POUR QUE LES CIVILS TIENNENT
Vous vous rappelez la légende célèbre : « Pourvu que les civils tiennent! » Ils ont tenu. Ils tiendront.
lis en ont la volonté. Il faut leur en donner les moyens.
Nous avons touché du doigt avec quelques chiffres l'effort prodigieux déjà réalisé, et qui va toujours s'accroissant, pour les productions de la Défense nationale. Il appelle une contre-partie nécessaire : je veux parler de la restriction des consommations courantes, en particulier des consommations domestiques.
Pour fournir à notre armée tout ce dont elle a besoin en matériel et en munitions, il n'a pas suffi de pousser au maximum l'effort de nos usines de guerre, ce qui implique déjà, ne serait-ce qu'en charbon, une dépense énorme. Il a fallu, il faut importer des matières premières et des produits fabriqués.
Ainsi, nous devenons débiteurs de l'étranger; mais, en même temps que notre dette monte, le total de nos créances baisse, car nous ne pouvons maintenir au même niveau qu'en temps de paix nos exportations. Nos industries de luxe sont, pour la plupart, empêchées de fournir leur production normale, parce qu'il faut céder le pas à celles qui travaillent pour la Défense nationale.
Gomment donc, et sur quels points, restreindre nos dépenses au dehors, de manière à ménager, autant que possible, notre crédit qui est un des éléments de notre puissance guerrière? En limitant nos dépenses de consommation. L'avons-nous fait suffisamment jusqu'ici? Ne pouvons-nous, et, par conséquent, ne devons-nous pas le faire davantage?
Nos importations
Si l'on jette les yeux sur les documents statistiques, publiés par l'Administration des Douanes, sur le commerce extérieur de la France en 1916, quelques chiffres significatifs sautent aux yeux.
Un chiffre global d'abord : l'écart entre les importations et les exportations est, en temps ordinaire, d'environ 25 pour 100; si l'on tient compte des majorations de prix dues à la guerre, il touche 550 pour 100.
Veut-on comparer le chiffre des objets d'alimentation importés dans le mois d'août 1915 et le même mois 1916, on trouve que pour ce seul mois nous avons dépensé, en 1916, de ce chef, 48 000 000 en chiffres ronds de plus : chiffre d'ailleurs au-dessous de la vérité, car la Douane a appliqué aux marchandises les taux de 1914 qui sont inférieurs pour les exportations de 57 pour 100 à la réalité. Si l'on fait, dans les mêmes conditions, le même rapprochement entre les importations d'objets d'alimentation pour les neuf premiers mois de 1915 et les neuf premiers mois de 1916, on trouve qu'on a dépensé, dans cette période, les chiffres étant toujours calculés sur le taux de 1914, 359 000000 de plus % en 1916 que dans la période correspondante de 1915.
Veut-on des exemples particuliers : si l'on compare les chiffres d'importation de quelques objets, pendant la même période de neuf mois,
en 1916 d'une part, et, de l'autre, dans la dernière année avant la guerre, en 1913, la France a acheté à l'étranger : en 1915, 405 000000 de grains et farines; en 1916 (sans la majoration de 57 pour 100) 720 000 000 ; 151 000 000 de café en 1 913 ; 194000000 en 1916; 27 500000 de sucres en 1913; 158 000000 en 1916; 26 000000 de viandes fraîches, salées ou conservées, en 1915; plus de 518000000 en 1916.
A coup sûr, il est des raisons et des plus sérieuses à ces augmentations, il n'en est aucune qui ne se justifie. Ne peut-on, dans chacune de ces catégories, ou dans quelques-unes au moins, réaliser des économies?
Économies possibles
On a calculé qu'une économie de 48 grammes de pain (environ 40 grammes de blé), par jour, par 25 000000 seulement de consommateurs, nous donnerait, par jour, une économie de 1000000 de kilos de blé, soit plus de 150000000 de francs par an. Un pain un peu moins blanc, peut-être moins de pâtisserie et 150000000 de notre or et de nos titres pourraient rester chez nous et servir notamment aux emprunts de la Défense nationale.
Sur le sucre ne pourrait-on réduire la quantité de 150 000000 de kilos annuellement absorbés en gâteaux, bonbons et confiseries?
Enfin, une dernière économie s'impose à l'attention de tous les patriotes. Si 10000 000 de consommateurs se voyaient supprimer, chaque jour, un seul petit verre d'alcool à dix centimes, l'économie réalisée serait d'un million de francs par jour, soit 365 000000 par an, qui pourraient être ou économisés ou employés à d'autres usages. Mais il ne s'agit pas ici seulement d'une question d'économie. La « Ligue nationale contre l'Alcoolisme » a fait circuler une pétition tendant à la suppression de l'alcool de consommation pendant la guerre. Le Gouvernement a manifesté des intentions dans le même sens. Nous ne pouvons qu'y applaudir, en souhaitant ardemment qu'elles ne demeurent pas à l'état d'intentions.
L'alcoolisme, qui traîne derrière lui la tuberculose, la dégénérescence de la race et sa dépopulation, est un véritable fléau, qu'on ne combattra jamais avec assez d'énergie. Et peut-être la France républicaine pourrait-elle, sur ce point, prendre quelques utiles leçons de nos amis russes.