DES COOPÉRATIVES MILITAIRES
La guerre nous démontre, par renchaînement logique des incidents économiques, que le commerçant a un rôle social à remplir. Ce rôle est de tout premier ordre ; nous ne nous en doutions pas avant le cataclysme des hostilités ; depuis, nous nous apercevons qu'il n'est pas seulement d'ordre naturel, mais qu'il est, en effet, — et davantage peut-être encore, — d'ordre moral.
Reportez-vous aux premiers jours de la mobilisation, par la pensée. Ne vous souvenez-vous point du vent de panique alimentaire qui soufflait?... Inconsciemment, chacun évoquait, dans sa mémoire et dans son cœur, les jours maudits de l'Année Terrible, les privations, les souffrances, le pain de paille hachée, etc. Des temps semblables allaient-ils renaître ?... Les misères se rééditeraientelles ?... La prévoyance rudimentaire ne commandait-elle point de monter à l'assaut des boutiques d'épiciers et de charcutiers, et d'en arracher, coûte que coûte, le maxiinum de quantité?... Avec quel orgueil de débrouillard la ménagère s'en retournait avec son panier tout rempli !... Et quelle quiétude, dans le bouleversement de tout, hantait son logis !
Ah ! les stocks de denrées furent vite épuisés. Les boutiquiers souriaient. Leurs rossignols, nous l'avons dit, s'enlevaient à prix d'argent et les pertes sèches, certaines hier, muaient en beaux bénéfices. Beaucoup, à la faveur des événements, se découvrirent, pour la première fois de
leur vie, de véritables qualités, de mercantis ; ils tirèrent de leurs marchandises le meilleur parti possible, haussèrent les prix, d'instinct. Puis, quand ils n'eurent plus rien à vendre, la conscience tranquille, ils attendirent les arrivages, supprimés d'abord, retardés ensuite, de par la mainmise que lautorit^ militaire exerçait sur tout le matériel des compagnies de chemins de fer.
Les marchands dft gro^, les fabricant»* devant l'afflux des commandes, eux aussi se crurent obligés de vendre plys cher. Et comme, depuis, la production a manqué de bras, dans les champs, à l'usine, partout oii l'on travaille, il s'est trouvé que l'objet de consommation s'est rarétié, fatalement. D'un autre côté, les allocations, les salaires accrus, intensifièrent le pouvoir d'achat du plus grand nombre, et la demande s'amplifia.
La vie plus chère était née.
C'était inéluctable, si l'on tient compte aussi de l'éternelle macération, complètement impossible aux heures pénibles traversées. Ne faut^il pas tromper 1 ennui, apporter quelque diversion aux anxiétés, aux chagrins?... La table est un moyen, et l'obtention delà victoire, à plus ou moins longue échéance, n'est qu'une question d'estomac, au propre et au figuré.
Certes non, la guerre n'est pas le temps des jeûnes et de Tascétisme. Cela saute aux yeux du moins pi'évenu d'entre les hommes.
Pourtant, nous nous hâtons de le déclarer, tous ceux qui paient patente ne profitèrent point de la situation et ne bénéficièrent pas des avantages qu'elle offrait spontané* ment, miraculeusenient, aux moins scrupuleux. Certains, préservant les intérêts généraux, eurent un rôle éminemment moralisateur, en face du public affolé. U nous sera facile de le démontrer, dans les pages qui vont suivre. Il est à regretter que la majorité n'ait pas à recevoijr desféli* citations à cet égard.
Au reste, tous les cornmerçants de lalimentation n'ont pas un devoir égal à accomplir : celui d'un fabricant de confitures diffère, par exemple, de celui d'un boulanger ou même d'un épicier. Lo premier n'a pas à assumoiv les
LIS RÔLE SOCIAL D0 GOltlfKtlÇANT 125
chargée du sêCôAd ; le second A ded responsabilités que le premief n'a pad. Gela tient à C6 que la ôonfitufe, tout en êtani Un aliment, ûonétituô un âupdrflu» alors qué lo pain â'en est jamais un, puisuuil d«mf ure la base de notre vie, lô principe primordial de notre alimentation. Il s'etiâuit que. socialement partant, il est plus noble d'être boulanger que d'être oonflturier j boulang-er» on est approvisionneui* du public — et cela ne va pas toujours tout seul. Quoi d'étonnant) alors, à ce que les contraintes de la réglementation s'eîtercent davantage, selon les circonstances, sur ceux qui produisent le pain ? Quoi d'extraordinaire à ce que les pouvoirs publics fixent sur eux une attention toute spéciale ? qu'ils veillent plus particulièrement à ce que les marchandises soientlevées loyalement, quant à la quantité, quant à la qualité et quant au ptl^ ?
