LES COOPÉRATIVES CIVÏLES, L* AVANT-GUERRE, ETC
« La Société de consommation est la plus parfaite, la plus féconde de toutes les formes de coopération et celle dont toutes les autres devraient dépendre. C'est aussi la plus importante, à tous égards, et la plus répandue.
<c La Russie compte 800 sociétés de consommation, avec 25.000 membres qui se répartissent pour 70 millions de francs de marchandises. La Hongrie a 671 sociétés qui font 10 millions de francs d'affaires avec 85.000 membres. La Pologne a 650 sociétés auxquelles 85.000 membres coopérateurs achètent pour 39 millions de francs. L'Autriche a 450 sociétés seulement, mais avec 200.000 membres, qui achètent pour 100 millions de francs; l'Espagne compte 182 sociétés avec 29.000 membres; la Hollande, 132 avec 50.000 membres. Le Japon lui-même s'y essaye. La petite Finlande a 500 sociétés qui, pour 100.000 membres, font 55 millions de francs d'affaires par an. La Suède, la Norvège ne sont pas étrangères au mouvement. Le Danemark a 1.300 sociétés pour 100.000 membres, et 70 millions de francs d'affaires. L'Italie compte, actuellement, 1.430 sociétés qui, paraît-il, font 180 millions de francs de vente et groupent 365.000 membres. En Belgique, socialistes et catholiques ont fondé de nombreuses coopérations, surtout des boulangeries. Les socialistes seuls en ont 162, comprenant 127.000 membres et faisant 34 millions de francs d'affaires par an. La ruche qu'est le Vooruit de Gand, fondé et dirigé par l'ouvrier Anseele, et le Palais qu'est la Maison du Peuple de Bruxelles, sont bien connus.
« L'Allemagne a 2.300 sociétés, qui vendent pour 500 millions de francs, à 1.500.000 coopérateurs. Une seule société de Hambourg, la Production, est représentée par 42.^00 tnembres et 13 millions de francs d'affaires. Cette société vise à produire elle-même tout ce dont elle a besoin. Elle a déjà installé boulangerie, boucherie, confiserie, buanderie, menuiserie, ferblanterie, fabrique d'eaux gazeuses, et construit, pour ses membres, plus de 500 logements hygiéniques. Le magasin de gros de Hambourg qui fournit aux sociétés locales, fait de 90 à 100 millions de francs d'affaires par an. »
378 LA (^nSBKK £T LK CQimgRC« FMAUÇAIii
Morid^ donne sur la « Production » des rençeignenients compiémentaires plue récents qui démontrent le progrès de la société :
« Elle compte 60.000 membres effectuant pour 375 francs d*acbaLs, en moyenne. Elle débite la viande en douze lieux différents. Elle possédait, avant 1^ guerre, pour 7 millions de francs d'immeubles, pour 1.800.000 francs d'hypothèques. Elle était propriétaire de 36 immeubles, d'une ferme modèle, propriété de 399 hectares, et qui lui iournissait du lait, du bétail, des œufs» des iégumea, des fruits. Elle fabriquait, en outre, 40 p, IQOde ses produits, avec un outillage excellemment perfectionné, »
En Suisse, en 1909, 311 sociétés faisaient 90 millions de francs d affaires avec 304.000 coopérateurs. A -Sale. l'Âllgemeinn Konsin Verein comptait 72 succursales pour Tépicerie, "16 pour la boucherie, 5 pour la chaussure, 1 pour les articles de ménage. Elle pa^'ait plus de oO.OUO francs d'impôt, 160 000 francs de loyer, élevait son ehitlre d'aflaires à ào nùUions de fnincs.
