‹ La guerre mondiale et la question turcoarménienneChapitre 10 sur 40 · AU COURS DE LA GUERRE BALKANIQUE · texte numérisé non relu

AU COURS DE LA GUERRE BALKANIQUE

Le cours défavorable pris par la guerre balkanique parut offrir au Dachnak une occasion inespérée de mettre ses desseins à exécution.

En dehors des autres moyens qu'il était en train d'employer pour attacher la masse des paysans arméniens à sa politique, il leur donna à espérer maintenant qu'il pourrait amener la Russie à occuper l'Anatolie orientale et à distribuer parmi eux les terres des musulmans1). Cette perspective avidement accueillie eut un effet magique, la passion de la terre qui est une des caractéristiques du laboureur en général, ne faisant pas défaut au paysan arménien. C'était un coup de maître de la part du Dachnak. Ceux de la population rurale qui n'avaient pas encore adhéré à celui-ci, se rallièrent en foule à son drapeau. On pouvait dire, dès lors, que presque toute l'Arménie figurait sur ses rôles ou sur ceux du Hintchak.

Le Dachnak reprit ses opérations en ayant recours à sa forme d'action classique : la provocation de troubles surtout dans les villes, où les incidents de ce genre devaient naturellement avoir plus de retentissement à l'extérieur que ceux des

J) Voir annexe n° 5, Série I (Rapport du Consul de Russie à Bitlis).

campagnes. Ce plan échoua, grâce à la maîtrise de soi dont firent preuve les musulmans 1).

Il aurait réussi, que la Russie n'aurait pas satisfait aux espérances du Dachnak. Ce n'est pas que cette Puissance, qui sans doute avait conclu un accord secret avec lui, fût aucunement hostile à une occupation par elle-même de l'Anatolie orientale. Tout au contraire. Elle avait même menacé le gouvernement ottoman de cette mesure, au cas où la population musulmane aurait donné le signe d'un mouvement contre les Arméniens. Mais les victoires des Bulgares auxquelles elle était loin de s'attendre, ayant mis en péril la capitale ottomane où elle voulait être la première à s'installer un jour pour ne plus en sortir, la détourna de ce projet. Les troupes russes ne franchirent pas la frontière.

Désappointés de ce côté, le Dachnak décida de se rattraper en mettant à profit la situation en Roumélie, où la Turquie était aux prises avec l'invasion. C'est ainsi qu'Andrinople, Rodosto, Malgara, Kéchan et d'autres localités devinrent le théâtre d'atrocités sans nom perpétrées par les Arméniens sur les musulmans, sous la direction du fameux brigand-patriote Antranik. Beaucoup des abominations attribuées aux Bulgares étaient l'œuvre de ses sinistres bandes. C'est ainsi encore que les Arméniens se mirent au service de l'ennemi comme espions et guides.

l) Voir annexe n° 3, Série I.

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