LE PERSONNEL DANS LES MAISONS DE GRAND DÉTAIL
Quelle est donc la situation d'un gérant de petite boutique ? Le gérant serait-il ce malheureux dont nous parjent les épiciers de gros, ce misérable, ce paria, sur lequel s'apitoient maints petits commerçants ? Point du tout : il touche sur les sommes dont son compte courant est créditeur, un intérêt de 4 p. 100, son travail est rémunéré parles remises qui lui sont consenties sur les ventes ; ces remises sont variables, suivant les articles ; mais la moyenne est de 5 p. 100 environ. Le bénéfice moyen d'un ménage de gérant peut être évalué à 235 ou 250 francs par mois, plus le logement. Certains ne dépassent pas 150 francs, mais d'autres peuvent atteindre 400 et 500 francs par mois:
Gomme on a dit et répété que les Maisons à Succursales, dans l'avenir, détruiraient les classes moyennes, il importe peut-être de mieux définir le gérant et son rôle. Nous ne pouvons mieux faire que citer Moride à ce sujet.
« Le gérant, dans notre économie moderne, c*est celui qui remplace souvent le petit patron indépendant.
« Quelle est donc, en fait, la situation du gérant ? Juridiquement, le gérant est, suivant son contrat, soit un petit patron, soit un salarié. Lorsqu'il a cette seconde qualité, il est certain que la loi sur le repos hebdomadaire lui est applicable ; mais alors, il serait tout à fait illogique de prétendre assimiler à la vente d'un fonds de commerce, l'installation d'un gérant dans une succursale. Pourtant, les petits commerçants demandent, à la fois, que le gérant ferme le dimanche et qu'un changement de gérant soit assimilé à une vente de fonds. On ne peut défendre, en même temps, ces deux opinions — comme Ta fait une proposition de loi de M. Durafour, « tendant à assimiler, dans les sociétés à succursales multiples, les changements (le gérants à de véritables mutations. — Si un gérant doit fermer le dimanche, c'est parce qu'il est un salarié ; on peut donc dire qu'en lui confiant la direction d'une maison on fait un acte ayant quelque rapport avec une
vente.
« Les gérants sont si peu indépendants, qu'en fait, ils sont, la plupart du temps, liés par des contrats spéciaux.
Le gérant peut être congédié comme un salarié quelconque et sa position présente ainsi un défaut : l'instabilité. Par contre, il faut noter que cette instabilité est contrebalancée par un avantage : le gérant ne craint pas la faillite; le gérant, enfin, peut arriver à occuper une gérance sans posséder de capitaux, ou seulement en ayant à sa disposition une somme minime, pour le cautionnement. Le système crée pour les femmes, — des veuves sans fortune, — certains emplois qui sont recherchés. »
Beaucoup plus réellement, le gérant est un chef d'établissement, responsable, chargé de la vente, ayant la faculté d'exploiter sa succursale, soit personnellement avec sa famille, soit par l'intermédiaire de salariés qu'il paie à sa convenance.
Quel est le gain du gérant? En principe, le gain du gérant se compose d'un tant pour cent sur la vente. Certaines maisons ajoutent un fixe lorsque la succursale ne fait pas un chiffre d'affaires suffisant.
Moride se défend de pouvoir indiquer des chiffres. U est évident qu'entre le gain d'un gérant de succursale de l'Etoile du Sud et le gain d'un gérant d'une succursale de Paris-France, il y a une sensible différence. Nous nous sommes placé en face du gérant d'une petite épicerie... Le gérant d'une affaire importante, c'est un directeur dont les pouvoirs peuvent, toutefois, être beaucoup étendus.
Etant donné que les classes moyennes sont composées de gens gagnant quelques milliers de francs par an — 5.000 francs, 6.000 francs par exemple, — d'après ce qui précède, on voit que, loin d'être supprimées ou diminuées par le fait de l'existence des Maisons à Succursales, les classes moyennes se trouvent augmentées d'une nouvelle catégorie d'individus.
Au reste, la plupart des maisons se préoccupent d'intensifier le bien-être et la sécurité de situation de leurs gérants, tout en stimulant leur zèle. Un certain nombre, dans ce but, ont songé à créer des « Caisses d'assurance et de retraite pour leurs gérants ». Au décès d'un gérant,