Mais reprenons Deherme :
« Cest TÂngleterre qui tient la tète. Bile n'a pourtant que t.4ë0 sociétés; ces sociétés groupent i.500.000 membres et effectuent pour i.8(M).00O.00O de francs de répartitions. Les deux Wholesales (^magasins de gros) font, celle de Manchester, pour 647 millions et celle de Glasgow pour 188 millions de francs d'affaires avfic leurs sociétés adhérentes. Elles ont une flotte de huit gros navires, un journal» The Cooperaiioes Ncios» qui tire à 80.000 exemplaires, et une banque dont les opérations se chiffrent aoauellement par plus de i milliards de ùancs. Les sociétés an- «rlaises ne négligent point la production, même agricole, dont 1 ensemble dépasse 41o misions de firaDCS. La coopération anglaise occupe 69 OvO employés pour la vente, et Sli.OuO ouvriers pour la producûoo. Elle consacre i.oOO tJi4) iranos par an à Teducation. l.45U.n00 liraiKS^ Tassislanoe cLKintar.le, et verse ioU.ùOO francs poorTorgauisme central : 1 Union coopérative. Durant là pérîotie de tvui à I9ii« 1 accroissement d aoaîres, pour les Wboîe>ale>. a eîê àe où à 80 p. iOO. El le point de départ tuL
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en 1884, la fondatiop dôS( « équitables Roohdale fi, quelques ouvriers qui réunirent hurs mi^rables économies pour acheter» en comntun, leurs aliments. »
Chçs nous le mouvement coopératif est également appréciable. Le total des sociétés s'élevait» lors delà déclaration de guerre, à plus de 3. 000 ; mais beaucoup d^entre elles vivaient dans la précarité. U est à remarquer que le chiffre des coopérations allemandes était de 3.227 en comprenant la Production dont noua avons parlé. Toutes ces coopérations faisaient un chiffre d'affaires s'élevant à 400 millions de francs. Gomme on s'en rend déjà compte, le nombre des sociétés ne compose pas la puiasanoe. La comparaison avec les chiffres relatifs à l'Angleterre en est la preuve. Le contraire semble bien plutôt la vérité. Un Anglais coopérateur, en effet, achète annuellement pour plus de 700 francs. Gheanous le coopérateur ne dépense guère, en moyenne, que fr. 80 par jour.
Et pourtant, la France, n le plus beau pays après celui des cieux », a dit Grotius, un Hollandais, semble être la patrie par excellence de la solidarité. Pour des buts nobles les cœurs y battent aisément à l'unisson. Les élans magnifiques vers Tidéal y, sont coutumiers. Estait un but plus louablq^ pourtant, plus social que celui de « Fraternité », auquel s'attache l'idée d'internationalisme qui nous anima, certes, à plus d'une reprise ?
Coopération 1 Nul vocable n'aurait d'allure plus nationale , nul ne pourrait mieux définir la générosité, l'union du peuple dans les aspirations matérielles de mieux-être que la vie impose !
Mais rien ne va sans à^coups, même à la faveur d'un développement extraordinaire, d'une montée rapide du chiffre d'affaires !
Quelquefois, pendant des années consécutives, l'extension, soudain, s'est ralentie, arrêtée, quand la régression ne s'est pas manifestée. Les pertes, parfois, ont été si importantes que des décès sont survenus, que des socié-
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tés sont mortes. Et pendant que certaines s'éteignaient, anémiées^ languissantes, il en naissait d'autres, de toutes petites, à côté, qui ne craignaient pas d'affronter la lutte et ses difficultés.
Mais, il n'y avait pas à le nier : c'était la crise.
La crise n'est point terminée et la paix la verra peutêtre plus aiguë que jamais, car, après la guerre, il ne faudra point compter sur un afflux de clientèle tout particulièrement extraordinaire, non plus que sur des capitaux en réserve, constitués par des bonis non distribués.
Le cataclysme qui ravage l'Europe aura sans doute contraint à absorber les bonis]en question, quand ils existaient, et la cberté de tout n'aura pas permis, au reste, d'en réaliser de nouveaux ni d'augmenter led anciens. Les hausses des marchés auront été subies partout, les achats au jour le jour, avec des capitaux restreints, ne permettant pas d'effectuer des approvisionnements considérables pour des mois ou des années. S'ensuit-il que nous allons revenir en arrière, aux vieilles méthodes commerciales, et que les Coopératives ne pourront tenir tête aux entreprises de concentration, comme les Maisons à Succursales dont elles sont les émules ?...
Non, car le perfectionnement existe dans la modification des habitudes. Et les Coopératives modifieront les leurs, les adapteront à des pratiques commerciales plus réelles. Elles ne vivront pas, comme les p^ts commerçants, dans la contemplation béate du passé. Elles banniront les expédients, ou, au lieu de se laisser endormir dans la foi de certains de leurs fondateurs, elles se vivifieront dans l'abandon définitif des expédients et des erreurs : elles deviendront des entreprises vraiment commerciales, en même temps que vraiment philanthropiques; elles sauront bénéficier des progrès techniques qu'elles présenteront, en même temps que des qualités mercantiles qu'elles acquerront. Le premier résultat à acquérir sera la fusion des coopérations, c'est-à-dire l'unité. C'est dans cette unité que sera la source de la puissance née de la transformation.
