‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 26 sur 112 · AUTRES FORMES DE L ASSOCIATION. UNIONS KCONOMIQUES · texte numérisé non relu

AUTRES FORMES DE L ASSOCIATION. UNIONS KCONOMIQUES

« Le crédit par abonnement, qui jusqu'ici ne jouissait pas d'une réputation enviable, qui même, encore aujourd'hui, n est accordé par certaines maisons que dans des conditions qui le rendent immoral^ se voit« lorsqu il est fait par les Unions économiques, amélioré, modifié et transformé à un point où il pourrait être qualifié de philanthropique.

<( Ce qui faisait et fait encore l'immoralité du crédit par abonnement» c'est la majoration exagérée des marchandises vendues à crédit» mais lorsque, par une combinai* son comme celle des Unions économiques, Taclieteurpeut se procurer ces mêmes marchandises aux mêmes prix et aux mém^s conditions que celui qui les achète au comptant, toute immoralité disparaît et il ne reste plus que la valeur du service rendu.

« Car le crédit accordé dans des conditions où il ne rentre en jeu aucun élément de spéculation, de majoration ou d'usure, ni aucun élément tendant à augmentei*, d'une façon exagérée, la satisfaction d'un goût de luxe ou de dépenses inutiles, devient bien un véritable service, puisqu'il permet, à certaines personnes dépourvues momentanément d'espèces, de se procurer ce qui peut leur être nécessaire ou indispensable, et devient moral, en permettant à ces mêmes personnes de se procurer un intérieur agréable et une tenue décente, susceptibles de les éloigner de certains vices ou de certaines promiscuités qui dégradent 1 homme.

« Le crédit par abonnement, pratiqué par les Unions économiques, répond parfaitement aux conditions énumérées ci-dessus. Il n'y a pas de spéculation, car les Unions poursuivent uniquement un but de défense commerciale; il n'y a pas de majoration, puisque les Unions ne vendent aucune marchandise, que leurs clients touchent intégralement le montant de leurs ouvertures de crédit, et que le commerçant est engagé, par son contrat, à livrer au même prix qu'au comptant ; il n'y a pas d'usure, puisque l'emprunteur ne paie quelquefois rien à la Société» ou seulement un droit minime, qui la compense à peine des intérêts de l'argent prêté.

88 LA GnBRRK KT hH COIIIIRBGË KMANÇAlS

Nantes. — Art. 50. Union économique.

Partie aux fournisseurs, comme ristourne, sur les bonifications^ par 6ux, faites à la Société.

Pau. -r- Art. 39. Union économique.

15 p. 100 sont distribués aux commerçants» comme ristourne, et proportionnellement à la valeur des bons qu'ils auront présentés au remboursement, durant Texercice.

Reims. — Art. 36. Union des détaillants.

40 p. 100 à tous les fournisseurs, à proportion des affaires faites avec la Société.

Rennes. — Art. 80. Crédit commercial.

30 p. 100 seront distribués, sous forme de ristourne, au fournisseur, sur et au prorata des provisions retenues.

Saint-Dizier. —Art. 37. Union économique.

25 p. 100 seront restitués, sous forme de ristourne^ aux fournisseurs, sur et au prorata des provisions retenues.

Saint-Nazairb. — Art. 46. Crédit commercial.

35 p. 100 seront i*eatitués, sous forme de ristourne, aux fournisseurs sur et au prorata des provisions retenues.

Tours. — Art. 37. Office commercial.

50 p. 100 de prime aux acheteurs et au prorata du montant de leurs achats :

25 p. 100 ristourne aux fournisseurs, au prorata des différences consenties.

Par ces quelques exemples, il est facile de se reûdre compte que les Unions économiques n'ayant, par ellesmêmes, aucun but spéculatif, ne sont pas des Sociétés financières. Elles sont tout simplement des Sociétés de coopération, dont le but est de conserver aux commerçants associés la clientèle achetant à crédit par abonnement.

