CAPITALISME, CHIFFRE D AFFAIRES ET BÉNÉFICES
tives. C'est ainsi que les Nouvelles épiceries du Nord avaient 800 actionnaires, que l'Union-Approvisionnement de Clermont-Ferrand, en a 500; les Docks de l'Ouest, 400, etc.
Quand des obligations sont émises, c'est dans la clientèle de chaque maison. Les Nouvelles épiceries du Nord en ont émis, avant la guerre, pour 500 000 francs; la Société nancéicnne d'alimentation, pour la moitié de son capital ; les Etablissements économiques de Troyes, pour 200 000 francs, remboursables en 20 ans ; la Société des magasins du Casino de Saint-Etienne, pour 500.000 francs ; les Docks de l'Ouest, pour 600.000 francs ; les Etablissements Brisset, à Angers, pour 200.000 francs ; la Société rkpargne de Toulouse, pour 1.200.000 francs.
11 convient de noter que, durant la guerre, jusqu'en juin 1916, l'Epargne en a émis supplémentairement pour 5.000 000 de francs, qu elle a aussitôt convertis en Bons de la Défense Nationale.
Les capitaux agglomérés, dans les Maisons à Succursales, représentent une masse considérable. Au sujet de leurs propriétaires, Moride disait ceci :
« La concentration des capitaux qui se manifeste objectivement, existe-t-elle aussi subjectivement, juridiquement, quant à la propriété ? Savoir que le capital de telle Société est de 500 millions, est évidemment fort intéressant, mais connaître comment sont réparties les actions qui représentent ce capital, n'est pas moins attachant. Pour répondre à la question posée, il faudrait posséder des statistiques que nous n'avons pas : il n'y a pas de documents indiquant la répartition des titres des grandes sociétés. Cependant, en Angleterre, les listes d'actionnaires peuvent être consultées; nous avons étudié ces listes à Londres, au Sommerset Hans et nous en avons retiré quelqijes indications utiles. 11 serait possible d'utiliser ces listes du Sommerset Hans, mais ce serait un travail colossal qui ne pourrait être que l'œuvre d'une collectivité. On verrait ainsi quelle a pu être l'influence de la création des grandes sociétés, non plus sur le problème économique de la production, mais sur celui de la
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distribution. Pour les pays autres que l'Angleterre, nous n'avons pu avoir que des impressions d'ensemble basées sur nos observations.
(c Tantôt, les titres des grandes sociétés à établissements multiples sont disséminés en un grand nombre de mains; tantôt, au contraire, ils sont concentrés. Souvent, ce sont les seuls membres du Conseil d'Administration qui possèdent les titres. Parfois, les titres sont répartis uniquement entre les membres d'une même famille (c'est le cas de la firme belge Delhaize, marque « Le Lion »).
« Enfin, lorsqu'il s'agit d'une entreprise privée qui a été transformée en société, celui qui a vendu son aiïaire se voit attribuer, en général, — c'est le cas de M. Gahen, du Planteur de Caîffa — comme prix, un paquet de titres qu'il conserve, afin de garder la première place dans la direction de la nouvelle Société. Prenons le cas de la Société belge des « Grands magasins Léonhard Tietz ». Cette société a été fondée au capital de 6 millions de francs représenté par 12. 000 actions de capital deoOO francs chacune ; il a été, en outre, créé 6.000 actions de jouissance. Il a été attribué à M. Léonhard Tietz, en rémunération de ses apports, 10.000 actions de capital entièrement libérées et les 6.000 actions de jouissance ; les 2.000 actions de capital restantes ont été prises par il souscripteurs.
« Il arrive aussi également que les titres sont possédés par les directeurs ou gérants des succursales. L'inconvénient de la vente par succursales, c'est que le directeur ou gérant, n'étant pas propriétaire de l'établissement qu'il dirige, n'est peut-être pas parfois suffisamment stimulé par l'intérêt personnel. Pour remédier à ce danger, on intéresse le directeur ou le gérant, on leur donne un tant pour cent sur les affaires ou sur les bénéfices ; mais, un système ingénieux pour éviter l'inconvénient signalé, c'est de faire du directeur ou gérant un gros actionnaire ; ayant des capitaux dans l'entreprise, il dirigera la succursale qui lui est confiée avec autant de zèle qu'un entrepreneur autonome. Ce procédé est surtout excellent là où il est indispensable de laisser une certaine initiative au
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directeur de la succursale ; le fait que le directeur possède un certain nombre de titres vient faire, en quelque sorte, un contrepoids à la liberté qui lui est laissée.
