard cela fut porté à six mois) et en outre des feuilles de roule pour rejoindre leurs foyers; les officiers, sous-officiers et soldats des gardes nationales mobiles, appartenant en ce moment à l’armée du Sud, reçurent une indemnité d’un mois de solde.
Ainsi que cela était à prévoir, presque tous les soldats demandèrent leur congé : au lieu d’accepter une capitulation qui les engageait pour deux ans dans l’armée piémontaise, ils préféraient de beaucoup s’en aller avec un congé de six mois et une indemnité qui, pour le simple soldat d’infanterie, s’élevait à 150 francs environ, pour rentrer de nouveau au service lorsque leurs affaires domestiques, remises en ordre, le leur permettraient et que, le printemps /Venu, Garibaldi appellerait de nouveau autour de lui ses volontaires. De la sorte ce fut à peine s’il resta sous les drapeaux un pour cent des soldats de l’armée méridionale, pour la plupart Vénitiens, des ressortissants du territoire pontifical ou des étrangers qui, pour un motif quelconque, ne pouvaient rentrer dans leur pays, ou bien n’auraient su que faire une fois revenus dans leurs foyers.
Des officiers actifs, au contraire, les deux tiers au moins désiraient demeurer au service : quelques-uns d’entre eux se montraient fort opposés à tout examen de leurs litres ; ils citaient à
l’appui de leur prétention l’exemple de l’armée de l’Italie centrale dont les odiciers n’avaient été soumis à aucune formalité de ce genre, quoique cette armée, en définitive, n’eût fait autre chose que quelques mois de garnison, tandis que celle du Sud avait été toujours en campagne devant l’ennemi, et ils ajoutaient que les odiciers de l'armée royale napolitaine devaient être acceptés sans antre avec leurs grades û leur passage dans les cadres piémontais, quoiqu’ils eussent combattu contre l’Italie, tandis que ceux de l’armée du Sud avaient combattu pour elle.
Cependant la majorité des odiciers raisonnables reconnaissait que cet examen préparatoire était absolument nécessaire. On a prétendu que le nombre des odiciers de Garibaldi avait fini par s’élever au chiffre de 7iXK) : ceci n’est, d’après tout ce que nous savons, qu’une invention malveillante; mais nous sommes prêts à reconnaître qu'il se trouvait dans les dépôts nombre d’officiers qui n’avaient jamais vu l’ennemi, et même qui se gardaient bien d’avoir quelque chose démêler avec lui, qu’en outre beaucoup d'individus s’étaient gli.ssés dans les fonctions civiles des provinces napolitaines sous la couverture d’ûn brevet d’odicier, que d'autres enfin avaient regagné l’Italie du Nord après avoir à peine fait une étape avec la troupe. En mettant hors de cause tout ce monde, il restait, y compris les odiciers d’administration et de l’étatmajor sanitaire, peut-être le chiffre de 2(XK) officiers rMtables de l’armée active. Il est incontestable encore que parmi ceux-ci quelques-uns n’étaient pas à la hauteur de leur grade, que d’autres perdaient en congés le meilleur et le plus utile de leur temps, que d'autres enfin ne s’étaient pas fort bien comportés au feu.
Selon nous, et pour ces motifs, un examen des titres des officiers de Garibaldi à passer dans l’armée régulière était dans l’intérêt de l’armée méridionale ; en effet, cette mesure aurait mis de côté tous les individus qui au fond n’avaient jamais fait de service et s’étaient bornés à promener leur brevet en Italie, ainsi que ceux qui s’étaient décidément mal conduits; il serait donc resté un chiffre de près de 2000 officiers, à quelques-uns desquels pouvait manquer une certaine instruction militaire théorique, mais nnllemenl cette instruction générale qui rend facile l’acquisition des connaissances militaires spéciales.
La plupart des officiers de l’armée du Sud étaient d'accord
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sur la nécessité d’un triage ; mais ils repoussaient l’idée de le confier à une commission mixte, préférant une commission qui eût été composée de généraux de leur corps, naturellement bien mieux placés pour apprécier le mérite et la valeur de ceux qui avaient servi sons leurs yeux, et les circonstances particulières dans lesquelles s’était déployée leur activité.
