EN GUERRE
Nous venons d'exposer la forme prise par l'activité des Arméniens dans le court espace de temps qui s'écoula entre l'explosion de la guerre et la participation de la Turquie à la lutte, en en faisant ressortir le caractère franchement criminel. Toutefois, ce n'est qu'après ce dernier événement que le plan qu'ils avaient machiné contre l'Etat ottoman se déroula dans toute sa sinistre étendue. Voici en quoi consistait ce plan. En vertu d'instructions secrètes que les Comités avaient fait parvenir jusqu'aux plus petits hameaux arméniens, les Arméniens groupés en bandes encadrées par les déserteurs de l'armée impériale et composées de tous les individus valides de la race, précédemment dénombrés, enrôlés et classés, devaient semer la destruction et la mort dans les villages turcs et kurdes et de cette façon, non seulement terroriser la population musulmane, mais pousser les soldats turcs à quitter l'armée pour accourir au secours de leurs foyers. Pour compléter la désorganisation de la défense militaire de la Turquie, ils devaient attaquer les convois militaires, tendre des embuscades aux détachements isolés de l'armée et faire le service d'espions pour le compte de l'ennemi prêt à franchir la frontière. Ayant ainsi préparé le terrain à l'invasion des armées russes, ils devaient se joindre à elles, leur servir d'éclaireurs, occuper les postes d'arrière et couper la retraite des troupes turques.
Les Arméniens s'acquittèrent de cette tâche avec une fureur de possédés. Des centaines de villages
musulmans en furent victimes. A la bataille de Sari- Kamich, leurs étendards décorés des armes de leur royaume défunt se confondaient avec ceux des Russes. La ville de Van, où les Arméniens locaux étaient entrés en rébellion armée par opposition au service militaire, fut prise par les Russes avec le concours des volontaires arméniens et sa chute précédée de dévastations et de massacres dans ses environs, comme elle fut suivie des mêmes abominations dans son enceinte même. A Pounar, à Guévach, à Tchatac, ils se livrèrent aux mêmes exploits. Ce fut un gros corps de volontaires arméniens ottomans et russes qui s'empara de la ville presque sans défense de Bayazid, dès le début de la guerre. Comme à Van, il y eut rébellion armée, accompagnée d'attentats de toutes sortes à Zéitoun, à Haizan, à Koms. Tout le long de la côte de la Mer Noire et du bassin oriental de la Méditerranée, ils se mirent au service de l'Entente comme espions, tout en ayant recours aux mêmes actes de terrorisme que dans l'Anatolie orientale.
Il serait fastidieux de continuer. Le lecteur se fera une idée de l'étendue de l'appui prêté par les Arméniens à l'armée russe1) et de leurs sauvages entreprises contre leurs compatriotes musulmans, dans le recueil de documents annexé à cet exposé.
Il y trouvera la preuve irréfutable de la participation de la masse de la population arménienne
') Si on prend en considération l'attitude des Arméniens au cours des opérations militaires sur le front oriental de l'Empire, on reconnaîtra qu'il était difficile à l'armée ottomane, du reste peu nombreuse dans ces parages et mal équipée, de résister à l'invasion russe, puisqu'à l'ennemi extérieur était venu se joindre un ennemi intérieur, redoutable par le nombre, la résolution et la connaissance des lieux.
fanatisée par le Comité aux pires, crimes qu'une catégorie de sujets peut commettre contre une autre et contre l'Etat dont elles relèvent en commun.