‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 91 sur 112 · L ALCOOL, LE SOUCI DE LA VICTOIRE, ETC · texte numérisé non relu

L ALCOOL, LE SOUCI DE LA VICTOIRE, ETC

obtenus n'ont pas été en proportion de Teffort fourni. » Le préfet de la Loire, M. Charles Lallemand, nous parle de pareille façon à ce sujet. Il constate que la campagne pour la rentrée de Tor était indispensable et qu'on ne pouvait assez faire pour extraire, des bas de laine, le précieux métal qui s*y dissimule encore, « en raison de la rumeur infâme : l'or qu'on verse fait durer la guerre ». Il ajoute : « Le souvenir trop vivace des assignats cause également du tort aux bons de la Défense. C'est grâce aux efforts du Commerce et de l'Industrie que nous arrivons tout de même à souscrire une moyenne de vingt à trente millions par mois, en bons de la Défense. Cela représente environ trois cents millions par an, et ce n'est point si négligeable. »

La Chambre de Commerce qui, au début des hostilités, avait établi, dans son hôtel, une ambulance que le service médical n'a point acceptée, et qui a réparti, jusqu'à ce jour, 20.000 francs aux multiples œuvres militaires, en même temps qu'elle venait en aide aux divers hôpitaux, dans la mesure de ses forces, avait adressé un appel direct aux commerçants et aux industriels. Elle a recueilli pour l'emprunt une somme de 7.500.000 francs. Ses initiatives ne lui ont point valu de déboires.

Il n'en est point de même en ce qui concerne la Société des Magasins du Casino, qui avait affiché dans ses succursales une pancarte tricolore ainsi conçue :

« DE l'ou pour la patrie ! »

« Les échanges d'or sont acceptés ici ; les certificats spéciaux seront adressés directement aux déposants par la Banque de France. »

Un approvisionnement de prospectus devait être distribué à la clientèle et les instructions suivantes les accompagnaient :

« La Banque de France nous ayant demandé de bien vouloir l'aider dans ses opérations relatives à la rentrée de

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Tor. .. lorsqu'un client vous apportera de For, vous devrez le lui échanger, contre la même valeur^ en billets ou autre monnaie. Vous devrez prendre le nom et Fadresse très exacts de chaque client, ainsi que le montant de la somme échangée.

« Dès que vous aurez recueilli une certaine somme en or, vous devrez nous en informer et nous vous donnerons alors les instructions nécessaires pour nous faire parvenir cet or à Saint-Etienne^ sans que vous ayez aucuns frais h supporter.

« Nous ferons porter nous-mêmes cet or à la Banque de France, en donnant au directeur toutes les instructions nécessaires pour lui permettre de faire parvenir directement à chaque déposant le certificat auquel il a droit.

« Il est du devoir de tous les Français de faire de la propagande pour engager les détenteurs de l'or à le déposer à la Banque de France. Nous comptons que vous ferez votre possible pour obtenir ce résultat dans votre entourage. » •

Ce système de cueillette de l'or produisit, dans un temps relativement court, 40.200 francs. Des communes comme Oullins, Gombeplaine, Chauffailles, Sainte-Foy l'Argentière, versèrent respectivement 4 . 940 francs; 1.500 francs; 1.670 francs ; 2.320 francs, qu'elles n'eussent peut-être jamais versés sans cela.

On voit ce que des tentatives, dans le genre de celle-ci, encouragées, patronnées par les pouvoirs publics, auraient pu produire jusqu'au fond des campagnes françaises. Malheureusement, les promoteurs de l'idée ne furent pas secondés; leur initiative même fut sabotée. Encore un peu, et M. Guichard-Perrachon, chevalier de la j.égion d'Honneur, liait connaissance avec la paille humide des cachots.

N'arriva-t-il pas qu'un imbécile désapprouva le geste?.. En efïet, un gros personnage d une petite localité de FAliier, tout gonflé de son importance, adressa, contre le gérant d'une succursale, une plainte au Procureur de la République de Gannat.

