‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 75 sur 112 · EN PLEINS GRISE. MANIÈRE D*ÊTRB DU GRAND COMMERCE · texte numérisé non relu

EN PLEINS GRISE. MANIÈRE D*ÊTRB DU GRAND COMMERCE

que par Tamour inné de la justice, que Ton porte en soi.

<( Notre organisation du Ravitaillement civil date d*hier. Comment pourrait-on espérer voir nos. capacités commerciales égaler celles des grandes firmes de notre ville?... Comment nos relations commerciales pourraientelles être aussi étendues que les leurs ?... Nous sommes des commerçants de circonstance et ce sont les grandes sociétés qui nous font plus particulièrement bénéficier de leurs relations, de leurs stocks, de leurs marchés, de leurs prix, etc. Leur action ne s'étend pas seulement sur le chef-lieu, mais sur la province, au loin, et j*ose dire que leur influence n'est pas seulement d'ordre matériel, mais qu'elle est moralisatrice ».

L'émulation que provoque la concurrence est génératrice de bien-être pour la population ; elle est même un gage de réussite pour les commerçants qui se laissent animer par elle. Les paroles de M. Charles Lallemand^ préfet de la Loire, méritent aussi d'être retenues :

« Théoriquement, nous a-t-il déclaré, à certains moments, notre département aurait dû être réduit à la famine. Nous ne l'avons pas été en raison de ces initiatives. C'est encore grâce à elles, auxquelles s'ajoutaient celles des Coopératives, que nous n'avons pas été dans la nécessité d'avoir recours à la taxation, qui se révélait indispensable en d'autres départements.

« Est-il besoin de dire que nous rendons pleinement justice à chacun ?. . . Chacun, en toute circonstance, a compris son devoir et l'a accompli tout entier. Le souci de tous pour rendre service, au reste, valait mieux que toutes les taxations possibles et imaginables. La taxation, en effet, peut apparaître quelquefois comme un moyen ; elle n'est, en tout cas, jamais un remède. Au début, nous avons été contraints d'y avoir recours parce que, bien à tort, je l'avoue, nous croyions voir plus qu'un palliatif à la crise. C'était au temps où les transports étaient interrompus complètement. Nous ne devions vivre, pour ainsi dire, que sur la production régionale. Par cinq ou six arrêtés, nous crûmes devoir fixer le cours du sucre, du pain, de la pomme de terre, etc. Mais, dès qu'on s'est

acheminé vers la reprise d'un semblant de vie normale, que les chemins de fer se sont remis à fonctionner, nous nous sommes aperçus, avec une pénible surprise, que toutes nos denrées dévalaient vers le Rhône ; elles se raréfiaient, par conséquent, sur nos marchés, parce qu'ailleurs, on<en offrait des prix supérieurs. Nous avons compris les dangers d'une telle situation et ces arrêtés furent abrogés.Nous avions acquis, un peu à nos dépens, la Jusle conviction qu'un département qui taxe davantage que les départements voisins, nourrit ceux-ci de sa propre substance et risque d'être affamé.

« Au surplus, est-ce que le commerce ne s'est pas ingénié à nous procurer, au mieux de notte avantage, toutes les denrées nécessaires? C'est ainsi que, parfois, les minotiers, par exemple, ont conclu des affaires nettemenl déficitaires pour nous livrer à bon compte les farines indispensables. Evidemment, tous espéraient pouvoir uq jour compenser leurs pertes ou même réaliser des bénéfices. Mais les services qu'ils ont rendus n'en éclatent pas moins à tous les yeux.

a El cela s'applique aux autres, aux Maisons à Suceursalua narticiilièrement, à la Chambre de Commerce, dans lesure.

comme celle-ci nous furent précieuses, à rganiaation du ravitaillement civil. Dans cet toutes les firmes ont accompli leur effort :

porter, sans distinction, au tableau d'honue la place des unes mérite davantage d'être ice que celle des autres — cela dépendaîl e de leurs stocks et de celle de leurs dispo- ;ières. 11 arrive souvent, dit le proverbe, s qu'aux riches, mais il arrive également sont seuls à pouvoir prêter aux autres. »