Elles arrivent à ce résultat, en consentant à la clientèle honnête et laborieuse, des ouvertures de crédit pour achats de marchandises utiles (sauf alimentation), remboursables par petites sommes au mois, à la semaine ou à la quinzaine, et proportionnées au montant de l'emprunt.

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Ces ouvertures de crédit sont représentées par des Buna d'achatfi ou Bons de crédit, valables et reçus con^me argent comptant chez les commerçants associés.

L'exécution de cet ^fi^agement est prévu et tout manquement, sévèrement sanctionné^ dans les règlements de toutes les Unions économiques :

« Tout actionnaire, adhérent, fournisseur, devra livrer <( aux abonnés, en échange des Bons, les marchandises (( de son commerce, au même prix qu'à la clientèle « payant comptant.

« Une amende de X... francs sera appliquée aux four- « nisseurs qui refuseraient de livrer des marchandises (( de leur commerce, en échange de Bons, ou exigeraient, « des abonnés, un supplément sur le prix marqué ou « convenu d'avance avec ceux-ci. »

11 est évident qu'ainsi, tout acheteur à crédit, par imiermédiaire des Unions économiques, est certain de faire ses achats dans les mômes conditions que n'importe quel autre acheteur payant au comptant, et sans aucune majoration du prix des marchandises, le commerçant ne pouvant prévoir, avant que l'achat soit terminé, de quelle manière il sera payé. Du reste, la plupart de nos Unions imposent, aux commerçants fournisseurs, Tobligalion d'avoir des marchandises marquées en chiffres connus.

Le commerçant ne peut, en outre, majorer le prix de ses marchandises, parce qu'il se mettrait en état d'infé* norité manifeste^ non seulement avec ses collègues ne faisant pas partie de ces associations, mais encore avec les grandes maisons à succursales multiples, et perdrait ainsi, avec la clientèle des Unions, sa clientèle propre, bien plus importante, et ceUe payant au comptant

En ré8umé,Hous les statuts prévoient :

1^ Que les commerçants s'engagent à vendre, aux dients de la Société, aux mêmes prix qu'à leurs clients qui achètent au comptant ;

â'* Qu'ils abandonnent à la Société, pour couvrir les frais généraux, une retenue de 10 à 15 p. 100 sur le montant des ventes faites par son entremise, retenue diminuée des sommes non employées 4)ar les frais généraux, par une ristourne faite en fin d'exercice.

Les crédits ouverts aux clients ont une durée de dix à quinze mois et beaucoup de Sociétés ne font supporter à Tacheteur aucune majoration.

Confiantes dans le rôle éminemment social et philanthropique qu'elles se sont imposé, elles attendent, des pouvoirs publics, la sécurité de leur existence ; il convient de les mettre à l'abri des attaques incessantes dont elles sont l'objet, d'adversaires que guide seul l'intérêt personnel.

On ne pouvait définir plus clairement le rôle destinions économiques.,

On ne peut nier que ces groupements, fondés à l'heure précise où tous les élans de la vie économique tendent à créer- ou à reconstituer l'association naturelle des intérêts, n'aient pleine chance de réussite.

Il a fallu qu'on sente le péril pour songer qu'il était nécessaire d'évoluer à son tour. A tous ceux qui se soat préparés à subir les lois de l'évolution, la fortuné sourira. Quant aux autres, à ceux qui demeurent figés dans la routine et dans le passé, ils sont condamnés à végéter, à s'étiole.... à mourir. Et ce ne sont point les mesures fiscales frappant l'adversaire plus souple, plus apte aux transformations, qui les sauveront.

Petits commerçants, vous n'avez d'avenir que dans l'association. L'union fait la force, si le crédit constitue l'âme du commerce, comme Ta dit J.-B. Say. Vous défendrez ainsi, loyalement et surtout logiquement, vos intérêts pécuniaires, vos situations commerciales, l'avenir de vos femmes et de vos enfants. C'est la meilleure façon de vous protéger contre les grandes entreprises de concentration commerciale ; aujourd'hui encore, des sceptiques vous regardent, des détracteurs vous observent; demain, vous n'aurez plus que des imitateurs !