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Un Procureur de la République, ça marche vite, en temps de guerre, paraît-il ! Jugez donc de l'aubaine : on voyait des Allemands partout, jusque dans les Magasins du Casino. Ne s'y étaient-ils point, par hasard, introduits pour rafler tous nos louis et les expédier sur Berlin, par la Suisse ?

Aussitôt, sans plus d'information, la maréchaussée déambulait le long des routes, battait le pavé des bourgs et descendait, en plein jour de marché, au milieu de la succursale incriminée, au sein d'acheteurs ahuris et d'acheteuses interloquées et abasourdies.

— Circulez, qule je vous dis, et faites de la place au gendarme qui verbalise^ nonobstant I...

Pandore interroge la gérante, qui s'effarouche. La malheureuse, en l'absence de son mari, soldat, se voit traduite en justice et rendue responsable d'une infraction grave à la loi !...

Scandale!... Préjudices!... Tout cela, en raison de la sottise d'un malveillant — ennemi, peut-être, de M. Guichard-Perrachon.

La Banque de France intervint promptement. Le Directeur de Saint-Étienne écrivit :

Banque de France à MM. Guiehard-Perrachon et C*

à Saint-Étienne.

Ce 7 décembre 1915.

« Nous avons reçu la lettre de votre gérant de Broii- Vernet et, tout en regrettant le quiproquo causé par l'excès de zèle intempestif de la gendarmerie d'Escurolle, nous faisons le nécessaire auprès du Procureur de la République de Gannat, pour que pareil fait ne se renouvelle plus.

« Nous sommes heureux de saisir cette occasion pour vous témoigner à nouveau la gratitude du gouvernement de la Banque pour votre initiative patriotique dans le mouvement de l'or et pour la collaboration si dévouée et si utile que vous nous avez offerte, en mettant à notre disposition votre importante organisation

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H Veuillez agréer. Messieurs, l'assurance de notre c sidération disÙnguée. >

Le Directeur.

En même temps. M. le Procureur de la République, à Gannal. recevait la lettre suivante :

Banque de France à M- le Procureur de ta République, GamuU.

Ce 7 dêceml»e 1M5-

■ La Maison Guichard-Perrachon et C nous infonne qu'une enquête a été ouverte par la gendarmerie d'Esfurolle. à l'occasion de l'apposition d'une affiche : ■ De l'or pour la Patrie •. dans les locaux de la succursale n'WT.àBrou-Veniel

■ Nous avons rhonueur de vous informer que celle honorable maison a apposé des affiches semblables dans toutes ses succursales avec notre assentiment, que t or recueilli est rigoureusement centralisé à Sainl-Ktienne et versé dans nos caisses, et qae celte publicité, adoptée dans différentes parties du territoire, a reçu l'a^Tément du Gouvernement de la Banque-

« Nous aioutoDS que nous avons toujours trouvé chez uichard-Perrachon. Chevalier delà L.^on d'Honneur, ntiment patriotique le plu^ élevé, que son codcouts : la collecte de l'or nous a été volontairement offert lui et que nous vous serions très obligés de prendre :>af idêralios ces divers motifs pour éviter d'amoindrir uoi que ce soit cet'.e opération â laquelle nous sommes eux de rendre publiquement hommage. ■

■la m->'.iva de !a part du Pr^x'urcur de la République

■cîaralivn q\à suit :

[>es pefs->i>aeï connues de ran\"»:îdissemeot. animées I zrle exairérê. ont cru devoir si-^nal^ à mon Parquet. aâiehe qu'elles quali.iaienl de suspecte, apposée

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dans les locaux de la succursale n° 407 de la Maison Guichard-Perrachon, à Brou-Vernet. A la suite de cette requête, j'ai dû faire procéder à une information qui a établi l'utilité de cette affiche et le sentiment tout pçitriotique qui animait cette société commerciale. »

