LES COOPERATIONS DE DEMAIN : ACHAT ET VENTE
un triomphe qui, pour être encore lointain, n'en est pas moins sûrement envisagé. La multiplication des lieux de vente prendra le client sur place ; si le consommateur ne s'approche pas, on s'approchera de lui ; si Temployégérant responsable fait la fortune des Docks Rémois, de Potin, de Damoy, des Comptoirs Français, de l'Epargne et d'autres firmes, l'administrateur responsable fera la fortune des Sociétés coopératives, quelles qu'elles soient. Dans le travail à petit bénéfice, le coulage doit être nul. Marchandises livrées au prix de vente, comptable qui enregistre ce qu'il débite, méticuleusement, pour réussir, c'est presque tout le mystère. Frais généraux connus d'avance, salaires attribués proportionnellement à l'importance des ventes, risques éventuels ramenés à la plus simple expression, tels sont les buts à atteindre. Et si un gérant dépose, en garantie, un cautionnement, pourquoi l'administrateur d'une Société n'en ferait-il pas autant ? Et, s'il est vrai que les cautionnements de gérants ont pu servir à l'établissement d'un capital social, pourquoi ceux des administrateurs ne pourraient-ils servir le même objet ?. . . Le résultat, en tout premier lieu, consisterait à retenir en France, pour des affaires françaises, des capitaux que drainaient les grandes banques pour les porter à l'étranger et, souvent, fabriquer un matériel de guerre, qui, présentement, anéantit les nôtres. L'expérience avait réussi aux Maisons à Succursales. En laissant voter la loi Ferdinand Dreyfus, les petits commerçants et les Coopératives se sont enlevé le moyen d'en faire autant et de réussir, comme des gens d'initiative avaient réussi. Tant il est vrai que les lois d'exception n'atteignent pas désagréablement que ceux visés par elles, mais individuellement tous les citoyens et toutes les classes sociales qu'elles englobent dans leur répercussion ! Au reste, à quoi bon insister sur ce sujet ? Les lois même mauvaises sont détinitives.
La direction, la Centrale de l'Union des Coopératives, jouant le rôle de la Maison-mère en matière succursaliste, si elle ne fabrique pas tout d'abord, pourrait, du. moins, acheter par très grosses quantités tous les produits dont
ses sociétés ont besoin. Ce oui faillà fdtcè d'autriiî, ferait aussi sa force, tomme le dit àvefc raison Pierre Morîdë : l'actiaL constitue pour l'entreprise la liai re la pliis importante. L'acheteur joue un rôle cbiisîdéràblè. La direction réaliserait ainsi le maximuni de concentration ; elle distribuerait aux sociétés les marchandises dont elles auraient bèsoiri.
tl rie nous semble pas, en efTet, que l'autonomie puisse être laissée aux sociétés, davântau^e qu'elle n'est laissée àiix siiccursales, eh dépit de là théorie allemande qui dit : iinë succursale ne peut bien vendre que les produits acquis par elle, câi* elle seule connaît lés goùls des clients d'une région déterminée. Ce qiii est vrai sans doute pou^ des objets de bazar ne l'est plus pour les denrées d alimentation ; lés fromages sont partout les mômes et les saucissons ou les Bottes de sardines aiissî.
Si les Coopératives de consommation ont pu i'ésistër à réclosioh des entreprisés capitalistes alimentaires, c'est qu il i*cslait encore pour elles iine clientèle sérieuse qu elles pouvaient toucher, fei \eslaiu quo se prolong«ait, cette clientèle pour-rait fondre, accaparée par d'auires, àh»i's qu'à l'heure actuelle, il est plus facile que jamijis de l'augmeritér. tt si, autrefois, au sein des plus énormes difiicultés, les militants ont apporté un dévouement sans bornes, quel dévouement n'apportëraient-ilf pas dans la fornie nouvelle qui détiTmihérait enfin la naissance de Tèré de prdspêriié? Si la Coopérative n'a pas, en ellemême, tous les nrioyensde lutte, du moins elle en possède les principaux éléments.
Dehiain, il n'en faut pas douter, lès liaisons à Succursales se moderniseront davantage encore. Elles fabriqueronl elles-mêmes les produits qu'elles vendent; les produits, revenant moins cher, seront écoulés à des prix moindres. La concurrence sera plus duré qu'elle iie l'est présentement. Comme i*a écrit si judicieusement M. Poissoti :
« Si la coopération lèvent, âd lîèu d'êtéridre le lioinbre des magasins au gré des demandeurs, elle procédera scientiJiquerhènt et répâftii'â Aàns iin plan d'ensemble de
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développement et de rayonnement l'exlension et mèmç la spécialisation de ses divers services. Elle peut alors, parce que organisation démocratique, « vivifier «lesystènie jle la. gérance responsable, en évitant l'exploitation du consommaleur par le contrôle encouragé de celui-ci, sociétaire et participant. Elle peut, en profitant de la méthode de la responsabilité appuyée sur un cautionnement, rémunérer davantage le personnel employé et lui redonner confiance, par la certitude d'y trouver un champ suffisant pour développer les affaires et de n'être pas condaniné au petit « chiffre ». Dès maintenant, par l'existence de son magasin de gros, elle peut entrer dans la voie de la production en commun ou du moins retrouver les avantages de la société alimentaire, et espérer que celui ci, parce que organisation démocratique, ne sera pas voué à Timpénalisme de la société alimentaire et à l'arrêt de son extension. Les expériences de l'étranger sont là pour le lui prouver. Tout compte fait, succursales multiples s'étendant d'après un plan ordonné ; magasin de gros, organisation simple et sans limites d*extensioq : voilà ce qui peut fournir à la coopération le moyen de passer sa crise. »
Là coopération le voudra. Elle suivra forcément lemouvenient qu'imprime l'évolution économique : elle deviendra,^ bon gré, mal gré, pour le bonheur du prolétariat, une entreprise de concentration, commerciale d'abord, industrielle ensuite. Elle remerciera le capitalisme de lui avoir indiqué la voie !