‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 74 sur 112 · ÉTABLISSEMENTS ÉCONOMIQUES DU CASINO · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS ÉCONOMIQUES DU CASINO

54, rue de la Montât,

Saint-Etienne.

3 août 1914.

... La mobilisation s'opère dans des conditions générales de calme et de dignité. Nos gérants mobilisés peu-

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vent donc partir sans crainte de voir Tordre troublé, laissant, en toute tranquillité, leur femme et leur famille pour gérer leur succursale. Beaucoup d'entre eux nous ont exprimé la crainte que leur femme ne puisse suffire à faire face au travail que nécessite la gérance d'une succursale. C'est là une crainte exagérée, car il faut prévoir qu'après la mobilisation, la vente, dans chaque succursale, baissera d'une façon considérable. La Direction et le Service des Succursales se tiendront d'ailleurs à la disposition de chacune comme par le passé...

Les gérants qui versent leurs recettes à une banque continueront comme autrefois...

Les denrées et marchandises doivent être vendues aux prix auxquels elles vous sont facturées. Vous devez vous abstenir de toute majoration de prix. Toute contravention à cet ordre peut entraîner, pour vous, des conséquences de la part de la population et vous exposer, de notre part, à des poursuites pour le préjudice moral et matériel que vous pourriez nous causer...

Nous ne changerons pas le prix du pain...

CIRCULAIRE N« 23t.

24 août 1914.

... La période que nous traversons est évidemment criti(fue et onéreuse pour tous. Nous devons, dans la mesure de nos moyens et dans Tintérêt supérieur du pays, supporter patiemment cette épreuve qui, nous l'espérons, ne sera pas de longue durée.

Des affiches concernant les prix vous sont adressées ci-jointes. Vous devrez les apposer sur vos >âtrines...

Ces documents étaient à retenir et bien d'autres le sont encore. Ecrits en une période troublée, ils ne le furent point pour les besoins de la cause. Mais ils montrent combien les grandes organisations avaient conservé de présence d'esprit et combien peu elles se laissaient influencer par le désarroi général. Rassurer les autres dans les jours pénibles, c'est faire preuve de sang-4roid, depatrio-

EN PLEINE GRISE. MANIERE d'ÊTRB DU GRAND COMMERCE 261

tisme et de raison ; certes, la chose est aisée pour beaucoup, mais encore faut-il songer à Tenvisager !

Le côté patriotique de ces circulaires apparaît pleinement. Mais il en est d'autres où le désir d'être utile se manifeste de la première à la dernière ligne. En effet, en même temps que, tranquillisées par ces instructions, les gérantes, restées seules, faisaient venir dans leurs magasinsleurs père, mère^ sœurs, etc., soit pour les aider, soit simplement pour les abriter, la Maison-Mère n'oubliait pas les hommes partis sous les drapeaux.

Nous aurons l'occasion de parler de ces sollicitudes a^i chapitre concernant le personnel ; dans ces lignes, nous ne voulons nous occuper que de ce qui se rapporte au public.

Certes, dans toute cette période du début, nombre de gérants regrettèrent d'être tenus, de n'être point de minuscules boutiquiers indépendants ; dans certaines régions, ils eussent ainsi réalisé des gains s'élevant parfois à plusieurs centaines de francs par jour. Et la guerre, pour eux, comme pour tant d'autres, eût été la bonne guerre, rexcellente affaire, la fortune arrêtant, à portée de la main, le globe d'or qui la représente.

Est-ce que les patrons qui donnaient d'aussi sévères instructions n'étaient pas des fous?... Comment peut-on empêcher de braves serviteurs de profiter de tous les avantages possibles ?... Les protestations en catimini ne peuvent rien contre les décisions d'une administration sage et bien ordonnée. Les gérants, partout, obéirent; les commerçants subissant la concurrence, la mort dans l'âme, durent, peu à peu, se remettre au diapason ; leurs prix redevinrent vaguement semblables à ceux des Succursales et des Coopératives, une fois l'instant d'affolement évanoui.

Pour rendre l'épicier du coin raisonnable, il n'existe que deux moyens : ou bien la concurrence du grand détail, ou bien le groupement des consommateurs, au sein d'une coopérative, cette innovation bien française dont l'avenir prépare le triomphe. Ces deux forces ont eu, parallèlement, une influence heureuse dont la consommation a

bénéficié, et c'est là seulement où elles sont épanouies et où elles exercent une véritable prépondérance, que les Municipalités ont été délivrées du souci de constituer des magasins municipaux, des boutiques municipales, et sans manier l'arme de la taxe à outrance.

Cela a été confirmé par les maires et par les préfets de plusieurs grandes villes : Saint-Ëtienne, Toulouse et Dijon, notamment.

Voici ce que nous a dit M. Neyret, qui préside aux destinées du chef-lieu du département de la Loire :

« Il faudrait être de mauvaise foi pour nier, ou simplement contester, le rôle bienfaisant des Succursales et des Coopératives.

« N'est-il pas évident que, par leur puissance d'achat, de centralisation et de distribution, les Maisons à Succu^ sales sont à la hauteur de la tâche qui incombe au commerce, dans les heures difficiles comme celles que nous traversons ?... Elles sont des organismes si perfectionnés, qu'ils deviennent indispensables . Supposez qu'elles n'aient pas existé, nous aurions eu alors besoin de denrées diverses. Les eussions-nous trouvées, comment les aurions-nous achetées?... Ceux qui composent une municipalité ne sont pas, obligatoirement, des commerçants. Quel est donc celui d'entre nous qui oserait se vanter de savoir acheter comme l'administrateur des Magasins du Casino, par exemple?... Et si nous avions dû acheter, n'est-ce pas à lui ou à ceux qui, comme lui, sont compétents, que nous nous serions adressés ? Ils eussent été notre ressource. Leur présence et leur négoce nous ont dispensés d'actes mercantiles, forcément imparfaits, quoique nécessaires. »

Ces avis sont aussi ceux de M. Blanchard, directeur du ravitaillement civil, dont chacun se plaît à reconnaître les capacités, le tact et le dévouement.

« Les services rendus par ces Maisons, dit-il, n'ont pas toujours été appréciés. Mais ceux qui ont souci de l'intérêt général ne peuvent tenir un langage dififérent. L'intérêt particulier s'éclipse, dans la circonstance, et les déclarations sur un tel sujet ne doivent être dictées

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