Méjonr * Talamone s débarquement d ]flar»aia
Garibaldi avait laissé diverses lettres à Gênes. La plus importante était adressée au docteur Augustin Berlani, médecin dans cette ville et député ; cette lettre le chargeait de réunir tons les moyens pour appuyer vigoureusement l’expédition commencée, de mettre toute ITtalie en mouvement et de lui faire comprendre que, partout où les Italiens combattaient pour son indépendance, la lutte devait être considérée en même temp>s comme une lutte pour l'unité de l'Italie, qu’elle était assez forte pour se sutDre à elle-même et se passer d'aucun secours étranger, pourvu qu’elle travaillât avec vigueur et persistance à son propre armement, et qu’il fallait soutenir le mouvement sicilien, non-seulement en Sicile , mais parlout où il y avait des ennemis de l'Italie à combattre. • L’Italie et Victor-Emmanuel » devait être le cri de guerre de l’expédition.
Dans une seconde lettre adressée aux directeurs de la compagnie Uuhatlino, il excusait la saisie des deux bateaux à vapeur le Piemonte et le Lombarde par la force comme étant un acte d’absolue nécessité. Dans le cas où la nation tout entière, comme il croyait pouvoir le supposer justement, ne se cotiserait pas pour les dédommager de la perte qu’il leur occasionnait, Garibaldi engageait â cet effet tout ce qui restait disponible en argent et en matériel de la souscription pour le million de fusils.
Dans une troisième lettre, il annonçait son entreprise au roi Victor-Emmanuel ; si elle échouait, disait-il, le monde devrait au moins reconnaître la pureté des motifs qui la lui avaient dictée ; si elle était couronnée de succès, il serait heureux de pouvoir offrir au roi la Sicile, toutefois sous la condition que celui-ci ne la livrerait'pas aux étrangers, comme il avait fait de Nice. D ajoutait
qu'il n'avait pas voulu le prévenir plus tôt de son dessein, parce qu'il afàit craint de s’en laisserdétourner par le roi, en raison des sentiments qui l’animaient pour Victor- Emmanuel.
Enfin, d’autres lettres à quelques-uns de ses amis les priaient de ne pas condamner trop tôt son entreprise comme téméraire, et étaient destinées en même temps à les engager à s’abstenir de prendre une part directe à l’expédition, afin de pouvoir continuer sur place leur concours et leur action en sa faveur, et travailler de cette manière à son succès.
De Talamone, Garibaldi envoya le colonel Türr auprès du gouverneur d’Orbisello, afin de déterminer, si possible, celui-ci à fournir quelques cartouches. Türr réussit à le décider ù donner non-seulement cent mille cartouches, mais encore quatre petits canons avec trois cents gargousses.
Immédiatement après l’arrivée à Talamone, il avait fait lire par Carini à tous les chefs de l’expédition, convoqués à cet effet é bord du Piembiüe, un ordre du jour ainsi conçu : « Le corps de troupes réuni pour cette entreprise doit se faire une loi de la plus absolue abnégation, afin de remplir sa Üche en face de la nouvelle situation de la patrie. Les braves chasseurs des Alpes ont déjà servi le pays ; ils continueront à le servir avec l’ardeur et la discipline des meilleures troupes régulières, sans prétendre à autre chose qu’à la satisfaction d'une conscience pure. Ni grades , ni décorations d’honneur, ni récompenses n’ont attiré ces hommes vaillants ; le danger passé, ils se retirent dans la vie privée ; mais aussi souvent que sonne l'heure du combat, l’Italie les voit reparaître au premier rang, joyeusement, pleins de bonne volonté, tout prêts à verser leur sang pour elle. Le cri de guerre des chasseurs des Alpes est de nouveau celui qui retentissait il y a un an sur les rires du Tessin : • L’Italie et Victor-Emmanuel I > et ce cri de guerre, partout où nous le ferons entendre, sera l’effroi des ennemis de l’Italie. > *
En môme temps fut annoncée l’organisation du corps.
Le commandant en chef était Garibaldi.
Le chef d’état-major général Sirtori, qui, prêtre dans sa jeunesse, était devenu soldat de la liberté en 18T8, s’était distingué par une valeur héroïque, en 1 849, dans la défense de Venise, et plus tard avait employé son exil en France à étudier, en prévision
de l’avenir, la Ihéoric de l’art de la guerre, bien que cette étude n’eùt pas été dégagée de certains préjugés. *
L’adjudant général était le colonel Türr, Hongrois, qui avait été dans sa jeunesse au service de l’Autriche, avait déserté en 1848, avait pris part en 1849 à l’insurrection badoise, et avait en 1859 combattu dans. les rangs des chasseurs des Alpes; dans cette dernière campagne, il avait été blessé au combat de Rezzato.
Le Sicilien Crispi accompagnait l’expédition en qualité de commissaire civil. Cédant A des supplications instantes, Garibaldi avait consenti A ce qu’il se fit accompagner par M“' Crispi, bien qu’en général il ne fit pas grand cas de la présence de femmes an milieu d’expéditions militaires.
Le chef du génie était Minutelli, l’intendant général Acerbi, le médecin en chef Ripari.