Certes, les bouchers, les épiciers, les débitants de bois^ »ons, savent plus ou moins nettement ce que leur permet la loi et ce qu/elle leur défend; s'ils la transgressent ou s'ils la violent, ils sont coupables et peuvent s'attendre à la punition. Les boulangers^ euit, le croirait-on ? ne Jouissent pas des avantages dévolus aux autres commerçants ; là Cour de Cassation et le Conseil d'Etat ne sont pas euxmêmes très éclairés sur la question, puisque ces deuit juridictions ne se sont jamais mises d'accord Sur la por*tée, comme sur la nature, des droits dont croit pouvoir jouir la catég<»rie de détaillants> qui fait plus particulièrement l'objet dé ces lignes.
Victor Boretj député de la Vienne, nous disait un jour^ à ce Sujet :
« Je serai à peine cru du grand public en lui apprenant qu'il n'y a guère plus de vingt-trois ans, que les boulangers se sont vu reconnaître, par les tribunaux judiciaires, le droit de fabriquer et de vendre du pain de gruau. Encore récemment, des maires Ont prétendu imposer aux boulangers l'obligation de ne fabriquer que du pain d'un poids et d'une qualité donnés, leur interdisant de mettre en vente des pains qui ne répondraient pas aux conditions qu'il leur aurait plu dédicter. Je ne puis citer ici toutes les bizarreries, toutes les chinoiseries que j'ai pu relever.
124 LA GUERRE ET LE GOMll£RCE FRANÇAIS
leur vie, de véritables qualités, de mercantis ; ils tirèrent de leurs marchandises le meilleur parti possible, haussèrent les prix, d'inslinct. Puis, quand ils n'eurent plus rien à vendre, la conscience tranquille, ils attendirent les arrivages, supprimés d-àbovd, retardés ensuite, de par la mainmise que lautorité militaire exerçait sur tout le matériel des compagnies de chemins de fer.
Les marchand^ d4 (po^, iQs fabricant», devant l'afflux des commandes, ^wt aussi se crurent obligés de vendre plv§ cher. Et comme, depuis, la production a manqué (ie bras, dans les champs, à l'usine, partout où Ton travaille, il s'est trouvé que l'objet de consommation s'est raréfié, fatalement. D'un autre côté, les allocations, les salaires accrus, intensifièrent le pouvoir d'achat du plus grand nombre, et la demande s'amplifia*
La vie plus chère était née.
C'était inéluctable, si Ton tient compte aussi de l'éternelle macération, complètement impossible aux heures pénibles traversées. Ne faut-ril pas tromper 1 ennui, apporter quelque diversion aux anxiétés, aux chagrins?... La table est un moyen, et l'obtention delà victoire, à plus ou moins longue échéance, n'est qu'une question d'estomac, au propre et au figuré.
Certes non, la guerre n'est pas le temps des jeûnes et dâ l'ascétisme. Cela saute aux yeux du moins pifévenu d'entre les hommes.
Pourtant, nous nous hâtons de le déclarer, tous ceux qui paient patente ne profitèrent point de la situation et ne bénéficièrent pas des avantages qu'elle offrait spontanément, mir^culeusenient, aux moins scrupuleux. Certains, préservant les intérêts généraux, eurent un rôle éminemment inoralisateur, ep face du public affolé. 11 nous sera facile de le démontrer, dans les pages qui vont suivre. H est à regretter que la majorité n'ait pas à recevoip desféli* citations à cet égard.
Au reste, tous les conirnerçaRts de l'alimentation n'opt pas un devoir égal à accomplir : celui d'un fabricant de confitures diffère, par exemple, de celui d'un boulanger ou même d'un épicier. Lo premier n'a pas à assumoiv les
LS RÔLE âOOlAL DO GOItMtBtlÇANT 125
chargée du sêôôAd ,^ te second A dèd responsabilités que le pfemiei" ti'a pàd< Gélà tiétit à C6 que la confiture^ iôul en êtaût uti ttlimeiii, eonètituô uft supértlu, alors què lo pain ti'eti est jamâiis un, puigqu il demeure la baéie de notre vlô, lé principe prfmordiôl de notre ôliflfiefitâtion. Il s'ensuit que. fiOèiâlén^ént pariant, il est pïm noble â*èt^e boulanger que d'être confiturier t boulang'èi*» on oôt appfovisionneu!* du public — et cela ne va pas toujours tout seul. Quoi d^étonnantj alora, à ce que lês contraintes de la réglementation s'exercent davantage, selon les circofistanceô, sur ceux qui produisent le pain ? Quoi d'extraordinaire à ce que les pouvoirê publîcfe flxent éur eux une attention toute spéciale ? qu'ils veillent plus particulièrement à ce que les niarchandises soient levéeô loyalement, quant à la quantité, quant à la qualité et quant au prix ?
Certes, les bouchers, les épiciers, les débitants de bois^ Érons, savent plus ou moins nettement ce que leur permet la loi et ce qu'elle leur défend ; s'ils la transgressent ou s'ils la violent, ils sont coupables et peuvent s'attendre à là punition. Les boulangers, eux, le crotrait-on ? ne Jouissent pas des avantages dévolus aux autres commerçants ; \k Cour de Cassation et le Conseil d'Etat ne sont pas euxmêmes très éclairés sur la question, puisque ces deux juridictions ne se sont jamais mises, d'accord Sur la por^ tée, comme sur là nature, des droits dont croit pouvoir jouir la Catégorie de détaillants^ qui fait plus particulier renient l'objet de ces lignes.
