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66 I^A' GUERRE ET LE COMMERCE FRM^ÇÀIS
à Dole, on rencontre des tentatives analogues; à Dijon, elles sont basées sur le crédit mutuel et commercial. Les hôteliers, les restaurateurs avaient créé, dans la capitale, un peu dans ce but, la Banque fédérale de Talimentation qui fonctionne rue de Strasbourg Les pharmaciens, les tailleurs et d'autres ne restaient pas étrangers au mouvement.
Tout cela n*empêche pas que, parmi les détaillants, la majorité critique l'effort et doute du résultat.
« Les achats en commun, disent-ils, ne sont possibles que dans certaines branches; les associations ne fonctionnent bien que dans les grands centres. »
Ce ne sont pas des arguments qui infirment suffisamment la valeur du principe, même quand on cHe des exemples d'impossibilité comme à Roanne, à Nîmes, à Arles, à Ghâteauroux; ou des échecs comme à Valenciennes, à Roubaix, à Bernay, à Tarbes. Si la réussite ne vient pas, l'incompétence y est bien pour quelque chose.
Et puis, les exemples de réussite s'opposent tout naturellement. Peu à peu, ils incitent à de nouveaux efforts, que de nouveaux succès couronneront. On en signale de très intéressants à Pau, à Montpellier, à Béziers, à Marseille, à Nantes, à Moulins, dans les Charcutes, à Chartres, à Clermont-Ferrand, au Mans. Toutes les professions s'ingénient à constituer des associations qui les rapprochent de la formule coopératiste ou succursaliste, qui se trouve synthétisée dans le schéma ci-contre; il montre comment l'intermédiaire se trouve supprimé et comment le détaillant — par suite, le consommateur, — se trouve rapproché du producteur.
Il arrive même que les groupements d'achat en commun sont en concurrence : à Dunkerque il y en a deux; à Fourmies, celui des épiciers a un comité d'achat et son magasin central ; à Narbonne, le syndicat professionnel agricole et la caisse mutuelle ont encouragé l'organisation par le crédit; les marchands de fer et les bijoutiers à Amiens espèrent en un mode coopératif, de même que les marchands de provisions, à Bar-le-Duc; les détail-
LE DÉTAILLANT PBÛt-lL SB RAt»PROCHBU DIT PRODUCTEUR? 6^7
lanls, à Chambéi'y, — pour Tâlcodl et le sucre seulement; — les coiffeurs et les pâtissiers à Toufs; les pharmaciens àAubusson, etc., etc.
Forcément, cette nomenclature est tr^s incomplète, mais elle est suffisante tout de même pour donner unç idée approximative du mouvement de coopération commerciale que nous préférons à la stérile aîçitation syndicaliste. Si les petits commerçants qui opèrent isolément n'ont pas toujours foi dans le succès, ils ont bien tort; la réalité nous montre, et nous montpera, -*- on le verra plus loin, — qu'ils peuvent arriver, par l'entente, aux avantages que les Maisons à Succursales obtiennent par leur organisation capitaliste.
Ce qu'il faut proclamer sans cesse, ce sont les exemples offerts par Saint-Etienne, Toulouse, Angers, Nancy. Les Unions récemment fondées dans ces grandes villes donnent des résultats fort appréciables. On ne peut s'étonner que d'une chose : c'est de Tignorance dans laquelle le petit commerçant est de ces résultats. La réllexion la plus logique qui puisse surgir, devant les faits, est celle-ci :
Le développement d'associations pour l'achat, entraînant la suppression, pour le « grossiste », de ses meilleurs clients, celui-ci trouve qu'il est préférable, pour ses intérêts, de détourner l'attention du petit commerçant de cette voie ouverte vers un avenir libérateur, pour l'engager dans une campa^çne d'extermination contre les Maisons à Succursales et les Coopératives.
