Prise de (iaCle
Les Piémontais ne reprirent pas, comme on s’y était attendu, leur feu contre la place immédiatement après le départ de l’escadre française : ils s’occupaient de la construction de nouvelles batteries sur la ligne du Monte délia Catena au couvent des Capucins, en moyenne à 2,200 pas des ouvrages des a.ssiégés.
Le 22 janvier, à neuf heures du malin, la forteresse recommença le feu la première, sur un signal donné par un coup de canon tiré de la batterie Regina. Aussitôt les Piémontais répondirent sur toute la ligne, et la flotte prit part ce jour-là au combat.
La flotte italienne, qui avait d’ordinaire son ancrage sur la rade de Mola se composait alors du vaisseau de ligne Ite Galantuomo, des frégates à hélice Marie-Adélaïde (portant le pavillon de l’amiral Persano), Garihaldi, Victor-Emmanuel el Charles- Albert ; Ae» frégates à aubes Constitution, Ettore-Fieramosca et Fulminante ;
des conrettes Stromboli, Aquila, Mozambano; de six chaloopes canooDîères et de différentes embarcations moins importantes.
Le ii, quatre canonnières, les qnatre frégates à hélice et la frégate à anbes Constitution s'avancèrent contre le front de mer de Gacte; deux canonnières, appuyées par la frégate Garibaldi, ouvrirent le feu. Le Garibaldi s’embossa en avant de la pointe orientale de la presqu'île pour enfiler depuis là les ouvrages du front de mer et la ville ; les autres frégates, qui avaient suivi ce mouvement, marchèrent d’abord de l’est à l’ouest en lâchant leurs bordées, et revinrent, entretenant ainsi un feu non interrompu contre la place ; mais comme, pour donner quelque effet â leur tir, elles devaient s'approcher de si près que le feu des batteries des assiégés leur devenait très-dangereux, elles finirent par se réunir au Garibaldi à la pointe est de la presqu'île. Le feu de la flotte dora ce jour-là six heures; la canonnière le Guinzaglio fut gravement endommagée et dut être emmenée à Naples.
Du côté de terre il s’était écoulé du temps avant que les Piémontais répondissent avec quelque activité, et le feu des ouvrages napolitains fut si efiScace contre la batterie du couvent des Capucins, que celle-ci dut cesser le sien pendant un certain temps. En tout, les batteries de la place avaient envoyé ce jour-là 12,500 projectiles, et celles des Piémontais 20,000, dont 5,000 formaient la part de la flotte. La perle des assiégés fut de 24 morts et 80 blessés ; l&s assiégeants perdirent aussi du monde, en particulier sur leur escadre.
Ainsi que nous le disions plus haut, le résultat de celte journée vint apporter une nouvelle preuve à l’appui du fait que les bordées des navires de guerre sont en général impuissantes contre des batteries de côte bien armées, et qu’une attaque navale aussi heureuse que celle du port d’Ancône est un cas exceptionnel que des circonstances particulières seules peuvent concourir à produire.
Que dire lorsque, tout en envisageant avec quelque impartialité les événements de cette journée, on entend le légitimiste Garnier, qui pendant ce siège se trouvait dans la place, s’écrier dans un accès d’enthousiasme: ceux qui ne croyaient pas an sublime y croient après avoir été témoins de ce combat, et ceux qui doutaient de la cause de l’indépendance nationale, disent maintenant avec confiance : < l’avenir nous appartient I » De semblables péro-
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raisons, et il y en a eu, comme il y en a encore par centaines, sur ce texte, étaient bien faites pour autoriser le Journal des Débals à dire le 17 janvier:
< L'intérêt que pourrait inspirer le jeune roi dans sa résistance est singulièrement diminué à nos yeux, d'abord par les panégyriques extravagants sous lesquels l'accablent ses partisans, et ensuite par ce fait qu'il ne doit la possession momentanée de sa dernière forteresse qu'à une protection étrangère. »
Les jours qui suivirent le ii, le feu se ralentit considérablement : les Piémontais attirèrent de deux manières l’attention des assiégés sur la droite du front de terre et sur le front de mer. D'abord ils commencèrent le 24 à tirer avec deux canons Cavalli du plus gros calibre, qui lançaient des projectiles de 120 livres et qui étaient placés à Mola di Gaeta : le feu de ces pièces était entretenu chaque jour pendant quelques heures ; c'étaient de véritables essais de tir faits à la grande satisfaction des nombreux ofliciers étrangers qui s'étaient rendus de toutes parts au camp de Cialdini pour apprendre à connaître ces phénomènes d'artillerie, qui devaient encore une fois faire changer de face à l'art de la guerre. Naturellement tous ces curieux sont retournés chez eux aussi savants là-dessus qu’ils étaient venus, malgré les longs rapports dont ils ont pu enrichir les archives de leurs ministères de la guerre, car ils ne pouvaient dans tous les cas rien voir de l'effet des projectiles ; il est certain sans doute que, lorsqu'un de ces projectiles de 120 livres venait à rencontrer quelque objet d'une manière heureuse, le résultat devait être terrible, mais c'était un cas trèsrare.
Outre ces essais de tir, les Piémontais entamèrent, dans la nuit du 24, un court tronçon de tranchée à l’extrémité méridionale du Borgo, comme s’ils voulaient exécuter sur ce point des travaux réguliers d'approche. Cela engagea les Napolitains à garnir assez fortement de carabiniers les ouvrages les plus rapprochés de la droite de leur front de terre. Leur attention se porta d’autant moins sur la gauche de ce front, et les Piémontais purent ainsi, en toute tranquillité, établir de ce côté une nouvelle batterie près de la Casa Tncci, sur le Monte délia Catena, à laquelle les assiégés en opposèrent une autre sur le Monte Orlando, à gauche de la Regina, qu'ils armèrent de pièces rayées de 12.