Victor Boret, député dé la Vienne, nous disait un jour^ à ce Sujet :
« Je serai à peine cru du grand public en lui apprenant qu'il n'y a guère plus de vingt-trois ans, que les boulangers se sont vu reconnaître, par les tribunaux judiciaires, le droit de fabriquer et de vendre du pain de gruâu. Encore récemment, des maires Ont prétendu imposer aux boulangers l'obligation de ne fabriquer que du pain d'un poids et d'une qualité donnés, leur interdisant de mettre en vente des pains qui ne répondraient pas aux conditions qu'il leur aurait plu d'édicter. Jé ne puis citer ici toutes les bizarreries, toutes les chinoiseries que j'ai pu relever.
128 LA GOSJtRE Et LE GOttltERCfi PBANÇAIS
que lêâ bouldû^rs voyant, dô ce fait, augmenter sensiblenoent leurs frais généraux, avaient demandé à la Municipalité le relèvement du prix du pain.
^ La Ville préféra d'efforcer de leur procurer du bois, comme elle leur avait procuré des farines. Elle commenya aussitôt dactives démarches et, puissamment aidée par le conservateur des Eaux et Forêts, elle obtenait, du ministre de TAgriculture^ la cession amiable, pour l'usage exclusif de la boulangerie, d'une coupe de bois déjà exploitée^ dans la forêt domaniale de Bouconne, et les produits de deux coupes sur pied, à des prix qui, grevés des frais d'exploitation, de transport, d'octroi et de livraison, faisaient ressortir le coût du bois à un chiffre sensiblement égal à ce qu*il était avant les hostilités.
Les boulangers tenaient à augmenter le prix du pain. Ils prétendirent rompre leur contrat avec la Municipalité et ils résolurent de sommer le préfet^ M. Lucien Saint, d'avoir à annuler son arrêté de taxation. Ils s'engagèrent à éteindre leurs fours, au cas où ils n'obtiendraient pas satisfaction, et, pour garantir l'exécution de cette menace, ils versèrent à une caisse de eirconstance, la somme de deux cents francs chacun. Quiconque fléchissait devait perdre cette somme'.
^^Nous vous donnons quarante^huit heures pour méditer, dirent-'ils au préfet.
Ce à quoi le préfet répondit :
*— Moi, je vous donne vingt-quatre heures. Passé ce délai^ si vous n*êtes pas revenus sur votre décision, je vous fais arrêter.
Pendant ce temps, la Municipalité négociait avec une grande société d'alimentation : l'Epargne. Comme l'Epargne fait la boulangerie, elle acceptait de suppléer aux boulangère en grève. Dès lors, la question cessait d'être inquiétante pour la population...
Et, pris de Crainte, les boulangers capitulaient... Ils allaient respecter la taxe.
C'est par là qu'ils auraient dû commencer.
Sûrement ce n'est pas un orimè que commirent lés boulangers de Toulouse. On né p(*ut toutefoifi que déplorer
leur geste, éminemment intempestif. Le commerce est, en quelque sorte, la partie bourgeoise de la nation; il devrait en être la partie la plus éclairée, la plus consciente de ses devoirs. Mais, comme dit le proverbe, ce n'est pas accomplir ses devoirs qui est difficile, c'est les connaître. Souhaitons que, demain, si les crises alimentaires s'accentuent, chacun soit pénétré de ses obligations et du rôle social qu'il a à remplir. Les affaires n'en iront pas plus mal.
Le petit commerçant est âpre au gain. Pour gagner vite, il ne choisit pas toujours les moyens. Jetant un regard Sur le passé, il déplore que le temps où Ton édifiait les fortunes avec rien, se soit évanoui. Ce temps ne reviendra plus.
Rappelons-nous la première période de la mobilisation, et les débitants qui baptisaient consciencieusement leur vin, qu'ils vendaient très cher. Ils tendaient au soldat une main secourable pour saisir le bidon, et l'autre, pour alléger le porte-monnaie.
Que de litres, sortis des citernes ou des sources, furent ainsi mêlés au sang des vignes et vendus de vingt à trente sous ! Le service des fraudes ne fonctionnait plus et les con>mandants de cantonnement n'avaient ni le goût, ni les aptitudes nécessaires à la répression de ce qui, dans bien des cas, correspondait à un vol manifeste.
L'eau est très précieuse, en temps de guerre surtout, à ceux qui vendent des liquides. Qu'on le demande plutôt* à certains laitiers. Ceux-là, bien souvent, sont incorrigibles. M. le Préfet de la Haute-Garonne en sait quelque chose. Il a lutté contre eux, sans merci. En octobre 1915, il nous disait à quel trafic éhonté quelques-uns se livraient : mesures à double fond, mesures trop courtes, mouillage fantastique, écrémage ; ils avaient tous les trucs.