Mais, nous ne saurions trop le répéter, ce ne sont pas des lois d'exception qui favoriseront le petit commerce. U doit se plier à la transformation économique, que rien ne peut arrêter, et qui est surtout une conséquence de la diiïusion, de plus en plus considérable et plus facile, des moyens de transport et d'échange. M. Poisson, l'écrivain coopérateur, voit juste dans ses appréciations, quand il déclare : « il faut le dire bien haut, sociétés anonymes et sociétés à succursales ont triomphé parce qu'elles représentaient, bon gré, mal gré, un progrès économique, un perfectionnement technique^ une meilleure et plus écono-
mique organisation de la répartition des richesses. Si leur victoire eût été simplement le fruit du « bluff », de procédés plus ou moins louables, plus ou moins honnêtes, leur succès aurait été accidentel et de courte durée. Il n'aurait pas subsisté... »
De petits et moyens commerçants, nous le redisons, sont parvenus, par les sociétés d'achat en commun, à se mettre sur le pied d'égalité avec les grandes entreprises qui, grâce à l'importance de leur débit, commandent par quantités telles, qu'elles peuvent obtenir une réduction dans leurs prix d'achat. Cette diminution, réalisée pareillement par les détaillants des sociétés d'achats en commun, par rapport aux prix que doivent subir les non affiliés, peut être évaluée, sans exagération, à 5 p. 100 au
moins.
A Saint-Etienne, nous trouvons un exemple type : rUnion Commerciale d^Alimentation du Forez.
Elle a été fondée par M. Devun Théophile, épicier, demeurant à Saint-Etienne, rue de la République, n*' 27, et M. Eyraud Rémy, épicier, demeurant à Saint-Etienne, rue Benoît, n** 5. Ceux qui exercent la profession d'épiciers ou marchands de comestibles peuvent en faire partie, s'ils disposent d'un capital de 800 francs.
La Société est anonyme, à capital variable; elle a pour objet l'achat direct et au comptant, la fabrication et la vente de toutes denrées et marchandises se rattachant au commerce d'épicerie, de mercerie, de quincaillerie, et, d'une manière plus générale, de tout article de vente courante pour l'alimentation et le ménage.
La vente de ces marchandises est effectuée aux actionnaires, au comptant. Mais ce n'est qu'un principe; car, pour faciUter les transactions, la direction peut, sous sa responsabilité, accorder un délai de paiement de quinze
jours.
D'après les statuts, une peinture uniforme doit désigner au public les magasins des actionnaires de la
Société. Une plaque émaillée, de dimension suffisante pour être remarquée et portant l'indication de la Société, doit être placée en évidence sur chaque devanture, au cas où les dits actionnaires, pour des raisons particulières, ne se résoudraient pas à l'emploi d'une peinture.
La durée de la Société est fixée à cinquante années, sauf les cas de prorogation, de fusion, de dissolution^ prévus aux statuts.
MM. Devun et Eyraud ont apporté, à la Société, le fonds de commerce d'épicerie en gros qu'ils exploitaient à Saint-Etienne, rue de la Bourse, n^ 24. Ce fonds comprenait la clientèle et l'achalandage, le matériel qui en dépendait, le droit au bail des locaux d'un loyer annuel de 1.250 francs, les marchandises estimées 35.000 francs. Cet apport était fait moyennant l'attribution, à chacun, de cinquante actions entièrement libérées à la nouvelle Société, dont 15 actions en représentation du fonds de commerce proprement dit, et 35 actions en représentation de la valeur des marchandises.
Le capital social est fixé à la somme de 75.000 francs, divisé en 150 actions de 500 francs chacune; il peut être augmenté, soit par l'admission de nouveaux associés, soit par décision de l'Assemblée générale, sans que le capital puisse toutefois dépasser 200.000 francs, conformément à la loi.
Le capital social peut être réduit, par suite de reprises d'apports résultant d'exclusions, de décès d'associés, dans des conditions déterminées, et sans être réduit à plus des 9/10 du capital initial.
Les actionnaires conservent la faculté de se retirer de la Société, après délibération de l'Assemblée générale, en réclamant le remboursement de leurs actions, dont l'importance détermine seule le niveau de leurs engagements, sans que les fonds de commerce garantissent jamais les engagements de la Société.
Les actions, étant nominatives, ne se convertissent pas en actions au porteur, car il s'agit d'empêcher l'immixtion, dans la Société, d'éléments étrangers susceptibles de nuire à son fonctionnement; elles ne sont cédées
7d LA ODBRBI ST LB GOHHBRCS FRARCAIS
qu'aux personnes agréées par le Conseil d'administration et demeurent indivisibles.