S, M. le maire de Dijon, parlant de la non- !S comptoirs municipaux d'approvisionne-

ne s'en fait pas sentir.

nes à Dijon un centre considérable d'appro-

non seulement pour la Ville, mais encore

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pour le département et les départements limitrophes. Nous possédons, sur la place, des maisons d*apppovisîonnement très importantes, faisant un chiffre d'affaires énorme. Ces maisons n'ont jamais manqué de denrées alimentaires de toutes sortes ; et, comme elles se concurrencent, le prix de ces denrées a toujours été* à Dijon, raisonnable et proportionné aux difficultés du moment. L'intervention municipale ne serait là d'aucune utilité, d'autant plus qu'il est évident qu'il lui serait impossible d'acheter des denrées à meilleur compte que les puissantes maisons de la place, et, par suite, de les vendre à meilleur prix qu'elles. »

Ces puissantes maisons, est-il besoin de le dire, sont les Comptoirs de Bourgogne et la Société bourguignonne d'approvisionnement.

Le prix des denrées a augmenté, peu de temps après la déclaration de la guerre, dans un certain nombre de villes de l'intérieur, non seulement en raison de l'affolement irraisonné du public, mais aussi en raison de l'accroissement soudain du chiffre de la population. Le Préfet de la Loire nous disait que cet accroissement avait failli entraîner la disette dans son département ; pour le ravitaillement, en effet, on ne tablait que sur les chiffres antérieurs, ceux du dernier recensement, en défalquant toutefois les mobilisés. Au lieu de retrancher, il eût fallu additionner. La Loire, à elle seule, a reçu plus de 130.000 réfugiés.

11 en fut de même en maints endroits, et particulièrement à la limite de la zone envahije . C'est ainsi que la ville de Troyes, qui compte, en temps ordinaire, 60.000 habitants, dès août 1914 en compta bien davantage, par suite de l'afflux d'émigrés, par suite aussi du passage ou du sojour des troupes. Le problème de la vie chère devait s'y poser, fatalement, dans toute son acuité ; on peut dire, sans crainte d'être démenti, qu'il a été résolu, à la satisfaction de tous, autant qu'une solution était possible, et que les circonstances la permettaient.

La hausse y sévit tout d'abord, considérable. Bientôt les prix furent ramenés au taux à peu près normal, grâce

à l'énergie, à l'initiative delà municipalité qui sut provoquer, créer la concurrence.

Le maire, M. Michel, très clairvoyant en roccurrence, estima, avec beaucoup de raison, que les majorations n'avaient pas lieu de porter sur les stocks qui étaient en magasin avant la guerre et que ces majorations apparaissaient justement intolérables. Il effectua des visites personnelles chez de nombreux commerçants de la ville, et notamment à ceux qui vendent directement aux consommateurs les denrées qu'ils prennent, sans intermédiaire, chez le producteur. Ces commerçants lui présentèrent leurs factures ; le bénéfice prélevé n'avait rien d'extraordinaire. Le maire tira donc, de cet examen, la seule conclusion logique : toutes les majorations étaient imputables aux marchands de gros et de demigros !

<c En présence de cette constatation, dit-il, je les convoquai, ainsi que les représentants, dans le but de m'entendre avec eux, pour faire disparaître, dans le plus bref délai, cet état de choses. En même temps, je leur suggérai ridée de former entre eux une association, ou du moins un groupement, en vue d'approvisionner la ville. Mes propositions ne furent pas acceptées. »

Il est peut-être nécessaire d'ouvrir ici une parenthèse :

A la même époque, le Conseil municipal de Dijon, émettait, à l'unanimité, un vœu demandant au gouvernement d'appliquer une taxe nationale ou régionale aux négociants approvisionneurs en gros. C'est la preuve que, partout, la racine du mal était la même.

Il en fut ainsi, non seulement pendant la guerre, mais avant ; il en sera de même après.

