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LA QUESTION POSÉE PAR L'AGRESSION ALLEMANDE

Pourquoi nous battons-nous ?

Pour défendre la France et la sauver de l'agression préméditée et brutale dirigée contre elle, au début d'août 1914, par F Allemagne secondée de l'Autriche.

C'est pour la défendre que des milliers et des centaines de milliers de nos enfants sont déjà tombés et que les survivants chaque jour s'exposent sur les champs de bataille.

Est-ce seulement pour sa défense?

Non, car le fait même de l'agression allemande a posé devant la France et devant le monde un problème autrement étendu et complexe que celui même des destinées d'un peuple.

L'agression allemande: j'en ai, et tant d'autres avec moi en ont si souvent fait la démonstration que je n'y veux point revenir.

Un fait et une date suffisent à mettre hors de doute la responsabilité de l'Allemagne.

Le 29 juillet 1914, le tsar Nicolas offrait au Kaiser de régler par l'arbitrage, par le renvoi devant la Cour de La Haye, le conflit austro-serbe, origine, ou, pour être plus exact, prétexte de la guerre.

A cette proposition dont l'acceptation signifiait le maintien de la paix, le Kaiser ne fit même pas l'honneur d'une réponse.

Ainsi donc, — que cette affirmation revienne comme un refrain toutes les fois que nous parlons de la guerre, — c'est l'Allemagne qui l'a voulue, c'est l'Allemagne qui l'a déchaînée.

Dès lors une question se pose et s'impose à la conscience universelle.

Suffit-il que l'héroïsme de nos soldats et la valeur de leurs chefs aient fait échouer les projets de domination allemande? Satisfaits que la victoire

de la Marne ait sauvé la France ei la civilisation, pouvons-nous accepter que, le jour où l'Allemagne s'avouera vaincue, nous reprenions les positions qui étaient les nôtres au 31 juillet 1914 et que soit rétabli le statu qao ante bellaml

Non, mille fois non. Et pourquoi non? Parce qu'à la lueur des incendies allumés par la volonté du Kaiser une vérité a jailli et illuminé l'horizon.

L'Allemagne a manqué son coup. Comment s'assurer qu'il ne lui sera plus permis de le recommencer ?

Répondre à cette question, c'est choisir entre la paix allemande et la paix française.

La paix allemande, qui, dans son expression la plus anodine, la plus modeste, serait, en apparence, — en apparence seulement, — une paix blanche : le rétablissement des belligérants dans leurs situations respectives de juillet 1914.

La paix française, ou plutôt la paix des alliés, celle que, le 28 septembre 1916, un membre du Cabinet britannique, M. Walter Long, définissait en ces termes :

« Cette guerre n'a pas pour but une simple ré- « partition de territoires et d'indemnités : elle « prendra fin seulement quand nous aurons soli- « dément établi les fondations d'un monde paci- « fique. »

Entre les deux paix, notre choix est fait. Il serait dicté, s'il en était besoin, par nos sacrifices et par nos deuils. De cette abominable guerre doit sortir un avenir de paix. Comment le garantir au monde?

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