Les condiLions d'admission comportent ceci de particulier : H Tout candidat doit être présenté par les deux aasociës qui sont le plus rapprochés du Heu de son commerce. Son magasin ne peut se trouver à moins de 80 m^ttres de dislance de l'un ou de l'autre de ses parrains, à moins que ceux-ci ne le permettent. Pour quelque j. j^part que ^g ^qH^ igg actions d'un associé sont
:il d'administration, nommé par l'Assemblée i les pouvoirs les plus étendus pour gérer et -, tant activement que passivement, tous les aires de laSociété. sans excpplion. Il efTectue tion se rattachant, directement ou indirecle- )Jêt de la Société; les pouvoirs suivants doDt il nt énonciatifs et non limitatifs : il paie lee énérales de l'Administration sur la proposition lion ; il passe et autorise les marchés de toute achats tant en marchandisi'S qu'en maléi-it:l ion, et, en général, de tous les objets nécesxploitation; il décide des baux, il les conclut, les résilie avec ou sans indemnité; il crée sons de vente de la Société, tous entrepôts et jons, les transforme ou les supprime; il délerode de placement des capitaux disponibles, e réserve ; il opère la réalisation ou le retrait nés fonds, vend et transfère toutes rentes ou 'Iconques appartenant à ta Société; il traite, 3mpromet, sur toutes les affaires de la Société, remises de dettes, consent au désistement de de privilèges, hypothèques, actions résoluulres droits de toute nature, ainsi qu'à toutes ; d'inscriptions, saisies, oppositions et autres ents quelconques, le tout avec ou sans paie- :nnsent toutes mentions et subrogations avec antics, et toutes cessions d'antériorité, comme ferts de créances ; il donne et retire toutes et décharges de sommes reçues ou payées; il
L£ DÉTAILLANT PEUT^IL SB BAFPROGIISR DU PRODUCTEUR ? 7i
a plein pouvoir pour ester en justice^ tant en demandant qu'en défendant, au nom de la Société; il nomme et révoque tous Ie$ agents de la Société, détermine leurs attributions, leurs traitements, remises ou gratifications fixes ou proportionnelles et, s'il y a lieu, leur cautionnement, sur la proposition de la direction ; il arrête les comptes annuels et les soumet à l'Assemblée générale ; il propose les fixations des dividendes à répartir ; il délibère et statue sur toutes propositions à faire à TAssemblée générale, notamment sur les emprunts à contracter, etc., etc.
Les fonctions d'administrateur sont gratuites. Deux commissions décomptes sontrééligibles et sont rémunérées par une part déterminée dans les bénéfices annuels. Ëofin, les directeurs, nommés pour un temps illimité, fournissent un cautionnement de 25.000 francs chacun ; ils ne peuvent, naturellement, s'employer dans une entreprise concurrente.
Sur les bénéfices, il est prélevé :
1° La somme nécessaire à la constitution d'un fonds de réserve légale, soit g p. 100 au moins ; la somme nécessaire pour servir d'intérêts, au taux de 5 p. 100 Tan, au capital nominal des aùtiom entièrement libérées et des auires actions Dehmn et Eyraud.
2<> 5 p. 100 pour chacun des directeurs ;
3** 8 p. 100 pour les comjuissaires des comptes ;
Le surplus des bénéfices est réparti entre les actionnaires> au prorata de leur chiffre d'affaires, en en excluant le produit du pétrole» du sel et du sucre.
Telles sont les grandes lignes des statuts de la Société, à laquelle nous avons rendu visite, sur les indications du président de la Chambre de commerce, qui nous avait dit : « Allez la voir ; elle accomplit des miracles ; c'est une véritable Maison à Succursales. Condamné, moi, en ma qualité d'épicier en gros, à rester le banquier de l'insolvable, j'en créerais une pareille si j'avais vingt ans de moins- U n'y a qu'un malheur : c'est que celui qui ne dispose pas de 800 francs pe puisse y entrer. »
Nous sommes donc allé aux Entrepôts de la Société
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commerciale d'alimentation du Forez, au Marais, dans la périphérie de Saint-Etienoe. Nous y avons rencontré M. Devun, qui a évolué, en quittant le stade primitif de l'épicerie oii d'autres, par inertie, inaptitude, vieillesse — ^gjjj enchaînés. Nous entrâmes en conversaas résultats d'une entreprise comme celle-ci de la perfection plus ou moins grande de l'or- Ils dépendent également de la discipline dont les de faire preuve les adhérents, nt-ils donc pas disciplinés ?
