LA MARCHE A LA COOPÉRATION
La forme caractéristique de l'économie moderne est la concentration des entreprises. Cette concentration s'effectue aux points de vue industriel, commercial et bancaire.
Pierre Moride, dans son livre : « Les Maisons à Suceursales multiples », avait commencé l'étude sérieuse de la concentration du commerce de détail. Ce livre est le premier ouvrage d'ensemble sur cette question si mal connue, si passionnante pourtant, et de laquelle dépendent notre vitalité^ l'emploi d'une grosse partie de nos capitaux et l'avenir des classes dites moyennes.
Les grands magasins, comme le Bon Marché, les Galeries Lafayette, la Samaritaine, ont fait l'objet d'études spéciales relativement complètes, et l'on connaît suffisamment leurs procédés réglant l'ampleur de leurs façades, leur extension progressive, leurs rapports avec le public. Nous n'insisterons pas sur le sujet comportant peu de choses nouvelles.
Les Sociétés coopératives qui, depuis l'Union coopérative décidée quelque temps avant la guerre, semblent destinées à servir de type à la concentration du commerce de détail de demain, méritent toute l'attention et ont droit à des développements particuliers. Au reste
comme Ta dit l'auteur cité plus haut, chargé du cours d'économie politique à la F'aculté de Droit de Montpellier, et tombé au Champ d'honneur, les Sociétés coopératives fournissent, avec la plus grande obligeance, tous les renseignements et documents qu'on leur demande. Entretenir le lecteur de leur vie, de leur but, de leur avenir, est aisé.
Mais, quand il s'agit des entreprises privées que sont les Maisons à Succursales multiples, « l'enquêteur a le regret de voir invoquer trop souvent le « secret des affaires ». Cette prudence est regrettable. Les hommes de la pratique reprochent souvent aux théoriciens d'ignorer la me ; qu'il nous soit permis de constater que, lorsque les économistes veulent étudier les faits, on ne leur facilite pas toujours la tâche : j'en appelle au témoignage de tous ceux qui ont fait des enquêtes : que de
mal parfois pour une pauvre moisson
Nous croyons utile de reproduire les lignes qui précèdent, parce que, depuis Moride, la situation n'a pas changé. Toutefois, chaque jour laisse filtrer son rayon de lumière, son document nouveau. Une parcelle de vérité s'ajoute aux parcelles déjà recueillies et, peu à peu, le travail de documentation se complète jusqu'à ce que les éléments rencontrés suffisent à constituer l'ouvrage de forme et de fond à peu près définitifs.
Nous n'avons eu d'autre ambition que celle d'appoi^ ter quelques éléments neufs, contribution aux études économiques de l'avenir. Si le plomb de l'ennemi n'eût point supprimé Pierre Moride, il est probable que cet auteur eût écrit un second volume sur la question qu'avec talent, il avait mise en lumière. Mais la mort est aveugle et frappe sans considérer les dommages qu'elle cause.
On a reproché aux Maisons à Succursales d'être des organismes financiers, compromettant la vie du petit commerce, exploitant leurs employés et leurs clients. A propos des bénéiices réalisés, des légendes ont circulé jusqu'au Parlement ; certains se sont imaginé que le siège de chacune» de ces entreprises était une imagée de la