Tous les soldats avaient été divisés en sept compagnies organisées d’après le système piémontais; elles étaient commandées par Nino Bixio, Orsini, Stocco, La Masa, Anfossi, Carini et Cairoli.
Nino Bixio, marin A la fois et soldat comme Garibaldi, avait combattu A ses côtés en 1849, A Rome, comme en 1859; il était connu par son impétuosité et une valeur qui ne tenait compte d’aucune considération; il circulait du reste plus d’une légende curieuse sur l’abus qu'il faisait souvent de son pouvoir A l’égard du soldat.
Orsini avait été précédemment officier d’artillerie au service de Naples. Après avoir passé du côté de ses compatriotes, il avait déjA combattu dans les rangs de l’insurrection sicilienne de 1848 et de 1849. Exilé, il avait trouvé du service auprès de la Porte comme major d’artillerie, et avait fait, entre autres, en cette qualité, l’expédition d'Omer-Pacha en Mingrclie. Au premier appel d’un nouveau soulèvement de sa patrie, il était accouru de Constantinople et s’était joint A l’expédition de Garibaldi.
Stocco, Calabrais, jouissait dans’ son pays natal d’une grande influence, et il s’était distingué en 1848 dans l’insurrection de la Calabre.
La Masa, Sicilien, avait pris part A l’insurrection de l'tle en 1848 et en 1849, et plus tard il en avait publié I histoirc. Dans son exil, il s’était .surtout occupé de l’étude de l’organisation d’une armée insurrectionnelle italienne, et il avait publié un livre fort bien écrit
sar ce sujet. La Masa avait beaucoup d'ennemis ; il avait, comme Alexandre Dumas le dit quelque part, le défaut d'avoir trop souvent à la bouche le mot;e, et d’autres trouvaient qu’il eût mieux fait de ne pas en user du tout.
Anfossi avait servi avec distinction dans l'armée piémontaise.
Le Sicilien Carini>avait créé un régiment de cavalerie sicilienne lors de l’insurrection de 1849, et rédigeait en 1859, à Paris, le Courrier franco-italien.
Cairoli, qui avait perdu un frère dans les combats de 1859 contre les Autrichiens, était accouru de Pavie aussitôt qu’il avait eu connaissance des projets de Garibaldi, et il avait apporté avec lui 30,000 francs pour la caisse de l’expédition.
Lorsque le gouverneur d’Orbitello eut donné au colonel Türr les quatre petits canons dont nous avons parlé, Orsini fut nommé chef de l’artillerie, et le major Forni prit le commandement de sa compagnie.
Près de Talamone, Garibaldi fit descendre à terre soixante et quelques hommes sous le commandement de Zambianchi; ils devaient pénétrer sur le territoire romain au cri de « Vive Victor-Emmanuel et Garibaldi! • et donner à croire qu’ils composaient tonte l’expédition de ce dernier, en répandant une proclamation rédigée de manière à confirmer cette opinion. Ils devaient ainsi détourner l'attention des Napolitains du véritable but de l’expédition ; il va sans dire, du reste, que l'illusion ne pouvait durer longtemp.s, vu la faiblesse de cette petite troupe, qui était littéralement sacrifiée.
Lorsque les compagnies furent formées, l'expédition partit de Talamone le 9, à trois heures et demie du matin, lit encore une courte halte près de S.-Stefano , et de là marcha directement au sud sur le cap Bon, après que l'on eut pris à bord les quatre canons d'Orbitello et opéré la distribution des chemises ronges et des armes.
Le Piemonie tenait la tète, le Lombardo suivait. Vers le soir du 10, ce dernier se trouvait notablement en arrière ; un volontaire, qui s’était déjà deux fois jeté à la mer et avait été ramené à bord, trouva moyen de se livrer pour la troisième fois à la même opération, mais celte fois le sauvetage ne se fit pas sans une grande perte de temps. Comme sur le Piemonie on n’apercevait plus rien
du LomZwrdo , J’obscurité étant survenue, Garibaldi fit arrêter le premier pour attendre Pautre et allumer les lanternes de signaux, contrairement à ce dont on était convenu d'abord. Cette circonstance faillit engager Bixio à s’éloigner de nouveau du PiemotUe, lor%]u'il fut sur le point de le rejoindre, parce qu'il le prit alors, à ses feux allumés, pour un croiseur napolitainvCependant on arriva promptement à s'entendre et les deux navires se trouvèrent réunis, le Lombardo suivant d'aussi près que cela lui était possible.
Le 11 mai, A dix heures du matin, à la hauteur de Favignana, Garibaldi aperçut un navire marchand anglais qui venait de Marsala :il alla aussitôt à lui pour le héler. Il apprit du capitaine que, dans ce moment, il ne se trouvait aucun navire de guerre napolitain dans le port de Marsala, et il gouverna immédiatement A l’ouest dans cette direction; en route, il reçut du patron d’une barque la confirmation de la nouvelle que lui avaient donnée les Anglais.
En effet, cela était exact. Des deux navires de guerre napolitains qui étaient stationnés sur la rade de Marsala, le Capti, capitaine Actéon , l’avait déJA quittiie le 10 mai pour croi.ser au large, et le Stromboli, capitaine Caraccioli, venait de faire route le 11, A neuf heures du matin, pour suivre le Capri.
