IHarcbe sur Rrnna et marche de Oane anr Hiallmerl
De Calataümi. Garibaldi envoya La Ha^a et Fuxa rassembler les corps francs au sad et à l'est de Palerme , avec la mission de faire des attaques simulées sur la capitale, pour attirer l'attention des royaux sur ces divers points , tandis que lui-méme, à l’ouest, avec les chasseurs des Alpes et ce qui s’y était déjà joint de Siciliens, tenterait un mouvement sur Palerme par Alcamo et Partinico. Uosolino Pilo, qui avait de nouveau réuni près de Carini un millier de gens sur lesquels il paraissait que l’on pouvait compter, reçut l’ordre d'opérer à Partinico sa jonction avec Garibaldi.
Landi était parti en toute bâte de Calalaflmi dans la nuit du 15 au 16; arrivé à Alcamo, il n'y rencontra pas la résistance qu’il avait supposé devoir y trouver, et après s’étre un peu remonté par des réquisitions, il atteignit le 17, au matin, Partinico. Là, la population se trouvait en pleine insurrection ; aux habitants .se réunirent un certain nombre de partisans des environs, entre autres une bonne partie de ceux qui, au combat de Calatalimi, avaient pris le large dans différentes directions, avant même que la lutte fût sérieusement entamée, et qui, reparaissant après qu'ils avaient appris la nouvelle d’une victoire, avaient talonné bravement la retraite de la colonne de Landi. 11 y eut à Partinico un vif combat de rue ; les royaux livrèrent 1a ville aux flammes, > et y commirent tous les excès qui étaient devenus pour eux une habitude régulière. Dans sa marche rapide, les liens de la discipline se relâchant, la colonne napolitaine avait laissé derrière elle beaucoup de maraudeurs et de traînards ; ils tombèrent isolément entre les mains des Siciliens qui assouvirent sur eux leur fureur. En continuant leur marche, les troupes épuisées de Landi tombèrent le même jour , à Montelepre, dans un guêpier de partisans réunis aux habitants de la localité, y perdirent encore beancoup de monde, et rentrèrent dans Palerme le 1 8, délabrées comme après une longue campagne.
Garibaldi, marchant sur les traces de Landi, arriva le 17 à Alcamo, le 18 à Partinico. Là il rendit un décret d’après lequel les communes étaient tenues d’indemniser provisoirement les parti-
cuUers pour tous les dommages causés à ceux-ci par les troupes royales, les communes devant être à leur tour remboursées de ces frais après la fin de la guerre sur la caisse de l’Etat ; elles devaient également subvenir aux besoins des familles des hommes absents et prenant part la guerre nationale.
Le 18 au soir, Garibaldi quitta Partinico et vint camper près de Renna, sur la grande route dePalerme par Monreale; ce fut dans ce camp que, le lendemain 19, vinrent le rejoindre les corps francs de Rosolino Pilo. Dans ce moment, Garibaldi avait en tout pous ses ordres 4,0(X) hommes environ.
Ce Jour-là et le lendemain il y eut quelques escarmouches entre les corps francs et les troupes royales qui couvraient à Monreale la partie sud-ouest de la capitale. Dans l’un de ces combats, à S.-Martino, au nord-ouest de Monreale, fut tué , le 20 mai , Rosolino Pilo.
Quelque peu importantes que fussent ces escarmouches, elles amenèrent cependant Garibaldi à la conviction que de ce côté Palerme était bien gardée, et qu’il y aurait trop de témérité à l’attaquer sur ce point, d’autant plus que la majeure partie de ses faibles forces ne se composait encore que d’éléments <Jans lesquels il aurait été imprudent de mettre trop de confiance. En revanche, il attachait quelque espérance aux renforts que devaient lui amener La Masa et Fuxa , ainsi qu’à la possibilité de faire prendre le change aux Napolitains en paraissant tout d’un coup sur un autre point que celui où ils l’attendaient.
En conséquence , il ne lai.ssa à Renna et sur le Monte Cuccio que des corps francs, et le 21 mai il fit un mouvement sur la droite jusqu’au Parce , sur la grande route de Palerme à Corleone.
Il n’avait rien à craindre des troupes royales pour ses derrières ; toutes les forces napolitaines dont il pouvait se préoccuper étaient concentrées à Palerme on dans ses environs immédiats. La colonne qui avait été dirigée par mer sur Trapani et Marsala, afin de prendre à dos les Garibaldiens, en môme temps que Landi marchait par terre sur Alcamo et Calatafimi , n'avait pas môme débarqué, mais avait été en toute hâte rappelée depuis Palerme, dès que l’on y avait reçu la nouvelle de la défaite de Landi à Calatafimi.
Tandis que Garibaldi, après la victoire du 15, s’approchait de la capitale de la Sicile, il se produisait un grand changement dans la direction des forces royales dans l’ile.
Si déjà le seul bruit de l’intention de Garibaldi de se rendre en Sicile avait plongé dans l’inquiétude la cour de Naples, à celte inquiétude se mêla une véritable colère quand elle apprit que l’audacieux aventurier avait heureusement abordé à Marsala , et quand elle connut les singulières circonstances de ce débarquemet^t. Bien que le journal olïiciel de Naples annonçât que déjà toutes les troupes étaient en mouvement sur la côte occidentale de la Sicile pour cerner les pirates débarqués à Marsala et s’emparer d’eux, il était facile de voir que l’on n’avait qu’un très-mince espoir d’en Unir ainsi. Canofari, ministre des affaires étrangères, dut lancer contre le Piémont un réquisitoire sous la forme d’une note adressée aux ambassadeurs de toutes les puissances à Naples.
Un acte de la plus insigne piraterie, disait ce document, vient d’ôtre commis par une horde de brigands, qui ont été publiquement enrôlés, organisés, armés sur le territoire d'un Etat avec lequel celui ^de Naples n’est point en hostilité, sous les yeux du gouvernement de cet Etat, et en dépit de toutes les promesses faites par lui de s’y opposer. Le gouvernement napolitain, instruit depuis le 28 avril des projets de Garibaldi, avait transmis au gouvernement piémonlais ses réclamations à cet égard, ce qui n’avait point empêché Garibaldi de pouvoir opérer son expédition sur Marsala. En présence d’un si scandaleux attentat dont il était impossible de prévoir les conséquences , au moins pour quelque temps, sur l’ile de Sicile dans laquelle l’insurrection venait à peine d’être étouffée, le gouvernement napolitain devait en rejeter toute la responsabilité sur les promoteurs , les auteurs et les complices de cet attentat. La note n’avait pas oublié d’attaquer aussi l’Angleterre à mots couverts, en donnant à entendre que le succès du débarquement de Garibaldi devait être principalement attribué à l’attitude du commandant de l’escadre anglaise stationnée à Marsala.
L’Angleterre et le Piémont réfutèrent les inculpations de cette note. L’ambassadeur piémontais à Naples déclara à M. Canofari que le gouvernement de Turin avait fait tout ce qui était en son
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pouvoir pour empêcher l’entreprise de Garibaldi^ et qu’il n’y avait certes rien d’étonnant à ce que les navires de guerre piémontais n’eussent pas rencontré et arrêté cette expédition , puisque la Motte napolitaine, quoique bien plus nombreuse, n’avait pas mieux réussi.
Cavour avait réellement fait son possible, sinon pour empêcher, du moins pour affaiblir l’expédition, et la reculer, par des retards, jusqu’à un moment ou la vraisemblance du succès se trouvait fort diminuée. Ce n'était point sa faute si le gouvernement napolitain s’était trouvé , en Sicile, encore bien plus faible qu’il ne l’avait / supposé.