Le public grogne, proteste. Mais il paie. On ne sait ce qu'il faut le plus blâmer, de la mansuétude dont il fait preuve, ou de l'impudence de ses fournisseurs. De pareils
130 LA GUERRE BT LE GOMHBRGK FRANÇAIS
ùdie, au reste, ne sont point particuliers à nos départements, et les gens qui ne sont pas de parti pris, avoueront volontiers qu'il en était de même à Paris, avant Tinsiallalion de la grande société laitière Maggi, entreprise de concentration qui dota sa clientèle d'un laboratoire d'analyses merveilleusement installé. La concurrence obligea la crémerie tout entière à se mettre plus ou moins au diapason, si elle ne voulait pas disparaître, à côté des boutiques à devanture uniforme, plus propres que les siennes.
Il n'y a pas à le nier : la concurrence a été bienfaisante au point de vue de Thygiène. Il n'y a qu'à souhaiter la voir se développer, là où elle n'existe pas. Qu'on le demande à nos poilus ; ils en savent quelque chose, parce qu'ils connaissent, d'une façon toute particulière, le mercanti et le boutiquier des villes de l'arrière. Les deux espèces se sont souvent confondues en une seule ; pareillement, elles ont su rendre leur pâle négoce très fructueux. Elles ont travaillé, sans doute ; elles ont grugé aussi ; elles ont abusé sans vergogne des besoins, des dispositions de nos soldats qui descendaient des tranchées ; elles leur ont arraché quelques plumes, à la veille de partir pour une attaque ; et leur souhait le plus ardent, à coup sûr, est de tirer, le plus tard possible, le dernier sou de la poche du dernier homme. Encore une fois, la distinction est à établir entre ceux de l'extrême -avant qui, comme le dit A. Dariac, poussent leur roulotte avec l'agrément des autorités, et ceux qui voyagent avec de plus confortables voitures, — et ceux qui guettent les proies faciles, au seuil de leurs maisons, ou derrière leur comptoir humide ^t graisseux.
On se souvient peut-être que le 1«^ décembre 1918, à la demande de M. Ernest Lafont, et sur l'initiative de son vice-président, M. Rozier, la Commission d'administration générale jugeait nécessaire de faire procéder à une enquête sur le fonctionnement du trafic des denrées alimentaires de toutes sortes, dans la zone des armées. Une sous-commission ayant été désignée, le 8 décembre, il fut établi six secteurs pour son tiravail d'enquête.
LS BÔLfi SOGIiii DU GOMHBBÇANT 131
1^ Ehinkerque-Béthune ; 2*» Béthune-Soissons ; 3*^ Soissons-Reims ; 4** Reims- Verdun ; 5° Verdun-Nancy ; 6**Nancy- Belfort.
Voici comment les résultats ont été résumés par M. Bouctot, député, au nom de la dite commission :
M. Loustalot^ dans le secteur Dunkerque-Béthune, de concert avec M. Lefas, qui s'était joint obligeamment à la délégation, a étudié les mesures prises à Tavant ; taxation, examen des denrées, prix de vente, etc.. Les moyens que lui suggère la situation sont indiqués dans l'ordre logique suivant :
1° Obligation, pour tous* les revendeurs, d'une déclaration comportant licence ou patente et organisation d'un contrôle ;
2^ Obligation d'afficher les prix des denrées vendues ;
3® Taxation officielle ou officieuse, par les autorités civiles ou militaires, du cours des denrées ;
4** Sanctions contre les contrevenants, etc..
11 est clair que les enquêteurs ont reconnu l^s majorations anormales des prix ; ceux des autres secteurs apportent des précisions qui sont à retenir, comme on va le voir.
Dans le secteur Keims-Verdun, MM. Sixte Quenin et Hubert Rougier ont constaté l'effort très réel, accompli dans les villes de ia zone des armées, par les autorités civiles. M. Grillon, sous-préfet de Verdun, qui fonda un comité de ravitaillement, fit installer un frigorifique dès le printemps de 1915, et usa de la taxation: Grâce à ces mesures, il ne se produisit pas d'abus et d'intéressantes statistiques le prouvent. Mais, dans toutes les premières lignes où ne se faisait pas sentir l'action de M. Grillon, le mercantilisme s'est exercé durement. Des soldats se &ont plaints d'avoir payé, par exemple, des œufs ii francs la douzaine, des morceaux de savon, d'une valeur réelle de Ofr. 20, 4B centimes ; du mauvais vin, 1 fr. 28 à 4 fr. 80 le litre. La répression des fraudes était insuffisante ; l'emploi plus-généralisé des camion s- bazars, paraissait une solution. On sait que ces camions^bazars étaient, dans uiie trop faible mesure, achalandés et mis ea action .par de grandes sociétés d*aliraentation.
Dans le secteur de Verdun-Nancy, M. Delaroue, préconisant des solutions analogues, a remarqué les bons effets de simples menaces de taxation ; ces menaces suffirent à enrayer les abus entre les deux villes citées, momentanément.
