LA CALOMNIE CONTRE LES RIVAUX COMMERCIAUX
On a bien lu, à la page précédente, que la Chambre, pour lutter contre les mercantis exploiteurs de combattants, avait invité le Gouvernement à favoriser l'emploi des autos-bazars des Commerçants réunis ou des grandes Sociétés d alimentation.
Eh bien I il nous est permis de proclamer que toutes les firmes importantes ont offert leur concours. Malheureusement la bureaucratie militaire n'a pas cru devoir Taccepter. Les bonnes volontés qui s'offraient en ont été pour leur peine. On ne sait pourquoi et on ne peut que le regretter.
N'importe. La Chambre a reconnu par là que les associations de commerçants et les grandes Sociétés d'alimentation étaient capables de rendre les plus signalés services. 11 semble qu'il y ait, dans cette constatation, un motif pour ne plus les persécuter dans l'avenir, en obéissant à des sentiments de démagogie, aussi basse qu'inavouée. Il apparaît encore que les calomnies sans nombre dont elles furent l'objet devraient s'évanouir promptement. Nous l'espérons sans y croire.
Nous n'oublions pas, en effet, que c'est contre ces grandes firmes d'alimentation dont la bienfaisance n'est plus niable, qu'on a tenté, autrefois, à l'instigation de M. Georges Berry, d'ameuter l'opinion publique ; ce sont ces mâisons-là qu'il fallait écraser sous le poids d'impôts iniques ; ce sont elles encore que, présentement, M. Perchot, rapporteur de la Commission des Finances au Sénat, veut handicaper. Et, comme elles ont la peau dure, qu'on ne peut pas les tuer du premier coup, on a tenté d'ameuter
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contre elles la religion d'abord, et les soi-disant patriotes ensuite.
Les défenseurs du « Petit Commerce » n'ayant, comme on l'a vu, qu'une confiance très limitée dans l'enquête votée par le Parlement, étaient en mal d'amis nouveaux. Du moins, ils étaient en niai de susciter, à leurs rivaux, des ennemis aussi puissants qu'inattendus. On les vit un jour jeter le nom au pape Léon XIII dans le feu des discussions. Us analysèrent l'Encyclique : Rerum novarum, et, ô merveille ! y découvrirent une pensée tout en leur faveur. De nombreux journaux corporatifs publièrent le filet suivant :
Vàvis du Pape sur les Grands Magasins et sur les
Succursales multiples.
(c II faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu'ils sont, pour la plupart, dans une situation d'infortune et de misère imméritée.
« D'une part, la toute-puissance dans l'opulence : une faction qui, maîtresse absolue de Vindustrie et du com-^ merce, détourne le cours des richesses et en fait affluer ,en elle toutes les sources, faction, d'ailleurs, qui tient en sa main plus d'un ressort de l'administration publique; de l'autre, la faiblesse dans l'indigence ; une multitude, l'âme ulcérée, prête au désordre ! »
Encyclique Rerum Novarum.
Traduction officielle.
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on ne s'attendait pas à voir le Pape mêlé à pareil débat.
La guerre qui éclata, en coup de foudre, fit oublier cet argument, comme les autres. Au reste, c'était justice, car le successeur de Léon XIII démontra que, s'il ne s'intéresse que médiocrement aux belligérants, à plus forte
raison ne s'intéresse-t-il pas aux querelles de boutique.
Ne pouvant atteindre les grandes entreprises de détail par d'aussi naïfs moyens, leurs ennemis, immédiatement, affectèrent de suspecter leur nationalité.
« Calomniez, calomniez, a dit Basile, il en restera toujours quelque chose. »
Quelle est la firme qui, par des gens de mauvaise foi, n'ait pas été accusée ,d'être allemande*?
Le Syndicat commercial et industriel de Tarrondissement de Sens n'a-t-il pas écrit : il est impossible de déterminer si les Maisons à Succursales sont françaises ou non, mais à en juger par le Gaïffa, qui est devenu une société anglaise, elles auront, de plus en plus, des ramifications à l'étranger.
La généralisation est, de nos facultés, celle qui incite à commettre le plus d'erreurs grossières. Par elle nous agissons à l'instar de ce John Bull qui, débarquant à Calais et ayant aperçu une femme rousse, écrivait en hâte : « Dans ce pays, toutes les femmes sont rousses ! »
Comme on le verra plus loin, certain polémiste emboîte le pas à ceux qui commettent l'erreur, même volontaire. Nous relevons, dès à présent, que, dans le rapport de M. Landry sur la situation du commerce en France, toutes les réponses du petit détail, toutes celles des sociétés coopératives, des représentants du Petit Commerce, des commerçants de gros et de demi-gros, ne signalent que de très, très rares exemples de sociétés étrangères. Encore remarquerons-nous que ces sociétés ne sont point des Maisons à Succursales : on en nomme une anglaise, à Morlaix, une autre à Chambéry, une troisième à Gosne, puis le Planteur de Caïffa, et c'est tout. Les insinuations, naturellement, ne sont pas des affirmations ; elles doivent être négHgées. comme cette réponse alléguant que, dans l'Allier, la nationalité des Succursales multiples, comme celle des Coopératives, est inconnue. Ce sont des correspondants anonymes qui écrivent des sottises loin de constituer un argument.
Mais, revenons-en aux arguments de polémique.
On sait la campagne qu'on mena et qu'on mène encore