La nouvelle de la défaite de Landi à Calataflmi , qui était arrivée déjà le 16 à Naples par le télégraphe rétabli le long de la cûte nord de la Sicile et par le Ml sous-marin du Faro, y produisit l’effet d’un coup de tonnerre. Il n’avait donc pas été possible de s’emparer des Mibustiers, et ceux-ci au contraire marchaient tout à leur aise sur Palerme ! Le moyen auquel ont recours d’ordinaire les détresses politiques, c’est-à-dire un changement de personnes, fut encore celui auquel s’adressa la cour de Naples, dans l’espérance de réparer tout le mal. Une dépêche télégraphique rappela le prince Castclcicala, et il fut remplacé par le lieutenant-général Lanza, Sicilien de naissance, envoyé en Sicile en qualité de commissaire extraordinaire et d’uffer ego du roi. Castelcicala se hâta de quitter Palerme le 17 mai, et Lanza y arriva le 18.
Le but de la mission de Lanza était, d'après le journal officiel, de rétablir l’ordre dans l’Ile par tons les moyens, et de se rendre à cet effet, de sa personne, sur tous les points où sa présence» pourrait être jugée le plus nécessaire. L’ordre une fuis rétabli, François II, ajoutait le décret qui nommait le général Lanza à ces nouvelles fonctions , enverrait en Sicile un prince de la famille royale comme son lieutenant-général. Lanza recevait en même temps le plein pouvoir d’accorder, au nom du roi, une amnistie entière à tous les insurgés qui se soumettraient maintenant à l’autorité légitime.
Le jour même où Lanza toucha le sol de la Sicile, il s’annonça aux habitants de Pile par une proclamation. Elle se résumait dans la recommandation d’entendre enfin raison, de n’attendre rien d’envahisseurs étrangers, mais tout de la faveur du jeune roi ; elle
n’était pas avare de promesses, principalement d’avantages matériels, ce leurre du despotisme moderne.
Deux jours après, le iO mai, le comité secret de l’insurrection répondit à cette proclamation, • au nom du peuple. » La réponse était simple ; Point de confiance dans les Bourbons , point de confiance dans des Siciliens apostats et faisant cause commune avec les Bourbons, point de confiance dans des promesses faites si souvent dans les moments critiques, et jamais tenues lorsque les circonstances avaient permis d’y manquer. — Le seul cri de guerre de toute la Sicile devait être : Vive l’Italie ! Vive Victor-Emmanuel I Vive Garibaldi !
Salzano, qui avait conservé sous Lanza le commandement militaire de la ville et du district de Païenne, avait fait embosser deux bâtiments de guerre sur le prolongement de la Via Toledo, de manière à la prendre en enfilade. Cette mesure , ainsi que les préparatifs qui .se faisaient à Castellamare en vue d’un bombardement de la ville, n’inquiétèrent pas peu les consuls des puissances étrangères à Palerme. Ils demandèrent des explications, adressèrent des protestations , formulèrent des réclamations pour la sûreté des propriétés des sujets de leurs souverains respectifs.
Sur l’ordre de Lanza , Salzano dut répondre , le iü mai , à ces démarches, que les troupes royales étaient à Palerme pour protéger l’ordre et non pour dévaster, que jamais elles ne se laisseraient entraîner à commettre des actes contraires aux lois de la civilisation et de l’honneur militaire; mais que si une insurrection venait à éclater dans la ville, les troupes de François II se verraient forcées de faire usage de tous les moy ens pour la réprimer.
Lanza ne s’en tint pas à ces négociations diplomatiques; mais il prit aussi, d’accord avec Salzano, les mesures nécessaires pour la disposition des troupes contre une attaque de Garibaldi. Toute son attention était à cet égard dirigée du cûté du sud-ouest. Ce ne fut que dans le courant de la journée du 23 mai qu’il apprit, seulement comme un bruit, que Garibaldi n’était plus à Bcnna, mais devait se trouver au Parco; il envoya donc dans celte direction, dès le 2i au malin, différentes colonnes parties de Palerme et de Monreale ; elles étaient sous le commandement du général Colonna et dos colonels Bosco et von Mechel. En tout, les troupes napolitaines qui marchèrent sur Parco, depuis Monreale et Porrazzi
Djoilj^BcUly fjciOgte
près dePalerme, pouvaient compter 6000 hommes. La colonne de l’aile droite avait déjà escarmouché, le 23, dans la direction de Castelluccio et de Miserocannone, et appris le changement de front de Garibaldi par quelques hommes des corps francs faits prisonniers.
Le 24 mai, de grand matin, Garibaldi aperçut, depuis le Pizzo del Fico, au-dessus du Parco, le mouvement combiné des Napolitains. Il vit qu’il allait avoir affaire à des forces.'dont la supériorité serait bien plus considérable que ce n’avait été le cas Jusque-là . Les chasseurs des Alpes étaient déjà affaiblis par les marches forcées et par le combat de Calatafimi , et les corps francs siciliens étaient pour la plupart restés à Renna et sur le Monte Cuccio. La Masa et Fuxa ne lui avaient encore point amené d’auxiliaires.
Garibaldi résolut en conséquence de ne point accepter de combat sérieux et d’opérer plutôt sa retraite, en entraînant le plus possible après lui les troupes royales pour les éloigner de Palerrae^ par une nouvelle marche de flanc de prendre une autre direction offensive sur cette ville, et d’y pénétrer pendant que la plus grande partie des troupes royales se trouveraient an dehors.
Il laissa en face de celles-ci comme arrière-garde le colonel Türr avec les carabiniers génois, la 8' et la 9' compagnie, et une troupe de corps francs siciliens ; l’artillerie dont on disposait fut mise en batterie en arrière dans une bonne position : puis, avec le reste de son monde, Garibaldi se mit en marche dans la direction de Corleone sur Piana de’ Greci.
TUrr entama bientôt le combat: après avoir soutenu la lutte pendant quelque temps au Parco, il se mit à son tour en retraite, prenant successivement de nouvelles positions. Les Napolitains, fiers d’avoir une fois pris sérieusement la position de Parco, que la garnison de Palerme avait si souvent enlevée en temps de paix dans ses exercices de manœuvres, s’en tinrent là et cessèrent leur poursuite à partir de midi : bientôt après Türr lui-même se trouvait à Piana de’ Greci.
Garibaldi réunit un conseil de guerre, composé de lui-même, de Sirtori, Türr, Orsini et Crispi. Il expliqua à ses officiers qu’il serait possible d'attirer plus avant du côté de Corleone tontes les forces des Napolitains qui avaient été engagées ce jonr-là, en lais-
sanl sur cette route seulement une faible partie des leurs ; que le gros de leur petite armée pouvait pendant ce temps marcher par le liane, déboucher sur Palerme par une autre voie, et tomber ainsi sur la ville à peu près dégarnie de troupes. La direction de cette marche de flanc était déterminée d’avance par certaines circonstances : elle ne pouvait avoir lieu d’abord que par la droite sur Marineo et Misilmeri, car dans ces contrées on pouvait s’attendre à recevoir le renfort des corps francs rassemblés par La Masa et Fuxa. En outre, Je côté est de Palerme était celui qui relativement était le plus dégarni, l’attention des Napolitains se trouvant spécialement fixée sur les côtés ouest et sud, vers Carini, Renna et Piana de’ Greci. Il était diflicilc de songer à passer avec de l’artillerie par le chemin qui conduit de Piana de’ Greci à Marineo ; ce simple motif suflisait déjà pour faire laisser rartillcrie .sur la roule de Corleone, d’ailleurs cette circonstance devait d’autant plus sûrement engager les Napolitains en avant dans cette direction ; car comment des soldats d’une armée permanente se seraientils jamais avisés de penser que là où se trouvait toute l’artillerie ne fût pas aussi le gros des forces ennemies ? Enfin il devait être parfaitement évident pour tous les olficiers de Garibaldi depuis l’expérience de l’affaire de Calatafimi, si déjà auparavant ils n’en étaient pas persuadés, que vu les propriétés particulières de celte artillerie, il était bon de ne pas compter sur elle, et que l’on pouvait fort bien se passer des très-minces services qu’elle était en étal de rendre.