Les ofliciers et soldats qui avaient pris leur congé commencèrent à regagner leur patrie dès la fin de novembre. Le reste des ofliciers et des soldats, ceux-ci au nombre de quelques centaines seulement, furent, d’après un décret royal du tO janvier, transférés vers le milieu de février dans le Piémont, où des cantonnements leur furent assignés de la manière suivante : le grand état-major général avec tous ses annexes à Turin, la cavalerie à Pignerol, rarlillerie à la Venariareale, le génie à Casale, la tô' division, à laquelle furent ajoutés les ofliciers de la ig^ à Mondovi, la iO” à Asti, 1a 17' à Biella, la 18' à Verceil : la solde fut, à partir du 16 février, payée sur le pied de cantonnement. On ne fit pas la moindre chose pour utiliser le temps de ces ofliciers au profit de leur instruction militaire, eu sorte que la plupart d’entre eux, poursuivis en outre par toutes sortes de Iracas.series qui avaient pour but de les amener autant que possible à perdre patience et à s’éloigner, ne menèrent dans leurs quartiers qu’une existence oisive, inutile et désagréable. La Commis.sion mixte, instituée primitivement à Naples et qui avait ensuite transporté son siège à Turin, ne fut pas davantage préoccupée de l’idée de remplir son mandat dans l’une que dans l’autre de ces deux villes ; elle ne fil rien, bien que tous les travaux préparatoires eussent été terminés dès la fin d’octobre par les états-majors des divisions ; si l’on so montra peu .sérieusement disposé à donner de façon ou d’autre une position assurée aux ofliciers de l’armée du Sud demeurés au service, on témoigna tout aussi peu d’empressement à accorder les décorations et les distinctions honorifiques pour lesquelles des listes de présentation avaient été dressées déjà au commencement de novembre, bien qu’à cet égard les demandes eussent éa' fort modestes. L’apparition de Garibaldi dans le sein du Parlement à Turin, au mois d’avril, ne réussit pas à rien changer à cet état de choses, et maintenant encore, c’est-à-dire vers la fin du mois de juillet! 801, il est exactement le même. Cependant l’inté-
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rt*t matériel que le gouverneuieul piémonlais à celte époque, aujourd’hui le gouvernement du royaume d’Italie, devrait avoir à utiliser les services des oITiciers de l’armée du Sud restés sous les drapeaux-, est bien aisé à comprendre pour quiconque sait combien l’organisation du nouvel Etal est encore en arrière, et combien, des 300,000 hommes seulement de Fanti, il en faut encore compter qui n’existent que sur le papier, pour quiconque apprécie la situation de l’Ilalie nouvelle, toujours menacée de tant de dangers, et ne regarde pas ce point de vue comme une trop forte exigence le chiffre d’un million d’Italiens armés réclamé par le général Garibaldi. Nous ne parlerons pas ici de l’éclatante ingratitude dont se rendait coupable le gouvernement de Cavour, nous nous contentons d’apprécier ces faits au seul point de vue d'une saine raison et des intérêts de l’Italie.
Le 9 novembre, jour du départ de Garibaldi de Naples pourCa» prera, l’armée du Sud cessa en réalité d’exister, au moins comme corps militaire utile et susceptible d’action : elle ne s’occupa plus que de sa propre dis.solution; le reste de l’œuvre qui restait à accomplir dans rilalie méridionale fut donc, ù partir de cette date, exclusivement laissé à l’armée piémontaise.
f . La fortcresm* de Ga^te« e( le» première» opération» de» Pièmontal» pour »on lnvewti»Hemcnl*
Nous avons quitté les troupes de Victor-Emmanuel qui opéraient contre le Garigliano, après le combat de S.-Guiliano et Cascano le “10 octobre. Les deux jours suivants furent employés par les Napolitains à opérer leur retraite sur la rive droite du Garigliano; ils prirent position sur la ligne de Trajetto à Sujo, la droite appuyée à la mer. Le "29 octobre, les Piémonlais attaquèrent celle ligue de front, pendant que la flotte italienne, sous les ordres de l’amiral Persano, s’approchait des bouches du Garigliano pour canonner l’aile droite napolitaine; mais cette importante diversion ne put avoir lieu, voici pourquoi.
Le G novembre, le gouvernement dictatorial de Naples avait déclaré le blocus des ports de Gaéte et de Messine. Le ministre des affaires étrangères de François II, le général Casella, avait aussitôt protesté dans une note adressée aux puissances, et dans laquelle il se fondait sur ce que le pouvoir de Garibaldi était illégitime, et que le seul gouvernement légal du royaume des Deux-Siciles était celui de .son maître à Gaëte. A la suite de cette protestation, l’empereur Napoléon envoya à l’amiral Carbier de Tinan l’ordre de se rendre des eaux de Naples dans celles de Gaëte avec une escadre, et d'empôcher le blocus de cette place. Cet ordre pouvait être interprété dans un .sens restreint ou dans un sens plus étendu, suivant que l’amiral français aurait à n’assurer que la ville et la citadelle de Gaëte contre les hostilités de la Hotte piémontaise, ou bien à mettre au bénélice de cette protection toute la côte depuis l’embouchure du Garigliano, en doublant le cap de Gaide, jusqu’à Sperlonga. En outre, devait-il couvrir Gaëte et les côtes seulement contre le blocus proclamé par GarUjaldi, ou bien cette action devait-elle s’opposer également an blocus qui serait entrepris par une Hotte italienne ? Les Napolitains interprétèrent la décision de l’empereur dans .son sens le plus large qui leur était le plus favorable, tout comme les Italiens choisirent le plus étroit qui les gênait le moins. Ce fut alors que Victor-Emmanuel ordonna à l'amiral Persano do coopérer à l'attaque de l’armée piémontaise sur la ligne du Garigliano; mais l’amiral Barbier de Tinan comprit l’ordre de l’empereur comme ayant la signification que lui donnaient les Napolitains, et fit dire à l’amiral Persano qu’il avait reçu l’injonction de son gouvernement de ne pas permettre l'intervention de la Hotte italienne. Persano, pour éviter des • malentendus > qui auraient pu avoir les plus graves conséquences, Ht retirer ses vaisseaux ; l’armée piémontaise fut réduite à son attaque de front, et le combat du :29 octobre se borna en définitive à une canonnade et à une fusillade entretenues sans résultat d’un bord à l’autre du Garigliano: les Napolitains y perdirent le général d’artillerie Negri.