Si le volontaire du Lombardo n'avait pas sauté A la mer une troisième fois le soir du 10, occasionnant ainsi A l’expédition, pendant la nuit, une perte de temps de plusieurs heures, celle-ci aurait trouvé le Stromboli encore sur rade A Marsala, et il est permis de se demander ce qu’il fût advenu, dans ce cas, du succès do l’entreprise; mais l'absence, au moment de l’arrivée de l’expédition, de tout vaisseau napolitain mettait A peu près hors de doute la réussite du débarquement.
Le Piemonte, sans perdre une minute, entra dans le port; les premiers volontaires qui atteignirent la terre au moyen des canots du Piemonte, se saisirent des barques qu’ils trouvèrent pour activer le débarquement; celui-ci s’opéra sans le moindre obstacle, en présence de deux vaisseaux de guerre anglais, l’Aiÿno et VJndipetidence, qui étaient A l’ancre dans le port.
Le Lombardo était resté en arrière ; de son bord , on vit deux vapeurs napolitains se diriger en toute hAtesur Marsala ; c’étaient d’abord le Stromboli, qui avait aperçu l’expédition, ensuite le Capri qu’il avait prévenu et rappelé vers file.
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Bixio prit promptement son parti, il dchoua le Lombardo sur un écueil, à l’entrée du port, pour donner aiïaire aux Napolitains et détourner leur attention du Piemonte, qui portait la plus grande partie du personnel et du matériel de l’expédilion, et en particulier les canons. Bixio commença aussitôt son propre débarquement, facilité par des barques qui vinrent à force de rames du rivage accoster aussi le Lombardo.
Le Stromboli, pendant que cette opération s’était déjà entamée, s’était approché du Lomfwrrfo jusqu’à une grande portée de canon, et il ouvrit le feu; mais le commandant des vaisseaux anglais envoya un de ses officiers au capitaine du SlromMi pour lui demander de suspendre le feu, presque tous les officiers de ses deux navires .se trouvant à terre, à Marsala, ainsi que cela se vérifia du reste. Le capitaine du Stromboli trouva, avec raison, celte réclamation fort singulière; néanmoins il arrêta le feu provisoirement, et il s’entama à ce sujet la négociation la plus surprenante, qui donna tout le temps non-seulement au Piemonte, mais encore au Lombardo menacé de si près, de mettre à terre tout leur monde sans aucun danger; les compagnies se formaient au fur et à mesure du débarquement.
La faible garnison napolitaine s’était hâtée de quitter la ville dans un désordre complet.
Ce ne fut que lorsque Marsala se trouva absolument entre les mains des garibaldiens que le Stromboli et le Capri ouvrirent de nouveau leur feu contre les vaisseaux abandonnés et contre la ville, mais sans causer grand dommage.
Immédiatement après le débarquement, Garibaldi fit afficher aux coins des rues ^a proclamation suivante :
c Siciliens I Je vous ai amené une poignée de braves qui ont répondu à votre appel héroïque, les restes des- combats de la Lombardie. Nous sommes avec vous, et nous ne voulons rien antre que la libération de notre pays. Si nous sommes tous unis ensemble, la tâche sera facile. Aux armes donc I Celui qui ne saisit pas une arme quelconque est un lâche ou un traître. Le prétexte qu’il manque d’armes n’a point de valeur. Nous trouverons des fusils , mais pour le moment, toute arme est bonne, pourvu qu’elle soit dans les mains d’un brave. Les communes seront chargées de s’occuper des enfants, des femmes, des vieillards laissés en arrière.
Aux armes toast La Sicile montrera encore une fois au monde comment un pays, par l'action de l’énergique volonté de tout un peuple uni, s’affranchit de ses oppresseurs. •
D’autres proclamations, portant aussi d’autres signatures, furent répandues dans la ville, et de là bientôt dans les environs. Castiglia, qui avait exercé le commandement sur le Piemotile pendant la traversée, sous la direction supérieure de Garibaldi, lança une adresse à la marine sicilienne. Cosenz, de son côté, qui était resté pour le moment dans l'Italie septentrionale pour y réunir des renforts destinés à l’expédition, invita, par une autre publication du même genre, ses anciens compagnons d’armes de l’armée napolitaine à abandonner les Bourbons, pour se ranger sous les drapeaux de l’Italie et de Garibaldi. Enfin, La Masa consacra de longues phrases et beaucoup de grand.s mots à démontrer aux Siciliens la thèse brillante de l’Italie entière réunie .sous le sceptre constitutionnel de Victor-Emmanuel.
Türr, aussitôt après le débarquement, avait envoyé un oITicier avec quelques hommes pour s’emparer du télégraphe; le télégraphiste, qui se trouvait mis hors de service par cette brusque visite, avait déjà annoncé à Palerme que deux navires étaient entrés dans le port de Marsala, sous pavillon piémontais, et avaient mis à terre une troupe armée. Comme répon.se à cette dépêche, arriva de Palerme la demande : t Combien de gens sont débarqués? dans quel but? > Le télégraphiste garibaldien improvisé expliqua à son interlocuteur de Palerme qu’il s’était trompé; que les navires à vapeur entrés dans le port étaient des bateaux marchands avec des cargaisons de soufre venant de Girgenti. On lui riposta immédiatement de la capitale qu’il n’était qu’jin imbécile, et làdessus le correspondant à Marsala trouva qu’il pouvait sans aucun inconvénient couper sa conversation télégraphique.