Le plan de Garibaldi était si simple, en même temps que si bien en rapport avec la position des flibustiers, qu’il ne put y être fait aucune objection.
Orsini, dans la soirée mais avant l’obscurité, se mit en marche du côté de Corleone.
Garibaldi, avec le gros do ses forces prit, une fois la nuit venue, la route qui conduit de Piane à S. -Cristino, d’où par un sentier on gagna ensuite le haut de la vallée qu’arrose le ruisseau du ,Ficara/.zi.
Suivons d’abord Orsini. Il avait avec loi cinq petits canons, 40 chars der munitions et de bagages de toute espèce, 50 artilleurs, 40 soldats du train dont tout l’armement se composait de iî fusils, et 150 hommes appartenant aux corps francs siciliens et ar-
més de fnsils de chasse. En toalsa colonne complaît 240 hommes; les attelages des chariots étaient si mauvais que déjà au commencement de la marche plusieurs durent être laissés en arrière. Mais cela ne pouvait avoir d’inconvénient, attendu que ce fait devait toujours davantage confirmer aux Napolitains à la poursuite d’Orsini que toutes les forces de Garibaldi faisaient une retraite désordonnée sur Corleone.
Près de la forêt de Ficazza, avant d’avoir passé la chaîne de montagnes qui s’élève sur ce point, Orsini dut faire halte pour laisser reposer ses gens. C’était le soir du 24 mai. Le 25, aux premières clartés de l’aube, il quitta son bivouac et atteignit le même jour à trois heures après midi Corleone, où il fut re^u avec enthousiasme, par la bonne raison que l’on n’y avait encore aucune nouvelle de l’arrivée d'un ennemi ; cet accueil engagea Orsini à s’établir à Corleone.
Le 25 au matin les Napolitains de Colonna firent une reconnaissance contre Piana de’ Greci, là ils apprirent que toute l’artillerie de Garibaldi ainsi que beaucoup de voitures étaient en retrailesur Corleone; ils découvrirent bien quelques traces du départ d’une seconde colonne de Garibaldiens sur S.-Cristino; mais comme de S.-Cristino une bonne route conduit aussi à Corleone pour s’y réunir bientôt à la route principale, les Napolitains u’attachèrent pas grande importance à ce détail, d’autant plus que sur la route suivie par Orsini ils avaient sous les yeux des traces nombreuses d’une retraite accélérée, tandis que rien de semblable ne se produisait sur le chemin de S.-Cristino.
Sur cette reconnaissance Salzano se mit lui-même à la tête des troupes de Colonna, afin de poursuivre les flibustiers; il avait 6000 hommes. Le 26 il partit de Piana, et le 27 à dix heures du matin il arriva aux pentes méridionaibs de la chaîne de Ficazza qui descendent sur Corleone.
L’enthousiasme des habitants de cette localité avait subitement disparu à la nouvelle de l’approche de ce corps de troupes, et ils quittèrent la ville en masse pour se réfugier dans les montagnes.
Orsini crut pouvoir en imposer à l'ennemi par une attitude décidée et l’arrêter jusqu’au soir ou tout au moins jusqu’à la grosse chaleur du jour, pour reprendre ensuite sa retraite. Il fit occuper par les corps francs siciliens le pourtour septentional de Corleone,
prit position avec trois pièces près du pont qui traverse un affluent du Coniglione et sur le chemin qui conduit à Chiusa an sud de la ville; il posta ses deux antres canons sur une hauteur isolée qui flanquait son flanc droit, où les pièces ne peuvent être conduites qu’à bras, enfin il fit partir aussitôt dans la direction de Chiusa tout le bagage superflu.
Les Napolitains déployèrent de longues chaînes de chasseurs et s'avancèrent pour attaquer Corleone en suivant les sinuosités de la route, et des deux côtés de celle-ci. Après quelques coups de fusil les corps francs siciliens s’enfuirent sur Chiusa. Orsini les reçut derrière ses trois pièces, tira quelques coups de canon sur les Napolitains qui traversaient Corleone, mais se vit bientôt obligé de se mettre au plus vite en retraite ; ce mouvement de l’artillerie se changea bientôt en une déroute précipitée, et ce cri : • la cavalerie napolitaine ! > mit en pleine course tout son monde sauf quelques hommes résolus qui continuèrent à faire leur devoir.
L’oflicier qui commandait les deux pièces en batterie sur le flanc droit avait envoyé aux Napolitains quelques coups heureux: il se mit aussi en retraite lorsqu’il aperçut déjà du côté du sud de la ville s’avancer les chasseurs et la cavalerie : la difliculté du chemin rendit ce mouvement très-lent ; et l’oflicier n'hésita pas à Jeter ses deux canons au fond d’un précipice pour pouvoir plus aisément se sortir d’affaire avec ses artilleurs : il rejoignit la colonne à Campollorito, abandonné par ses habitants, et la marche sur Chiusa se poursuivit avec le plus de promptitude possible. Orsini y arriva à dix heures et fut reçu, comme d’ordinaire, par les plus folles démonstrations de Joie. Le 28 au matin il continua sa retraite sur un nid de rochers, le village de S.-Guiliana ; les chemins étaient misérables ; une fausse alarme ayant représenté les cavaliers napolitains comme se trouvant déjà aux trousses de la colonne, Orsini lit brûler les affûts, enclouer les pièces, et marcha sans canons avec ses gens Jusqu’à S.-Guiliana, puis le 29 Jusqu'à Sambuca.
Cette grande hâte et cette retraite si étendue n’auraient pas été nécessaires en fait ; cependant si l’on considère les misérables ressources qu'Orsini avait à sa disposition, elles s’expliquent assez clairement, surtout lorsque l’on songe que le peu de chasseurs des Alpes qu’il avait avec lui n’était pas, tant s’en faut, des meilleurs de cette troupe.
A partir du 28 les royaux avaient à peu près renoncé à porter plus loin la poursuite ; déjà le 27 au soir Sal/.ano avait reçu la nouvelle inattendue que ce jour-là, au matin, Garibaldi lui-méme avait pénétré dans Palerme, et que la capitale était pour ainsi dire enlevée. Il était rappelé. Le 29 cette même nouvelle arriva par une voie sûre à Sambuca où Orsini l’apprit. Avec l’aide des habitants il put ramener les pièces qu’il avait laissées en arrière, les pourvoir d’affûts et les équiper à nouveau.
Suivons maintenant la marche de Garibaldi.
Garibaldi, avec 1000 hommes environ, c’est-à-dire ses chasseurs des Alpes et ceux, des corps francs siciliens sur lesquels il y avait quelque fond à faire, s’était enfoncé, comme nous l’avons vu le soir du 24 mai, dans la vallée du Ficarazzi en passant par S.- Cristino. Vers minuit, il avait atteint une petite forêt qui s’étend à l’ouest de Risalaimi, le long de la route qui conduit du côté du sud à Harineo, du côté du nord à Palerme. Le 25, de bonne heure, Garibaldi quitta son bivouac qui avait été établi dans cette forêt, et à huit heures du matin il arriva à Marineo ; le soir du même jour il quitta cette localité et marcha sur Misilmeri où il arriva à minuit.
6* Prise de Palerme.
Déjà de nombreux corps francs étaient réunis près du couvent de Gibilrossa, au nord-ouest de Misilmeri, en partie rassemblés depuis longtemps sur ce point par les frères Mastricchi, en partie amenés par La Masa ou envoyés de Bagheria par Fuxa.
