‹ La guerre mondiale et la question turcoarménienneChapitre 13 sur 40 · DE MOBILISATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DE MOBILISATION GÉNÉRALE

L'attitude des Arméniens en présence du décret de mobilisation générale dépassa les pires appréhensions du gouvernement ottoman. La moitié d'entre eux se dérobèrent à l'appel. Les uns franchirent la frontière — c'était le cas de ceux qui habitaient les provinces limitrophes de la Russie. Les autres s'en-

fuirent de leurs domiciles pour attendre, cachés parci par-là, le moment propice de surgir en ennemis armés de l'Etat. Sur la moitié restante, la majorité se fit mener à son corps défendant et sous escorte aux bureaux de recrutement. Si les autres se présentèrent volontairement, c'était une comédie destinée à endormir la vigilance de la Sublime-Porte et à leur permettre de se procurer contre celle-ci et la population musulmane, les armes perfectionnées dont ils avaient été pourvus pour la défense de l'Etat.

Tous les insoumis allèrent grossir les rangs de l'armée russe ou des bandes terroristes qui n'avaient cessé d'infester la contrée depuis l'ouverture de la campagne arménienne. Les effets de ce débordement de l'élément révolutionnaire arménien ne tardèrent pas à se faire sentir. C'était des attaques audacieuses contre les détachements isolés de l'armée ottomane, l'interception presque quotidienne des convois militaires, la destruction des dépôts de l'intendance, de continuels actes de violence contre les musulmans allant volontairement se faire inscrire comme soldats; c'était, en un mot, une action systématique dirigée contre les préparatifs militaires de la Turquie -, c'était, d'autre part, un redoublement d'acharnement dans toutes les entreprises ayant pour but d'attenter à la vie et aux biens des musulmans.

Il y avait dans cette attitude des Arméniens plus de justification qu'il ne fallait pour user envers eux collectivement de la dernière rigueur. A leurs anciens crimes s'étaient ajoutés l'insoumission au service militaire, la désertion en masse et par entente et leur enrôlement comme volontaires dans les armées de l'Entente.

Le Ministère de la Guerre riposta en faisant désarmer les Arméniens se trouvant sous les armes et en les faisant verser dans les bataillons ouvriers dont la création avait été décidée par l'état déplorable des moyens de communication dans le pays et surtout dans la région dont il s'agit. Il est vrai qu'ils eurent à subir de ce chef plus de privations que s'ils étaient restés dans les rangs des combattants mieux soignés que les non combattants, en raison de la distinction que les autorités militaires avaient été obligées de faire en faveur des premiers, par suite des difficultés que rencontraient l'approvisionnement et l'équipement de l'armée. Mais ce sont les Arméniens eux-mêmes qui étaient responsables de ce changement dans leur condition.

Pourtant, les Comités ne se gênèrent pas de représenter cette mesure naturelle de défense prise contre eux comme un exemple du traitement différentiel dont les Arméniens auraient été victimes de tout temps dans l'Empire et qui. dans les circonstances dont il s'agit, les auraient enfin poussés à se dérober à leurs devoirs de citoyens par pur écœurement!

C'est ainsi qu'ils ont travesti la vérité en toute circonstance, en ce qui concerne les rapports des Arméniens avec la Sublime-Porte. Leur habileté, leur promptitude à retourner, en leur faveur même, les faits les plus compromettants pour eux — qualités qui forment un contraste frappant avec la maladresse et la lenteur de la Turquie à se défendre contre leurs calomnies — ont été leurs armes les plus efficaces contre la domination ottomane. Elles ne leur ont pas procuré la victoire matérielle, mais elles ont largement contribué à leur donner gain de cause moral dans l'esprit du public occidental.

ACTION DES ARMENIENS

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