Le !2 novembre 1912, Jean Jaurès saluait cette unit^
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comme un fait accompli. « Par cette union de tous ses éléments prolétariens, disait-il, la coopération française va recevoir un surcroît d'autorité morale. Elle prendra une conscience plus vigoureuse d'elle-même, du grand rôle de transformation sociale qui lui est assigné à la fois par les socialistes et par les vrais coopérateurs prolétariens. Elle sera un des organes de la classe ouvrière qui, par la triple action politique, syndicale, coopérative, préparent son émancipation intégrale. Que de dévouements et que de lumières dans ce monde coopératif ! que de promesses il contient, que de forces d'avenir ! »
Et Jaurès ajoutait, avec infiniment de raison : « L'Unité ainsi fondée permettra à la coopération française d'affronter avec plus de vigueur et de succès la concurrence des grandes organisations commerciales. Les Coopératives développeront et perfectionneront leur technique pour taire face aux combinaisons merveilleusement habiles du capitalisme marchand. »
En effet, tout est là : développer et perfectionner la technique ! ... 11 importe donc de considérer ce qu'elle est, et ce qu'elle devrait être. Ce sera l'objet des chapitres suivants.
Ah ! certes, ce n'était pas chose commode à réaliser que cette « Union » de toutes les forces coopératives du pays. Louis Dubreuilh disait :
« Nous sommes beaucoup assurément dans le Parti qui souhaitons avec ardeur que les événements prennent cette tournure et aboutissent à cette fin. Nous nous rappelons la décision qui est sortie sur la question des débats du congrès international socialiste de Copenhague, réclamant que les Coopératives de chaque pays qui poursuivent des buts conformes à l'idéal socialiste, donnent une seule et unique Fédération. Et, puisque de part et d'autre, les représentants des deux organisations appelées à contracter, proclament également l'accord des principes purement coopératistes avec ceux qui sont inscrits dans le programme du socialisme international, nous ne voyons pas quelle raison pourrait être opposée à une fusion qui n'a que trop tardé à s'accomplir.
« Certes, s'il s'agissait de solidariser dans un organisme
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elles composées ? Elles sont composées de sociétaires ou actionnaires dans la plupart des cas ; d'autres fois, elles sont faites d'adhérents et de sociétaires. Leurs clients sont, très généralement, des employés et des ouvriers ; dans certaines villes quelques petits rentiers s'y approvisionnent également, conmie à Tourcoing et à Lens; d'autres comprennent beaucoup de fonctionnaires comme celles du Puy-de-Dôme et de la Dordogne ; ce sont ces fonctionnaires qui furent les fondateurs ; à Laval, elles ne servent que des travailleurs. Certaines ont près de trente mille bouches à nourrir quotidiennement, comme rUnion des Travailleurs de Saint-Etienne.
Les adhérents, en général, moyennant le versement d'une petite cotisation, profitent des mêmes avantages que les associés : ils ont le droit d'effectuer leurs acquisitions à la Coopérative, sous cette réserve que les bonis qui pourraient leur revenir en tant que sociétaires leur seront retenus jusqu'à concurrence du montant d'une action que doit posséder tout associé. Dans d'autres, ils sont admis dès leur entrée à prendre part aux répartitions périodiques de la société.
En principe, c'est à leurs membres seulement que vendent les Coopératives. Dans la pratique, il en est souvent autrement; quiconque est porteur d'un carnet d'adhérent est susceptible de devenir un acheteur régulier; il est très facile de se procurer ce carnet sans appartenir réellement à une société; d'autre part, les adhérents revendent souvent à leurs amis, avec bénéfice, les marchandises dont ils se sont rendus acquéreurs.
L'Union des Travailleurs de Saint-Etienne a trouvé qu'il y avait là un abus ; en effet la clientèle ainsi recrutée, par ces temps de crise, menaçait de prendre une importance trop considérable, d'épuiser les stocks en privant ainsi les sociétaires des avantages auxquels ils avaient droit.
