‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 51 sur 112 · A SA CLIENTÈLE · texte numérisé non relu

A SA CLIENTÈLE

La concurrence faite au Petit Commerce par le Grand Commerce de Détail provoque, pour le consommateur, un moindre coût de la vie ; les magasins du grand détail apparaissent donc comme les véritables régulateurs des cours.

Il en est des Maisons à Succursales comme des Coopératives : c'est leur utilité qui est la cause de leurs succès. Elles ont, à plus d'un point de vue, assaini les mœurs commerciales d'alentour ; par leur essor rapide, elles ont contribué au développement de l'industrie française ; elles ont appris, par l'affichage des prix, la valeur réelle des objets recherchés par le consommateur; elles ont mis les articles les plus variés à la portée de toutes les bourses ; le public modeste, ainsi, s'est habitué à tirer plus de bien-être des fruits de son travail ; les comptes ont été supprimés chez l'épicier ; plus d'abus de crédit, moins de saisies-arrêts sur les salaires des ouvriers.

L'achat dans les succursales, pour ces raisons, a conduit le besogneux à réaliser souvent de petites économies.

Le développement des Maisons à Succursales a certainement concouru à celui du bas de laine national.

L'entrée libre, le prix marqué, fixé, sans marchandage possible, la compétence du personnel, l'anonymat dans l'achat, telles sont les conditions modernes du commerce de détail, s'il veut prospérer.

La devise des Maisons à Succursales semble être celleci : « A qualité égale, toujours à meilleur* marché ! »

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Les Sociétés à Succursales font de sérieux avantages aux consommateurs. Au début, les dilïérences étaient considérables. Telle localité, par exemple, où l'on payait l'alcool dénaturé fr. 90 le litre, le vit, avec surprise, affiché à la succursale fr. 60 ; l'extrait de javelle, coli- 1 franc, fut vendu fr. 45 ; la lessive Phénix fr. 35, au lieu de fr. 40 ; la paille de fer, fr. 80, au lieu de l franc ; les fils de lin, fr. 05, au lieu de fr. iO; les aiguilles fr. 05 le paquet, au lieu de fp. 10 ; les bonbons 1 fr, 40 et 1 fr. 60, au lieu de 2 francs et 2 fr. 40 ; l'amidon fr. 80. au lieu del franc; les haricots secs fr. 40, au lieu de Ofr. 50; les poids ronds fr. 45, au lieu de Ofr. 50; les pois cassés fr. 50, au lieu de fr. 70 ; le tapioca fr. 40, au lieu de fr. 50; les graines pour semences fr. Ob, au lieu de fr. 10, etc. C'était avant la guerre.

Sur les conserves de légumes, les sardines, le thon, le homard, la réduction ne fut pas inférieure à 20 p. 100; sur le sucre, le vin, le pétrole, le savon, les huiles, la réduction varia de 5 à 15 p. 100 ; sur les biscuits et pâtisseries sèches, réduction de iO p. 100 minimum; et sur beaucoup d'autres articles dont la nomenclature serait trop longue il en fut de même.

Enfin, depuis plusieurs années, certaines maisons venlent, dans les succursales des villes et des banlieues, m pain de luxe, mis à l'abri du contact des doigts du vendeur. Ces pains pèsent de 800 à 830 grammes et ont oujours été vendus, avant la guerre, fr. 30 le pain, alors [ue le cours moyen du pain de ménage a été, dans beaucoup d'endroits, de plus de fr. 40 le kilogramme. Au ■este ie pain sera l'objet d'un chapitre à part.

Les Maisons à Succursales s'ingénient à réduire au naximum l'écart moyeu entre le prix de vente et le prix ]'achat correspondant; cet écart est représenté par le jénéfice brut dont nous avons parlé au cours des pages jpécédentes, et qu'on peut évaluer, en général, à 17 p. lOB, ilors qu'il s'élève de 25 à 50 p. 100 pour les articles coul'ants de la nouveauté et du baïar.

Un des avantages les plus sérieux qu'oflre au public le système de vente des Maisons à Succursales multiples.

réside dans la réduction ïielative du stock, garantie essentielle de la fraîcheur des marchandises.

La Maison-Mère centralise les approvisionnements de toute nature et réapprovisionne, chaque semaine, les succursales. Il n'y a donc pas de rossignols.

