CHAPITRE PREMIER
LE GRAND DÉTAIL MENACE-T-IL RÉELLEMENT LE PETIT DÉTAIL DANS SON EXISTENCE?
Ceux qui veulent « handicaper » le grand commerce de détail proclament qu'ils ont pour but de sauver le petit commerce de détail. Ce n'est pas en augmentant les charges du premier par l'impôt, qu'on augmentera les revenus du second. En effet, nombreux sont ceux qui pensent : la loi de 1912, en doublant les patentes des Grands Magasins, les a incités à augmenter le nombre de leurs succursales afin de récupérer les frais résultant de ces nouvelles charges.
Au surplus, toute majoration supplémentaire des charges fiscales entraîne nécessairement une hausse de prix. Or, au-dessus des intérêts du commerce, il y a ceux de la consommation. Voilà pourquoi l'Union syndicale des banquiers de Paris et de la province a pleinement raison, quand elle écrit :
<c ... Etre utile au Petit Commerce. Mais ne semble-t-il pas que l'intérêt du consommateur doive être également respecté?... Les petits commerçants que l'on veut protéger sont eux-mêmes, chacun pour son compte, les consommateurs des produits, des vivres, des objets fabri-^ qués qu'ils ne vendent pas, mais qu'ils doivent, au contraire, a(5heter à d'autres; or, parle jeu naturel des lois économiques, toute atteinte portée à la libre concurrence a son action incidente sur le consommateur; c'est, en réalité, ici comme en matière douanière, l'opposition du système du libre-échange, avec le système du protectionnisme ; alors que ce dernier système est justifié, au moins
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dans une certaine mesure, lorsqu'il s*agit de lutter contre l'invasion des produits étrangers, il faut reconnaître que, sur le sol national, le même motif ne saurait être invoqué. »
Le grand Crédit forézien composé de petits commerçants sait bien qu*il y a mieux à faire.
« J*ai calculé, dit-il, à ce sujet, en m'appuyant sur des chiffres fournis dans une conférence parle député Georges Berry, de combien pourrait être diminuée la puissance économique des maisons à succursales et spécialités multiples le jour où toutes les réformes législatives préconisées auraient abouti. J'ai constaté que cette réduction porterait à peine sur 3 p. 100 de leur marge.
«c Or, si nous énumérons les diverses sources de bénéiices qui résulteraient de la mise en œuvre des rouages économiques, développés plus haut, nous obtenons :
{^ Par Tachât en commun 5 p. 100
29 Par la société de vente à crédit ... 4 -r-
'39 Par le magasin à spécialités multiples. 2 —
(en plus de ce qui précède).
4^ Par le service de recouvrement et contentieux i —
Au total 12 p. 100
<c Ainsi donc, les détaillants, dans la plupart des congrès qu'ils ont tenus, ont paru se désintéresser de la réalisation de ces ii p. 100 pour s'attacher exclusivement à diminuer de 3 p. 100 la puissance économique de leurs concurrents. »
La voilà, la vraie crise du Petit Commerce ! Elle sera tînie lorsque les détaillants feront l'inverse : lorsqu'ils ne vivront plus dans l'unique espoir de diminuer de 3 p. iÛO la puissance économique de leurs concurrents, pour s attacher à augmenter la leur de ta p. 100.
Ce jour-là, ce n est pas de la ruine du Petit Conmierce qu'il faudra parler, mais bien de son triomphe.
L'heure de ce triomphe est peut-être moins éloignée qu*on ne le croit généralement. En effet, les Grands Maga-