LA CALOMNIE CONTRE LES RIVAUX COMMERCIAUX
contre la Société Maggi ; beaucoup, hélas ! éprouvèrent une réelle satisfaction quand, à la mobilisation, des bandes de forcenés, de pillards, de cambrioleurs, s'attaquèrent aux dépôts de la puissante société, pour en voler les marchandises. Au reste, en pleine guerre, sans aucun souci deTUnion sacrée, n'a-t-on pas osé écrire, dans un journal, le seul qui fasse écho aux Syndicats des Crémiers, particulièrement intéressés au dénigrement d'un concurrent :
« Les Maisons à Succursales multiples, formées à l'aide de capitaux étrangers, quel que soit le prétexte, quelle que soit la nationalité d'emprunt dont elles recouvrent leurs empiétements et leurs acquisitions, devront être particulièrement surveillées à ce point de vue... Au moindre soupçon, la Société à Succursales multiples lève les bras au ciel et s'écrie : « Notre personnel est presque entièrement français!... Voyez nos pourcentages, etc., etc.. »
L'auteur de ces lignes certifie sans rien savoir, et son affirmation est une calomnie de plus contre tout le grand commerce français.
Certifier que les Maisons à Succursales sont formées à l'aide de capitaux étrangers, c'est commettre une grossière hérésie, une hérésie plus grossière que celle de l'Anglais précité.
Cette calomnie rentre dans le système des défenseurs du Petit Commerce. On ne peut que le déplorer. La vérité est tout autre.
Les commerçants, grands et petits, jusqu'à l'âge de cinquante ans pour ainsi dire, ont payé leur tribut de sang et d'argent à la Défense nationale. Pareille suspicion ne peut atteindre en bloc, ni ceux-ci, ni ceux-là l
Peut-être, après tout, notre polémiste ignore-t-il ce que sont les Maisons à Succursales. Dans ce cas, nous lui dirons que ses paroles englobant pareillement : les Nouvelles Galeries Réunies, parce qu'elles ont de nombreux bazars en province ; Félix Potin, avec ses quatre maisons à Paris, ses trois maisons de banlieue et toutes ses concessions des départements ; les restaurants Duval, Chartier; les Chaussures Incroyable (14 maisons de vente);
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les Cent Mille Chemises (10 maisons); Paris-France (100 succursales); la Belle Jardinière; là Société du Louvre, qui exploite les grands magasins, puis quatre grands hôtels et une épicerie près de la gare Saint-Lazare ; les Economats parisiens; les Laiteries Rothschild; le Groupe Mourier; les Comptoirs français, etc.
De telles exagérations sont d'autant plus impardonnables qu'elles visent cinq cents autres firmes honorables.
Certes, nous savons qu'à côté, il existe bien quelques entreprises étrangères. Mais, à l'étranger, n'y a-t-il pas d'entreprises françaises? Les établissements du Planteur de Caïffa, pour être anglais présentement, doivent-ils être traités en ennemis?... Cela nous semblerait peu logique. 11 ne viendra à l'esprit de personne de vouloir empêcher le commerce et l'industrie des autres pays du monde de s'installer chez nous, pour nous concurrencer, parce que nous trouvons là une raison d'émulation, un encouragement à mieux faire et à meilleur compte. Grâce à cela^ chacun peut comparer les produits français aux autres produits et se convaincre de leur supériorité en général.
Mais l'installation des sociétés étrangères sur notre territoire, ne doit pas prendre un masque, c'est-à-dire se qualifier française; la réciproque est aussi vraie; les sociétés françaises à l'étranger ne doivent pas renier leur nationalité pour abuser leur clientèle. Ceux qui mettent uoe fausse barbe tentent de donner le change Sur leur personnalité. Une firme commerciale doit être exempte de tout mensonge. Il n*y a que les Allemands qui aient tenté de nous tromper, à cause de leurs buts louches. 11 importe de ne pas voir un Prussien dans chacun de nos compatriotes, pour la bonne harmonie présente et future.