Au reste, si ce n'étaient les difficultés d'approvisionnement inhérentes à l'état de guerre, il s'agirait de savoir si c'est un mal de vendre à tout venant dans les Coopératives. Est-ce que l'application qui leur fut faite de la
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patente hé légitimé pas le cas?... fcoh^idèrées comme dés ciomhfiërçânis, triiitées commç tels, elles auraient tofl de se GÔndliîré àiitrerhent. Là Conf^dAràlion des Groupements commerciaux et industriels de France a beau s'écrier qiië cette facliltê de vendre à tous est un avan-
tage lisurpë, que les Cbbpëràiives ne sont coopératives (jiië de rioni, qu'elles sont en réalité d<'S noutiques comme tout<*s lés (ibuliquès, cela ne change pas la situation et l'avenir ne se moilifîera pas pour cette raison t)e f)lijs en plus ellesconcurrencentles petits commerçants, même (juaî)d elles rèvéïénl là lorme d'économats ou de coopératioris patronales, fondés par les cnefs d'industrie pour exercer une îriflueiice sui* leur personnel et leur permettre dé lé rriieuK tenir en mains.
C'est que, la plupart dii temps, lès sociétés c66p<^rativés véiidënt à des prix inférieurs à ceux du Petit Commerce ; qu'elles êcoiileiit leurs produits moins avaniageusérriëiit â Kancy, à Saint-Ëtiènnç. à Saint Chamond ou à Rbàiine, cela n'inlirrhe pas absolument la règle.
Le Petit Commerce de dëlail avoue lui niôme qu'il est pilus onéreux â sa clientèle que ne le sbnt^les sociétés coopératives, à CàHibrai, à hpinàl, à Saint-Dié, à Perpignan, à Ëi^sançbn, à Abbeville, à Amiens, etc., etc. La rehfidi'quable éhquétë de M. Landry. sur la situation du Commerce en France en témoigne et les commerçants de gros fbnl l'aveu que,, s'il en est ainsi, c'est en raison de ce que les sociétés de consommation ont des frais généraux beaucoup riibiiis lourds que les autres maisbns de conïiherce.
Il existé naturellement lôujoiii'S une différence entre le prix de revient et le prix de vente de l'objet de consommation. Cette différence, qui cbnstitue le bénéfice dans une maison dé cônimèrcê, cbnstitue les trop-perçus pour une Coopérative. En accumulant les trop perçus, la Coopérative ferait du capitali-mê à la façon des simf)leè particuliers, mais cela h entre point dans ses habitudes ni dans ses principes.
Lès trop-perçus sont donc répartis entre les membres dés sociétés au prorata né leiirs achats. Mais, souvent,
des sociétés sont incapables de faire face à leurs affaires ; dans ce cas, il n'y a pas de reliquat à partager, cela va de soi ; c'est la capacité ou l'incapacité des gérants et administrateurs qui produit le boni ou le déficit ; d'où il s'ensuit que, si Ton veut des bonis, il convient de mettre à la tête des sociétés des commerçants connaissant à fond leur métier, sachant acheter et administrer. Nous n'en sommes pas encore là. Aussi nous réservons-nous le droit de revenir sur ce sujet ; tout l'avenir s'y trouve condensé.
Certes, partager le bénéfice est une chose excellente, susceptible d'augmenter la clientèle ; mettre ces bénéfices dans l'organisation de fêtes, comme on le fait à Abbeville ou à Amiens, c'est un autre système; les employer à la propagande en constitue un troisième; s'en servir pour améliorer l'installation, pour augmenter le capital du fonds de réserve est le but de certaines sociétés. Quelques-unes ont ainsi pu se rendre acquéreurs d'immeubles ; on signale le fait dans le Loiret et le Loir-et-Cher; cela, à notre avis, vaut mieux que les subventions à quelque parti politique, tel que le cas se présente à Rouen ou à Lille, à Houplines ou à Armentières. Il serait à désirer que les Coopératives qui le peuvent s'intéressent à des œuvres d'éducation, ainsi qu'en donne l'exemple celle de Roanne; il y aurait là une pratique de la solidarité tout aussi bien que dans la constitution de caisse pour aider le nécessiteux, selon le modèle offert par la Coopérative de Lure, ou pour fournir des secours aux chefs de famille en cas de maladie ou de chômage, selon le principe appliqué par la Coopérative de boulangerie de Tourcoing avant les hostilités.
Pendant la guerre, nous l'avons dit, les Coopératives ont tenté de déployer un maximum d'activité dans l'intérêt général ; M. Charles Lallemand, préfet de la Loire, nous parlant de celles de son département nous disait :
« Leur rôle bienfaisant, par ces temps de crise alimentaire nés à la faveur de la guerre, ne peut être mis en doute. Lorsque ces œuvres sont florissantes il y a tout lieu de se féliciter. Aussi la municipalité de Saint-Etienne