La Masa avait été expédié par Garibaldi depuis Calatafimi à Roccamina ; on a dit à cette occasion que Garibaldi avait voulu faire d’une pierre deux coups, c’est-à-dire se débarrasser de La Masa tout en le faisant servir à ses projets. Quoi qu’il en soit, arrivé à Roccamina, La Masa n’y avait plus trouvé de corps francs; ils étaient eux-mêmes, à ce qu’il parait, partis pour rejoindre le camp de Garibaldi ; en revanche La Masa fut invité par Dünarco
à se rendre à Mezzojaso pour s’y rencontrer avec un certain nombre de chefs de corps francs : il s’y rendit en traversant la montagne de Ficazza, y rassembla une centaine de volontaires et se mit en marche avec eux sur Misilmeri : en chemin 250 hommes environ se joignirent à lui, en sorte qu’il arriva au couvent de Gibilrossa avec 350 hommes ; là opérèrent avec lui leur jonction les détachements que le 24 mai Fuxa avait appelés aux armes à Bagheria, et ceux, plus nombreux, que les frères Mastricchi avaient déjà réunis antérieurement autour de Gibilrossa.
Le 20 au matin Garibaldi passa une revue de ces hommes : le soir il rassembla tous les chefs supérieurs pour leur exposer son plan d’attaque. L'objet qu’il se proposait était un coup de main sur Palerme ; on ne pouvait choisir qu’entre deux choses, ou bien exécuter ce coup de main, ou bien se retirer dans l’intérieur du pays pour y rassembler de nouvelles forces et les organiser vigoureusement. Or il était pour la première tentative.
Il avait en effet les meilleures raisons de se décider dans ce sens ; il en avait déjà assez vu par ses yeux pour se convaincre qu’il ne fallait pas attendre grand'chose de l’organisation sicilienne pour un temps rapproché, bien qu'il préférât parler le moins possible de ce sujet délicat. De plus, les nouvelles qui lui parvenaient lui avaient déjà montré suffisamment que sa ruse de guerre avait réussi, que les royaux poursuivaient avec des masses considérables les canons qui les avaient attirés sur la route de Corleone, et que d’autres masses napolitaines s’étaient dirigées contre les corps francs du camp de Renna et du monte Cuccio, trompées par les lignes de feux de bivouac derrière lesquelles il n’y avait pour ainsi dire personne , le côté oriental de la ville n’était pendant ce temps que faiblement garni de troupes.
Tons, à la lin, se rangèrentà l’opinion de Garibaldi : puis il s’agit de déterminer la route à prendre pour marcher sur Palerme.
Plusieurs chemins partaient de .Misilmeri et aboutissaient à la capitale. L’un, le plus à droite, conduisait d’abord à Musica d’Orfeo, puis à la ville par le bord de la mer : le second traversait les montagnes de Gibilrossa, passait le pont dit de l’Amiral et allait droit à la porte de Termini ; le troisième passait par Mezzagno et près des Porazzi pour aboutir au côté sud de la capitale, et au bastion Montalto.
Garibaldi donna la préférence au chemin du milieu, le second de ceux que nous venons d’indiquer. Le premier, en effet, était évidemment un détour, et en outre il fallait marcher le long du rivage, ce qui aurait exposé le flanc de la colonne aux plus dangereuses attaques de la part des croiseurs ennemis ; d’autre part, la troisième route conduisait dans la partie de la ville occupée par les principajes forces napolitaines, qui étaient concentrées autour du palais royal près de la Porte Neuve et il était facile de présumer que l’on ne pénétrerait pas sur ce point sans y rencontrer une grande résistance.
Les chefs des corps francs siciliens, en se rangeant en général à l'opinion de Garihaldi qu’il fallait choisir la route du milieu, proposèrent un autre chemin encore plus court et conduisant au même résultat; il passait par Gihilrossa et Mazzagno audessous du couvent de Madonna di Gesù pour aboutir au pont de l’Amiral et à la porte de Termini. Garibaldi, quoiqu’il sut trèsbien la diflTérence qu’il faut faire entre un bon et un mauvais chemin, fit céder son opinion devant celle des corps francs siciliens, non pas par suite d’un amour préconçu pour des chemins fantastiques, non plus que par le motif que les chefs siciliens devaient connaître mieux que lui les voies de communication du pays, — car il était parfaitement dégagé de semblables préjugés, — mais parce qu’il voulait se soumettre moralement ces Siciliens d’une manière plus complète que ce n’avait été le cas jusque-là.
Cette question réglée, il s’agit de déterminer l’ordre de marche : Garibaldi, cela va sans dire, voulait faire tenir la tète à ses chasseurs des Alpes éprouvés; mais la vanité de quelques Siciliens s’y refusa, et Garibaldi céda sur ce point aussi, comme en général sur les choses accessoires : l’ordre de marche fut le suivant :
En tète, une petite avant-garde commandée par le major Tukery, composée de 5 guides de Garibaldi, et de 3 hommes de chaque compagnie de chasseurs des Alpes, en tout 32 hommes.
Un détachement de corps francs siciliens sous les ordres de La Masa.
Le bataillon de Bixio, les carabiniers génois en tète.
Garibaldi avec son état-major.
Le bataillon de Carini.
Le reste des corps francs siciliens.
Après que la colonne cul été organisée non sans peine, elle descendit le 26 mai à dix heures du soir des hauteurs de Gibilrossa ; elle comptait en tout 750 chasseurs des Alpes et un peu plus de 2000 Siciliens. Elle prit la route de Mezzagno, puis de là, elle s’enfonça, au-dessous du couvent de Santa Madonna di Gesù, dans le lit d’un torrent à sec : il n’y avait absolument point de chemin et les troupes s'y disloquèrent passablement. Une heure après minuit la tête atteignit la plaine près du ruisseau de l’Oreto et y lit halte pour que toute la colonne pùl serrer. Beaucoup de temps fut perdu à cette opération. Ensuite la içarche sur le pont de l’Amiral fut reprise.
Les Napolitains avaient établi tout autour des murailles de la ville intérieure deux grandes routes de communication qui partaient du palais royal et de la Porte Neuve, allant l’une à droite, par la porte de Termini, l’autre à gauche par la porte Macqueda, aboutir au port et au Gastellamare. Ces routes de communication formaient une espèce d’esplanade pour l’enceinte fortitiée. En avant de la porte de Termini avait été élevée une barricade, et il s’y trouvait une grand’garde dont la réserve était placée au marché Vieux dans la ville, et l’avant-poste au pont de l'Amiral sur rOreto.
En avant de la porte Antonio, au sud de la porte Termini, une barricade avait aussi été construite ; derrière chacune de ces barricades se trouvaient deux pièces de canon ; ceux de la porte de Termini balayaient la grand’route en avant, et ceux de la porte Antonio balayaient la route de communication dans toute sa longueur, de cette porte à l’autre.
Le chiffre des forces napolitaines à combattre en première ligne sur ces deux points était d’un millier d’hommes.
Garibaldi s’était proposé d’enlever l’avant-poste du pont de l'Amiral sans tirer un coup de fusil, de pénétrer ainsi à l'improviste jusqu’à la porte Termini pour en faire autant sans dônner l'éveil au reste de la garnison de l'alerme ; mais ce plan fut déjoué par les oorps francs siciliens. Tukery marchait en silence avec sou avant-garde lorsqu’il arriva aux premières maisons du faubourg; mais les Siciliens, en voyant ces maisons, se crurent déjà dans l'alerme, et en partie pour donuer cours à leur joie, en partie pour s’exciter au combat qui allait commencer, ils poussèrent un cri de
guerrre terrible, et môme plusieurs déchargèrent leurs armes. Le poste du pont mis sur ses gardes par tout ce tapage courut aux armes et se prépara à résister. Tukery ne put plus songer à l’enlever par surprise , il fallait le prendre de vive force , des renforts étaient accourus de la porte Termini. Néanmoins cet avant-poste ne tint pas au poiil et se replia lentement dans le brouillard du malin à travers les jardins derrière les murs du faubourg de Termini. La route resta libre. Tukery suivit l’ennemi le long de la rue : les deux pièces placées en avant de la barricade ouvrirent un violent feu de mitraille, contre lequel l’avant-garde de Tukery se protégea de son mieux en avançant le long des maisons.