Victor-Emmanuel fit jouer immédiatement le télégraphe pour demander à Paris que de nouveaux ordres, plus clairs, fussent transmis à l'amiral français. Effectivement ils arrivèrent dès le 1" novembre et réduisirent le cercle d’action de celui-ci à son
rayon le moins étendu. Eu conséquence, le roi prit aussitôt ses mesures pour exécuter, dans la nuit du 1" au 2 novembre, les premières opérations d’une attaque plus sérieuse que la précédente, alin de forcer le passage du fleuve. Les Piémontais se bornèrent à une démonstration du côté de l’aile gauche des Napolitains vers Sujo et Mortula, tandis que Per.sano bombardait l'aile droite, et que l’aile gauche piémontaise commandée par le général Sonnaz s’emparait avant le matin du pont en fer du Garigliano, et commençait aussitôt le passage.
Le 2 novembre, le combat se prolongea sur toute la ligne, depuis l’embouebure du fleuve jusqu’aux forêts de Sujo et de Mortula ; les Piémontais réussirent it jeter un nouveau pont devant Trajetto, et le 3 toute leur armée était sur la rive droite , tandis que les Napolitains battaient en retraite, leur aile droite le long du bord de la mer, vers Mola di Gaeta et Maranola, couverte par la brigade étrangère .sous les ordres du général Mecbel, leur aile gauche dans les gorges du monte Petrella.
Le 4, les Piémontais attaquèrent de nouveau énergiquement, avec leur aile gauche renforcée, l'aile droite des Napolitains et Mola di Gaeta, afin de couper si possible à toute l’armée ennemie sa ligne de retraite sur Gaë'e. Depuis deux heures de l’aprèsmidi, la flotte de Persano vint aussi prendre part à l'action ; jusque-là elle avait été encore retenue par de nouvelles hésitations de l’amiral Barbier de Tinan. Persano bombarda alors Mola, que traverse la route resserrée au bord de la mer et formant comme un défilé, par laquelle toute l'aile droite napolitaine devait se retirer.
Un corps qui se distingua particulièrement en couvrant celte diflicile retraite, fut la batterie suisse commandée parle capitaine Fevot. qui trouva la mort dans cette occasion ; la masse principale de l’aile droite napolitaine réussit à atteindre enfin les glacis de Gaële, mais non sans éprouver des pertes sérieuses, et en laissant un millier de prisonniers entre les mains des Piémontais. En revanche, l'aile gauche, forte de plus de 22,000 hommes, commandée par le général Ruggiero, se trouva coupée et dans l'impossibilité d’entrer à Gaëte, à moins de se faire jour au travers de l’armée ennemie, chose pour laquelle les généraux napolitains ne se sentaient pas d'ordinaire une bien irrésistible vocation.
Ruggiero arriva le 4 sur la roule de Fondi qui conduit à la frontière romaine. Le général Sonnaz, informé de sa marche et espérant l’amener à une capitulation, marcha dès le 4 au soir de Mola sur Itri, et le 5 était déjà sur tes talons de Ruggiero. Celuici se réfugia le 5, avec tout son corps d’armée, à Terracine, sur le territoire romain. Sonnaz avait au.ssiWt entamé des négociations pour ramener à se rendre ; mais il ne pouvait songer, quelque envie qu’il en eût, à suivre les Napolitains à Terracine, et les pourparlers commencés n’aboutirent point. En revanche, le gouvernement pontilical et te général Goyon, ayant été immédiatement informés du passage de Ruggiero sur le territoire des États de l’Église, le général Goyon s’élail hâté d’expédier à Terracine le capitaine d’état-major Mamony, accompagné de quelques fonctionnaires pontifleaux. Mamony représenta au général Ruggiero que le gouvernement papal, pour maintenir sa neutralité, était dans l’obligation de faire poser les armes au corps qu'il commandait, et l’on tomba bientôt d’accord que cette opération aurait lieu à Velletri. Ruggiero se rendit donc de Terracine par Cislerna à Velletri, avec .ses 22,000 hommes, ,'iOOO chevaux et 40 canons. Après leur désarmement, les troupes furent réparties en cantonnements à Velletri, Cisterna, Frosinone, Albano, Aricia, Genzano, Frascali, Monte Porzio, Rocca di Papa, Bracciano, Orinolo, Civitella-Vecchia, Cornelo, Toscanella, Montalto, Civita-Caslellana, Rignano, Viterbe, Terracine et plusieurs autres petites localités. Un millier d’hommes seulement déclarèrent vouloir prendre du service dans l’armée de Victor-Emmanuel, et furent retnis au général Sonnaz; le nombre des soldats napolitains qui se trouvèrent inlern1?s sur le territoire pontifical fut encore augmenté par différents détachements qui passèrent isolément la frontière ou qui furent plus tard expédiés de Gaide par terre ou par mer; il se trouva ainsi porté au chiffre de 30,000 environ. Comme ces troupes, distribuées dans une foule de localités, n’étaient, pour une bonne part, qu'à une demi-journée de marche de la frontière, il fut facile, avec la connivence du gouvernement papal, de réexpédier dans les provinces napolitaines une quantité d’individus qui, en particulier dans les Abbruzzes, formèrent le noyau des bandes de partisans ou de brigands qui encore maintenant s’efforcent d'y ressusciter la royauté de François II.
Les l'ratiçais, après le passage de Ruggiero, occupèrent militairement Terracine pour rendre impossible quelque violation de territoire de la part des Piémontais, et aussi pour d'autres motifs moins Irautement avoués.
