DE LA GUERRE
Pourtant un des premiers actes du Ministre de la Guerre, Enver Pacha, après l'explosion des hostilités entre la Turquie et la Russie, fut d'avertir solennellement le Patriarche arménien que toute tentative d'insurrection ou tout acte d'agression contre les musulmans de la part de sa communauté en un moment si grave pour l'Empire, exposerait celle-ci aux plus terribles conséquences. Il lui expliqua clairement qu'occupé à défendre le pays contre trois puissants ennemis, le gouvernement impérial, qui sans doute sévirait pour son propre compte avec la dernière rigueur, mais en faisant la distinction entre innocents et coupables, se trouverait dans l'impossibilité de la protéger contre la juste mais aveugle vengeance de la foule musulmane, quatre fois et demi plus nombreuse qu'elle. Il fit ressortir que même si lui, Ministre de la Guerre, avait des troupes disponibles à envoyer sur les lieux, l'absence de moyens de communication l'empêcherait d'intervenir à temps et que dans ces conditions, toute provocation serait non seulement un crime, mais une folie.
Le Président d'alors de la Chambre des Députés, Halil bey, adressa le même avertissement dans des termes tout aussi sentis aux représentants arméniens. Rien n'y fit. Persuadés du triomphe rapide de l'Entente, surtout dans ses opérations contre la
Turquie et fortifiés dans leur résolution par la perspective que celle-ci faisait miroiter à leurs yeux, d'une Arménie peut-être indépendante, les Arméniens s'engagèrent avec enthousiasme dans la campagne qu'on vient de décrire. Ce qui devait arriver, arriva.