D'ailleurs, la qualité d'étranger est loin dlmpliquer toujours le masque. Il y avait, dans Paris, des maisons allemandes qui vendaient du matériel d'imprimerie, des machines, des caractères; avec raison, elles n'éprouvaîpnt nul besoin de se cacher; elles nous livraient des objets impossibles à trouver chez nous ; elles travaillaient à la
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diffusion de leurs produits, et souvent de leur mauvais goût. Nous ne voyions aucun inconvénient à leur prospérité. Cette prospérité ne pouvait qu'inciter des maisons françaises à fabriquer ce que, jusqu'à présent, elles n'ont pas voulu faire. Mais s'ensuit-ii que le consommateur doive à jamais être privé de ce qu'il recherche? On peut être sûr qu'il ne le sera pas, parce que, lui-même, protesterait justement.
On a surtout suspecté la Maggi. Encore, à son sujet, n'est-on pas bien fixé. Est-elle suisse?... Beaucoup le croient, et certains qui lisent tel journal hostile, en pleine guerre, n'en restent pas moins clients, parce que la vie est chère et que, là, ils trouvent, vraisemblablement, un avantage.
Mais laissons cela de côté, il n'y a pas une société d'alimentation qui n'ait été accusée d'être allemande. Lé temps se chargera d'arranger les choses. En ce qui concerne plus particulièrement la Société Maggi, M. Millerand, par son attitude, a fait notre conviction. Sa personnalité est assez haute, son patriotisme assez hors de tout soupçon, pour que les affirmations de quelques exaltés, sans discussion, tombent d'elles-mêmes.
Quant au Planteur de Caïffa, chacun sait que c'est l'Anglo Continental Supply Limited. On connaît ses administrateurs : The right Hon. Lord Farrer, président de la «Life Assurance G° »; lord Arthur Cecil, président, admi-' nistrateur du Midlan Railway; sir Wilham Garstin G. C. M. G., administrateur de la compagnie du Canal de Suez; Frédérik Charles Scotter, Stockbroker, etc.
Cette entreprise, essentiellement d'origine commerciale au début, a opéré sa transformation financière, avec ses 1.314 dépôts et sous-dépôts, ses 8.800 livreurs, qui, avec leurs roulottes, rayonnent sur les 36.000 communes de France.
On pourrait trouver, à l'inverse de ce que l'on affirme t^ouramment, parmi les firmes commerciales et indus-
trielles, des Sociétés françaises qui, au contraire, ont pris pour leur convenance la façade étrangère. Encore serait-il difficile d'en désigner plusieurs dans i*alimentation!;
Il convient peut-être, ici, de donner les motifs qui ont incité M. Gahen, du Planteur de Caïffa, à donner à sa fondation une allure anglaise.
Sous cette forme, les apports peuvent être majorés, puisqu'ils ne sont pas soumis, comme en France, à l'examen d'un commissaire et à l'approbation d'une assemblée générale. En ne déboursant qu'une somme infime, une société, au capital de plusieurs millions, peut être créée, ce qui ne pourrait se produire chez nous, où les sociétés ne sont légalement constituées que si tout le capital est souscrit et le quart versé. Les actions d'apport, en troisième lieu, peuvent être jetées en Bourse, alors que nos lois imposent aux titres deux ans à la souche.
L'Anglo Continental Supply Company Limited a créé et mis aussitôt en circulation des actions pour une somme de 40 millions. Les fondateurs de sociétés de ce genre ont recours à des clercs de sollicitor, qu'ils prennent pour témoins, en déclarant leur volonté de constituer une entreprise en Société et en déclinant leurs noms, professions, adresses, en qualités de souscripteurs.
Nous n'avons ni à louer, ni à blâmer ceux qui opèrent ainsi à la faveur de la loi. étrangère donnant des facilités que ne procure jamais la loi française à ceux qui veulent se lancer dans le mouvement des affaires. Toutefois il est bon de souligner que le mode anglais n'est pas inférieur au mode français, puisque \e Commerce de nos Alliés est d'une prospérité que le nôtre ne connaît pas.
Il ne nous reste qu'à énoncer une affirmation : c'est que, parmi les soixante-dix maisons d'alimentation à succursales multiples de France, réunies en syndicat, il n'y a pas une seule firme étrangère, pas une seule société qui ne soit entièrement française. Il en est de même, ou à très peu de chose près, parmi celles qui ne sont pas syndiquées. Voici la liste complète des unes et des autres :
L'Alimentation du Poitou; l'Alimentation générale du Sud-Ouest; l'Alimentation stéphanoise; l'Aiglon; FAli-