Dans le secteur Nancy-Belfort, M. Célos a vu circuler les cinq autos-bazars de TUnion lorraine, société des commerçants de Nancy, Epinal, Belfort. IL en demande un plus grand nombre, parce qu'il voit, dans leur emploi, la meilleure manière de régulariser les prix. Et cela prouve surabondamment que l'intervention des grands modère l'ambition des petits. Il reproche à ces camions une chose unique : le manque de vin ordinaire.
Dans le secteur Béthune-Soissons, MM. Bouctot, Laurent, Fougère, Magniez et Ternois, ont noté que la cherté de tout se manifestait surtout à une huitaine de kilomètres de la ligne de combat. A l'arrière du front et dans les cantonnements, la surveillance n'était que relative ; les centres connaissaient les prix excessifs qui, très élevés à Gompiègne, à Amiens, à Saint-Pol, àBéthune, devenaient scandaleux aux environs d'Abbeville, et particulièrement à Noyelles. De grands chefs avaient pensé à la taxation, dans Amiens, par exemple, de concert avec la municipalité et le préfet, ainsi que dans d'autres localités plus modestes, telj que Barlin. Comme sanction, fermeture provisoire de la maison contrevenante et expulsion des tenanciers, en cas de récidive. Mais, écrit M. Bouctot, les soldats, surtout ceux qui sortent de la tranchée après avoir couru des dangers, achètent à n'importe quel prix, s'il plaît aux vendeurs de ne pas se conformer au tarif officiel. « Courte, peut-être, alors, bonne ! » L'adjoint de Montdidier a fourni des preuves édifiantes de cet état d'esprit : « Combien ce lapin ? — Six francs ! — Je le prends ». Il s'agit d'un médiocre lapin de clapier.
Un poilu entre chez un épicier, avise sbn stock de conserves de toutes sortes : « Il y en a là pour beaucoup ? »
— Sept cents francs !
— J'achète. Chargez la marchandise dans la carriole! Et il met sept cents francs sur la caisse du marchand
ahuri. Et dire, ajoute l'enquêteur parlementaire, que ces boîtes de conserves renfermaient peut-être, comme celles signalées par M. Le Fur, dans la Revue des Deux Mondes, du l^"" mars 1916, peu de nourriture pour beaucoup d'eau ! . . . Avec les Anglais, qui disposent de plus d'argent encore que nos soldats, on est dans la haute fantaisie ; rien n'est assez cher pour eux. Tel marchand tire cent francs d'un panier de camelote qui n'en contenait pas pour trente francs. La qualité des marchandises tenues par les détaillants est souvent trop défectueuse. D'où nécessité d'une application rigoureuse de la loi sur les fraudes. L'approvisionnement, confié, d'après les contrats-types, aux maisons Olida, Damoy, Dreux (d'Arras), etc., est très utile aux popotes d'officiers, mais ne favorise pas assez les hommes de troupe. Ainsi, Tune de ces maisons vendait 1 fr. 70 un excellent clairet, considéré par elle-même comme un article sacritié ; combien de soldats peuvent payer leur vin 1 fr. 70 le litre ?
Cependant, on a vu plus haut que le soldat, chez le détaillant, payait couramment ce prix pour du mauvais vin. Il eût donc été avantageux, pour le client, de voir supprimer le détaillant pour le remplacer par un dépôt des firmes nommées plus haut.
Mais, continuons à suivre M. Bouctot. Il dit :
« Les officiers de deux régiments de l'armée de Saint- Pol, pour varier et améliorer la nourriture de leurs subordonnés, ont acheté des stocks de denrées à la maison Dreux, avec 5 et 7 p. 100 de rabais, et les ont passés à leurs hommes au même prix et sans surcharge de transport. Le service de la répression des fraudes nous a paru inexistant. Quelques preuves de bonne volonté, cependant; Tétat-major d'une armée a fait des prélèvements dont plusieurs sont mentionnés par une lettre du commandant X..., 12 janvier 1916 (Q. G.). Ces prélèvements ont été opérés à Frévent et Auxy-le-Ghâteau (vins), à Hesdin (charcuterie), à Ray-sur- Authu, Loison, Gapelle, Boulogne-sur-Mer (beurre). »
Rien n'est difficile comme une enquête annoncée par toutes les voix de la presse. Même, et surtout si elle est
parlementaire, il ne convient pas d'en attendre des résultats fameux. D'autres ont constaté les prix abusifs des petits commerçants de la région du front, notamment M. Edmond Théry, qui a consigné les résultats de son enquête administrative dans un rapport. Il y signale le scandale de la vente du vin à Mourmelon, à la Fère-en- Tardenois, à Fismes, àHans. Cevin,dit-il,acheté 35 francs rhectolitre, à 9**, plus 7 francs de transport et 1 fr. 50 de droits, revient à 43 fr. 50. Mouillé (car le service des fraudes ne s'est pas toujours occupé de ce trafic), ce vin était ramené à 7® ; l'hectolitre d'origine fournissait donc 128 litres, vendus 86 fr. 80. Bénéfice : 106 p. 100 ! Des débitants (il y en a un sur deux maisons, à Mourmelon) ont réalisé des gains de 10 000 francs, en un mois. Il s'est fait, en peu de temps, des fortunes de 500. 000 francs; des paysans se sont improvisés « bistros », laissant leurs terres en friches.
