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LES RÉSULTATS APRÈS LA GUERRE

Cet effort prodigieux, nos Alliés, plus justes pour nous que nous-mêmes, l'ont à maintes reprises reconnu, proclamé et donné en exemple.

« Un industriel important de P. iris » — disait le Times, dans un article du 18 mai 1915, intitulé : « Un exemple pour les Alliés », un industriel « important de Paris a accompli un tour de force « d'organisation rapide qui mérite d'être men- « tionné. Depuis le début de la guerre, en dépit « de toutes les difficultés, cet industriel entrepre- « nant a réussi à construire du haut en bas deux « usines énormes qu'il a équipées avec des « machines spéciales achetées aux États-Unis. « Ces machines fonctionnaient déjà au rez-de- « chaussée alors que les ouvriers travaillaient « encore à la construction des étages supérieurs. « Il fabrique aujourd'hui, journellement, de 12 à * 15000 obus. »

Cet industriel important, c'était, si je suis bien renseigné, M. Loucheur. Qu'il a, depuis lors, fait d'élèves et trouvé d'émules !

Ce n'est pas seulement la Presse anglaise qui rend hommage à nos efforts, c'est le Parlement.

Dans un discours à la Chambre des Communes, le 21 avril 1915, un des membres actuels du Cabinet anglais, M. Bonar Law, invitait le Ministère de l'époque à suivre l'exemple que lui donnait le Gouvernement français pour ses achats à Londres, comme pour la mobilisation de l'industrie en France.

Après la Presse et le Parlement, le Gouvernement.

Dans un discours aux patrons, ouvriers et mécaniciens de Manchester, au commencement de juin 1915, le Premier anglais, Lloyd George, alors simple membre du Cabinet, reportait les succès de l'armée française dans une large mesure à l'industrie française : « Des maisons qui fabriquaient des « machines de toutes sortes se sont de bonne « heure organisées pour fabriquer du matériel de « guerre et des munitions. »

La même homme d'État anglais, déposant à la Chambre des Communes, le 23 juin 1915, comme Ministre des Munitions, un projet de loi, s'exprimait en ces termes : « Si nous pouvions, d'ici aux « quelques mois qui vont suivre, produire autant « que les établissements français produisent, les « Alliés ne seraient pas seulement les égaux des « Puissances centrales sur ce terrain, mais ils « posséderaient, en outre, sur l'ennemi une écra- « santé supériorité. »

De cet admirable effort de nos industriels, il

ne sortira pas seulement la victoire, il doit en demeurer des résultats tangibles; des résultais matériels d'abord. Il n'est pas interdit, en effet, de penser et de prévoir que les travaux entrepris pour la guerre et les réalisations obtenues auront, après la guerre, des conséquences fécondes.

A coup sûr, on ne continuera pas à produire journellement des centaines de tonnes de poudre et d'explosifs ; beaucoup d'installations deviendront ainsi disponibles et pourront être utilisées pour le développement si souhaitable de notre industrie chimique. Si l'outillage spécial qui aura travaillé à un grand rendement, d'une façon intensive et presque sans arrêt, pendant une assez longue période, se trouve, dans beaucoup de cas, vraisemblablement en médiocre état, il n'en restera pas moins une organisation d'ensemble, des bâtiments, des services généraux, et, sans doute, c'est là le point le plus important, des usines, fabriquant des matières premières* Ainsi la production de l'acide sulfurique, celle notamment de l'acide concentré, de l'oleum, de la soude, nous apportera, par rapport à l'avant-guerre, des ressources nouvelles en ammoniaque et surtout en benzol. Il est à penser que l'industrie chimique, pour ne parler que d'elle, disposera d'un personnel technique plus nombreux, mieux groupé et mieux organisé. Les industriels, n'en doutons pas, sauront utiliser des techniciens qui, avant la guerre, leur manquaient presque complètement.

Enfin, au point de vue de l'activité du monde

des affaires, voire des capitaux, un courant salutaire a été créé qui ne s'arrêtera pas à la fin des hostilités et dont nous avons le droit d'attendre les plus heureux effets.

Ce n'est pas seulement d'heureux résultats matériels que nous avons le droit d'attendre de la période que nous traversons : les résultats moraux doivent être plus importants et plus précieux encore.

Il n'est pas possible que l'union qui s'est faite et maintenue devant l'ennemi s'évanouisse subitement avec et après la guerre. Les amitiés françaises qui se sont nouées dans les tranchées ne disparaîtront pas à la paix comme une fumée.

Sans que la République songe à renoncer à aucun de ses principes fondamentaux, à celui notamment de la laïcité, elle n'oubliera pas, à coup sûr, l'exemple donné par des Français auxquels avaient été imposées des mesures rigouseuses, et elle saura mettre d'accord la nécessité de sauvegarder le principe de lois tutélaires et celle de retenir au foyer de la Patrie des enfants qui ont prouvé qu'ils étaient dignes de leur mère.

La lutte des partis est, en temps de paix, indispensable et féconde : des frères peuvent différer d'avis, sans oublier pour cela qu'ils sont du même sang. La solidarité française s'affirme en ce moment, jusqu'à la mort, dans les tranchées. Dans la guerre économique qui reprendra demain elle est aussi une nécessité.

Si vous me permettez un mot personnel, en

acceptant, récemment, la présidence d'une grande association, « La Ligue Maritime Française », j'ai entendu, pour ma part dans la mesure de mes moyens, servir notamment cette idée supérieure de la solidarité des classes que bien avant la guerre j'avais, à maintes reprises, défendue. Inscrits maritimes, dockers, ouvriers des usines, armateurs, constructeurs, employeurs et employés, autant de collaborateurs de la même œuvre, de cette œuvre capitale dont un des plus grands serviteurs de la France, Richelieu, définissait dans cette formule lapidaire souvent citée la nécessité vitale : « On ne peut sans la mer ni faire la guerre « ni profiter de la paix ».

Ce que je dis des œuvres maritimes, de combien d'autres entreprises ne pourrais-je pas le dire, aussi nécessaires les unes que les autres à la grandeur et à la prospérité nationale dans la paix.

La guerre terminée, reprendra la lutte économique dont notre pays doit aussi sortir vainqueur.

Pour remporter cette seconde victoire, une condition est nécessaire et suffisante : que la France de la paix se montre digne de la France de la guerre.

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