Si l’on fait le calcul suivant :
Garnison de Capouc ù la reddition de la
place 10,500 hommes.
Corps vie Ruggiero »
Troupes qui au 1 novembre étaient concentrées sur Gaëte 20,000 »
DétacbeinenLs dispersés d’I.sernia,Cajaz/,o,
sur le haut Volturne , à Caivi 8,000 »
on trouvera que François II, au milieu d’octobre, disposait encore de plus de 00,500 hommes.
Nous n’indiquons ces chiffres et nous ne faisons cette addition que pour démontrer que nos évaluations antérieures des forces napolitaines, principalement à la bataille do Volturne, ne sont nullement exagérées.
A partir du 5 novembre, Cialdini prit position sur les hauteurs au nord de Gaëte, et dès lors les opérations se réduisirent au siège do cette forteresse, dont la prise devait tout terminer.
La ville et citadelle de Gaëte est bâtie sur une presqu’île triangulaire, longue de 25(X» pas environ de l’ouest â l’est ; du côté où cette presqu’île se rattache au continent, c’est-à-dire à l’ouest, elle est fermée par un front fortifié de 1500 pas de longueur environ, qui se compose de batteries successives ; au delà de ces fortifications se trouve un isthme de 80t.l pas de largeur -seulement, sur lequel s’élevait autrefois une hauteur, le Monte Secco ; comme il pouvait fournir de bonnes positions à l'artillerie d’une armée assiégeant Gaëte, le roi Ferdinand II l’avait fait entièrement raser à 800 pas environ du front des batteries ; au point où l’isthme commence à s’élargir, se relèvent les premières pentes de hauteurs disposées en amphithéâtre, et parmi lesquelles nous ne mentionnerons que les plus importantes pour notre sujet ; le Monte délia Catena, le Monte Tornanello et le Monte Christo, éloignés en droite ligne de 2,500, 3,200, et 1,100 pas des batteries du front de terre.
A l’est de celles-ci, se prolongeant le long du port et sur la côte septentrionale de la presqu’île, s’étendent les batteries du front de mer; le troisième côté du triangle, au sud, est formé par des parois escarpées de rochers plongeant dans la mer, en sorte qu’il n’a pas de fortifications, qui seraient inutiles avec ces défenses naturelles; ces murailles de roc sont la base de deux collines de 300 à 400 pieds qui s’élèvent en dedans de l’enceinte de Gaëte.
La plus étendue, à l’ouest, porte la tour d’Orlando, vieux monument funéraire romain qui a été utilisé pendant le siège comme poste d'observation, et sur lequel se trouvait établi aussi un télégraphe optique pour correspondre avec Terracine; — la moins considérable, celle de l’est, est surmontée d’un vieux chéteau remontant à l'époque des Normands, et qui était utilisé comme caserne.
La ville est .située au pied de ces hauteurs ; la ville basse, du côté du nord, resserrée entre leurs escarpements et le port; la ville haute à l’est.
Hors de l’enccinle, sur la route de Mola, au bord de la mer, s’étend le faubourg de Itorgo di Gaeta : il se compose d’une seule et longue rue, et ses maisons, les plus rapprochées de Gaëte, ne sont qu’à 500 pas de distance de l’extrême droite des batteries du front de terre.
Les hauteurs avoisinant la place, dont nous avons indiqué les principales, et sur lesquelles les Piémontais devaient exécuter leurs premiers ouvrages, sont rocailleuses, inhabitées, pauvres en végétation, en sorte que l’on ne pouvait pas môme y trouver les branchages nécessaires pour les travaux de siège, et que les assiégeants durent établir leurs ateliers de clayonnage dans les bois de Fondi ; tons ces matériaux devaient donc ensuite être transportés à onze milles italiens de distance.
C’était là une première difficulté attachée à l’attaque de Gaëte par terre ; une autre difficulté encore plus grande consistait dans l’absence complète de routes ou chemins praticables pour les chariots au travers de cette contrée montueuse ; la seule route faisant exception, était celle de Hola.
Un troisième désavantage venait de la configuration du terrain. Depuis que le Monte Secco a été rasé, les travaux d’approche doivent descendre dans la plaine basse de l’isthme, depuis les hau-
leurs du Monte délia Catena et de la Torre Atralina, en sorte qu'il est très-mal aisé de les dérober à la vue et aux coups de l’assiégé. Enfin, le peu de largeur de l'isthme, en comparaison dugraud développement du front de terre, a pour résultat que l’assiégeant est d’autant moins en étal d’embrasser les ouvrages de la place qu’il s'en rapproche davantage, et d’employer les tirs d’enfilade et de ricochet, tandis que lui-niéme est embrassé par la place; cependant rassiégeanl trouve une compensation dans l’existence de ce faubourg qui lui permet de s’établir tout près de Gaële, à l’abri de ses feux, et qui lui donne principalement une position d’où il peut, en les prenant en (lanc, arrêter avec succès toutes les sorties que les assiégés n’auraient pas combinées avec une habileté suffisante.