Du reste, la réception faite aux garibaldiens n’avait été rien moins qu’enthousiaste; les habitants de Marsala pensaient que l’expédition arrivait trop tard, et regardaient l’insurrection comme étouffée dans Plie; ils avaient encore trop présente à l’esprit la facile déroute de leur garde civique, et le feu dirigé sur la ville par les vapeurs napolitains avait suffi pour les intimider complètement. Seuls quelques jeunes gens se joignirent avec conliance à cette poignée d’hommes qui assuraient être venus pour rendre
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libre la Sicile, et ce ne fut que sous la pression d’une demi-contrainte que l’autorité municipale se réunit pour instituer, sons la direction de Garibaldi, un gouvernement provisoire, et pour inviter Garibaldi lui-méme à accepter la dictature.
Garibaldi, quelque plein de confiance qu’il fût, n’en jugea pas moins convenable de quitter Marsala le plus promptement possible, de gagner l’intérieur de l’tle et de remporter quelques succès qui pussent donner une nouvelle énergie au courage des Siciliens.
Palerme, un instant abusée par le télégraphiste de Garibaldi, avait cependant fini par apprendre la vérité, et cela déjà le 12 mai dans l’après-midi. La population était très-animée, et une grande démonstration dans la rue Macqueda fêla cette nouvelle; la police intervint, et il y eut des morts et des blessés.
Le lendemain, Salzano proclama encore une fols l’état de siège, en annonçant que le droit des gens venait d’être violé de la manière la plus scandaleuse par le débarquement à Marsala de 800 aventuriers qui menaçaient de nouveaux dangers la capitale et nie entière. L’état de siège fut aggravé par une disposition particulière portant défen.se de faire entrer ni sortir des moyens de subsistance: les troupes royales furent approvisionnées par la voie de mer. La brigade Landi fut envoyée par terre jusqu’à Alcamo pour s’emparer des flibustiers, tandis qu’une autre brigade était expédiée par mer à Trapani pour tomber de là sur leurs derrières.
Les deux adversaires se trouvaient dès ce moment en face, et la visière levée, prêts à entamer une lutte décisive ; il n’est donc pas sans intérêt de jetér un coup d'œil sur leurs forces respectives, et de les apprécier rapidement pour se faire d’avance quelque idée des chances de succès de l’un ou de l’autre.
s. L’année napolitaine et mea ativeroairca.
L’armée napolitaine se composait, lorsque Garibaldi aborda à Marsala, de i:iO,ÜOO à Uü,000 hommes, en y comprenant les
réserves déjà appelées sous les drapeaux , ou faciles à mettre sur pied.
L’infanterie de la garde comptait une compagnie de gardes du corps , 2 régiments de grenadiers, t régiment de chasseurs et i régiment de soldats de marine. L’infanterie de ligne comptait 15 régiments de ligne, 1 régiment de carabiniers, 15 bataillons de chasseurs, 16 compagnies provinciales et 3 régiments de gendarmerie. La place des régiments suisses licenciés était occupée par les U' et 15' régiments de ligne, et les 13', U' et 13' bataillons de chasseurs dont on avait commencé la formation déjà vers la fin de 1859. Ces régiments avaient été complétés par des étrangers dont l’Autriche, la Bavière, patrie de la jeune reine, le reste du sud de l’Allemagne, et aussi la Suisse, avaient fourni la plas grande part.
L’infanterie entière, y compris les réserves, pouvait être évaluée à environ 10,000 hommes; la formation de nouveaux régiments étrangers, et en particulier des nouveaux bataillons de chasseurs composés de cet élément, avait été décidée en principe, mais en fait elle n’était encore guère avancée.
La cavalerie se composait, pour la garde, d’un escadron de gardes du corps et de 2 régiments de hussards; — pour la ligne, d’un régiment de carabiniers royaux, de 3 régiments de dragons, de 2 régimenLs de uhlans, d'un régiment de chasseurs et d’un régiment de gendarmes à cheval; — en tout, sur pied de guerre complet, 7,500 chevaux. Dans cette partie de l’armée, il ne se trouvait à peu près que des Napolitains.
L’artillerie comptait 2 régiments à pied, une batterie montée, un^ division du train et une brigade d« pontonniers; le génie, 1 bataillon de sapeurs-mineurs et 1 bataillon de pionniers de campagne.
Les régiments d’infanterie avaient chacun 2 bataillons, le bataillon à G compagnies; les régiments de cavalerie , A escadrons; les régiments d'artillerie, chacun 2 bataillons d’artillerie de campagne et 1 bataillon d’artillerie de position, chaque bataillon de campagne à 4 batteries de 8 pièces.
L’ensemble de l’armée napolitaine était divisé en quatre corps d’armée, l’un formé par la garde et les trois autres par la ligne ; chaque corps comptait deux divisions; chaque division, deux brigades
d’infanterie et une brigade de cavalerie, avec génie et artillerie.
