CHAPITRE XIV
UN COTÉ PATRIOTIQUE DE LA QUESTION L'ALCOOL, LE SOUCI DE LA VICTOIRE ET LES SOUCIS FINANCIERS
En même temps qu'on se bat contre l'envahisseur, on prépare la guerre économique et l'on multiplie les efforts contre l'alcoolisme.
Nous allons voir comment le Commerce travaille à préparer la triple victoire :
Une circulaire de la Maison Guichard-Perrachon, que nous avons sous les yeux, et qui date de juillet 1916, dit aux gérants et employés mobilisés :
« Nous avons eu à supporter une réquisition des alcools dans nos entrepôts. L'Etat a besoin de tout le stock d'alcool existant pour la fabrication de la poudre. La vente des spiritueux et liqueurs souffre évidemment de ce fait, mais nous devons faire de bonne grâce ce sacrifice, puisqu'il nous est demandé dans l'intérêt du pays et pour le triomphe de la cause du Droit et de la Justice ; nous sommes prêts à en faire bien d'autres, si c'est nécessaire.
« M. le Préfet de la Loire avait pris un arrêté interdisant, dans le département, la vente des alcools et du vin alcoolisé à consommer sur place. Cet arrêté touche principalement les cafés et les bars, mais atteint aussi certains de nos gérants qui ont des buvettes. L'application de cet arrêté a été suspendue jusqu'à nouvel avis ; il n'y a donc pas lieu de s'émouvoir pour le moment. Il faut cependant prévoir, pour l'avenir, une réduction du nombre
de débits de boissons et peut-être aussi une modification dans la vente à consommer sur placo.
« Il faut reconnaître que, dans l'intérêt de notre race, il y a quelque chose à faire. Beaucoup de gens n'ont pas assez de caractère pour se contenter de boire modérément ; ils se laissent séduire par les occasions et cèdent trop facilement à l'entraînement. L'Etat a le droit et le devoir d'intervenir dans l'intérêt du pays.
« La vente des spiritueux et liqueurs souffre évidemment, mais... )>
Nulle récrimination. La Maison à Succursales, ici comme toujours, a conscience de son rôle ; elle obéira sans se plaindre ; elle donnera l'exemple ; elle s'engagera résolument et franchement dans la voie moralisatrice.
En conséquence, un bref avis, presque aussitôt, dit :
« Gomme suite à la communication verbale qui vous a été faite au sujet de la suppression de la vente des liquides à consommer sur place, veuillez noter que nous procéderons le à l'enlèvement de votre comptoir et de
tout le matériel concernant cette vente. Vous voudrez bien prendre les dispositions en conséquence, afin de ne pas faire attendre le camionneur. »
Et voilà. Si tout le monde en faisait autant^ la victoire sur Talcool serait complète et les tempérants entretiendraient moins de polémiques exaspérées et exaspérantes.
A-t-on assez dit que nous étions, hier, les vassaux de l'Allemagne au point de vue économique ? Assez déploré l'invasion des produits d'Outre-Rhin, dont notice commerce était l'objet ?. .. A-ton assez écrit que nos industries ellesmêmes étaient tributaires de l'industrie germanique ? Qu'il fallait réagir !...
Les constatations et les conseils, en l'occurrence, sont bien peu de- chose, il faut l'avouer. Les initiatives,
l'alcool, le souci de h\ VICTOIRE, ETC. 327
même modestes, valent mieux, car, ainsi que l'a dit notre grand Corneille, dans un vers fameux du Cid ':
Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir !
Le souci des Maisons à Succursales est évidemment de fabriquer ce que, jusqu'à présent, elles doivent acheter. N'est-ce point là, en elïet, le meilleur moyen de s'opposer aux tentatives d'accaparement tentées par certains qui n'ont d'autre but, si douloureuses que soient les circonstances, que celui de gagner de l'argent, beaucoup d'argent, même et surtout en exploitant les populations dont la misère est déjà trop grande?... De plus, il est évident que si l'accapareur pouvait être supprimé, — ou vaincu — il serait, en tous les cas, bien plus aisé de remédier à la cherté croissante de la vie.
Voilà pourquoi certaines grandes sociétés d'alimentation, amies du progrès, se préparent à développer et à perfectionner leurs fabrications, « de façon à être en mesure, à votre retour, — disent-elles à leurs employés mobilisés, — de soutenir victorieusement la lutte économique contre l'ennemi que vous aurez vaincu militairement ».
Il semble découler de cela que la guerre pourra bien hâter chez nous l'évolution économique ; le jour où la concentration industrielle et la concentration commerciale se seront accomplies parallèlement et sortiront comme deux rameaux en pleine efflorescence, sur une souche unique, le nombre des intermédiaires sera forcément plus réduit encore et la Maison à Succursales, qu'elle soit du Nord ou du Midi, du Centre, de l'Est ou de l'Ouest, pourra réaliser son idéal : prendre le minimum de bénéfice sur tous les articles ; vendre beaucoup pour vendre le meilleur marché dans les meilleures conditions.
La preuve de la supériorité de la façon de procéder des Maisons à Succursales n'est plus à faire; cette guerre consacrera cette supériorité définitivement. Leur clientèle grandit, en dépit des hostilités; toutes l'avouent, toutes le proclament. Elles ont donc tout à fait raison de
3^ LA GCRBBB KT LB GOUMBBCI PBANÇAIS
préparer, dès aujourd'hui, un avenir prochain, par l'avènement défînitir de la fabrication à proximité des entrepôts. C'est ainsi que s'érigent les nouvelles Chocolateries du Casino et que d'autres innovations, incessamment, vont éclore. Il faut bien espérer que les intéressantes initiatives qui se font jour, — telle l'institution des foires de Lyon, de Bordeaux, de Paris peut-être, — nous démontreront que. pour savoir nous passer des Allemands, il ne nous faut que du travail et de l'entente, avec un peu de bonne volonté.
Pour assurer la victoire sur les champs de bataille, le Gouvernement a fait appel au pays pour que les monnaies d'or soient échangées à la Banque de France contre des billets.
Un magnifique élan de patriotisme a fait affluer dans les caisses plus d'un milliard, en quelques semaines.
Le Commerce et l'industrie n'ont pas manqué à leur devoir et la succursale de la Banque de France, à Saint- Etienne, se plaît à leur rendre hommage.
"în l'absence de M. le Directeur, nous fûmes reçu par le Contrôleur qui, après nous avoir rapidement brossé .ableau de la Loire en travail, pour les industries de erre, nous dit :
Certaines maisons d'alimentation, notamment les gasins du Casino et certaines firmes métallurgiques, ont né une active campagne concernant la rentrée de l'oc, placement des bons de la Défense et la souscription à nprunt. Ces maisons ont consenti à leurs employés des mces importantes, en vue d'un heureux résultat. Il drait presque tes citer toutes. Les Malsons à SuccurîS ont engagé leurs gérants à convertir leurs cautionnents en obligations ou en bons de la Défense Natioe. C'est ainsi qu'à Saint-Etienne, l'emprunt a donné quante millions.
Toutefois, il nous faut reconnaître que les résultais