Le maire de Troyes s'appliqua à trouver le remède nécessaire. Les circonstances le servirent. Ecoutons-le:

« Peu de temps après, je reçus la visite d'un gros commerçant de Troyes qui, absent au moment de la réunion, venait précisément d'apprendre ce qui s'était passé. Cet homme, excessivement compétent en matière économique, surtout en ce qui concerne l'alimentation, m'offrit spontanément son concours. Je l'acceptai sur-le-champ.

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« II fut décidé qu'il créerait, à Troyes, une Maison à Succursales qui vendrait directement au consommateur, à des prix raisonnables. Cette mesure obligerait fatalement les autres commerçants à se conformer aux nouveaux tarifs.

« Les résultats que nous attendions de nos succursales, que nous appelions «Maisons Bleues », furent immédiats : tous nos prix étaient inférieurs de 20 à 25 p. 100 à ceux des autres commerçants. Dès le lendemain, presque toutes les boutiques de la ville portaient, à leur devanture, un écriteau avec cette inscription : « Nous vendons aux mêmes prix que les Maisons Bleues ! »

a Le but était atteint, grâce, peut-être, à mon attitude exempte de toute faiblesse, mais aussi au concours d'un collaborateur qui avait apporté avec lui sa grande compétence, son argent, et surtout un cœur de bon Français. »

Les <c Maisons Bleues » étaient les succursales des Docks de l'Union française.

Il n'y a pas, dans cette affaire, que le témoignage du maire de Troyes ; il ly a aussi celui du préfet de TAube. Nous avons sous les yeux une lettre où le préfet loue l'initiative des Docks, qui a eu « la plus heureuse influence pour Tapprovisionnement de ces denrée^... Cette influence ne s'est pas fait sentir au chef-lieu du département seulement, mais son effet s'est étendu sur l'ensemble du département ».

D'autre part, le préfet de la Loire-Inférieure, lui aussi, n'a pu que louer l'Epargne de l'Ouest et les Docks de rOuest de leur probité commerciale, dont le public a été le premier bénéficiaire.

Les témoignages de ce genre ne manquent pas : une lettre de M. Letellier, maire de Tours, constate le bon exemple donné par les Docks du Centre, « en se refusant à toute surélévation du prix de leurs marchandises ».

Le maire d'Agen reconnaît, à la date du 17 août 191 S, que les gestes de solidarité sociale de la Ruche méridionale ne l'étonnent point, à l'heure grave que nous traversons, puisqu'elle « a montré son souci de conserver le

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prix normal de la vie dans cette ville ». Et il lui en exprime sa gratitude.

Dans la région du front combien de municipalités se sont plu à reconnaître de pareils services?... Voici le maire de Varangéville qui atteste que la Société Nancéienne d'alimentation a toujours été d'un grand secours pour le ravitaillement, tant civil que militaire; que ses prix de vente ont été, en tous temps, les plus avantageux; qu'en outre, dans les moments les plus critiques de l'invasion et du bombardement, elle a su vaincre dans l'intérèl général, les difficultés de toute nature. I,es maires de Laxon (M.-et-M.), de Saint-Nicolas-de-Port, de Colombey- Ics-Belles, de Custines, de Frouard, sous le feu de l'ennemi, et vingt autres, en ont dit tout autant. -

La preuve n'est-elle pas faite de la bienfaisance des Maisons è Succursales aux heures de la grande crise que nous traversons? Comment ce rôle eùt-il été défectueux avant la guerre? Comment ne serait-il pas précieux après?... Si les pouvoirs publics ont des doutes, le consommateur n'en a pas. Et cela sufTit.

Le mot lapidaire, le mot de la lin, est celui de M. Lucien iréfel de la Haute-Garonne, qui appelle VEpargne: able régulateur des cours de la région, tandis que 1 Rieux, maire de la belle cité de Clémence Isaure, ne :

ulouse, pendant la guerre, a offert un exemple : celui d'une ville où une grande société capitailimentation, de concert avec la municipalité sociamis un terme aux exigences dangereuses de la oisie, représentée, en la circonstance, par le petit rce. »

puisque nous avons parlé déjà du rôle social du rçant, le fait que nous évoquons servira de thème rttre suivant.

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