L'OPINION DES MUNICIPALITÉS
Longue est la lutte. Et les vcsux platoniques ne l'abrégeront pas. Pourtant il n'y a pas que dans le fusil des soldats, dans la puissance des canons, dans la main des ouvriers de nos usines, dans la volonté des chefs, que se concentrent les possibilités d'amener la victoire. Ces possibilités sont un peu dans le cerveau et dans le cœur de chacun ; il s'agit, en effet, de tenir. S'efforcer de produire aux champs, s'efforcer de vendre à bon compte au consommateur, c'est effectuer un travail éminemment utile ; c'est accroître la force de résistance du pays. Se reposer, ne point employer ses bras, ne pas apporter sa contribution à l'effort commun, majorer de 20 ou 30 p. 100 le prix des denrées quand on pourrait faire autrement, c'est commettre de mauvaises actions, parce que c'est diminuer, inconsciemment peut-être, mais en tout cas volontairement, le degré de résistance de ses concitoyens. C'est faire acte d*égoïsme, alors que la guerre ne devrait apparaître que comme la trêve suprême à tous les égoïsmes individuels ou même collectifs.
Dès que la taxe supplémentaire de 3 francs par hectolitre, sur la circulation des boissons, a été subie, l'augmentation du prix des vins s'est accrue de fr. 05. Sans même attendre que ces droits fussent appliqués, aient «joué » , et avant d'avoir Commencé à épuiser leur stock, de nombreux débitants, restaurateurs, épiciers, ontcru devoir élever le prix du verre, de la chopine, du litre. Si bien que le demi-setier de vin rouge ordinaire se vendait un sou de plus ici et là, et le litre, avec quatre sous d'augmentation.
La moindre des augmentations jette un malaise dans la consommation. Celle citée ci-dessus, établie en prévision des taxes municipales projetées par la Ville de Paris, et d'environ 12 fr. 50 par hectolitre, est un excès de prévoyance coupable. Il est bien certain, en effet, que si Ton ne tenait compte que des nouveaux impôts définitivement établis, tout marchand n*auraitdû augmenter le litre qu'à raison de fr. 03 puisque, en bonne arithmétique, c'est là le centième de 3 francs. Mais le prétexte est trop bon pour que les commerçants rapaces et sans scrupules n'en profitent pas. ^
Ces pratiques n'ont d'ailleurs été relevées que chez les boutiquiers. Les grands magasins de détail, dans leur ensemble, ont agi tout autrement. En tout cas, au lendemain de la loi, eux seuls n'avaient encore pris aucune décision, et beaucoup n'en ont pas voulu prendre tant que subsistait dans leurs caves le moindre stock de liquides. Les annonces en justifient.
Pareille argumentation s'applique au sucre, au café, à toutes les denrées coloniales, la taxe était applicable le 1" janvier. A la vérité, le 31 décembre, la majorité des épiciers l'ignoraient encore, puisque le Sénat n'avait discuté le rapport Aimond que la veille ; mais, comme l'a remarqué toute la presse parisienne, pour ne pas courir le risque d'une perte possible, ces épiciers augmentaient avant l'heure le prix de leurs denrées, en se disant qu'au sujet du fisc et de la clientèle, ils verraient bien l'effet produit,
C'est ainsi que, par suite de cet incertain régime. quelques épiciers, voyant que le droit de consommation sur le sucre était porté à 40 francs les 100 kilos, en conclurent qu'il s'agissait d'une augmentation de 40 francs, et, bravement, firent payer le granulé 1 fr. 70 le kilo, et le sucre en morceaux, 1 fr. 80. Les ménagères trouvaient bien que la note était un peu forte et que M. Ribot exagérait, mais, voyant là une répercussion inévitable des impôts, elles s'inclinaient.
A la vérité, en ce qui concerne le sucre, ceux qui ont majoré le prix de cette denrée qu'ils détenaient, ont réalisé un bénéfice personnel et qui n'a rien à voir avec Tim-