« Les sociétés de grands magasins à succursales multiples emploient quelquefois ce système.
« En un mot, la concentration doit être envisagée, non seulement au point de vue de la production, mais aussi au point de vue de la distribution : au point de vue technique et au point de vue juridique. Imaginons une société au capital de 200.000 francs, qui a dix succursales ; supposons que le directeur de chaque succursale possède 20.000 francs de titres ; on se trouvera alors en présence d'une entreprise ayant un caractère tout à fait original, puisque chaque directeur aura, en même temps, la qualité d'actionnaire; ne pourrait-on pas dire, dans cette hypothèse, que l'entreprise capitaliste en question, par certains côtés, aurait un caractère coopératif? »
On pourrait le dire surtout si ces dix directeurs étaient dix commerçants.
Et maintenant, imaginons une Maison à Succursales ayant 250 boutiques, et cette société, au capital de 1.500.000 francs, avec 10.000 actions ou obligations de 100 francs.
Il faudra, à cette société, 200 gérants qui verseront un cautionnement variant de 2.000 à 5.000 francs, établissons une moyenne et mettons 3.000 francs. Si, au lieu de verser ce cautionnement, les gérants prennent des titres, chacun en aura trente, et les 200 gérants, à eux seuls, réuniront une fraction du capital social égale à : 3.000 X 200 = 600.000 francs, c'est-à-dire moins de la moitié de ce capital social. Si ces gérants sont d'anciens petits boutiquiers, ils continuent à l'être sous une autre forme ; ils touchent leurs appointements et leur part de bénéfice, si bien que leur situation ne se trouve pas considérablement modifiée.
De nombreuses sociétés d'alimentation ont pratiqué ce système- On le leur a reproché. A notre avis, on a eu grand tort. La loi sur les cautionnements» qui oblige à verser le montant des cautionnements à la caisse d'épargne ou à la caisse des dépôts et consignations» n'empêchera pas les maisons d'intéresser leurs gérants à leurs aflaires, pas plus qu'elle n'empêchera les gérants de s'intéresser aux affaires de leurs maisons.
On n'exigera pas de cautionnement, mais on exigera, pour qu'un individu puisse être gérant, qu'il soit actionnaire, coopérateur.
Ce qui démontre que, souvent, les lois ne servent pas à grand'chose, surtout quand elles n'ont pour but que d apporter des entraves au point de vue économique.
Une remarque s impose : les firmes importantes ont parfois quelques grandes succursales seulement et d'autres fois un nombre considérable de petites succursales. Dans le premier cas, la valeur d'une action est généralement de 500 francs ; dans le second cas, la valeur de l'action est de 100 francs. La seconde sorte d'entreprise semble donc rechercher les petits et moyens capitalistes ; elle a, d'ailleurs, en tous les cas, une origine assez humble pour que les petits conmierçanis ne la jalousent ni ne la haïssent, mais, au contraire, cherchent à l'imiter. Chose curieuse, c'est à cette dernière surtout que va la haine du boutiquier; quand il parle des bénéfices, des dividendes, il les transforme volontiers en rapport pour iOO francs de capital et il vous dira, par exemple, que les Docks rémois distribuaient 6a p. 100 à leurs actionnaires. Nous avons dit qu il ne veut pas savoir que ces 6o francs sont le rapport d'une action de 1,430 francs, ce qxii ne représente plus que 4 fr. 54 p. 100.
Qui donc donnera aux commerçants un peu d*esprit
critique ?. . . Qui leur ouvrira les voies de l'entendement ?...