Ce qui est remarquable, c'est la façon dont le premier venu s'intitule boutiquier. Des gens de maisons se font, à l'occasion, épiciers, tout aussi aisément que les paysans, dont parle M. Edmond Théry, muaient en bistros. Au reste, c'est bien là une plaie sociale, et nous devrons l'examiner longuement, car il faudra y porter remède plus tard.
M. Espivent de Villesboisnet, député, rapporte, lui aussi, que le vin de mauvaise qualité était vendu couramment
1 fr. 40 et 1 fr. 60 le litre, une petite boîte de sardines
2 fr. 50, un poulet étique, 11 francs.
Laissons de côté le camembert, il a assez fait parler de lui, et passons aux observations d'un autre parlementaire, déjà cité : M. Lefas. Dans la zone anglaise, il a pu noter que des œufs ont été vendus fr. 50 pièce ; du beurre, 10 francs le kilo. M. Bouctot, de son côté, relève, en prix : vin détestable, 1 franc à Barlin ; 1 fr. 25 à Noyelles ; Champagne de marque, jusqu'à 24 francs la bouteille ; vin mousseux, 1 franc le verre (une bouteille de 2 fr. 25 fait six verres) ; un chou-fleur, 1 fr. 20 ; un chou ordinaire, fr. oO. D'ailleurs, les légumes frais, si demandés au front, manquent presque totalement, parce que rien n'est fait pour permettre aux maraîchers du
Nord, pas plus qu'aux jardiniers du Centre et du Midi, d'accompagner ou d'expédier leurs produits par chemins de fer. Certaines personnalités du Comité de l'Approvisionnement de Paris ont multiplié leurs efforts. Elles n'ont pas toujours été secondées.
Gela n'a rien de surprenant, pour qui connaît les Compagnies. Et d'ailleurs y peuvent-elles quelque chose aujourd hui ?
M. Bouctot poursuit :
« Le prix moyen du beurre est entre 5 et 6 francs le kilog, au commencement de 1916 ; l'imitation de camembert coûtait, dès l'automne de 1915, de 1 fr. 10 à 1 fr. 25 — prix de Paris, en octobre 1916, pour la bonne qualité. Le poisson est inabordable : un hareng saur, de fr. 30 à fr. 40. Région d'Hazebrouck, huile d'oeillette, 2 fr. 75 le litre ; trois moyennes côtelettes de porc, 2 fr. 80 ; lard, 2 francs la livre (doublement du prix). Non loin d'Amiens^ %ues et dattes, 2 fr. 40 chez l'épicier, au lieu de fr. 90.
« Evidemment, ces prix très élevés ne sont pas encore ceux que l'on connut au cours des sièges de jadis, ni même ceux que paient les habitants des villages belges non occupés, où le ravitaillement est difficile... A Salonique, nos troupiers achètent du pain à 1 fr. 25 le kilpg, du beurre à 16 francs... »
En tout cas, il n'y a point ici motifs à consolation. Le commerce n'est respectable que s'il est honnête et loyal; il se déshonore, s'il n'est plus qu'un trafic éhonté. Combien d'accapareurs aux petits pieds ont mérité la corde qui aurait pu les pendre !
41 nous plaît de noter ici que le petit commerce individuel s'est livré à Texploitalion absolue de ceux qui, sans compter, versaient leur sang pour les défendre ; il nous plaît surtout de constater que, chaque fois que les négociants modestes se sont associés, syndiqués, pour exécuter les contrats qu'ils passaient comme fournisseurs de l'armée, ils se sont conduits irréprochablement. Ces associations ont éclos, notamment, à Bar-le-Duc, à Nancy, à Epinal, à Dijon, à Vitry-le-PYançois ; par la réunion de capitaux suffisants, elles ont permis à leurs membres d'équiper
des camions-bazars, qui ont rivalisé avec ceux des grandes maisons d'alimentation, et un commandant d'armée — plus d*un, certes, — a déclaré qu'il en était satisfait. Et cela prouve bien que le petit commerçant peut et doit trouver, dans l'association, les vertus ouïes qualités qui lui sont nécessaires.
Après ce qui précède, on est un peu ahuri en entendant des gens rendre responsable le producteur, de la hausse immorale de toutes les denrées alimentaires. On a pu constater l'écart qui existe entre le prix d'un bœuf vivant et son produit en viande de boucherie. Le Matin, preuves à l'appui, l'a calculé à cinq cent seize francs ; l'écart n'a jamais cessé d'être fameux, même en ce quj concerne les veaux, les moutons ou les porcs. Le lard, en effet, en maints endroits, dans la région de Mouzon et Meuse, par exemple, différait aisément de 12 sous par livre, d'une boutique à une autre. Un cossonnier, en août 1914, achetait son beurre fr. 70 la livre et le revendait 2 francs, dans la bourgade de Neufchâteau.