On estime qu'en moyenne, le stock d'un entrepôt central et celui des succursales réunis atteignent environ le quart du chiffre d'affaires. Le capital roule donc ainsi environ quatre fois par an. Gela explique que, malgré les bénéfices proportionnellement très réduits que prélèvent les Maisons à Succursales, un certain nombre, particulièrement bien organisées et bien conduites, arrivent à donner des résultats important^ à leurs propriétaires. C'est là une supériorité que, seuls, les petits détaillants groupés en association pour l'achat peuvent égaler. Tous ceux qui achètent isolément ou par l'intermédiaire des épiciers en gros, sont dans un état sensible d'infériorité. C'est une des principales raisons du succès des Maisons à Succursales.

Le stock de marchandises, en d'autres termes, se renouvelle tous les trois mois, sauf pour les liquides. Au 30 juin 1912, pour les Etablissements économiques troyens, il s'élevait à 2.352.000 francs, c'est-à-dire à un peu moins du quart du chiffre d'affaires annuel. Le petit commerçant, souvent, a un stock qu'il écoule en six mois ; . c'est ce qui faisait dire à la Chambre de Commerce de Bourg, qu'en cas de guerre, les Maisons à Succursales mal approvisionnées seraient obligées de fermer leurs portes. Elle avait compté sans leur puissance d'achat.

On sait que les Maisons à Succursales ont généralisé Tusage des primes, qui sont un attrait pour le client ; elles constituent un véritable escompte au bénéfice de l'acheteur.

Dans les maisons d'alimentation, on remet ordinairement un timbre pour un achat de fr. 20 ; un certain nombre de timbres donnent droit à une prime; celle-ci représente un escompte de 2 à 3 p. 100; les primes se composent d'objets utiles. Les résultats obtenus par ce moyen ingénieux, dans les maisons d'alimentation, sont

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généralement excellents ; ce système attache la clientèle et assure les payements au comptant ; les tickets et bons peuvent être utiles pour faire connaître certains produits nouveaux. C'était surtout vrai autrefois.

L'efficacité de la méthode, aujourd'hui, est diminuée depuis que tous les détaillants ont aussi leurs timbres, et ô'est pourquoi la prime peut être supprimée sans inconvénient par le Parlement.

Si les Maisons à Succursales peuvent vendre à meilleur compte, c'est parce qu'elles achètent, en généfal, directement au producteur. Quand le chiffre des achats atteint une valeur déterminée, elles touchent, en fin d'année, un escompte supplémentaire. Souvent, les tiraités sont à longue échéance, et cela, en temps de crise comme en fut un celui de la mobilisation, constitue une véritable sécurité ; c'est leur puissance d'achat qui a pel'mis aux grandes firmes de détail d'être toujours à peu près normalement approvisionnées.

Naturellement, les Maisons à Succursales ont dû, comme tous les autres commerçants, hausser le prix de leurs denrées, quoique plus tardivement et dans des proportions moindres, parce que la rareté de la maih-d'œuvre a élevé, chez le fabricant, le prix des choses. En tout cas, un fait demeure acquis : c'est que la création des succursales a entraîné la baisse du prix de vente d'un certain nombre d'articles qui, autrefois, étaient vendus fort cher chez l'épicier ou le mercier au détail. Cette baisse explique à elle seule comment s'est produit l'accroissement de la consommation, — accroissement qui a amélioré la situation du travailleur chez les industriels approvisionneurs, en diminuant le nombt^ dejoursdechôinage.

Le schéma 5 donne une idée de la position actuelle delà Maison à Succursales entre le producteur et le consommateur; lorsque les Maisons à Succursales fabriqueront elles-mêmes leurs produits, un autt'e intermédiaire àura encore disparu ; la consommation s'en trouvera bien. Le schéma 6 se rapporte à cette époque future ; il synthétise la situation qui fera, selon une parole célèbre, « passer le lait de la vache directement dans la bouche de l'acheteur ».

QUELS X^ANTAG«S tË ttRASto DÉTAIL OPPRfc-T-IL ? 1227

Certes, nous n'en sommes pas encore là. Les grands établissements qui fabriquent certains produits, ne sont, en effet, qu'une exception. Longtemps encore, les maisons d'alimentation acquerront leurs marchandises chez les fabricants, chez les producteurs, ou directement à l'importation, s'il s'agit de produits exotiques.

Est-ii besoin de dire que les produits français ont toujours la préférence ?

