‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 6 sur 112 · LKS PLAINTES SONT UTILES H · texte numérisé non relu

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ne sait trop pourquoi. M. Landry constata le fait dans son rapport. Il ne fallut rien moins qu'une véritable pression de groupes puissants pour décider les intéressés à répondre. Avait^on peur de voir éclater la vérité ?

Les commerçants de gros, plus particulièrement, trouvaient bon de propager la suspicion, d'entretenir les haines, d'autant plus vives, habituellement, que les cerveaux sont plus étroits.

« Comment, dit M. Landry, refuser notre sympathie aux petits commerçants qui souffrent de la concurrence des grands établissements, et sur qui cette concurrence suspend la menace de la ruine ? Et il n'est point nécessaire d'aller chercher très loin des arguments. On a dit que la disparition du petit commerce au profit de ses rivaux, et le remplacement des petits commerçants par un surcroît d'employés dans les maisons rivales, auraient des conséquences regrettables au point de vue des traditions et des vertus nationales ; que, dans les boutiques des petits détaillants, une vie de famille existait, des habitudes, aussi, de régularité, d'ordre, d'économie, qui ne sauraient se trouver au même degré chez des employés de grandes maisons. On a représenté encore que le petit détaillant, quelles que soient les difficultés avec lesquelles il lui faut lutter, si étroite et ai pénible que soit sa vie, dans le cercle restreint où il est enfermé, avec le souci constant des échéances qui le hante, jouissait <lu moins de cette indépendance économique qui est si vivement désirée par la plupart des Français, qu'à ce titre son sort était plus heureux que celui de l'employé. Nous ne nous arrêterons pas sur ces considérations ; nous n'examinerons pas dans quelles mesures elles méritent d'être retenues. Plus simplement, nous dirons que si le petit commerce était menacé dans son existence même par la concurrence qui lui est faite, ce ne serait pas une raison pour se désintéresser du sort des petits commerçants en considérant qu'ils auraient la ressource de gagner leur vie comme employés des grands établissementaou des coopératives. Une telle proposition, en effet, n'est pas vraie pour tous les petits commerçants ; bien souvent, les petits magasins

sont tenus par des personnes âgées ou inlirmes qui ne seraient aptes à aucun autre travail ; par des femmes qui augmenterlt ainsi les revenus du ménage tout en élevant leurs enfants. Et, dans la mesure môme où elle est fondée, qui n'aperçoit toutes les souffrances qui accompagneraient la transformation des petits détaillants en employés des établissements rivaux ? Et qui se déclarerait insensible?... La solidarité sociale fait au législateur un devoir de leur venir en aide. » Nous verrons, en comparant le rôle des rivaux du petit commerce, s'il est possible de les accabler par une fiscalité oppressive ; si, comme le disait M. Touron, lors du vote de la loi établissant, en décembre 1916, le taux de l'impôt sur les revenus commerciaux et le chiffre d'affaires, il s*agit toujours de V handicaper » les grandes entreprises de détail. M. Murât a justement remarqué que le rapporteur de cette loi, M. Perchot, faisait de la démagogie nuisible aux intérêts nationaux, en tentant d'attiser de nouveau la lutte du petit commerce contre le grand. Le champ de bataille économique n'est pas absolument comparable à un champ de courses où les pur-sang peuvent être « handicapés » pour permettre aux tocards de regagner, ne serait-ce qu'une encolure.

La vérité est tout autre et conforme, en tous cas, au bon sens. Il y a, dans la fonction économique des uns et des autres, un rôle éminemment social à remplir ; c'est une espèce de sacerdoce dont l'exercice ne doit être entravé par personne; il y aurait, dans les entraves que l'Etat, dans l'avenir, pourrait apporter de nouveau, un véritable crime de lèse-nation, qu'il ne commettra pas, en dépit des nécessités budgétaires les plus évidentes, car l'impôt ne peut être une arme forgée par telle catégorie de citoyens contre telle autre catégorie.

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