La prise de Gaëte est d’ailleurs un problème singulièrement plus embarrassant, si l’assiégeant est privé de la ressource de pou- , voir la bloquer par mer. On sait fort bien quel insignifiant résultat un bombardement opéré par des navires obtient en général sur des batteries de côté bien construites lors même que le calibre de leur armement est inférieur, et ce fait sera sans nul doute toujours confirmé par l’expérience et même par d'apparentes exceptions : les Piémontais pouvaient donc sans beaucoup de regret renoncer au bombardement de Gaëte par leur fiotle, mais ce qui ne pouvait leur être indifférent, c’est que la place conservât toutes ses communications ouvertes par la voie de la mer, et pùl, au fur et à mesure de ses besoins, tirer de Rome, de France, etc., tout ce qui pouvait contribuer à rendre sa défense plus efficace et de plus longue durée. Or l’amiral français Darbier de Tinan avec son escadre empêchait le blocus au profil des assiégés, et les Piémontais étaient réduits à l’attaque par terre.
Au milieu des circonstances défavorables que nous venons d’indiquer, Cialdini, qui commandait l’armée de siège et avait établi son quartier général à la Casa-Massena (Palazzo degli Spirili) sur la roule de Borgo di Gaela â Mola di Gaeta, comptait surtout sur l’effet de ses canons rayés de gros calibre, et sur Faction qu’ils exerceraient sur le moral de la garnison, que l’on regardait déjà, et non sans raison, comme étant bien abattu.
Dans les sièges précédents de Gaële, cet avantage de posséder des canons rayés avait manqué â l’assiégeant, et, vis-à-vis de
troupes peu résolues, il suffisait bien à balancer les inconvénients que devait avoir pour lui la disparition du Monte Secco.
En 1707 les Autrichiens avaient mis trois mois à prendre Gaëte aux Espagnols; en 1731, la place tint quatre mois contre les Espagnols, les Français et les Piémontais ; en 1799, elle se rendit sans coup férir aux Français commandés par le général Championnet ; en 1800, elle se défendit cinq mois contre les Français. A cette époque, une armée française s’était emparée de tout le continent napolitain presque sans combat; Gaëte seule résista, et le prince de Hesse-Philippstadt, gouverneur de la place, lorsque le général Reynier le somma de la rendre, lui fit répondre que s'il voulait l'avoir il fallait venir la prendre. Un bombardement ouvert le 21 mars, avec 5 pièces seulement, n’eut pas le moindre résultat. Le 2 avril on avait réussi avec beaucoup de peine ù avoir 22 canons en batterie, mais les officiers français d’artillerie en demandaient 80 pour pouvoir agir avec quelque succès contre la forteresse. Cette fois aussi Gaëte n’était pas bloquée par mer; la flotte anglaise, réunie à la marine sicilienne, tenait la Méditerranée et rendait impossible l’action des vaisseaux français. Impatienté, Napoléon, vers la fin de mai, fit enfin prendre le commandement ù Masséna, qui réunit bientôt devant Gaëte 14,000 hommes, c’est-à-dire le double de l’efTectif de la garnison, et qui déjà le 7 juillet eut poussé assez avant les batteries pour pouvoir songer enfin à battre la place en brèche. Ce jour-là, quatre-vingtneuf pièces ouvrirent le feu à la fois; le 10, les ouvrages avaient déjà notablement souffert ; le 12, le prince de Hesse-Philippstadt fut blessé, et Ma.sséna, qui l’apprit, crut devoir lui adresser une nouvelle sommation; le prince ayant répondu par un refus, le feu des assiégeants continua jusqu’au 18, pendant que les tranchées étaient poussées toujours plus avant; le 18, deux grandes brèches étaient ouvertes, et Masséna prenait ses dispositions pour l’assaut, qui devait avoir lieu le 20. Les assiégés entamèrent des négociations dès le 18 et la place fut rendue. Du 7 au 18 juillet, Masséna avait envoyé à Gaëte 40,000 boulets ou bombes , et la place eu avait lancé environ 100,000.
Ces brèves indications sur un siège précédent, qui ne remonte pas à une époque trop éloignée, ne sont pas sans intérêt, à cause
des comparaisons avec le siège de 18tj0, auxquelles elles peuvent fournir occasion.
Cialdini , afin d’établir ses premières batteries , lit d’abord entreprendre la construction de longs tronçons de routes tendant depuis le bord de la mer au Borgo, d'un côté au Monte Tortanello et au Monte Christo , de l’autre côté au Monte délia Catena. Ces travaux prirent beaucoup de temps. Avant donc de raconter les événements du siège qui concernent à la fois les deux parties en présence, nous allons laisser les Piémontais livrés à celte occupation , pour donner un coup d’œil à la place de Gaëte et nous orienter sur l’ensemble de sa défense.
Les fronts de défense de Gaëte, du côté de la terre, étaient armés de 179 pièces, dont 54 canons de 24 et au-dessous; 12 coulevrines de campagne; 70 canons à bombes, de 00 et 80; 10 obusiers, 17 mortiers et 4 canons rayés. Les principaux ouvrages, en commençant vers l’aile gauche et en marchant vers la droite, étaient les suivants :
La batterie Transylvania, avec 5 canons à bombes, de 00.
La batterie Malladrone, avec 1 canon à bombe, de 24, et 1 de 80.
La batterie et la redoute Trinitâ , 3 canons à bombes, de 80, et 10 pièces semblables, de 60, auxquels on ajouta plus lard 2 pièces rayées de 4, et une pièce rayée de 12.
La plate-forme, avec 4 pièces de 24 et 2 obusiers.
Dente-di-Sega, 10 canons de 12 et 3 mortiers.
Philippstadt, 1 canon de 12, 6 canons de 24, une coulevrine de 12, 2 obusiers et 3 mortiers.