Au reste, les succursales de la Banque de France, qui faisaient parvenir au siège des Sociétés d'Alimentation les affiches incriminées destinées à retenir l'attention de la clientèle, trouvaient partout le meilleur accueil. Elles pouvaient faire cette propagande auprès d'une centaine de Sociétés, pour lés milliers de boutiques de ces Sociétés, certaines que cette centralisation des feuilles-réclame assurait la distribution la plus judicieuse ; il eût été impossible à la Banque de s'adresser individuellement à un nombre de petits commerçants égal à celui des boutiques touchées. Bien plus, la Banque de France proposait aux Sociétés l'achat d'images, genre Epinal, pour aider dans lœuvré patriotique de l'échange de l'or; elle était convaincue que le désir de coopération suggérerait l'achat d'exemplaires à distribuer à la clientèle. Les images de propagande étaient en vente ,à Paris, chez M. A. Bodard, 7, rue Lemaignan, au prix de 45 francs les mille exemplaires.

Inutile de dire que, pour l'œuvre, personne n'a regardé au sacrifice d'argent.

Le 25 mars 1916, les Magasins du Casino publiaient l'avis suivant :

c( La Société rappelle à tous les acheteurs que les bons de la Défense Nationale de 100 francs et au-dessus sont reçus dans toutes les succursales, en paiement des achats effectués.

« Les intérêts de ces bons ayant été payés d'avance au souscripteur, le porteur bénéficie de l'intérêt jusqu'au jour où il les utilise.

M* LA litlBRKK KT LE C01fllKRC& FRANÇAIS

'< Les bous (Le It et 20 francs ont été également reçus ou pai'iiKiit dans les euccurealee pendant les mois de ilocidibro ItflSel janvier 19)6. La Sociélé vient de décider tir U'h Hotopter ft nouveau jusqu'à nouvel avis.

' Ia'.s boiiti de & et âO francs sont remboursables à un au oL l'intéi-ét eu est payable au moment du remboursiuu'ut. Pour compenser la perte de l'intérêt, la Société itlluue. pour tout achat payé en bons de S et de 20 francs, m> certain nombre de tickels-prime correspondant au leaips écoulé du jour de l'émission des bons jusqu'au jour de leur utilisation pour un acbat.

« Voici d'ailleurs les règlements fixant les conditions lie paiement en bons de la Défense Nationale :

Bons de 100 francs M au-dessus :

1° En cas d'acbat pour une somme supérieure à la valeur du bon, le bon est reçu pour sa valeur intégrale, «vec réduction de 10 centimes par U'û francs et par semaine restant à courir jusqu'à l'échéance. Cette retenue représente approximativement l'intérêt à 5 p. 100 pour le temps restant à courir ;

f En cas d'acbat, pour une somme inférieure à la "°''"" ''u bon, le litre doit être remis au gérant lors du

achat et il est ouvert au déposant un crédit égal

lur du bon ;

tenue pour intérêts sera faite sur la base de par semaine lors du premier achat, en tenant

des dates des diverses fournitures ;

it acheteur déposant un bon du Trésor dans une

lie doit en aviser la direction, qui accusera récep-

s les quarante-buit heures.

Bons de 5 francs et de 20 francs.

: bons de ^ francs et de ^ francs sont acceptés ir valeur d'émission en paiement d'achats repéintégralement leur valeur.

it acheteur utilisant en paiement les boas de la Nationale recevra, pour les bons de o firancs.

l'alcool^ Le SOtJCI "de là VIGTOIRS, ETC. 335

i tickets-prime par mois écoulé depuis la date d'émission jusqu'au jour de Tachât; pour les bons de 20 francs, 8 tickets-prime par mois écoulé depuis l'émission. Tout mois incomplet n*est pas compté.

Exemple : Tout acheteur payant le 18 avril avec un bon de S francs émis le 18 novembre, aura droit à une bonification de 10 tickets-prime ; s'il s'agit d'un bon de 20 francs, c*est 40 tickets-prime que recevra l'acheteur. »

Cette initiative de Maisons à Succursales importantes n'a pas été appréciée comme elle méritait de l'être. L'unique but était de rendre service à la clientèle et d'être utile au pays.