Indépendamment de cette répartition, qui du reste se trouva bientôt disloquée par la guerre, il existait // inspections générales, correspondant aux divisions territoriales militaires en France, et desquelles procédait en temps de paix toute l’administration de l’armée. *
Les corps d’armée étaient commandés par des lieutenants généraux, les divisions par des lieutenants généraux ou par des maréchaux de camp* (marescialli di campo), les brigades par des maréchaux de camp ou des brigadiers ; le titre véritable de ces derniers était celui de colonel brigadier (colonello brigadiere). Le brigadier recevait la paie de colonel de son arme, mais avait les mémos avantages de campagne que le général. Cette division napolitaine fut aussi adoptée pour l’armée nationale du sud, lorsqu’elle prit de plus grandes proportions.
Outre l’enrôlement d’étrangers, qui étaient réunis de préférence dans des corps spéciaux , l’armée napolitaine s'alimentait par la conscription dans les provinces de terre ferme et par un recrutement volontaire, avec primes d’engagement, dans la Sicile, qui s’était toujours opiniâtrément refusée à se soumettre au régime de la conscription. Les soldats napolitains servaient, dans les derniers temps, pendant huit années, dont quatre passées sous les drapeaux et quatre dans la réserve; le remplacement était autorisé: un remplaçant .se payait 240 ducats, c’est-à-dire 1100 francs. Les fils d’employés recevant un traitement mensuel d'au moins 12 ducats étaient exemptés de la conscription, et il existait d’autres exceptions du même genre.
L'enrôlement volonta||e en Sicile fournissait à l’armée environ 12,000 hommes; le recrutement à l’étranger, de 10 à 12,000, à l’époque dont nous nous occupons ; le reste des troupes, à peu près 110,000 hommes, se composait donc de Napolitains; comme les provinces de terre ferme soumises à la conscription comptaient environ 1 millions d’àmes de population , cela faisait un soldat
I Le mot italien de maraciallo di campo ne correspond donc nollement, quoique tres-sourent dans les traductions d'nne langue dans l'antre on confond ces denz termes, avec le mot allemand de feldmarscltall. Le moretciallo di campo est le général-major d'antres années, maggiore generale, dans l'armée piémontaise par czemple.
pour 60 habitants, et un soldat sous les drapeaux pour 400 habitants environ.
Les oOiciers sortaient, pour la plupart, des rangs des sous-olliciers; il est assez connu que, même dans les grades les plus élevés de l’armée, il se rencontrait maint oITicier pourvu d'un commandement actif qui avait commencé sa carrière dans les bandes de brigands. D’autre part, des jeunes gens de bonne famille et bien épaulés par leurs relations étaient fréquemment brevetés comme officiers dès leur entrée dans l'armée, et parmi eux, en particulier, bon nombre de fils d’officiers étrangers qui avaient épousé des Napolitaines et s'étaient eux-mèmes napolilanisés , si l'on peut se servir de cette expression. Des officiers de cette classe étaient d’autant moins rares dans les régiments, que le Napolitain favorisé de la fortune n'éprouve pas plus d’inclination pour le service militaire que celui qui ne pos.sède rien. Aussi beaucoup d'officiers de cette armée ne savaient ni lire ni écrire; il était donc facile à Naples, comme en Russie, aux talents hors de la moyenne de faire un rapide chemin dans l’armée. Mais une fâcheuse circonstance, c’est que les gens de talent aiment, en général, à s’occuper de tout ce qui se passe autour d’eux, et qu’ainsi ils devaient promptetaieni arriver, à Naples, à se mettre dans une position politique qui ne pouvait être agréable à la cour. Nous ne citerons ici que Cosenz, qui devait bientôt, pendant assez longtemps, se trouver à la tête du ministère de la guerre â Naples, mais non pas, il est vrai, sous le régime des Bourbons.
L'habillement de l’armée napolitaine se composait, à l'époque la plus récente, de la tunique bleu foncé pour l’infanterie, verte pour les chasseurs; la cavalerie avait e;^utre le collet; l'infanterie et les chasseurs portaient le képi, les grenadiers le bonnet à poil, les carabiniers et les dragons le casque; les uhlans et les hussards étaient équipés suivant la mode particulière à ces corps de cavalerie. Toute l’infanterie avait de plus un habillement d’été composé de veste et pantalon d’une étoffe de coton gris bleu; en été, partout où cela pouvait se faire, elle ne portait d’ailleurs, au lien du képi et du bonnet à poil, qu’un bonnet de police, trèssemblable, pour la coupe, à celui des soldats suisses.
Il est certain que l’armée napolitaine , lors de l’avénement an trône du roi Ferdinand, en 1830, se trouvait dans un état de dé-
compositiOD complète, et que ce roi a fait énormément pour la relever; mais les résultats de ses efforts pénétrèrent bien peu audessous de la surface, la tyrannie des Bourbons étant incapable d’exercer une action assez étendue et assez profonde pour donner à l’armée un esprit véritablement militaire et national, et, hâtonsnous de le dire, les apparences elles-mêmes, le côté tout extérieur de l’organisme, ne répondirent pas toujours à ce qu’en voulaient bien dire les flatteurs du despotisme bourbonien.