Nous nous en voudrions de ne pas citer textuellement
^v:, L-,> une tirade mille fois répétée dans les conférences pour la
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défense du petit commerce, et reproduite, dans les journaux spéciaux, un nombre égal de fois :
« Les Maisons à Succursales distribuent à leurs actionnaires des dividendes fabuleux qui montrent, mieux que tous les discours, le danger que courra notre pays si on laisse s'agrandir et se constituer définitivement les trusts de Talimentation ; ces dividendes niontrent que les Maisons à Succursales pourraient supporter des charges bien plus lourdes que leurs charges actuelles et qui pourraient soulager d'autant celles des petits commerçants :
Miellé et C*« (Ghâlons) 20 p. i 00
Etablissements économiques troyens. .24 —
Ruche du Midi . 30 —
Etablissements économiques de Reims . 50 — Docks rémois 70 —
(Discours de M. G. Berry, député, aux Commerçants et Industriels du XV^ arroi\dissement.
Paris, 1913).
Gomment pourrait-on distribuer 70 p. 100 à des actionnaires, sans voler le consommateur?...
Et dire que c'est sur la foi de pareils arguments qu'on a voté, au Parlement, certains des amendements Berry 1... On frémit en songeant aux conséquences d'une si aveugle législation !
Nous avons vu à quoi se réduisent ces fameux dividendes. Aussi, n'insisterons-nous point. Laissons les gens de mauvaise foi à leurs confusions volontaires.
Vous représentez-vous l'auditoire ignorant, auquel un élu du suffrage universel raconte de pareilles bourdes?... Cet élu passe pour le champion du Commerce, pour le Messie qui va sauver le monde des petits patentés... C'est le révolutionnaire par le mensonge; il abuse des ténèbres qui sont dans les cerveaux des autres ; il abuse de la crédulité d'une masse amorphe, pour attiser en elle des haines qui ne s'éteindront pas et qui sont fondées sur de grossiers préjugés.
M. G. Berry est mort. Paix à sa mémoire ! Mais honte à qui marchera sur ses traces... s'il en a laissé !
Évidemment, les grandes entreprises ont eu, au cours des dernières années, un essor magnifique. Mais, demain, si nous voulons rivaliser avec TAUemagne, est-ce que cet essor ne devra pas être plus magnifique encore?... Qui est-ce qui peut exporter ?. . . Est-ce le petit commerçant ?... Rlst-ce le petit industriel ? Non pas . Il n'y a que la grande entreprise. Il serait puéril d'insister.
Les grandes entreprises sont nées parce qu'elles répondaient à des besoins nouveaux. La hausse des salaires accroissait le pouvoir de consommation ; le désir de bienêtre et de faux luxe s'emparait des couches profondes de la société ; certains le taxent d'immoral; il n'en existe pas moins. Et c'est en raison des commodités qu'elles offraient, de leurs étalages, de leurs expositions, de leurs « occasions », de leur solde, de leur publicité, de leur mode" de livraison, que les grandes entreprises ont vu croître démesurément leur chiffre d'affaires :
« Félix Potin, dit Gaston Deherme, dans son beau livre : Les classes moyennes, avec ses succursales et ses livraisons, s'inscrit pour une moyenne d'affaires de 100 millions de francs. Il y a aussi Damoy. S'il y a, pour toute la France, 150.000 épiceries, quarante d'entre elles, à Paris seulement, vendent chacune pour plus d'un million de francs. Les 2.000 Coopératives françaises ne font pas moins de 300 millions de francs.
« Jusqu'en 1850, le plus grand magasin de Paris ne faisait certainement pas 2 millions de ifrancs d'affaires par an. Le Bon Marché a été fondé en 1850; Je Louvre, en 1855 ; la Belle- Jardinière, en 1856 ; la Samaritaine, en 1839; le Printemps, en 1865.
« Le Bon Marché fait 450.000 francs d'affaires, en 18o5; 7 millions, en 1863; 21, en 1869; 160, en 1895; 190, en 1904 ; 210, en 1909 ; 227 et demi, en 1910. Il occupe 6.000 employés.
« Le Louvre fait 40 millions d'affaires en 1876, et 147, en 1910.