C'est en raison de données de ce genre, que le Journal^ dans son enquête sur la vie chère aux armées, a pu établir que, sans les petits commerçants, improvisés ou professionnels, nos poilus auraient économisé un million par jour.
On ne peut mieux reconnaître que ce million leur était volé.
« En effet, écrivait M. Pierre Chapelle, en restant très au-dessous de la vérité, nous pouvons admettre que, sur le front, deux millions de combattants de tous grades dépensent, l'un dans l'autre, un franc par jour à l'achat de denrées ou d'objets, qu'ils paient avec une majoration de 50 p. 100 ; le calcul est simple. »
Il est certain que le trafic du front a eu une grosse répercussion à l'intérieur, sans qu'on s'en doute. On est même allé jusqu'à affirmer qu'en réduisant le prix de la vie, près de la ligne de feu, on la ferait redevenir normale dans tout le pays. Nous ne nous plongerons point
dans de telles considérations, notre but n'étant pas de trouver des remèdes à la crise de l'alimentation, mais bien plutôt d'étudier les méthodes commerciales pendant laguerre. Les déductions, ensuite, viendront toutes seules.
Les méthodes commerciales ! En ont-ils une vraiment, ceux qui font l'objet de ce chapitre, petits patentés d'hier ou patentés nouveaux? Ici, comme Ta dit nous ne savons plus qui, c'est un Belge, ancien agent d'aissurances, qui vend quatre ou cinq sous des porte-plumes achetés un sou. Là, c'est un vieux paysan qui s'est fait représentant d'une maison d'huile de Provence et de savon et avoue luimême travailler à 100 p. 100. Dans tel petit village soumis à un bombardement violent et continu, les femmes ont transformé leurs demeures en épiceries achalandées, et surtout en 4^bits. Elles couchent — en tout bien, tout honneur — dans les caves, au milieu des troupiers, et y participent, naturellement, chaque matin, à la distribulion du jus.
Une commerçante avisée, conte V Information , ayant reconnu l'existence, dans les cantonnements voisins de sa résidence, de plus de 20.000 bouteilles abandonnées, emmagasina soigneusement celles de ces bouteilles portant une étiquette de cru. Avec des bouchons neufs, un peu de cire, et beaucoup d'audace, il lui fut ainsi possible de livrer aux poilus, qui se cotisaient au besoin pour cet achat, moyennant 3 fr. 50, 4 fr. 25 ou même 6 francs,. du soi-disant Saint-Emilion ou du faux Saint-Estèphe, qui lui revenaient, en barrique, aux prix de 1915, à fr. 30 le litre.
M. Pierre Chaîne appelle ça la revanche du civil; elle commença sitôt la bataille de la Marne. Car c'est alors que les civils revinrent « d'abord timidement. Ils sollicitèrent la pitié du soldat; ils vivaient à ses crochets, partageant son café, son sucre, son pain. Ils mendiaient; puis ils s'enhardirent ; après avoir lavé le linge et raccommodé les effets, ils entreprirent le commerce et devinrent arrogants. Chaque objet retrouva son maître. La civilisation reprit son cours et les lois sociales ionctionnèrent de nouveau.
« Actuellement, tout doit s'acheter, et à quel prix !
138 LA GUESIE ET LE GOMMBRGB FBANQÀIS
Autrefois, c'était au plus débrouillard ; maintenant, c'est au plus riche. Nous payons la rançon de nos anciens privilèges. Les civils font fortune à nos frais. On les surveille, on les suspecte, on les déporte, on les réglemente, on les bombarde, mais rien ne les décourage.
<( Connaissez-vous la mère Grapouillot ? Sa ferme s'accroupit à cinq cents mètres à peine des premières lignes, dans un fond où les obus tombent quelquefois. C'est là qu'elle a établi un commerce prospère et clandestin. On y trouve du vin, des conserves, des allumettes, du tabac, le tout vendu avec un honnête bénéfice. C'est une femme de tête : grâce aux détritus des cuisines, elle engraisse, sans qu'il lui en coûte un centime, les porcs qu'elle débite ensuite aux soldats.
« Son commerce n'est troublé que par la concurrence d'une voisine, chez qui les officiers vont manger l'omelette au lard. Toutes les semaines, elles se dénoncent Tune l'autre pour espionnage, mais elles s'accordent pour vouer à l'exécration la sage-femme de B..., qui est accueillante, et chez qui on boit du mousseux à douze francs.
« On a calculé que la commune de P..., qui ne compte guère plus maintenant qu'une centaine d'habitants, et où il séjourne environ mille hommes de troupes au repos, tire, de la troupe qu'elle héberge, en tenant compte du prêt, Nde l'argent de poche et des indemnités diverses, une somme mensuelle qu'on ne peut estimer au-dessous de quarante mille francs.