Les corps francs siciliens lorsqu'ils virent le pont emporté se précipitèrent après l'ava'nl-garde en masse, criant et tirant, mais le premier coup à mitraille parti des sacs de terre de la barricade las jeta dans le plus grand désordre. Pour empêcher ce désordre de s’accroître et pour soutenir l’avant-garde, Garibaldi (U rallier les Siciliens dans les jardins, à côté de la roule, où ils se trouvaient à couvert et fit rapidement avancer le bataillon de Bixio. Tukery et Bixio poussèrent vivement jusqu’à la porte, mais un premier assaut donné à la barricade fut repoussé par les royaux.
Comme déjà il avait été perdu beaucoup de temps, Garibaldi craignit que son attaque contre la porte ne fût contrecarrée par une attaque des Napolitains sur son propre liane; les réserves pouvaient arriver du Palais-Royal et des Porazzi par la roule de communication et la porte Antonio pour exécuter ce mouvement, et si le combat se concentrait ainsi sur une porte de Palerme, tout était mis en question. Il fil donc aussitôt occuper par les corps francs siciliens les murailles le long du côté extérieur de la route de communication pour arrêter les troupes napolitaines qui voudraient avancer par là ; mais il fallait néanmoins pénétrer aussi promptement que possible dans l’intérieur de la ville; cela fait seulement, il était possible de s’y barricader, de s’y établir solidement, d’insurger toute la capitale et de rendre ainsi fort difiicile la position des royaux, mais un second assaut donné à la barricade fut également repoussé.
Pendant ce temps le bruit du combat avait réveillé et épouvanté la ville : un certain nombre d’hommes audacieux, malgré les ordres du commandant de place qui prescrivaient à tous les citoyens
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de s’enfermer chez eux, appelèrent aux armes les habitants, et bientôt le tocsin sonna dans quehiues couvents. — On ne pouvait abandonner les habitants de Palerme. Garibaldi ordonna un troisième assaut, et cette fois la barricade fui enlevée ; le guide Nullo fut le premier garibaldien qui pénélra dans Palerme, suivi de l’avant-garde et, après celle-ci, des carabiniers génois. Tiikery fut blessé à une jambe, et cette blessure, qui paraissait sans gravité, entraîna pourtant le 1 juin la mort du brave Hongrois, qui ne put se ré.soudre aux ménagements de régime que lui conseillaient la prudence et les médecins.
Il était cinq heures et demie du matin lorsque Garibaldi entra dans Palerme ; aussitôt les carabiniers génois se divisèrent en petits détachemenLs dans les rues à droite et à gauche de la porto de ïermini cl forcèrent les postes établis aux portes voisines, ainsi que dans quelques maisons, à les évacuer. Garibaldi (Usa première halle sür le marché vieux, où il rallia ses troupes ; de tous côtés les habitants de la place commencèrent à ouvrir leurs portes et leurs fenêtres, et, au moyen de voilures, de chars, de matelas jetés des maisons, etc., les garibaldiens se mirent à élever des barricades pour se créer un premier point d'appui. Sirtori pendant ce temps cherchait des plans de Palerme, afin que l'on pût mettre de la régularité dans la continuation de l'attaque cl procéder sur un système bien arrêté.
Les mesures de défense nécessaires une fois prises au marché Vieux, l’attaque fut poussée en avant vers le centre de la ville dans la direction de la place Bologni. C’Csl là que Garibaldi établit son quartier général et que vint siéger un comité général de l'insurrection présidé par Gaelano la Loggia, qui s’était déjà constitué à six heures du malin au marché Vieux (liera Vecchia). Ce comité ordonna la prompte formation d'une garde nationale, et Garibaldi, de son côté, en annonçant par une proclamation son entrée à Palerme, appela aux armes tous les Siciliens en état de les porter.
Le 27 mai au soir déjà Palerme presque tout entière était entre les mains des garibaldiens et de la population. Les Napolitains tenaient en partie dans le Palais-Royal au sud de la ville, en partie dans le Castellamare au nord; dans l’intérieur quelques casernes cl bâtiments qu’ils occupaient encore maintenaient les communications entre ces points principaux.
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Le 25, rcDuvre de la conquête de la capitale fut continuée : les garibaldiens poussèrent jusqu’à la porte Macqueda par la place des Qualre-Canlons : la place de la Cathédrale dans le voisinage du Palais-Royal fut également occupée ; dès lors les Napolitains de ce cété et ceux de Castellamarc, où se trouvait aussi le général Lanza furent coupés complètement, etGaribaldi, pour conserver ce qu’iî avait enlevé jusque-là aux royaux, constitua, sous la présidence du duc de Verdura. un comité de défense, qui eut principalement à s’occuper de la construction de barricades autour des places principales de la ville et des mesures propres à assurer les communications entre elles. Le même jour la précédente municipalité avait été dissoute, et une nouvelle autorité était entrée en charge, ayant à sa tôle le duc de Verdura, en qualité de préteur.
La conquête de Palerrae ne s’était point effectuée sans résistance de la part des royaux, Lorsque le général Lanza eut acquis la conviction que les garibaldiens étaient bien décidément entrés dans la capitale, cl que ses soldats ne tenaient point devant eux, il leiir^donna 1 ordre de rentrer dans leurs quartiers, et il commença le 27 mai, vers les dix heures du matin à bombarder la ville depuis le Castellamarc: vers midi la notte, embossée sur le prolongement de la rue de Tolède, ouvrit à son tour son feu.
Le feu était surtout dirigé contre la partie centrale de Palerme dans laquelle Garibaldi avait établi son quartier général : le bombardement nt des ravages terribles sans atteindre le résultat qu’on s’en était promis. Dans les premières vingt-quatre heures le Caslel-
lamare seul lança 2600 bombes sur la ville ; mais cela n’empêcha
pas les garibaldiens de toujours avancer, et, le 27 au soir, au milieu des ruines produites par les bombes, tous les quartiers de la ville tombés en leur pouvoir étaient illuminés en .signe de fête.
Le feu de la llolle cessa déjà complètement le 28 au matin nous verrons tout à l’heure à quelle occasion.
Le 20, les Napolitains tentèrenl quelques mouvements qui demeurèrent sans succès pour reprendre sur plusieurs points les positions qui leur avaient été enlevées le 27 et le 28. Ils entamèrent une vive fusillade depuis le Palais-Royal et le bastion Montalto avec les corps francs siciliens. Garibaldi envoya des renforU de scs chasseurs des Alpes, d'abord sous le commandement de Missori, puis .sous les ordres de Sirtori ; du reste, on ne doit pas
perdre de vue, lorsqu’il est question de renforts ; qu'il ne faudrait entendre ni des régiments ni des bataillons, mais seulement des pelotons de 20 à 30 hommes. Le combat sur ce point devint très-vif ; les garibaldiens s'établirent dans le couvent de Santa Maria Annunziata et sc barricadèrent sur la place qui l’entoure contre le bastion Montalto. Tous les efforts tentés depuis le Palais- Royal par les Napolitains pour enlever ce couvent demeurèrent inutiles, et les garibaldiens finirent même pas rester maîtres du bastion.
En môme temps que du côté de l’ouest ils dominaient sur ce point le Palais-Royal, ils le menaçaient du côté de l’est depuis la cathédrale et la place qui l’entoure : la cathédrale était gardée par Sant-Anna avec un corps de volontaires siciliens ; le 29 au matin, il fut chassé de sa position, qui fut ensuite reprise par Garibaldi lui-môme accouru à la lôte d’un petit peloton de ses chasseurs des Alpes rassemblés en toute hâte.
Dans la nuit du 28 au 20, quelques vaisseaux de la flotte napolitaine avaient quitté le port et .s’étaient dirigé sur Termini ; là, ils embarquèrent deux bataillons de troupes étrangères qu’ils ramenèrent à Palerme : le bruit s’était répandu dans la ville que ces troupes seraient débarquées à 1a porte de’ Greci, lorsque deux navires à vapeur s’approchèrent de la ville, le 29 à trois heures après midi ; cette vue excita une alerte générale et une grande confusion dans les quartiers avoisinant la porte de’ Greci : néanmoins les troupes étrangères n’abordèrent point là, mais an Castellamare. Lanza avait sans doute changé d’idée.