Saint- And ré, et la Fausse-Braie située en avant, 5 pièces de 24, 7 mortiers, une pièce de 12, 7 coulevrines de 12 et 4 obusiers.
Saint-Jacques, 7 pièces de 24.
Fico, 4 canons à bombes, de 80.
Conca, 4 pièces de 24, 3 canons à bombes, de 00, 2 mortiers.
Cappelletti, 2 pièces de 24 et 5 canons à bombes, de 00.
La liaison entre le front de terre et le front de mer était formée par les trois batteries de la citadelle, de sa contre-garde et de son flanc bas, armées de 21 pièces. — La batterie de la citadelle était
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composée de 7 pièces de -24 et de 1 1 pièces de 6; celle de la conlregarde de 3 pièces de 10, de 2 canons rayés de 12 et 1 mortier; celle de Fianco basso enfin, de 3 pièces de 12, de 3 obusiers et 1 mortier. — Le service de ces trois batteries qui défendaient spécialement la porte de terre, située près de la citadelle, et qui conduit au Borgo, était confié à la batterie étrangère, placée, depuis la mort du capitaine Tevot, sous les ordres du capitaine de Sury, Suisse comme ce dernier.
En arrière des fronts de terre des batteries Pbilippstadt, Saint- André et Saint-Jacques, s'élevait, comme un second étage de feux, la grande batterie Regina , armée d'une pièce de 24, d'une pièce de 12 rayée et de 38 canons à bombes, de 00.
Sur les froiiLs de mer se trouvaient 142 bouches à feu ; les principales batteries de la gauche i ouest) à la droite (est) étaient les suivanlas :
S. -Antonio, 5 canons de 30.
Adolorato, ou Poterna, 2 coulevrines de 24 et 2 obusiers.
Ferdinando et Favorita, 18 canons à bombes, de 80, 1 canon de 30, 3 canons à bombes, de 00, et 2 pièces de -24.
Granguardia, 5 pièces de 30, 1 obusier et 2 mortiers.
Vico, près de la porte de mer, 0 canons à bombes, de 80, 5 pièces de 24, 4 pièces de 30 et 3 obusiers.
Santa-Maria, 13 canons à bombes, de 80, 5 pièces de 30, 2 obusiers.
La haute et basse batterie de Guasta ferri, 8 canons à bombes, de 80, 18 pièces de 30, 3 obusiers, 0 mortiers.
L’armement tout entier de la place se composait donc, d'après l’indication détaillée que nous venons de donner, de 342 bouches à feu.
Dans le cours de la lutte, lorsque le défaut de canons rayés .se fit vivement sentir chez les assiégeants, le directeur de l’arsenal, Afan de Rivera, réussit à rawr plusieurs pièces de campagne de 12 dont deux, avec une pièce de 4, furent mises en batterie sur la hauteur de la Torre d'Orlando; les autres sont déjà comprises dans l'énumération donnée ci-dessus. Ces pièces tirèrent, dans le commencement, avec beaucoup de précision , mais l’épaisseur
du métal de la bouche à feu étant devenu , par le travail auquel on les avait soumises, insufllsante pour le service nouveau que l'on exigeait d’elles, les parois cédèrent peu à peu, il se fil trop de vent autour des projectiles dans les pièces, et' dès lors la précision des coups cessa entièrement.
Les ouvrages de la place n’étaient point en bon état; chacun sait que toute forteresse, même la plus solidement construite et la mieux entretenue, lorsqu’elle doit résister à un siège, a besoin de certains travaux que l’on comprend sous le nom d’armement de fortification, et qui sont indépendants de l’armement d’artillerie. Quoique depuis le 19 août Garibaldi eût pris pied sur le territoire napolitain, que depuis le 7 septembre il fût maître de Naples, quoique dès le 1" octobre la bataille du Volturne eût démontré aux royaux battus d’une manière décisive, malgré leur supériorité numérique, qu’ils avaient toutes sortes de bonnes rai- . sons de regarder comme une possibilité une retraite derrière le Garigliano, quoique enfin, à la même époque, le quartier général napolitain eût déjà la nouvelle de l’invasion des troupes piémontaises au delà de la frontière romaine, cependant, jusqu’au 5 novembre, il n’avait été fait pour l’armement de fortification de Gaëte aucun des préparatifs qui auraient dû, dans ces circonstances, consister principalement dans la réunion de tous les matériaux nécessaires. Depuis le 5 novembre , il fallut bien travailler avec une grande activité, mais malgré tout le zèle qui fut déployé par quelques-uns, on ne put réussir à atteindre un résultat suffisant, en partie parce que la masse des officiers était trop indolente, en partie aussi parce qu’il manquait de matériaux dont il était absolument impossible de se passer pour faire quelque chose de bon.