Si Ton en avait fait autant dans toutes les maisons de commerce de France, ^as un Français n'aurait hésité à verser le contenu du fameux bas de laine pour acheter des bons qu'il était assuré de pouvoir, selon l'exigence des circonstances, convertir en produits d'alimentation et fournitures d'usage courant.

Si l'initiative heureuse de quelques-unes de nos grandes firmes du commerce de détail avait été encouragée comme il convenait et comme elles étaient en droit de s'y attendre, c'est-à-dire si l'utilisation des bons de la Défense Nationale avait été admise comme moyen de paiement, on eût réalisé, d'une façon simple et pratique, la mobilisation des réserves monétaires du pays.

En effet, beaucoup de Français, si ardemment patriotes soient-ils,' comme l'a dit Henri Labroue, député de la Gironde, n'ont converti en bons du Trésor qu'une partie de leurs réserves. En dépit du double avantage d'une prime de 8 p. 100 et d'un intérêt de 4 ou 8 p. 100 selon l'échéance, nombreux sont ceux qui hésitèrent et qui hésiteront toujours à transformer en bons la totalité de leurs billets de banque.

On remarquera qu'en agissant ainsi, nos compatriotes ne font point preuve d*égoïsme, ni acte de financiers, puisque leurs billets ne leur donnent ni la prime, ni

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l'intérêt que comportent les bons. Us manifestent simplement de la prévoyance ; ils se réservent, en effet, les moyens de payer à n'importe quel moment les achats qu'ils auront effectués ou qui seront devenus nécessaires, en même temps que les dettes contractées pour une raison quelconque, à un moment quelconque. Sait-on de quoi demain sera fait?... Les pertes d'argent possibles, les mauvaises créances, le chômage, la maladie, entraînent tout un cortège de nécessités imprévues. Comme le billet de banque est facile à sortir quand on le possède ! Et comme il rend service ! Ce n'est pas le bon de la Défense Nationale qui, à ce point de vue, rivalise avec lui.

Nous savons bien qu'il existe une ressource quand on est muni de bons : c'est de les négocier. La Banque de France les escompte en tout ou en partie et prélève 5 à 6 p. 100, selon l'échéance. Mais la banque, ce n'est pas l'épicier ! Son guichet, non plus qi^e celui de ses succursales, n'est point ouvert à tout venant, à toute heure ; et puis, est-ce qu'on demeure toujours à côté de ce guichet?... Et ce prélèvement de 5 à 6 p. 100, cette retenue, plutôt, constitue une dîme au profit du grand établissement de crédit, une dîme fort^ peu réjouissante et tentante. L'opération a tout l'air d'un accrochage d'objet au Mont-de-Piété ; dès que l'on négocie un titre, qu'on emprunte sur lui, on affiche un air de pauvreté, de nécessité, qui ne plaît pas à tout le monde.

Le remède, le seul, le vrai, c'était la transformation du bon en espèce de billet de banque que les fournisseurs eussent accepté, même obligatoirement.

M. Henri Labroue remarque justement : Pourquoi ces bons, qui sont des créances sur le Trésor, doivent-ils être transformés en billots qui sont de simples créances sur la Banque, si Ton veut avec eux effectuer un paiement? Les instruments de crédit de la patrie française ont-ils donc besoin d'être endossés par des banquiers ? Si la signature de la Banque de France est garantie par 182.500.000 francs — chiffre publié à V Officiel — là parole de la France est garantie, elle, par les 300 milliards des richesses nationales.

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Les effets de commerce sont couramment donnés et acceptés en paiement par les commerçants. Pourquoi les effets de France ne seraient-ils pas couramment donnés et acceptés par les Français ? Voilà le principe qu'avaient tenté de consacrer, par des actes, divers établissements à succursales, dans un but éminemment clairvoyant et patriotique, certains qu'alors les souscripteurs aux bons de la Défense auraient souscrit quarante milliards au lieu de quinze. L'État lui-même aurait profité de l'opération puisqu'il n'aurait pas déboursé les sommes énormes dont il a grevé ses deux emprunts : il n'aurait à payer ni une prime qui atteint deux milliards, ni un intérêt de 5 fr; 75 p. 100 pendant quinze ans, mais simplement un intérêt de 4 p. 100 durant quelques années.