Nous ajouterons quelques mots sur ce sujet, parce que ces faits sont tout à fait propres à servir d’enseignement à d’autres armées.
Il manquait d’abord au fond, à l’armée napolitaine, de glorieuses traditions militaires : ^e^prit qui vivait en elle était, en somme, celui d’une institution de police qui ne pouvait s’honorer d’autres victoires que de quelques succès remportés dans des combats de rues, on dans des razzias dirigées contre des‘bandes de brigands, et encore le meilleur de l’éclat de cette gloire douteuse doit-il revenir aux régiments suisses maintenant dissous. Les membres de l’armée napolitaine qui, en 1848 et en 1849, avaient combattu pour la cause nationale de l’Italie, étaient depuis longtemps mis au ban : ils avaient agi contre la volonté du gouvernement. —Les officiers supérieurs étaient pour la plupart des hommes vieillis, beaucoup plus soucieux de mener une vie agréable que de s’acquérir des lauriers. Pour gagner la faveur de leur seigneur et maître, il suffisait de bien exécuter la parade devant lui. L’exercice pour les cérémonies religieuses, pour l'agenouillement, pour présenter les armes, pour ôter le képi, prenait dans l’instruction militaire autant de temps, sinon plus, que toutes les manœuvres susceptibles d’étre utiles dans une guerre sérieuse. En outre, il y a naturellement dans le caractère napolitain un fond d’amour pour l’intrigue, et parmi les officiers supérieurs, même chez les étrangers napolitanisés, cette disposition prenait précisément un grand développement, au milieu d’événements mesquins, chacun cher-' chait par des moyens mesquins à se faire valoir aux yeux du maître, se montrant aussi servile vis-à-vis de ce qui était au-dessus de soi qu’arrogant à l’égard de ce qui était -au-dessous. Au point de vue moral , l’esprit civique n’était pas fort répandu dans les classes inférieures de l’armée, pas plus chez les officiers que chez les soldats , et l’amour que les supérieurs professaient pour leurs
aises permettait au subalterne mille abus exercés sur ses inférieurs, pourvu qu’il se comportât avec le servilisme nécessaire visà-vis de ses chefs. Le soldat était en général aflreusoment volé et tourmenté, et cela ne pouvait, dans tous les cas, contribuer à beaucoup augmenter son amour pour le service militaire dont il avait déjà apporté une si mince provision en entrant dans l’armée. Une affectation d’obéissance tout extérieure remplaçait presque partout le sentiment du devoir.
Le dada des armes rayées avec lesquelles on devait pouvoir, à un mille italien de distance, exterminer son ennemi, a bien fait son tour dans le reste de l’Europe, on peut dire dans toutes les armées européennes, et il a été enfourché même par des gens fort raisonnables; mais les armées chez lesquelles l’expérience de la guerre et la vraie instruction militaire étaient choses communes se sont bientôt débafrassées de ce cauchemar. A Naples, il fut accueilli tout du premier coup avec la plus grande faveur. D’abord il fourni-ssait à beaucoup de gens l’occasion de se rendre importants à bon marché ; ensuite il ne pouvait pas paraître indifférent aux officiers supérieurs napolitains de mettre leurs soldats en état de tuer l’ennemi à un mille de distance, attendu qu’ils savaient fort bien, par expérience, combien il leur serait malaisé, avec le système dominant du gouvernement, de donner au soldat les éléments de ce courage qui l’emporte au-devant et tout près de l’ennemi.
On raisonna ainsi: le Napolitain, naturellement intelligent, mais aussi d’imagination très-vive et par conséquent volontiers poltron, se préoccupe plutôt de nuire à son ennemi que de s’exposer lui-méme; il doit être ainsi très-propre au service de tirailleur; donc il faut cultiver de préférence l'arme des tirailleurs. Cela fut fait, et de vieilles sommités démonétisées, ne comprenant que la police, et sans aucune idée des véritables mouvements stratégiques, ni de la manière de conduire à la guerre des masses un peu considérables, arrivèrent en professant le culte du tir à la cible et en commentant maladroitement des renseignements compris à faux sur l’emploi des chasseurs à pied et des zouaves en France, à se pousser rapidement aux grades de brigadier ou de général-major. Le reste de l’infanterie fut, en revanche, toujours plus négligé, et telle qu’elle était, on aurait pu, sans courir un
grand risque d’y perdre beaucoup, la renvoyer simplement dans ses foyers. Les chasseurs, de leur côté, apprireiil à commencer le feu avant même de pouvoir distinguer l’ennemi, et à courir lestement en arriére aussitôt que celui-ci se trouvait devant eux. Ajoutons que cette négligence dont on fit preuve pour l’infante- ' rie de ligne ne contribua pas peu à la dénapolilaniser ; ce fut dans cette partie des troupes, même parmi les officiers, que les idées italiennes trouvèrent le plus d’accès. Les associations unitaires y rencontrèrent le terrain le plus favorable à leur action : des corps qui se voyaient destinés par leur gouvernement à l’unique rôle de chair à canon, ne pouvaient évidemment pas concevoir ou garder pour lui des sympathies extraordinaires.