De plus, indépendamment de ce que nous venons de dire sur l’armement, il faut ajouter que le fond môme de la con,struction des ouvrages de la forteresse manquait de la solidité qu’ils eussent dd avoir. Les améliorations qui y avaient été apportées sous le règne de Ferdinand II avaient été dirigées par un favori de ce monarque, le major Quarinelli : celui-ci avait travaillé plus en vue de l’effet que produiraient ses travaux aux yeux de son souverain et de leur avantage pour sa bourse, qu’en vue de leur utilité réelle pour l’Etat et pour les soldats qui auraient un jour à défendre la place confiée à ses soins. Nous croyons que des casemates, con-
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siruites d’après les vieux principes, des magasins à poudre établis et bdtis d’après les vieilles règles de l’art sont encore aujourd’hui parfaitement en état de bien tenir, même contre les lourds projectiles des nouvelles pièces rayées; mais nous savons aussi que trop souvent les ingénieurs sacrifient les vieilles règles et les vieux principes pour le coup d’œil architectural et le désir de se rendre agréables à leurs souverains; cela s’est vu par exemple en Prusse, surtout dans ces vingt dernières années, et tout homme impartial qui voudrait nous suivre à cet égard dans l’examen des détails qui décident en pareille matière, serait sans aucun doute bientôt de notre avis. On n’aura, par exemple, nullement le droit de condamner sérieusement le nouveau système prussien de fortification, parce que l’on aura vu une fois certaines casemates nouvelles de la Prusse orientale dans certaines casernes défensives, crouler aux premiers projectiles que leur enverront des canons rayés. D’ailleurs, avec de bons olTiciers et de bons matériaux, on peut en quelques semaines, même pendant les opérations d’un siège, remédier à bien des défauts. Mais ces deux conditions indispensables manquaient également à Gaète. Quelques efforts que pût faire un homme isolé, on sait qu’un homme ne peut être toujours sur pied et partout à la fois, et fingénieur de Gaëte, Guarinelli, se trouvait précisément en ce moment dans le camp piémontais auquel il avait passé juste à temps ; il pouvait se vanter d’avoir travaillé utilement... pour la résurrection de l’Italie. En tout cas, il pouvait rendre de bons services aux assiégeants, par sa connaissance des dispositions intérieures et des côtés faibles de la place.
La garnison ordinaire de Gaète se composait du 16° bataillon de chasseurs, du bataillon de tirailleurs de la garde, du bataillon des vétérans suisses, d’un régiment d’artillerie et d’un bataillon du génie.
Le 3 novembre vinrent s’y ajouter les trois régiments d’infanterie de la garde, beaucoup de fuyards de différents corps, des gendarmes, des cavaliers démontés, etc., sans compter quelques débris de l’armée du pape, en particulier des légitimistes français qui s’étaient rencontrés à Gaëte en assez grande quantité, et dont le nombre s’accrut encore pendant le siège.
Les autres corps organisés, huit bataillons de chasseurs à pied et la brigade étrangère demeurèrent d’abord campés en avant de
la place; dès le 5 au matin, la plus grande partie de cette dernière fut mise en marche par Sperlonga sur la frontière romaine, afin de diminuer le nombre des bouches à nourrir, en sorte qu’il ne resta de l’infanterie étrangère que 800 hommes qui furent fondus en un Ixataillon.
Le gouverneur de la place était le général Ritucci ; le brigadier Marulli était gouverneur en second ; le général de Riedmatten commandait le front de terre, et le général Sigrist le front de mer.
Les troupes campées hors des ouvrages occupaient les positions suivantes ; à l'extrême droite, le bataillon de chasseurs, ensuite le 3', le 0', le 7“, le 8% le 9«, le 10* et’le lô* bataillon de chasseurs, enfin ù l'extrême gauche, à la Cala di Serpa, le demibataillon étranger n® 3; ces troupes poussaient leurs^jvant-postes jusque sur la hauteur de Torre Alratina.
Le 1 1 novembre, Cialdini entreprit une attaque générale sur ces avant-postes pour les rejeter sur la place ou dans la place même ; A peine le combat avait-il commencé, que le 8* et le 15' chasseurs, ce dernier son commandant l’ianelli en tête, passèrent aux Piémontais ; cette défection causa dans la ligne napolitaine un vide où les Piémontais pénétrèrent, et le demi-bataillon étranger, ayant toute retraite coupée, fut en grande partie fait prisonnier. A la suite de cet engagement, toutes les troupes napolitaines furent retirées derrière les ouvrages, et les Piémontais établirent leurs avant-postes dans les positions qu’occupaient auparavant leurs adversaires. Rien ne les empêchait plus désormais de travailler en toute tranquillité à l'établissement de leurs premières batteries.
S« .Harjrhc dru d làaëtc et devant la place Jneq’av
di^part de Teiicadre française.
On s'occupait activement dans la forteresse de la réorganisation des troupes, ainsi que des travaux nécessaires pour compléter l’armement des ouvrages.
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Les généraux Barbalonga^ Colonna et Salzano. las de la lutte et songeant sans dente ;\ se ménager un bon accueil dans le camp ennemi pendant quMl en était temps encore, se décidèrent bientôt à prendre congé.
Les mille prisonniers de l’armée italienne du Sud, qui se trouvaient enfermés à Gaële, furent transportés le 12 novembre et remis au général Cialdini : le véritable motif pour lequel on se débarrassa d’eux, fut le besoin que l’on avait de leurs couvertures pour les troupes napolitaines, car la place était loin d’en être suffisamment approvisionnée.
Le 20 novembre, la reine-mère Marie-Thérèse partit avec ses sept plus jeunes enfants pour se rendre à Rome où elle se croyait plus en sûreté désormais, et où elle pensait peut-être en outre trouver un champ d'activité plus prolilable qu’à Gaëte. Le 21 novembre, son exemple fut suivi par le corps diplomatique qui s’ennuyait énormément dans la forteresse, et qui par-dessus le marché y vivait fort mal et commençait à voir venir le moment où il ne serait pas môme possible d’y vivre sans danger : seul l’ambassadeur d’Espagne, Bermudez di Castro, marquis de Lema, resta à son poste. Le même jour, la comtesse de Trapani partit avec ses enfants.
