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UNE GARANTIE FUTURE DE LA PAIX

Obligée de restituer l'Alsace-Lorraine au peuple à qui elle l'a ravie, F Allemagne avoue par là même sa défaite : la défaite de ses armes dans la Grande Guerre; la défaite pour l'avenir de sa politique de violence et de ses desseins d'hégémonie.

Il importera ensuite de consacrer et de rendre définitive la victoire du Droit sur la Force.

Par quel procédé ?

En instaurant, a-t-on dit, la Société des Nations.

La Société des Nations : c'est là une conception à laquelle la France démocratique et républicaine ne peut être que sympathique.

Elle n'est pas pour nous une nouveauté.

Sans remonter jusqu'à l'abbé de Saint-Pierre, nos penseurs et nos hommes d'action, sous la seconde comme sous la première République, en ont à maintes reprises éloquemment prôné le principe et recherché les conditions.

Il est d'ailleurs d'une vérité d'évidence que les progrès de la science, l'extension merveilleuse des moyens de communication, ont singulièrement accru, au cours du dernier siècle, l'inter-dépendance politique comme économique des nations et préparé ainsi leur rapprochement pour aboutir un jour à leur association.

Les progrès du Droit international ont été mar-

qués. Les deux Conférences de La Haye de 1899 et de 1907, dues, il n'est que justice, aujourd'hui surtout, de le rappeler, à l'initiative du tsar Nicolas, n'ont pas été vaines.

Sans doute, j'entends le cri de protestation qui monte aux lèvres dès qu'il est fait allusion aux textes sortis de leurs travaux. De quelle protection ont-ils été aux belligérants d'aujourd'hui? Quel compte en a tenu l'Allemagne?

Eh oui ! il est d'une singulière ironie de lire par exemple dans le Recueil des textes de la Conférence de 1889 cette déclaration, au bas de laquelle figurent, en tête des signatures des Puissances, celles de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie : « Les Puissances contractantes s'interdisent l'em- « ploi de projectiles qui ont pour but unique de « répandre des gaz asphyxiants ou délétères », et de se rappeler quel cas a fait l'Allemagne de cet autre chiffon de papier.

Pourtant ce n'est pas en vain que des engagements de cette nature ont été pris. Même si de leurs signataires se sont ensuite parjurés, ils ont, par leur assentiment, fût-il hypocrite, contribué à fortifier dans la conscience des peuples civilisés la conviction que des règles internationales étaient nécessaires.

Du peu d'efficacité des contrats internationaux dans le passé, retenons seulement, comme une leçon, qu'il importe par-dessus tout de discerner le vrai de la chimère et de ne point nous payer de mots.

Nous n'y sommes que trop portés. De la meilleure foi du monde, beaucoup de nous s'étaient fiés aux paroles dorées des camarades d'outre- Vosges.

Une fois de plus (si du moins ce pouvait être la dernière !) nous avions pris nos rêves pour la réalité.

Nous étions prévenus cependant.

C'est en 1867 qu'Edgar Quinet écrivait : « En « même temps que la population cesse de s'ac- « croître, si la France laissait échapper la vie « morale, que faudrait-il attendre? On verrait les « esprits les ,plus violents, pris d'un engourdis- « sèment inexplicable, déclarer que les patries « ne sont qu'un mot, et que le genre humain a « seul le droit de les intéresser. »

« La démocratie française se ferait cosmopolite. « Mais, comme elle serait la seule qui se détache- « rait du sol natal, elle serait immanquablement « dupe de toutes les autres, et principalement de « la démocratie allemande qui, restée toute neuve, « a conservé toutes les passions et toutes les « ambitions à la fois, celles de classe et celle de <c race.... »

Qu'est-ce à dire, sinon qu'il ne suffit pas d'arrêter jusque dans ses moindres détails la constitution d'une Société des nations, dotée, sur le papier, de tous ses organes, pour qu'elle puisse se former et vivre !

Qui dit société des nations dit d'abord nations.

« Pour que fonctionne une société pacifique

« internationale, écrit un des protagonistes de la « Société des Nations, il faut qu'il y ait des « nations, avec tout ce que comporte pour nous « de droit et de liberté une telle appellation, et « non point des groupements sans unité, que la « fermentation des usurpations ethniques et des « injustices individuelles rend mécontents, turbu- « lents, avides, partant fauteurs de troubles inter- « nationaux. Point de durable institution de paix, « s'il n'y a à sa base de bons gouvernements « nationaux. Paix dans l'État, puis paix entre « États. »

Il est du même auteur, examinant la question si difficile des sanctions à instituer dans et par la Société des Nations, cet aveu significatif : « La « véritable sanction de la paix, c'est encore la « volonté de paix. »

Et voilà qui tranche la question, si souvent posée, de savoir si l'Allemagne peut être dès ce moment considérée comme apte à devenir membre de la future Société des Nations ; si elle est d'ores et déjà qualifiée pour en faire partie.

Elle le sera, le jour où elle aura prouvé, non par des manifestes, — rien n'est si aisé, ni si peu probant que les phrases, — mais par des actes, qu'elle a cessé d'être l'Allemagne impériale de 1871 et de 1914; qu'elle a abjuré ses projets de domination mondiale, non du bout des lèvres, non parce qu'elle s'est trouvée dans l'impuissance de les réaliser, mais parce qu'en ayant reconnu l'iniquité, elle y a sincèrement renoncé et a fourni des

gages de sa bonne foi; le jour où nous aurons devant nous une Allemagne nouvelle.

Ce qui est vrai de l'Allemagne n'est pas vrai seulement pour elle.

Un peuple qui affiche la prétention de faire régner la paix dans le monde doit commencer par se montrer capable d'appliquer ses principes chez lui. Contre la guerre, à merveille ! Contre la guerre civile, d'abord. Vouloir la paix, c'est la vouloir en faveur de ses compatriotes autant au moins que de l'étranger.

Ainsi une Société des Nations exige de ses membres qu'ils aient atteint un degré de culture et de civilisation sensiblement égal, et, en premier lieu, qu'ils constituent une nation.

On connaît la belle et compréhensive définition de Renan : « L'homme ne s'improvise pas. La « nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un « long passé d'efforts, de sacrifices, de dévoue- « ment. Le culte des ancêtres est le plus légitime « de tous : les ancêtres nous ont faits ce que nous « sommes. Un passé héroïque, de grands hommes, « de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le « capital social sur lequel on assied une idée natio- « nale. Avoir des gloires communes dans le passé, « une volonté commune dans le présent, avoir fait « de grandes choses ensemble, vouloir en faire « encore, voilà les conditions essentielles pour « être un peuple.... »

Or, l'Europe actuelle compte encore trop de groupements qui réunissent toutes les conditions

pour être des peuples, qui le furent, qui aspirent à le redevenir, et que la force a brutalement rayés de la liste des nations.

Ces morts, il faut les ressusciter.

Ces nations, il faut les faire revivre, si Ton veut que puisse avoir chance de naître ;la Société des Nations.

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