« On comprend, dans ces conditions, que ces civils tiennent. Le comble, c'est qu'ils se croient obligés, devant le soldat, de déplorer la longueur de la guerre et de gémir . sur le malheur des temps; quelques-uns poussent même le scrupule jusqu'à tenir des propos suspects. Mais ils pensent tous, à part soi : « Encore un an et nous pourrons nous retirer ! »
Le pire, évidemment, c'est que les honnêtes commerçants — il y en a — des villes un peu éloignées du front, souiïrent de la mauvaise réputation que des indélicats ont établie, par leurs pratiques, sur l'ensemble de la corporation. Ils en souffrent à présent; ils en souffriront
LB RÔLS SOCIAL DIT COMMERÇANT i39
encore davantage après la guerre, car les organisations collectives, il n'en faut pas douter, gagneront à cet état de choses. Et, parmi ces organisations, il faut citer, en tout premier lieu, les Coopératives, qui les concurrençaient avant les hostilités, qui les concurrencent maintenant et les concurrenceront bien plus encore demain. A ce point de vue, l'exemple des Anglais ne sera point inutile.
L'Angleterre n'est-elle pas, par excellence, le pays de la coopération?... Nos parlementaires enquêteurs se sont convaincus que ces associations bienfaisantes doivent être encouragées chez nous, car elles sont susceptibles de rendre les plus grands services. Elles n'empiètent aucunement sur la liberté individuelle ; elles développent les principes d'économie, de prévoyance, de solidarité ; aussi l'avenir apparaît-il plein de promesses pour les magasins coopératifs, qui serviront ultérieurement à l'élément civil, comme ils servent peu à peu, et de plus en plus, présentement, à l'élément militaire.
M. Bouctot, député, le dit dans son rapport, au nom de la Commission d'administration générale, dont font partie MM. Maginot, président; Bonne vay, Milliaux, Alphonse Chautemps, Laurent Bougère, Georges Ponsot (Jura), Arthur Rozier, vice-présidents ; vicomte pornudet, Houet, JeanHennessy, Hubert-Roug^, Chaulin-Servinière, Pierre Perreau-Pradier, Auguste G clos, secrétaires ; Bonniard, Bosquette, Bouctot, Brenier, Delaroue, Deléglise, Demellier. Dessein, Paul Escudier, marquis de l'Estourbeillon, Emile Faure, Ginoux-Defermon, comte Joseph de Gouyon (Morbihan), Grousseau, Abel Lefèvre (Eure), Louis Loustalot, Henri Loup (Yonne), Emile Magniez, Paul Meunier, Victor Peytral, Pezet, Philbois, Reboul, Reille-SoulL duc de Dalmatie, René Renoult, Sarrazin, Sixte-Quenin, Talon, Temois, Voillot (Rhône).
Il écrit :
« Et ceci nous amène à parler des Coopératives, ou, plus exactement, selon nous, des Mutuelles de consommation, qui constituent le moyen le plus démocratique, le plus fécond en résultats immédiats, le plus facilement
142 LA GUBERK XT LE CÛMMERGB FRANÇAIS
qu'ils offrent, en comparaison des prix pratiqués dans le commerce local, quand il y a encore des habitants dans les pays. » > •
Voici les prix comparatifs de la Goopiêrative fondée par le Commandant du 9' bataillon du 130* d infanterie! et ceux des commerçants de son cantonnement :
GOOPSRATIVS COMMERÇANTS
Vin rouge, le litre 0,90 1,25
Vin blanc — 1,10 1,50
Pâté, la boîte 0,75 1,50
Langouste, la botte .... 1,80 2,50
Ces chiffres nous dispensent de tout commentaire. C'est pourquoi M. Philbois, parlant des Coopératives et de leur diffusion, continue :
« Il nous a semblé que cette création, quoique récente, ayant donné des résultats véritablement satisfaisants, il y avait lieu d'y faire une large place dans le rapport de notre enquête, afin d'en généraliser le plus possible l'application.
« C'est un frein nécessaire à la cupidité de certains marchands, en même temps qu'un énorme bienfait apporté aux braves soldats, qui trouvent ainsi des marchandises de première qualité à des prix raisonnables.
« Souhaitons que la routine ne vienne pas mettre obstacle à la vulgarisation d'une oeuvre qui fait le plus grand honneur à Tofticier supérieur qui en a conçu aussi largement l'application, et dont il a le droit d'être fier. »
La conclusion est toute sipple : la Chambre a invité le Gouvernement :
1*^ A veiller à ce que les commerçants et les détaillants de tout ordre, dans la zone des armées, n'obtiennent ou ne conservent de permis de vendre qu'à la condition de se tenir dans la limite des prix fixés ;
2*^ A mettre en mouvement le Service des Fraudes ;
3** A favoriser l'emploi des autos*bazars des Commerçants réunis, ou des grandes Sociétés d'alimentation;
4° A recourir à la taxation ;
5'' A favoriser, d'une façon toute particulière, r extension des coopératioes, ou^ plus exactement, des mutuelles de consommation,
11 y a une autre conclusion : les soldats ayant appris à devenir des coopérateurs, après la guerre resteront des coopérateurs.
Nous ne voyons pas que le petit commerce qui souhaitait, avant les hostilités, la disparition ou l'èlranglement de tous ses concurrents, ait sauvé sa situation.
Bien des gémissements inutiles sont à prévoir, pour ultérieurement.