Certaines marchandises, que notre sol ou notre industrie ne fournissent pas, sont évidemment achetées à l'étranger. C'est là une obligation commune à tout le commerce. Ce sont les chefs de maisons qui s'occupent habituellement des achats. U y a quelques exceptions pour les très grosses maisons, qui doivent employer des acheteurs spéciaux, généralement des employés intéressés, des chefs de rayon. Il n'y a pas de méthode unique pour les achats.

Aucune maison de grand détail ne se livre à la spéculation. Nulle n'achète que la somme des marchandises qu elle peut écouler dans ses succursales diverses. Il n'est pas à notre connaissance, qu'une seule ait cherché jamais à accaparer la vente d'aucun produit. Il est certain, même, que cet accaparement serait impossible, étant donnée la multiplicité des marchandises vendues, et nous défions quiconque de citer un seul exemple contraire à cette affirmation.

Toutefois, il importe de constater qu'il y a un acheminement vers la fabrication de certains produits, par les Maisons-Mères. A Saint-Etienne, à Lyon, à Bourges, à Nevers, à Bourg, à Rouen, à Angers, à Béziers, ce sont, généralement, des huiles, des moutardes, des confitures, des diocolats, — voire des chaussures que l'on confectionne.

Au reste, bien des maisons considèrent qu'il n'est pas dans leur intérêt de fabriquer telie ou telle chose, si les marchés à traiter sont suffisamment importants. En effet, les grosses firmes peuvent mettre, dans une certaine lîiesure, les fabricants en concurrence et obtenir des prix tels que le bénéfice de fabricjuer ne compenserait pas le

surcroît des frais généraux à supporter, comme le dit

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aso ik GucBiiiç ¥;'¥ le; coumkbge français

l'Association amicale des commerçants de Toulouse. Le service de la direction coihmerciale, au cas de fabrication ; boulangerie, charcuterie, distillerie, etc., doit se doubler d'une direction industrielle importante.

La môme Association remarque :

« Que l'établissement fabrique ou non, il y a toujours le service de la manutention des marchandises qui, concentrées au siège social, seront ensuite réparties entre les succursales, suivantles besoins du moment. Un grand nombre d'ouvriers sont ainsi occupés à la manutention, car elle consiste à peser ou mesurer, puis à mettre en bouteilles, en petits sacs, en petits paquets, toutes les marchandises que le fabricant aura envoyées en bloc ; c'est ainsi que des ouvrières seront employées uniquement à confectionner des milliers et des milliers de petits cornets de bonbons à un sou. Des camions de l'établissement conduisent, vers les succursales les plus proches, les marchandises qui ont fait l'objet de ce travail de manutention ; des wagons de la compagnie des chemins de fer, à laquelle certains établissements sont reliés, viennent chercher jusque dans la cour des établissements celles qui doivent être expédiées vers les succursales lointaines. On n'expédie à la fois, à chaque succursale, qu'un petit stock de marchandises de chaque espèce, car les succursales ayant été multipliées pour les rapprocher le plus possible du consommateur, aucune d'elles n*a la dimension d'un grand magasin, et, de plus, les espèces de marchandises vendues sont très variées puisque, après avoir débuté par l'épicerie, le magasin à succursales est devenu bazar, marchand de chaussures, mercier, vannier, charcutier, marchand de vins, etc.

Nous savons bien que le grand grief de certains grossistes, contre les Maisons à Succursales, est celui-ci: « Elles seront capables, à un moment donné, de constituer un trust. »

Affirmations gratuites que rien n'autorise !

Les Maisons à Succursales se font une concurrence acharnée ; de plus, il en surgit toujours de nouvelles. Nulle entente entre elles n'a jamais existé visant à limiter leur

concurrence. Nulle entente n'existera jamais. Des ententes n'ont été enregistrées que dans les syndicats de détail, pour uniformiser les prix de vente et éviter les baisses de prix que la concurrence aurait provoquées chez tel ou tel. C'étaient là de petits arrangements au détriment des consommateurs, et les Maisons à Succursales, comme les Coopératives, les ont rendus impossibles dans le présent, comme elles les rendront impossibles dans l'avenir.

Au reste, les Maisons à Succursales parviendraient-elles à s'entendre, qu'il resterait, en face d'elles, les Coopératives avec lesquelles elles ne s'entendraient pas et avec lesquelles elles doivent lutter. Dans la circonstance, les Coopératives sont aussi une véritable garantie pour les consommateurs ; et, si elles ne vivaient pas, il* faudrait les inventer — comme le Dieu de Voltaire.

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