Il avait combiné pour le 29 un nouveau plan, afin de reconquérir la capitale qu’il avait perdue et de faire en môme temps Garibaldi prisonnier. Les troupes du Palais-Royal devaient s’emparer des quartiers avoisinants ; les troupes amenées de Termini devaient, réunies avec une partie de celles du Castellamare, reprendre les quartiers du nord ; enfin celles qui avaient été rappelées de Corleone, où elles avaient poursuivi Orsini, devaient en môme temps pénétrer dans Palerme par l’est. Ces dernières troupes n’arrivèrent pas le 29; les autres attaques n’eurent aucun résultat et l’a//er ego du ror de Naples commença à perdre courage.
Comme nous l’avons dit, le feu de la flotte s’était arrêté déjà le 28 au matin : cela avait eu lieu à la suite de pourparlers entre
le commandant en chef de l’escadre napolitaine et l’amiral anglais, Mundy, qui se trouvait égalemenlsurrade. Mundy avaitprotesté contre le bombardement de la ville déjà alors qu’il était à peine commencé ; le commandant de l’escadre napolitaine avait répondu à cetic protestation qu’il entrait bien dans la limite de sa compétence d’arrêter le feu de la flotte, mais qu’il ne pouvait garantir que le Castellamare en fît autant, et il donna connaissance de ces pourparlers au général Lanza. Déjà dans ce moment, Lanza n’aurait pas vu de trop mauvais leil un armistice qui lui aurait permis de retirer à lui les troupes de Salzano engagées à Corleor.e, et peutêtre d’établir une bonne communication entre ses corps du Palais-Royal, du Castellamare, des Porrazzi et de Monreale. Il offrit d’accepter un semblable armistice si l'amiral Mundy voulait prendre le rôle d’inlermédiaire entre lui etGaribaldi. Là-dessus le feu de la flotte napolitaine fut suspendu. Mais l’amiral Mundy se refusa à servir de négociateur, et il eut parfaitement raison en cela : selon son opinion c’était à Lanza et à Garibaldi à négocier entre eux, soit personnellement, soit par des commissaires délégués.
Les Napolitains, dans leur aversion à l’égard de tout ce qu’ils enveloppaient dans l’épitliéle de flibustiers,', ne voulaient pas accepter cette nécessité : le 28 ils comptaient encore sur le succès du plan qu’ils avaient calculé pour le 29; mais après l’échec éprouvé par eux dans celte journée, ils changèrent d’opinion, et le 30 au matin, Garibaldi reçut une lettre de Lanza, dans laquelle pour la première fois celui-ci donnait le litre de général au chef de pirates, et lui annonçait que l'amiral anglais était disposé à recevoir à bord de son navire. VHannibal, deux généraux tiapolitains en même temps que Garibaldi, pour une conférence dans laquelle il servirait d’intermédiaire ; il laissait à Garibaldi, s’il acceptait cette proposition, le soin de déterminer l’heure à laquelle commencerait un armistice et à laquelle les deux généraux désignés du côté des Napolitains pour assister à la conférence, et qui se trouvaient dans le Palais-Royal, pourraient se rendre librement et accompagnés de là jusqu’au bord de la mer.
Pour peu que l’on pèse la colossale sottise qui régnait dans toute celle lettre, on est obligé de convenir qu’à elle seule elle équivalait à une victoire complète de Garibaldi. La plupart des ofliciers des armées permanentes n’ont guère d’estime pour une
personnalité, pour une position créée par la seule valeur de Tindividu et ils ne s’inclinent que devant le grade, qu’il ait été ramassé dans une oisiveté régulièrement jalonnée par certaines périodes de service, ou mérité, ou bien encore obtenu de la seule faveur. Si Lanza écrivait, comme il le fit alors au ijénâral Garibaldi, ce n’était assurément point par !e fait de l’estime dans laquelle des hommes raisonnables, des gens de tète et de cœur auraient tenu un homme comme Garibaldi, même avant que la fortune l’eût favorisé d'un éclatant succès ; ce ne pouvait être que la conséquence de la peur. Voyons comment cette peur s’était glissée chez les généraux napolitains et si elle était fondée.
Les royaux avaient perdu leurs communications à travers la ville entre leurs deux principaux quartiers, le Palais-Royal et le Castellamare. Mais comment les avaient-ils perdues, et aurait-il été impos.sible de les rétablir ? Depuis la rentrée à Palerme des troupes étrangères que leurs bâtiments à vapfcur avaient ramenées le 29, les royaux comptaient 21,UCtü hommes, soit dans la ville même, soit dans la colonne engagée à Gorleone. Or, ces 24,000 hommes étaient de véritalde.s troupes, bien armées, exercées et organisées, bien pourvues de vivres et de munitions, appuyées sur la mer, qui, en cas de besoin, leur était toujours ouverte, puisqu’elle était commandée par la (lotie, quoique dans leur aveuglement ils eussent évacué le Castel del Molo et le Môle lui-môme qui dominent le port du côté de terre. A ces troupes, Garibaldi n’avait pas autre chose à opposer que 800 chasseurs des Alpes tout au plus, 2000 corps francs siciliens qu’il avait entraînés avec lui, et l'insurrection de Palerme, en réalité bien faiblc,.surloul par le défaut d’armes et de munitions. Les troupes du Palais-Royal et celles qui étaient attendues de Gorleone no devaient-elles pas être en étal de s’ouvrir un chemin jusqu’au Castellamare, au travers des faibles forces dont disposait Garibaldi, et qui n'avaient encore acquis que bien peu de cohésion ? Si l’on veut admettre même que cela eût été dillicile au travers de la ville, ne disposait-on pas, des roules de communication autour de celle-ci pour opérer celte jonction. Toute l’armée napolitaine pouvait certainement se faire jour par ces routes jusqu’au Castellamare, y établir en peu de jours un camp retranché, et, appuyée sur ce camp, reprendre et étendre chaque jour son cercle d’opérations; ou bien,
le cas échdant. y attendre tranquillement l’heure de l'affaissement et de la confusion qui ne pouvait manquer de sonner pour Palerme, et mettre à profit ces circonstances favorables.
Mais il est vrai que l’état moral des troupes napolitaines était très- fâcheux ; les 'officiers n’avaient plus d’autorité sur leurs soldats ; la superstition naturelle chez ces derniers avait été éveillée par les succès extraordinaires de Garibaldi ; dans leur opinion iis s’étaient bien battus à Calatafirai, à Monreale, au Parco, et cependant cela n’avait servi de rien, et ils en concluaient non pas le manque de capacité de la plupart des officiers, mais que Garihaldi devait être invincible; le service mercenaire avait transporté à Naples une quantité de ces superstitions habituelles chez les populations asservies et ignorantes, et ces superstitions avaient trouvé dans l’armée nationale napolitaine un terrain qui n’était que trop favorable au développement de ces germes. La croyance, par exemple, que Garibaldi avait été vacciné avec une hostie consacrée et que cela l’avait rendu invulnérable, était générale parmi les Napolitains ; l’opinion que cet homme pût n’étre qu’un mortel comme les autres avait â peine encore quelques partisans, et les officiers, pour se justifier de leurs échec.<, entretenaient stupidement dans la troupe ces idées pernicieuses.