Pendant que tout ce monde s’éloignait ou se préparait à s’éloigner, le 18 novembre, en revanche, Bosco arriva à Gaëte. Bosco était resté au mois de septembre malade, à Naples, au moment où François II avait abandonné sa capitale, et il y avait été laissé en repos par Garibaldi, sous la condition qu’il resterait deux mois sans porter les armes contre les Italiens. Bosco, rétabli, s’était rendu en France où il avait passé le reste du temps de son engagement, puis il était revenu à Gaiûe aussitôt que le terme en eut e.xpiré. On avait fondé sur lui de grandes espérances ; en somme il pouvait bien être le plus entreprenant de tous les généraux napolitains, mais ce n’était là que quelque chose de relatif, et une bonne dose de mise en scène affectée se mêlait à ses qualités réelles comme chez bien d’autres généraux qui sont parvenus à se faire une réputation éphémère.
On sait que François II avait ordonné de faire frapper et distribuer une médaille pour honorer non pas seulement le mince succès de Cajazzo, mais encore toute la série de ses échecs;
comme il n’avait pas les moyens de faire frapper la médaille, il s’en tint provisoirement au ruban, qui fut distribué le 21 novembre. Bosco, à peine arrivé à Gaële, réclama aussitôt une médaille spéciale pour sa défaite de Milazzo, et en fait, ce qui était juste pour les uns, devait l’être aussi pour l’autre, et si neuf militaires se dédommagent par une médaille des horions qu’ils ont reçus, pourquoi un dixième serait-il mal venu à prétendre en faire autant ?
Une grande sortie devait avoir lieu le 2.5 novembre, mais ne fut pas effectuée ; on a conclu, non sans raison probablement, de la circonstance que précisément ce jour-là, et à l'heure fixée, les Piémontais canonnèrent avec une grande vivacité les approches de la porte de terre, que Cialdini devait avoir des intelligences dans la place et que ses rapports le servaient bien. — Le 20 novembre au matin eut lieu enfin la grande sortie sous la direction du général Bosco, après avoir fait parler d’elle pendant plusieurs jours. Or qu'avait-on destiné à cette opération ? Quatre cent quarante hommes sous les ordres du lieutenant-colonel Migy ! nous nous trOftipons.... il y avait encore un bataillon en soutien sur le glacis, et Bosco prétendait diriger toute l’affaire depuis la place avec des signaux de trompette I
Migy, avec sa faible troupe, divisée en trois colonnes, poussa en avant par Torre Atratina, où il rencontra les extrêmes avantpostes piémontais, jusqu’au Couvent des Capucins, où il rencontra une résistance organisée et plus sérieuse. En outre, il fut assailli en liane et à dos par deux bataillons de bersagliers, sortis du Borgo où les Piémontais s’étaient établis après en avoir délogé les habitants le 19 novembre; ces bersagliers furent à grand’peine contenus pendant quelque temps par un petit détachement par lequel .Migy avait fait assurer sa marche. Les colonnes de sorties se retirèrent avec une perte de 23 hommes, parmi lesquels le lieutenantcolonel Migy lui-mème, qui mourut bientôt après des suites de sa blessure, sans avoir atteint aucun résultat.
Chose singulière, François II avait, à ce qu’on prétend, par un pieux scrupule pour l’égli.se du Borgo, défendu aux batteries de la place de tirer sur ce faubourg, sauf lorsque l’on y verrait des troupes, des chariots ou des travailleurs ; cette défense fournit aux Piémontais une excellente position qui ne laissait rien à désirer
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pour les meure à couvert de toute sortie partant de l'aile droite du front napolitain.
Le 1" décembre enfin, les assiégeants démasquèrent une première batterie sur le Monte Christo, à 4, 200 pas des ouvrages les plus rapprochés de la forteresse. Elle était armée de deux canons rayés de vingt centimètres, et elle ouvrit son feu à 5 heures après midi ; elle le continua chaque jour pendant plusieurs heures, cherchant principalement à enfiler les fronts de mer, et agissant aussi contre la Torrc Orlando ; mais à une pareille distance son tir était très-incertain et ne produisait que des effets presque imperceptibles. ^
Pendant 1a nuit du 4 au 5 décembre, Bosco fit entreprendre une petite sortie pour faire .sauter avec des sacs à poudre trois maisons du Borgo qui gênaient principalement la vue des ouvrages ; le résultat fut peu satisfaisant ; cependant les Piémontais, pour se mettre à l’avenir mieux à l’abri de semblables tentatives, construisirent sur la hauteur de S.-Agata une petite batterie qui ouvrit son feu le 7 décembre.
Le 8 s’ouvrit un armistice qui dura trois jours : le 8 décembre est le jour de la Conception. Ferdinand II avait coutume de le solenniser à Naples par une grande parade : ce fut à Tune de ces parades, en I85G, qu’eut lieu l’attentat d'Agesilas Milano. Victor- Emmanuel avait donné l’ordre à Cialdini d'interrompre ce jour- ^ là le feu contre la place. François II utili.sa ce repos pour adresser à « ses peuples des Deux-Siciles » une proclamation que nous allons donner in extenso à nos lecteurs, comme document intéressant : '