Hélas ! l'État n'est pas géré par les commerçants les plus compétents ; il opère souvent à l'inverse des commerçants — quand ce n'est pas à l'instar de l'enfant prodigue.

Il est vrai que M. Ribot, ministre des Finances, écrivait, le 14 décembre 1915, au sujet de ces initiatives concernant la cueillette de l'or, les bons de la Défense Nationale et l'emprunt :

« J'ai l'honneur de vous remercier d'avoir porté ces faits encourageants à ma connaissance. Ces exemples ne manqueront pas d'être connus et entretiendront une émulation salutaire et profitable à l'intérêt public. r>

Si, en haut lieu, on l'avait voulu, ces exemples eussent été popularisés comme ils méritaient de l'être, et, au lieu d'entrevoir « une émulation salutaire et profitable à l'intérêt public », l'émulation eût été multipliée.

On a beaucoup parlé, avec infiniment de raison d'ailleurs, de notre effort industriel se réalisant peu à peu dans les plus mauvaises conditions qu'il soit possible d'imaginer, dans des usines souvent improvisées^ avec un

matériel de fortune, un personnel de direction incomplet, une main-d'œuvre de hasard.

Notre sentiment d'orgueil national, en face des résultats obtenus, grandirait, si nous envisagions comme il convient notre effort commercial, qui s'est produit, lui aussi, dans des conditions extrêmement difficiles, avec un personnel improvisé également, avec un matériel réduit à sa plus simple expression, par suite de réquisitions, avec l'hostilité trop souvent visible des pouvoirs publics faisant trop aisément chorus à quelques-uns, enclins à ne voir dans le monde commercial que des profiteurs.

Les qualités d'endurance, d'énergie, d'initiative de notre race, ne se sont pas révélées que sur le front, heureusement ! Le coup de fouet de la nécessité a exalté le patriotisme de chacun, et le grand commerce de détail, en maints endroits, a tenté de seconder la production industrielle ; c'est ainsi que l'Epargne de Toulouse mettait à la disposition des fabricants d'obus, ses immenses entrepôts de vins. Et ce n'est point un exemple unique. Mais, laissons cela de côté, quoique le plus noble souci patriotique y perce, en vue de la victoire facilitée ; car, ce que nous voulons ici mettre en relief, ce ne sont point des particularités, mais des généralités. Nous en revenons donc à l'étude de l'effort financier, puisqu'il s'est manifesté du plus grand jusqu'au plus petit. Pas un appel n'a retenti en vain :

« Versez votre or ! »

La propagande s'organise, les auxiliaires surgissent, se multiplient ; les Chambres de Commerce s'adressent, par voies d'affiches, à leurs membres, comme les Maisons à Succursales à leurs clients ; c'est ainsi que celle de Saint-Etienne en recueille promptement pour plus (Je 7 millions 1/2. « Souscrivez aux bons de la Défense Nationale ! » Toutes les maisons réservent à ce but leurs disponibilités entières : Félix Potin, Damoy, l'Alimentation Stéphanoise, l'Etoile Blanche, les Etablissements Zanzibar, la Ruche du Midi, les Docks Foréziens, les Docks Francs-

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Comtois, l'Epargne de l'Ouest, les Docks de l'Ouest, les Docks du Centre, les Docks Saint-Georges, les Comptoirs de Bourgogne, les Nouvelles Galeries réunies, les Etablissements Brisset et toutes les autres firmes sont dans ce cas. Les millions s'ajoutent aux millions. Au 30 juin 1916, la Société économique d'Alimentation de Lyon avait pris pour 1.700.000 francs de Bons de la Défense; la Société l'Epargne, après avoir procédé le 1" avril à une émission de cinq millions de francs d'obligations, convertit aussitôt cette somme en bons de la Défense ; au 31 juillet 1916, la Société des Nouvelles Galeries réunies en avait pour 5.961.000 francs.