Cette triste conviction que tout était inutile étendait autour d’elle des ravages toujours plus grands dans le moral de l’armée napolitaine. Il s’y joignit une amère irritation contre les habitants de Palerrae, qui sans doute par leur participation dans les combats de rues avaient beaucoup fait souffrir aux soldats, et comme personne n’espérait plus rien pour l’intérêt général, chaque soldat, avant le terme définitif prévu à cette tragédie, voulait du moins se venger ou s’enrichir, ou se procurer le plus possible de jouissances momentanées. '
Cette irritation de la troupe contre les Palermitains avait eu pour conséquence des actes de bestialité tels que certainement on ne les eût cru possibles dans aucun pays de l’Europe au milieu du 19' siècle. Ce n’est pas ici le lieii de parler longuement de ces excès commis contre des femmes, des vieillards, des enfants, dans lesquels même des officiers royaux furent mêlés, mais nous devons constater que tout ce qui a été raconté des actes de la soldatesque napolitaine pendant les journées du 27, du 28 et du 29
mai, loin dVtre empreint d’exagération, laisse bien en arrière la terrible vérité.
Les excès et les actes de brigandage favorisés dans le commencement par les chefs supérieurs qui > poussaient eux-mèmes leurs soldats, finirent par mcllre complètement ceux-ci hors de leur autorité, et il devint très-dilhcile de tirer parti de ces troupes pour quoi que ce fût qui exigeât de la force et de l’unité d’action.
Cependant, pour être juste, il ne faudrait pas tout mettre sur le compte des défauts des troupes royales; le manque d’énergie, l’incapacité chez les chefs, ainsi que l’absence de confiance dans la possibilité pour le régime bourbonien de Naples de se continuer j)Ius longtemps durent aussi contribuer à produire cet abandon de soi-mCme, ces hésitations, ces incertitudes, dont les résultats commencèrent à partir du 30 mai à se marquer d’une manière toujours plus caractérisée.
Garibaldi, de son cûté, ne pouvait faire autrement que d’accepter les ouvertures de Lanza ; la faiblesse numérique de sa petite armée lui imposait l’obligation de faire usage de tout moyen qui était de nature à, lui procurer un avantage sans perte matérielle de forces. Déji des soldats napolitains avaient déserté pour venir se joindre à lui et avaient fait le tableau le plus triste de la désorganisation dans laquelle tombeit l’armée royale. Garibaldi pouvait donc espérer que l'insubordination et la désertion travailleraient encore davantage ces troupes ébranlées, lorsqu’elles apprendraient qu’un armistice avait été accordé par lui et que des négociations étaient ouvertes. Il répondit par conséquent qu’il se trouverait à bord de Vllannibal le 30 après midi, que l’armistice commencerait cejour-li à midi, et qu’il se chargeait de faire accompagner du Palais-Royal jusqu’au bord de la mer les deux généraux napolitains qui devaient entrer en pourparlers avec lui.
Dès onze heures du matin, Garibaldi fit ce.«ser le feu sur tous les points occupés par les siens, tandis que le Castellamare continua encore à envoyer de temps 5 autre une bombe sur la ville.
Avant que l'heure de l’armistice eût sonné, il s’éleva tout d’un coup un grand tumulte ù la porte de Términi, la même par laquelle Garibaldi était entré dans Palerme. L'avant-garde de la colonne qui avait poursuivi Orsini du côté de Corleone, et qui dans ce moment revenait enfin à Palerme sous les ordres de Bosco
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et de Mechel, s’élait jetée sur cette porte, en avait chassé le petit poste de garibaldiens qui Toccupait, était entrée dans la ville et s’était même emparée du marché Vieux. Dans le combat qui s’entama dans cette circonstance, Carini, entre autres, fut blessé. Que signifiait cette attaque ? Garibaldi pouvait d’autant mieux y voir une Irahision que le feu de Castellamare sembla se raviver au moment où cette colonne entrait ù Palerme. A la fin parurent des parlementaires de Lanza qui, de concert avec les officiers de Garibaldi, rétablirent l'ordre ; mais les Napolitains demeurèrent en po.sscssiou du marché Vieux. Lorsque ce • malentendu, » si c’est bien le nom qu’il faut lui donner, eut é'té écarté, Garibaldi fit prendre au Palais-Royal et accompagner jusqu’à la mer le général Letizia et le commandant de place de Palerme, qui devaient négocier avec lui. Lui-même se rendit .sur VHamibal, accompagné de Türr. Mundy avait de son côté invité le.s deux commandanUs des escadres française et américaine devant Palerme i assister à la conférence. Letizia réclama d’abord contre la présence de ces messieurs, mais il finit par l’admettre, Garibaldi, de .son côté, n'y ayant opposé aucune objection.
Letizia présenta, formulées en six points, les diverses questions sur lesquelles il désirait traiter avec Garibaldi. Garibaldi accepta tout, sauf le cinquième article qui exigeait que la municipalité de Palerme adressât et fit parvenir au roi François II une humble supplique dans laquelle elle lui exposerait les trais besoins de la ville de Palerme. Garibaldi se refusa avec la plus grande énergie à entrer en matière sur ce point, et la conférence resta pour le moment sans résultat. Lorsque Garibaldi en revint, à 5 heures de l’après-midi, il annonça aux Palcrmitains qu’il avait rejeté le 5'’ article comme humiliant pour la ville, et que le 31 mai à midi les hostilités seraient par conséquent reprises.
Aussitôt chacun courut aux barricades, et garibaldiens, volontaires siciliens, insurgés de Palerme reprenant leurs postes, se hâtèrent de rivaliser d’efforts afin que tout fût prêt pour le 31 à midi.
Mais le combat ne devait pas recommencer. D’heure en heure le courage des chefs napolitains tombait plus bas. Le 3f, de bonne heure dans la matinée, Lanza fit demander à Garibaldi par un parlementaire son assentiment à une nouvelle conférence avec
Lelizia. Garibaldi y consentit, et vers dix heures du matin Letizia parut au quartier gdndral de Garibaldi, dans le palais du préteur. Il proposa un armistice indéfini et exprima l’espérance que, pendant ce temps, il pourrait être conclu une convention qui mettrait un terme à la lutte sans autre efTusion de sang. Garibaldi ne voulut pas entendre parler d’un armistice illimité, mais il consentit à prolonger pendant trois jours encore celui qui allait expirer à midi, et cela par la convention suivante :
I” L'armistice est prolongé de trois Jours, à compter depuis le 31 mai à midi ; après l'expiration de ce terme le commandant en chef napolitain (Lanza) enverra un adjudant {à Garibaldil pour fixer riieure à laquelle les hostilités devront être reprises.
î" La Banque royale sera remise au secrétaire d’État Crispi contre récépissé, et le détachement de troupes qui la garde se retirera au Castellamare avec armes et bagages.
3“ L'embarquement de tous les blessés et des familles sera continué, mais en prenant toutes les mesures néces.saires pour qu’il ne donne lieu à aucun abus.
•4* Tous les convois de subsistance peuvent être conduits librement aux postes et aux positions des deux parties, et toutes les mesures néce.ssaires seront prises pour que cet article soit exécuté dans sa plus complète signification.
5® Les prisonniers Mosto et Rivalta (garibaldiens) peuvent être échangés contre le lieutenant Colonna ou un autre otlicier et le capitaine Grasso (Napolitains).
/.e sea'étaire d'Elal du gouremerneni
provisoire de la Sicile, Le général en chef,
François Cni-SPi. L.vxza.
Aussitôt après la conclusion de cette convention, Letizia dut s'embarquer pour Naples, afin de rendre compte au roi François de la position dans laquelle se trouvaient ses troupes et de le décider à conclure avec Garibaldi une convention délinitive aux conditions les plus favorables possible.
Letizia arriva à Naples le 1" juin.
Il parla avec le roi et avec les ministres. — François II se montra très-indigné des propositions qu’on osait lui insinuer : il fallait, dit-il, plutôt bouleverser Palerme de fond en comble, et jamais.
pour sa pari, il n’accorderait son assentiment à des négociations avec des rebelles. Ce fut avec celte réponse du roi que Letizia se rembarqua dans la nuit du 1 au 2 juin pour retourner à Palerme. Mais il n’avail pas parlé au roi seul.' Comme nous venons de le dire, il avait vu aussi ses ministres, et il les avait trouvés moins intraitables vis-à-vis des rebelles, quels que fussent d’ailleurs les motifs qui portaient chacun d’eux en particulier â accepter une convention avec l’insurrection.
