Numéro du 10 août
nous devancent. Nous ne laissons derrière nous que la Russie, les États-Unis et la Serbie.
Il est trop clair, comme le remarque justement Fauteur de l'article, que ni la grande propriété, ni le morcellement des terres, ni la pénurie de la main-d'œuvre ne suffisent à expliquer cette situation. Il faut qu'elle cesse. Il faut que la terre de France rende les produits que sa fertilité lui permet de nous donner.
Notre enseignement agricole doit être considérablement développé, la routine combattue par tous les moyens et tout au moins bannie de l'esprit des jeunes générations. Sachons susciter dans l'agriculture, comme dans tous les domaines du travail, l'esprit d'association, généraliser l'emploi des machines, habituer nos agriculteurs à la motoculture. Le branle a été donné : il faut à tout prix encourager et stimuler le mouvement.
M. Méline s'est plaint un jour avec raison que notre pays, qui devrait être un grand exportateur de fruits, se fût laissé dépasser par les États-Unis, le Canada, l'Autriche.
Nos colonies peuvent et doivent, à ce point de vue notamment, être mises à contribution.
Elles nous fourniront en abondance des graines oléagineuses que traiteront nos huileries de Marseille, et qui nous permettront, en même temps qu'elles répondent à nos besoins en corps gras, de faire, par l'usage répandu du tourteau, un élevage plus économique et plus intensif du bétail ; de reconstituer notre cheptel; d'exporter de la
viande congelée ou conservée. Pour la fourniture de la viande, Madagascar, l'Afrique occidentale Française sont susceptibles de nous fournir un appoint précieux.
Notre pisciculture est à peine ébauchée, alors que Berlin était avant la guerre le plus grand marché du monde pour le poisson d'eau douce.
Je m'arrête. Il est bien certain, — ces quelques exemples suffisent à l'établir, — que, du seul point de vue agricole, nous avons beaucoup à faire et beaucoup à gagner.
Il en va de même de notre industrie.
La guerre aura eu pour premier résultat de rénover, on pourrait dire de créer, certaines industries, celle par exemple des produits chimiques. Nous étions jusqu'en 1914 les tributaires de l'étranger, en particulier de l'Allemagne. L'effort inouï que nous avons dû fournir pour la production des explosifs nous aura permis de réaliser à ce point de vue des progrès inespérés. De même le développement donné, pour la production de l'acier, à nos fours électriques, à la houille blanche, ne peut manquer, la guerre terminée, de se consolider et d'assurer à notre industrie de nouveaux et considérables moyens d'extension.
Nous n'oublierons pas, au reste, que la fabrication des objets de luxe a été et doit demeurer pour mille raisons un des privilèges de notre pays.
C'est surtout à ce sujet que se pose le grave problème de l'apprentissage, dont aucune branche de la production ne saurait d'ailleurs se désin-
téresser. On n'improvise pas des ouvriers d'art.
L'Etat, les départements, les communes, les collectivités patronales et ouvrières sont appelés à participer à sa solution. Faire franchir à l'enfant le passage, semé de pièges aussi dangereux pour sa santé morale que pour son intégrité physique, qui sépare l'école de l'atelier, en organisant le préapprentissage. Placer l'enseignement pratique à côté du théorique en instituant par le système du demi-temps la fréquentation, pendant la même période, du cours et de l'atelier. Adapter l'enseignement aux besoins de la profession; prendre garde que l'apprenti, la petite main, ne soit pas employé à des besognes sans profit pour sa formation professionnelle : ainsi, et seulement ainsi, nous formerons les artisans, les « maîtres » qu'a connus l'ancienne France et dont ne saurait se passer la France de demain.
D'un point de vue plus général, nous voudrons parer aux graves lacunes dont, pendant la période qui a précédé la guerre, nous avons si cruellement souffert.
La richesse de la France est inséparable d'une marine marchande prospère. On sait le déclin de la nôtre. Un détail suffira à le souligner. Sur une augmentation de cinq millions de tonneaux conquise en seize ans, de 1891 à 1907, par le port de Marseille, les marines étrangères en prenaient 80 pour 100, la nôtre un cinquième seulement1.