OU L*ON VOIT QUE LES PLAINTES SONT UTILES
Les premiers coups de canon nous ont surpris en pleine transformation économique. Certains énergumènes, dénonçant la concentration commerciale, les Grands Magasins et les Maisons à Succursales, méditaient déjà tout un plan d'attaque contre les Coopératives elles-mêmes. Au milieu de leurs anathèmes et de leurs malédictions, ils poussaient ce cri, répercuté d'un bout de la France à l'autre :
« Le petit commerce meurt!... Le petit commerce ne veut pas mourir 1 » ^
L'ombre de Bossuet en frémissait peut-être.
Pour empêcher le petit commerce de mourir, les boutiquiers de toutes sortes adhéraient à des ligues diverses. Comme ils avaient besoin d'entraîneurs, ils mettaient, à leur tête, des gens de surface commerciale notoire, leurs fournisseurs généralement, des épiciers en gros plus particulièrement. Les meneurs, intéressés à ne point voir diminuer leu^ clientèle, organisaient, dans les sous-préfectures, dans les chefs-lieux de canton et jusqu'au sein des paisibles villages, des réunions plus ou moins tumultueuses, des manifestations quelquefois bruyantes, mais platoniques, et souvent ridicules, ne servant pas à grand' chose.
Ceux qui s'érigeaient ainsi en malheureuses victimes de l'évolution économique, se tournaient, dans leur exaltation et dans leur impuissance, vers le Dieu-Etat, auquel ils adressaient : plaintes, supplications, exhortations, voire sommations. Ils criaient leurs misères, parfois imaginaires ; ils insultaient leurs concurrents ; ils réclamaient
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des lois d'exception qui leur sauveraient la vie, insouciants de la répercussion de ces lois, dont, chaque fois, le consommateur, éprouvé par la vie chère, faisait naturellement les frais. Certains élus, en proie à des sentiments démagogiques, manifestaient, à la tribune du Parlement, leur pitié pour ces malheureux qu'expropriait le régime capitaliste, dans le développement de pratiques commerciales modernisées.
Gomme ces avocats, d'opinion conservatrice la plupart du temps, apportaient à leurs plaidoyers la ténacité et l'ingéniosité voulues, et nécessaires à leurs fins, l'initiative parlementaire et le Gouvernement lui-même produisaient leurs interventions, dont la liste est longue à énumérer :
En 1906, c'est la loi sur les déballages, réglementant les ventes en solde et les liquidations ;
En 1909, c'est la loi relative au nantissement des fonds de commerce ;
En 1913, c'est une loi modificative de la précédente ;
En 1910, c'est l'augmentation du délai de prescriptions en matières commerciales.
Gomme le dit le rapport Landry : il faut mentionner, d'autre part, les deux propositions de loi de M. Ghaulet et de M. Siegfried, tendant à organiser le crédit au petit commerce et le projet de loi déposé par le Gouvernement sur le même objet; projet voté au commencement de 1917.
La Commission du commerce et de l'industrie ayant déposé son rapport lorsque la guerre éclata, la question était à l'ordre du jour. Elle est résolue aujourd'hui.
Faut-il citer davantage ?
M. Failliot présentait uhe proposition de loi sur la liquir dation amiable ; MM. Thalamas, Lauche, Berry, Deloncle, Desplas se préoccupaient de la protection de la liberté commerciale ; M. Failliot, encore, et M. Raymond songeaient à la législation des profits ; MM. Justiiï Godart et Raibcrti s'appliquaient à vouloir résoudre cette question insoluble des timbres-primes. Enfin, sur les interventions Berry-Néron, la législation fiscale des établisse-