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L'EXEMPLE DE LA CRÉMERIE, A PARIS

L'achat en commuD^upprime l'intermédiaire ; c'est delà coopération commerciale. La coopération mérite d'être élevée à la hauteur d'une institution. Elle est un moyen pour conquérir l'indépendance.

Peu avant la guerre, Tex-empereur de Russie voulut, dans une pensée généreuse, émanciper de nombreux moujicks; il Ut appel à la coopération qui, avec le concours de l'Ltat, apparaissait comme un mode d'affranchissement. Dans notre champ visuel, l'Union des crémiers, à Paris, nous montre ce que l'on obtient par la coopération. Il y a quelques années seulement qu'elle débuta, atin de lutter contre la concurrence de la maison Maggi et ce qu'elle appelait la tyrannie des Fermiers Réunis, alors maîtres des marchés du lait dans la capitale. L'historique définira les résultats.

Vers l'année 1900, la laiterie en gros de Paris, groupée en un syndicat, réglementait, au profit de ses membres, la vente et l'achat du lait ; elle supprimait la concurrence, eo assimilant, de gré ou de force, les laiteries non syndiquées.

Une caisse noire servait à ce but ; ses fonds permettaient la création et l'approvisionnement d'une laiterie de vente> à Paris. Cette laiterie, indépendante en apparence, possédait ses dépôts à la campagne, visitait les crémiers étrangers à sa clientèle ; elle établissait des prix si bas que force était pour chacun de rentrer dans le giron syndical, où le salut apparaissait.

Cette manière d'opérer allait-elle supprimer la concurrence laitière?... S'il prenait fantaisie à la laiterie de gros

7a LA QÏÏEBBE BT LE COllIUBCE FRANÇAIS

d'ouvrir des boutiques de détail, c'était, au surplus, la ruine inévitable des petits crémiers.

Entrevoir le péril, c'est l'éviter en partie. Beaucoup le 'srent ; un Syndicat de boutiquiers proclama qu'il imbattre ces a)^issements : il préconisa la rormation ératives crémières, et même l'achat de dépôts en e. Divers projets élaborés furent promis à grand s échouèrent ; un espoir qui paralysait et entravait nécessaire, s'entretint dans la corporation du

intce temps, les détenteurs du commerce laitier ne at pas leur temps ; l'englobement fut long, mais sûr. louvelle concurrence surgit dans la maison Maggi. î la confondirent avec l'adversaire originel. iterie en gros avait alors une telle force d'action, )Ouvaitempêchârn'importe quelle laiterie des' éta- 'adviendrait-il en cas d'alliance avec Maggi à qui ait ses dépôts de ramassage ?

lurant d'opinion se dégage, des volontés s'afTirpur secouer le joug, dénouer l'étreinte en perspeciis beaucoup de détaillants ne sympathisent-ils c la laiterie en gros ?Que faire ?..

sommes en 1909; voici le Comité d'action de de la crémerie; il jette le cri d'alarme; il proies réunions corporatives ; il cherche à grouper ressés ; il les engagea se fournir, envers et contre ix, aux laiteries non encore syndiquées, pour les ■, afin de leur conserver ainsi l'indépendance come. Trois d'entre les pionniers installent un dépôt issage à Polisot, dans l'Aube ; le Comité d'action sa récompense : il est entendu, compris, puisque, 1910, 62 membres du Comité forment l'Union niers, Société coopérative d'achat en commun. Le 3 Polisot était l'apport des fondateurs.

Te de défense et d'émancipation ici, est tangible; ilte directement de l'effort et de la volonté des ni, pour sauvegarder leur commerce menacé, ont a puissance formidable et invincible de la coopé-

LSXBMPLB DE LU GRBMBRIS A PARIS 77

L'étonnement, le scepticisme accueillent l'Union dans le milieu corporatif. C'était inévitable. Un syndicat de détail manifeste son indifférence ; un autre affiche sa joie, un troisième attaque Tœuvre nouvelle, Fidée, le geste, les adhérents ; la ruine prochaine de l'Union est annoncée ; l'achat du lait aux laiteries de gros est préconisé comme pouvant seul enrichir la crémerie parisienne.