>ujours, hélas I Quelques-uns viennent à nous réjugés ; membres d'une société, ils ne comlas qu'on ne puisse, en tout et partout, leur isfaction. Néanmoins, ne nous plaidons pas 'Union n'est tout de même pas un vain mot.
peuvent faire les petits commerçants?,.. Que obtenir, dans les heures de crises que nous lues, des Compagnies de transport?... des iblics?... des fournisseurs?.-. Rien. Les petits its isolés, pendant toute la durée de la guerre, )as atténué les souffrances du public relatives ons répétées, et à la hausse continuelle des . une association commerciale puissante, lôtre, qui rivalise avec les maisons à Succurluvoir et les moyens sont parfaitement diffé-
rivalisez avec les Maisons à Succursales,
•e public, qui reconnaît leur façade uniforme,
i vôtre de !a même façon.
eur nous répond :
>arce que toutes les façades de nos adhérents
mblent pas. Ils ne comprennent pas le but &
à atteindre. Nous avons insisté de toutes nos l'utilité du numérotage, de la peinture iden- >iseries extérieures, de l'inscription de la firme lanches, etc. ; nous avons joué souvent lerdle ,n dans le désert. C'est que le petit commer-
la dépense ; il hésite à semer, même si la
récolte est probable. Et puis, il y a d'autres raisons ; voici la plus sérieuse :
« L'unification des façades et le numérotage impliquent l'unification des prix. Or, cette dernière est impossible à réaliser chez nos adhérents; ils vendent à des prix établis selon leur fantaisie, leur caprice. Que la devanture chez X... soitidentique à celle de Z..., le public, songeant aux Maisons à Succursales, croira payer le café, le sucre et le reste, un prix identique. Notre commerçant, précisément, a peur des remarques de la clientèle :
(( Au n® 36, le café vaut 2 fr. 5Ô. Pourquoi vous, n** 37, le vendez-vous 2 fr. 60 ?... »
« 11 découle de tout cela que le petit commerçant s'aflilie à l'Union pour jouir personnellement des prix plus avantageux, conséquence de l'achat en commun. Le cadet de ses soucis est d'en faire profiter le consommateur, parallèlement. »
L'Union commerciale d'Alimentation du Forez compte de 2S0 à 275 sociétaires ; l'épicier en gros qui fournirait 100 boutiques, achèterait plus cher, car la condition essentielle de l'achat à meilleur compte, c'est, nous le répétons, le marché qui porte sur des quantités plus grandes... Pour accomplir ses miracles, tel est le secret de la Société. Le directeur apporte un exemple à l'appui de ce raisonnement :
« Parlons du lard maigre. Nous en sommes copieusement approvisionnés; au 10 août 1916, époque à laquelle nous sommes, il est vendu 2 fr. 90... C'est notre puissance d'achat qui a constitué nos stocks, antérieurement. Si nous devions aujourd'hui, comme un commerçant quelconque, nous adresser au Havre pour obtenir ce qui nous est nécessaire, nous paierions cette denrée 2 fr. 90 surplace... Nos adhérents, à qui nous livrons à très bon compte, songent à tirer, de leurs denrées, le meilleur parti possible. Un tel vend au maximum de ce qu'il peut obtenir, un autre vend comme tout le monde, et comme, en dépit de notre désir, l'unification des prix n'existera jamais, cela fera toujours deux poids, deux mesures différentes. » M. Devun, du reste, n'hésite pas à reconnaître que,
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grâce à runification des prix, les Maisons à Succursales et les Coopératives ont rendu au public de signalés services en apportant, de ce simple fait, des entraves sérieuses à la hausse, donc à la vie chère.
Nous n'étudierons pas en détail tous les groupements d'achat en commun. A quoi bon?... Ne fonctionnent-ils pas tous plus ou moins sur des bases analogues ?...
L'Union économique de Reims faisait, avant la guerre, plus de 7 millions d'affaires et réalisait un bénéfice de 300.000 francs. N'est-ce pas, pour elle et les entreprises similaires bien conduites, la meilleure des références ?... Ne sont-elles pas la preuve que le détaillant peut et doit toujours se rapprocher du producteur, sinon dans Tintérèt de sa clientèle, du moins dans son intérêt propre ?