Letizia, arrivé le 3 au matin dans la capitale de la Sicile, entra aussitôt en négociations avec Lanza. Pendant sa courte absence, ainsi que cela était aisé à prévoir, les choses avaient encore empiré pour les royaux à Palerme.
Le t" juin le palais des finances, situé dans la rue de Tolède, avait été remis aux mains de Crispi conformément à la convention du 31 mai. Crispi y trouva près de cinq millions et demi de ducats en argent sonnant; sur ce chiffre, il est vrai, 200,000 ducats seulement appartenaient à l'État, tandis que le reste consistait en dépôts des particuliers, mais ce n’en était pas moins une fort belle somme pour l’administration d’une armée qui était partie de Gènes avec un sac de 8,000 francs pour toute caisse militaire.
D’un autre côté, les dé.serlions des royaux dans le camp de Garibaldi se multipliaient chaque jour. Les troupes étrangères elles-mêmes commençaient à devenir difficiles cl s’informaient fréquemment de la solde que Garibaldi payait à scs soldats ; leurs interrogations à ce sujet ne devinrent que plus pressantes lorsque ces régiments surent que la banque était entre scs mains et qu’il ne manquait pas d'argent comptant.
Enfin, les différentes violations de détail, que tente ordinairement pendant une trêve chacun des deux partis en présence, ne manquèrent pas de se produire dans cette occasion et de motiver des réclamations réciproques, mais en définitive l'avantage se trouvait toujours du côté de Garibaldi et des siens.
Les Palcrmitains s’attachaient à lui avec le plus ardent enthousiasme, et sur son ordre ils faisaient immédiatement tout ce qu'il leur demandait.
Ces circonstances avaient agi fortement sur le moral de Lanza; aussi lorsque Letizia lui transmit l’ordre do François II, de détruire Palerme plutôt que de traiter avec les rebelles, il le reçut
en haussant les épaules. Letixia était d'ailleurs parfaitement du même avis que lui sur ce point; en outre il avait d’autres nouvelles que l’ordre du roi à communiquer au général en chef.
Sur l’annonce des progrès de l’insurrection de Sicile et de la prise de Palerme, déjà le 30 mai, le ministre Carafa avait appelé auprè.s de lui à Naples lesrejtrésentants des puissances étrangères auprès du royaume des deux Siciles, et leur avait déclaré que le roi, pour prévenir une plus grande elTusion de sang, avait l'intention de retirer ses troupes de Palerme, si les Conseils des puissances étrangères prenaient sur eux d’obtenir que les troupes royales partiraient avec tous les honneurs de la guerre. Carafa avait, il est vrai, demandé eu môme temps une déclaration ollicielle des puissances que celles-ci ne souffriraient aucun changement de dynastie dans le royaume des Deux-Siciles et garantiraient aux Bourbons la possession de ce royaume ; en outre, H avait demandé l’intervention des puissances par le moyen de leurs flottes pour les éventualités qui pouvaient se présenter.
Les repré.senlants des puis.sances s’étaient bornés à déclarer qu’ils en référeraient à leur gouvernement respectif. Hais il n’en restait pas moins évident, d’après ce qui s’était passé et dont Letizia apportait la nouvelle à Palerme, que le gouvernement napolitain, malgré tout le courroux du roi etquoi qu’il pût dire, n’était pas éloigné de songer à l’évacuation de Palerme, que l’on commençait même à se préoccuper déjà de la possibilité de l’extension de la révolution aux provinces de terre ferme; enfin, qu’à Naples on pensait à faire de l'abandon de Palerme une concession à offrir aux puissances étrangères pour en obtenir leur appui contre cette éventualité menaçante.
Lanza et Letizia tombèrént d’accord qu’il n’y avait plus guère à faire dans Palerme, qu’il était impossible d’y espérer une amélioration de la position, et qu’il serait prudent de transporter ailleurs le théâtre de la guerre. Ne pouvait-on pas, après s’être retiré sur Messine pour s’y concentrer, reconquérir de là toute l'ileî Les analogies militaires jouent toujours un grand rôle dans les cas de ce genre; or, dans celui-ci, les points de comparaison étaient tout récents ; il n’y avait qu’à se reporter aux années 1848 et 1849. Les deux généraux décidèrent donc qu’il y aurait avantage à quitter Palerme, et comme Letizia put assurer à son collègue que cette
idée ne rencontrerait pas à Naples une résistance absolue, il fut convenu entre eux qu’une nouvelle prolongation de l’armistice serait demandée A Garibaldi, et que ce temps serait mis à profit par Letizia pour se rendre encore une fois à Naples, et pour en rapporter de nouvelles instructions plus convenables à la situation.
Letizia entra de nouveau en pourparler avec Garibaldi. Celui-ci, qui avait pris toutes ses mesures pour être en état de recommencer énergiquement les hostilités le 3 juin à midi, et qui avait à plusieurs reprises appelé aux armes tous les Siciliens, ne perdit néanmoins pas de vue de quelle importance pourrait être pour le développement de l’insurrection la démonstration par un fait patent que, non plus seulement un général isolé, mais bien le gouvernement des Deux-Siciles lui-méme était contraint à négocier avec lui, le « chef de flibustiers. » 11 accéda donc sans grande difliculté à la prolongation de l’armistice, et il réclama seulement de Lanza qu’il exigeât de Naples certaines concessions qui, de la part du gouvernement bourbonien, équivaudraient complètement pour lui â une victoire.
Letizia se rendit encore le 3 à Naples et en revint le 5 à Palcrme ; après de courts pourparlers, dans lesquels le flibustier en imposa aux nullités â graines d’épinard, par l’obstination avec laquelle il maintint les points principaux qui lui importaient réellement, et par la bienveillance, la négligence affectée avec laquelle il leur concédait à eux-mêmes leurs principales demandes, la convention pour l’évacuation de Palerme par les troupes royales fut arrêtée comme suit :
1“ Les malades (de l’armée royale) qui se trouvent soit dans les deux hôpitaux, soit dans d'autres localités seront embarqués le plus promptement possible.
2* [| est laissé au choix de tout le corps d'armée (royale) qui se trouve dans Palcrme, de quitter cette ville par terre ou par mer, avec ses équipages, son matériel, son artillerie, ses chevaux, ses bagages, les familles des soldats et ofliciers et tout ce qui peutlui appartenir, le matériel du Castellamare compris. Son Exc. le lieutenant général Lanza, a toute liberté de décider comment il voudra opérer l’évacuation de Palerme, par terre ou par mer.
3“ S’il choisit la voie de mer, l’embarquement commencera par le matériel de guerre, des équipages, d’une partie des chevaux et des autres animaux : les troupes suivront.
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4“ Toutes les troupes s’embarqueront au Môle ; provisoirement, elles se rendront toutes au quartier des Quatre-Veiits.
Le général Garibaldi évacuera Castelluccio, le Môle, et la batterie de la Lanterne sans aucun acte d'hostilité.
0“ Le général Garibaldi rendra tous les malades et blessés (de l’armée royale) qui peuvent se trouver en son pouvoir.
7° Les prisonniers seront des deux parts échangés en bloc, et non homme par homme.
8‘> Sept prisonniers (non militaires) retenus au Castellamare, seront rendus à la liberté quand tout l’embarquement sera opéré et le fort Castellamare complètement évacué : ces prisonniers seront conduits par la garnison elle-même au Môle, où ils seront remis par elle à qui de droit.
Après que ces articles ont été adoptés, il a été ajouté dans un article additionnel que la garnison choisissait la voie de mer et s’embarquerait au Môle.
^ (jjuin 181)0.
Avec pleins pouvoirs de S. Ex. le générallieutenant Lanza, commandant en chef du Corps d’armée royale,