Comme toujours, le commerce de gros, on le voit, laisse passer le bout de Toreille.

C'est la lutte intestine, parmi les 5.000 membres de la corporation.

Deux camps se dessinent : les unionistes et les syndicalistes ; le dénigrement employé par ceux-ci, à jet continu, gêne ceux-là, mais n'empêche pas leur prospérité ; le Conseil d'administration de l'Union, — tous détaillants de la crémerie, — fier de sa tâche et conscient de son devoir, n'est pas découragé, il lutte. Les difficultés s'émoussent peu à peu ; les bienfaits de l'Union apparaissent et se traduisent par le maintien de l'équilibre entre les prix de vente et d'achat.

Partie en mai 1910, avec une vente de 3. 000 litres par jour, l'Union traite avec sa première sœur coopérative de province de Fay-aux-Loges (Loiret). Elle donne ainsi la possibilité, aux travailleurs du sol, d'écouler leurs produits, de s'émanciper eux-mêmes de la tutelle de la laiterie en gros ; ce traité est signé en une date de bon augure, le 14 juillet 1910. Ensuite vient la coopérative du Grand-Fresnoy (Oise).

Les laiteries en gros sentent le besoin de resserrer leurs liens ; elles ne forment qu'une seule société : « Les Fermiers Réunis. » C'est à elle qu'échoit le soin de porter un grand coup contre « L'Union des Crémiers » : à tous les adhérents qui ne prennent pas à la coopérative la totalité du lait nécessaire, la laiterie, sans préavis, ne livre rien dans la nuit ; elle les met ainsi dans l'impossibilité de satisfaire leur clientèle ; elle ne consent à continuer la fourniture quotidienne qu'à ceux qui s'engagent, par marché, à s'approvisionner exclusivement près d'elle.

L'effervescence corporative empire ; si le nombre des réfractaires grandit, l'Union pourra-t-elle les approvisionner? C'est pour elle une heure grave; elle en sort victorieuse, traitant avec la coopérative de Civry-Saint- Cloud ; 12.000 litres de lait sont distribués à Paris, à la fin de l'année 1910. Puis des ententefe sont conclues avec les coopératives de Gault-Saint-Denis (Eure-et-Loir), de Ladon et de Corbeilles-en-Gâtinais ^Loiret).

La lutte s'accentue entre Unionistes et Syndicalistes. Dans tme grande réunion organisée par ces derniers» leur leader s'écrie : ce La Coopérative, c'est la ruine des crémiers », et il développe ses arguments en faveur de la laiterie capitaliste.

Qu'importe ! La ligne de conduite est tracée ; les actes sont chose qui compte ; les attaqaes contre l'Union laissent transpercer leur origine ; les adhésions continuent et, grâce à une augmentation de capital, Tobjectif se rapproche : en fin d'année 1911, 26.000 litres de lait sont débités.

Les Coopératives accroissent leur nombre de producteurs ; l'Union augmente ses partisans , de nouveaux centres de ramassage s'organisent ; il arrive du lait de Chatenay -sur-Seine, de Neufmarché (Seine-Inférieure), de Meauphe-le-Vieux (Seine et-Oise), de Sandillon (Loiret).

Mais surgit un nouveau système de guerre sournoise : il consiste à semer la crainte chez les crémiers ; on leur dit : c( Si vous prenez du lait à TUnion, une maison concurrente s'installera en face de la vôtre. » En mai 1912, une boutique vendant à perte s'installe rue de Bourgogne, en face de la boutique du président de l'Union ; une boutique analogue s'ouvre, en juin, en face de celle du viceprésident, rue de Lourmel.

L'Union pense qu'après ces coups de force, les syndicalistes vont se soulever, dans un bel élan de solidarité. Elle se trompe. Les syndicalistes, pour la plupart, gardent leurs fournisseurs, les laitiers en gros. Us végètent, et les Unionistes progressent En fin d'année 1912, 40.000 litres de lait sont livrés ; 100.000 estomacs parisiens sont alimentés journellement.

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