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Les méthodes en usage dans les Sociétés de vente à crédit, ne diffèrent qu*à peine. Nous en pouvons comparer deux d'une même localité : le Crédit stéphanois, qui compte cinquante détaillants ; le grand Crédit forézien, qui en compte soixante.

Le Crédit stéphanois a un capital suffisant pour payer tous ses achats en six mois ; le Crédit forézien a un capital suffisant pour s'acquitter en neuf mois. Ce capital est donc moindre, et cette seconde Société dit qu'elle économise ainsi, comparativement à la première, 8.000 francs qui serviraient à rémunérer l'intérêt du capital en trois mois.

Au Crédit stéphanois, la charge bénéficiaire s'établit ainsi :

1** Remise au fournisseur, 13 p. 100.

2" Frais d'administration, payés par le client, quelle que soit la durée du paiement, 5 p. 100.

Au Crédit forézien, la marge bénéficiaire est la suivante :

1* Remise au fournisseur, 13 p. 100.

2° Frais d'administration, aux clients qui ne peuvent se libérer avant six mois, 3 p. 100.

La proportion des créances mauvaises n'atteint pas l p. 100 ; les détaillants dont la spécialité n'est pas de vendre à crédit, en ont, la plupart du temps, davantage, parce que, retenus dans leurs magasins, ils ne peuvent s'astreindre à des démarches périodiques qui libéreraient le débiteur par acomptes. Un détaillant, affilié à une Union économique, a un chiffre d'aôaires qui, de ce fait, s'augmente immédiatement d'un quart.

Le grand Crédit forézien dit à ce sujet : les frais généraux de loyer restant les mêmes pour tous, si la marge bénéficiaire du chiffre du crédit vient en marge de celle du comptant, il en résulte un accroissement de bénéfices permettant d'avantager, dans une certaine mesure, la clientèle, c'est-à-dire de lui vendre à meilleur compte qu'on ne lui vendrait si le crédit n'existait pas.

Les petits commerçants ont de gros intérêts à s'associer, en vue de centraliser, dans une administration commune, certains travaux accessoires à leur commerce, tels que : recouvrements de créances, dégrèvements des récépissés de chemins de fer et polices d'assurances, représentations en justice pour toutes opérations de contentieux.

' La nécessité de s'associer, pour le recouvrement de ses créances, intéresse le commerçant en ce sens que son chiffre de créances, pris isolément, ne saurait suffire, à lui seul, à alimenter l'activité et les démarches, cej>endant nécessaires^ d'un courtier chargé d'en effectuer le recouvrement, tandis que le groupement d'un grand nombre de créances similaires supporte, dans son ensemble, les mêmes frais de démarches qu'il faudrait, dans l'autre cas, faire supporter par quelques-uns seulement. De là, l'abandon, par les détaillants, de créances dont ils se désintéressent, à défaut de cet élément de centralisation.

Il en est de même des polices d'assurances et des récépissés de chemins de fer, parfois erronés, que le détaillant est inapte à redresser, ainsi que pourrait le faire un employé spécialement attaché à l'association.

Au sujet de la représentation en justice pour les affaires litigieuses avec les compagnies do transport ou avec ses fournisseurs, le détaillant est actuellement victime d'abus de la part d'hommes d'affaires qui exploitent son igno' ranoe des questions de droit. Il aurait beaucoup à gagner, à notre sens, en s'unissant à ses collègues, pour former une association ayant un bureau dirigé par un homme de confiance très au courant du droit commercial, et qui, moyennant une rétribution conventionnelle s'appuyaut sur un taril établi d'avance, assurerait l'exécution des différents travaux énumérés ci-dessus. Ce bureau serait le siège social de l'association, et l'homme d'affaires qui en assumerait l'administration, serait le directeur de chacun des adhérents, pour ce qui ressortirait de son périmètre d'étude.