Voilà donc pour ce qui concerne l’infanterie. Quant à la cavalerie napolitaine, on a écrit tant de dithyrambes à sa louange, que l’on aura sans doute quelque peine à croire quelqu’un qui viendra allirmer à son égard tout le contraire de ces éloges. Néanmoins, comme nous n’avons d’autre souci que celui de dire la vérité, nous exprimerons nettement notre opinion.
' La cavalerie était sans doute, à Naples, une arme eutourée d'une prédilection toute particulière, ainsi que cela est le cas, du reste, dans tous les États monarchiques, et nous avouerons volontiers qu’un régiment de cavalerie napolitaine en parade, et aussi longtemps qu’il ne sifflait pas des balles en l’air, avec ses cavaliers et ses officiers pour la plupart beaux garçons et coquettement mis, avec ses chevaux de la plus noble tournure, offrait véritablement un magnifique aspect. Mais que devenait cette cavalerie devant l’ennemi , car, en fin de compte , sa destination devait bien être de maither à l’ennemi ?
Pour former une bonne cavalerie, il faut avant tout de bons et non pas de beaux chevaux.
La race chevaline de Naples est, telle qu’elle existe aujourd’hui, d’origine arabe. Nous mentionnerons ici seulement en passant le fait généralement peu connu, qu'il fallait une autorisation spéciale pour introduire à Naples ou y acheter un cheval anglais, et que celte autorisation était très-fréquemmetit refusée. La race se reproduisait donc à peu près en elle-même, et de cette uiBiiière elle s’imprégna de tous les caprices dont la nature du sol, le climat et les autres particularités physiques du pays ont doté le caractère
tu
des hommes eux-mémes qui l’habileot. Le cheval napolitain nous parait à nous autres hommes du Nord < burlesque, > exactement de la même manière et dans le môme sens que l'homme napolitain nous produit celte impression, et ce caractère se manifeste d’une manière naturellement plus originale dans l’étalon que dans la jument et le hongre.
On a toujours spécialement vanté la cavalerie napolitaine parce qu’elle avait exclusivement pour montures des étalons. Pour nous, nous devons déclarer que, à nos yeux, c'est la plus malheureuse mesure que l'on puisse imaginer pour avoir une bonne cavalerie, et que celte idée était doublement malheureuse eu égard aux propriétés de la race des chevaux napolitains. Sans doute l’étalon est en général plus vigoureux, plus vif, et, avec une nourriture bonne cl régulière, plus résistant à la fatigue que la jument ou le hongre, mais il n’est pas si patient et surtout, si son entretien est défectueux, il n'est point aussi persévérant à la peine que la jument et le hongre; cela est doublement vrai de l’étalon napolitain, qui est capricieux au plus haut point; en outre, il va diflicilemenl au feu, et tandis qu’un bon cavalier assujettira toujours à sa volonté une jument ou un hongre, il ne sera pas possible d’en dire autant d’un étalon napolitain. Nous pouvons affirmer que le tiers au moins des chevaux de la cavalerie napolitaine n'auraient jamais pu être menés au feu, môme par le meilleur écuyer. Ces chevaux, s’ils ne réussissaient pas, dans ce cas, à mettre à terre leur cavalier en doublant des reins, réussissaient presque toujours à le faire passer par-dessus leur tôte, ou se jetaient sur le sol avec lui, ou brisaient toutes les rônes en déployant leur plus grande force musculaire, plutôt que de s% laisser conduire jusqu’à portée des balles ennemies. Que l’on se figure cinquante animaux semblables dans un escadron de cent cinquante chevaux; chacun, môme sans avoir jamais eu un spectacle de ce genre, se fera facilement l'idée du désordre qui devait s’y jeter, par exemple, dans l’attaque d’un carré, et comprendra que jamais la cavalerie napolitaine n’aurait pu faire une charge sérieuse sur un carré , lors môme que tons les cavaliers , ce qu’il serait fort exagéré de supposer, auraient été pénétrés de la volonté la plus décidée d’arriver à jouer du sabre sur les baïonnettes. En fait, la cavalerie napolitaine, en 18G0, n’est jamais venue à sabrer
sur une masse quelque peu serrée d'infanterie, ne fût-elle’que de vingt hommes; elle n'a chargé que des chaînes de tirailleurs portées rapidement en avant, demeurées sans soutien et affaiblies par leur longue étendue, et contre lesquelles il aurait suffi réellement de lancer quelques hommes bien montés, maîtres de leurs chevaux, et chargeant deux par deux çà et là en fourrageurs.
On dira qu’un habile exercice doit arriver à surmonter la peur que les chevaux ont du feu : le caractère fantasque du cheval napolitain rend déjà douteux que ce principe soit aussi généralement vrai qu'il le parait au premier abord, mais on peut admettre cependant qu’un bon et constant exercice au feu, dans le manège, parviendrait à supprimer la plus grande partie de ce grave inconvénient. Hais c’était justement ce qui manquait complètement à la cavalerie napolitaine, comme c’est presque toujours le cas là où renfanlillage des parades constitue une préoccupation principale. Les charges de cJvalerie sur des carrés, dans les manœuvres d’exercice, que l’on évite si soigneusement et avec raison en France, se pratiquaient au contraire fréquemment à Naples, aussi bien, du reste, que dans d'autres armées qui se croient fort avancées dans l’art militaire, et naturellement avec le demi-tour obligé, à quarante ou cinquante pas du carré. Or, rien n’est plus propre à dre.sser d’avance hommes et chevaux à en faire autant plus tard au moment d’^ne attaque sérieuse.