c( Souscrivez à l'emprunt ! »

Chacun s'exécute avec empressement ; la plus louable émulation existe et l'on peut affirmer, sans crainte de démenti, que le plus clair succès de nos emprunts est dû au commerce de détail. C'est ainsi qu'à Saint-Etienne, pour celui de 1915, plus de 50 millions furent recueillis. Partout on fait des avances au personnel ; le grand détail, nulle part, ne le cède, en dévouement, à là métallurgie. Ici encore, il faudrait citer toutes les firmes de France. A quoi bon ?... Une circulaire des Etablissements Brisset d'Angers, à leur personnel, résume la plupart des initiatives, si nombreuses, qui méritent d'être signalées. La voici ; elle date du 20 octobre 1916 :

« Dans un but patriotique que notre personneL appréciera certainement, la Direction des Etablissements Brisset vous informe que tout souscripteur au 2® emprunt de la Défense Nationale 1916 pourra toucher, par anticipation, des appointements, ainsi que la moitié de la prime d'ancienneté régulièrement due le 1®' juillet 1917.

« En plus de ces avantages, nous donnerons à chacun de nos employés ou ouvriers qui souscrira, une prime supplémentaire de 25 francs à titre gracieux, afin de les encourager à participer à là manifestation patriotique qui doit définitivement assurer le succès au 2® emprunt. »

Partout les cautionnements de gérants sont, en outre, convertis en obligations de l'emprunt.

Les totaux constituent de jolis deniers ; la maison Picon

340 ' hÀ. tiUJSHRE m LE GOWMBRGS FRANÇAIS»

et C*^ en 191B, sur ses dépôts à la Banque de France, souscrivait : 19.5SÔ francs de rentes g p. 100 représentant un capital d'enviroii 840.000 francs. Sur le fonds de réserve, elle souscrivait 6.140 francs de rentes 8 p, 100 représentant un capital d'environ 108-000 francs. A l'emprunt de 1916, la souscription a été de 5.700 francs de rentes o p. 100, soit un capital d'environ 100.000 francs.

Nous citons cet exemple parce qu'il est typique et qu'il représente une bonne moyenne assez exactement, tant pour les entraves multiples que cette firme a subies dans son négoce, que pour les chiffres produits.

Des sociétés à capital plus important, tels les Comptoirs de Bourgogne à Dijon, dépassaient le million dès 1915 ; les Nouvelles Galeries réunies, à Paris, atteignaient, à la môme époque, une souscription personnelle de 3.494.100 francs, aux rentes du premier emprunt; cela prouve tout simplement, tout naturellement, la proportionnalité de l'effort. Cet effort s'est exercé parmi la clientèle, et nombreux sont les magasins quij comme pour la cueillette de l'or, ont servi d intermédiaires entre l'acheteur et l'Etat, celui-là devenant créancier, celui-ci devenant débiteur. C'est ainsi que la Société citée en dernier lieu, pour l'emprunt de 1918, avait réuni 809 souscripteurs-clients versant un capital de plus de cinq millions représentant 328.547 francs de rentes. Prévenue à temps, elle eût pu faire iniïniment mieux. Les autres aussi.

Si, au lieu de persécuter tantôt les uns> tantôt les antres, par l'établissement de mesures inopérantes : taxations, réquisitions, interdictions d'importations correspondant à des interdictions de vente et de fabrication, on eût fait appel, au moment le plus opportun, au dévouement du commerce, à son initiative, à son patriotisme, que n'eût-on pas obtenu de lui?... Toute disette eût été certainement conjurée et le régime de restriction n'eiU point été si tôt inauguré.

Certain de nos rois de France a mérité le titre de <t Bien- Servi » parce qu'il a eu à son service Jaoques Cœur, négociant, capitaliste, banquier, et Jeanne d'Arc pour

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