Beaucoup de commerçants, actuellement indifférents à

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l'esprit d'association, ne tarderaient pas à s'y jrallier dès que les avantages résultant de cette organisation méthodique leur apparaîtraient profitables.

Une cotisation annuelle de 10 francs, par exemple, supportée par chacun des adhérents, serait versée en caisse. Une partie de cette cotisation serait affectée au payement du directeur qui, en compensation, devrait fournir gratuitement tous les renseignements qui lui seraient demandés, concernant ses attributions. Le reste de ses émoluments se compléterait d'une commission appliquée, sur le chiffre de ses recouvrements, de ses dégrèvements, ou de ses interventions en justice, laquelle commission serait payée supplémentairement par les commerçants bénéficiaires des dites opérations.

Etant donnée rimportànce des transactions que représenteraient, dans leur ensemble, les commerçants, le directeur de l'association pourrait se faire une situation 1res enviable, tout en ne prélevant que des honoraires inférieurs à ceux que payent les commerçants isolément.

Il n'existe, à Saint-Etienne, aucune société ; cependant, il apparaît clairement que Ton pourrait grouper, dans cette ville, plus de 200 commerçants. La société serait surveillée par un conseil d'administration composé de commerçants compétents, capables, dans des réunions tenues périodiquement, de donner aux >adhérent9 tous conseils de nature à les guider sur leurs droits et leurs devoirs vis^à-vis des pouvoirs publics.

Au sein de ces associations, pourraient également se former des tribunaux d'arbitrage qui, dans certains litiges anodins, suppléeraient aux tribunaux de commerce ; Tassentiment des parties en litige pouvant parfois leur être acquis.

Par ce qui précède, on a vu comment les détaillants peuvent augmenter leur puissance dans l'association ; il est une autre forme de groupement particulièrement intéressante, quoique plus difficilement applicable, à signaler ici : c'est l'association des détaillants pour la vente en magasin à multiples spécialités.

La sopériorijé économique dont jouissent aetuetlement

les sociétés à multiples spécialités, vis-à-vis des petits commerçants, s'appuie sur les considérations suivantes :

L'agglomération d'une multitude de spécialités dans le même rayon d'action a, pour effet, d'y déterminer une activité plus intense que là où quelques spécialités seulement se trouvent réunies.

Les acheteurs se dirigent, de préférence, dans un quartier où ils pensent trouver, sans exception, toutes les acquisitions qu'ils comptent faire. Les détaillants le savent si bien qu'ils cherchent à profiter du voisinage les uns des autres, en choisissant leurs magasins dans les rues où la plupart des spécialités sont déjà réunies. Sans s'en douter, les détaillants obéissent ainsi au même principe qui, d'autre part, a guidé les sociétés à spécialités multiples, avec cette différence qu'ils recherchent le bénéfice de la concentration dans la môme rue, ce qui est bien, alors que les sociétés dont il s'agit augmentent encore le bénéfice de leur concentration dans le même inimeuble, ce qui est mieux.

Lorsqu'un acheteur de l'une de ces sociétés déclare, à son parent ou ami, qu'il a fait une acquisition de marchandises, il ne dit pas : j'ai acheté des chaussures au magasin de M. X... par exemple, mais aux « Galeries Françaises », faisant ainsi profiter, dans leur ensemble, toutes les marchandises des autres rayons groupés sous la même dénomination, ce qui n'existe pas dans le petit commerce ; la désignation de l'une de ces maisons isolées ayant nul résultat au profit de la publicité des maisons voisines, parce que ne jouissant pas de la même appellation commerciale.

On pourrait citer un grand nombre d'exemples justifiant la nécessité, pour le petit commerçant, de s'associer pour la vente dans un même immeuble. Il nous suffira d'en prendre un, celui qui tient la plus large place dans le chapitre des frais généraux. Il arrive souvent que le détaillant, au début d'une période d'accroissement de son chiffre, aurait besoin d'un employé pour quelques heures par jour seulement. Ne pouvant engager un demiemployé, il en prend un tout le jour, augmentant ainsi.

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