Quoique la cavalerie napolitaine ne fût pas d'une force effective considérable relativement au chiffre total de l’armée , nous sommes persuadés que la moitié de cette cavalerie , si elle eût été composée d'hommes braves et de chevaux bien dressés, d’une race plus sage, eût atteint un résultat double de ce que le tout était capable de faire dans des circonstances comme celles que nous avons indiquées. Si déjà dans toute l’Europe civilisée on a de la peine à trouver quelques localités où la cavalerie puisse manœuvrer en masses , — et nous n’entendons plus aujourd'hui par ce mot que le chiffre fort modeste d’un millier de chevaux, — c’està-dire entrer en ligne, bien déployée, avec l’espace nécessaire autour d’elle pour pouvoir convenablement se mettre en retraite ou faire de nouveau un mouvement en avant, selon les circonstances, il est permis de compter bien facilement le petit nombre de points dans les contrées susceptibles de devenir le théâtre de
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quelque guerre pour rarméc napolitaine, sur lesquels sa cavalerie aurait à agir en masses, et pourrait l'Ire ainsi d'iine utiliU^ réelle.
L’artillerie napolitaine était relativement faible. Toute l’arlillerie de campagne, y compris la batterie montée, ne comptait pas plus de cent tnn)te-si\ pièces de canon; en sorte que sur 100O hommes de troupes, elle ne fournissait qu’une pièce, tandis que, à notre éjioque, les ibéoriciens-arlilleurs réclament quatre pièces pour iOOO hommes, et que, d’après les bons principes, on en doit avoir.au moins deux. Une armée dont la base est formée par une bonne infanterie peut sans doute se contenter d’une très-faible artillerie, mais celle condition fondamentale faisait aussi absolument défaut dans l’armée dont nous nous occupons. I.e matériel était bon et convenablement organisé; les attelages étaient excellents, autant du moins que le permettait la race folâtre des chevaux qui les fournissaient II n’y avait encore que peu de canons rayés; ceux-ci n’existaient qu’à litre d’essais. Du reste, œla avait peu d’importance, attendu que la nature même du pays n’assignait que des portées limitées au feu de l’artillerie : il était trèsrare de trouver devant soi un bon champ de tir mesurant mille pas ou plus d’étendue. Placée dans des positions sûres et à de fortes distances, avant qu’elle eût vu tomber des hommes et des chevaux , l’artillerie napolitaine tirait avec une grande précision relative. Mais il sulTisail qu'un cheval de trait eût été tué, on que. à quelques centaines de pas, ils aperçussent sur leurs lianes ou leurs derrières un mouvement de l’ennemi, pour que les artilleurs perdissent leur aplomb et tonte sûreté dans la direction de leurs coups; il est vrai que ce qui n’y contribuait pas sans doule pour peu de chose, c’était le peu de fond qu’ils savaient pouvoir faire .sur la solidité de l’infanterie destinée à les soutenir.
Telle était l’armée du roi de Naples. Voyons maintenant avec qui elle allait avoir affaire.
Un millier d'hommes sans équipement militaire complet, moitié en vêtements bourgeois, moitié en chemises de flanelle rouge, mal, ou pour mieux dire, pour la plupart misrrablemenl armés, mais résolus à vaincre ou à mourir, conduit parle Juge de l’Italie, par un héros enthousiasmé de l’idée de l’unité de sa patrie, — tels étaient ses adversaires; car tout ce qu’on pourrait y ajouter d’ici
oji de là, ne devrait compter à peu près pour rien. Faut-il parler, par exemple, des quatre petits canons débarqués à Marsala, avec leurs mauvais alTùts, leurs attelages de misérables bûtes de somme, ou de trait, et pour le service desquels on avait à peine pu trouver dix hommes qui entendissent le métier de canonnier? Ou bien de ces guérillas siciliennes qui accoururent se joindre à Garibaldi, mais dont on peut à peine dire que, dans le commencement, elles le renforcèrent, puisque, au début, elles lui apportèrent plus de désordre que de concours utile?
Les e.spérances de Garibaldi, pour renforcer sa petite armée, reposaient sur l’Italie du nord; cl effectivement, à peine il eut quitté Gènes, ses anciens compagnons d’armes travaillèrent à lui former des réserves pour les lui amener aussi promptement que po.ssible. Mais avant que ces secours, en raison de la défectuosité des moyens dont on devait disposer, des obstacles qui venaient, par une influence active ou simidement passive, entraver leur organisation et leur équipemetit, pus.sent acquérir quelque importance, des mois devaient nécessairement se passer, et pendant ce temps la petite troupe de Garibaldi pouvait être anéantie tout entière.
On doit donc avouerque, à quelque mince valeur que l’on veuille estimer l’armée napolitaine, on avait à peine le droit de supposer ou d’espérer, bien moins encore d’attendre avec certitude un succès important, rapide, éclatant, comme la conquête de la Sicile.
Reprenons, après cette digression, le cours des événements depuis le débarquement de Garibaldi à Marsala.