‹ La guerre mondiale et la question turcoarménienneChapitre 18 sur 40 · MASSE DE TEMOIGNAGES CONTRE LES ARMÉNIENS · texte numérisé non relu

MASSE DE TEMOIGNAGES CONTRE LES ARMÉNIENS

Si, après avoir lu le présent expose de la question turco-arménienne, il se trouve encore quelqu'un pour douter que les Arméniens eux-mêmes et leurs patrons occidentaux ont été les artisans de leur malheur, nous les renvoyons à la niasse écrasante de témoignages qui existent contre eux. Ils se trouvent dans l'action des Comités depuis 1880 jusqu'avant la guerre — action qui constitue un formidable argument a priori contre eux — et, après l'explosion de la guerre, dans les colonnes de la presse arménienne elle-même, dans les circulaires et instructions secrètes des Comités, dans les déclarations des hommes d'Etat de l'Entente, dans les rapports des deux consuls de Russie en fonctions dans différentes villes de l'Anatolie orientale, dans les aveux de beaucoup d'Arméniens agissant sous

l'influence soit de la vantardise, qui est un trait caractéristique de la race *), soit du désir de se faire bien voir de l'Entente, soit de la naïveté; dans les rapports des commandants turcs et dans les dépositions faites sous serment par une foule de musulmans, victimes ou témoins de la férocité des Arméniens. On en trouvera une sélection dans le Recueil de documents annexé à ce travail.

Et après avoir accordé créance à tout ce que les Arméniens ont avancé de pire contre la Turquie, qu'on ne vienne pas nous dire que les contreaccusations du gouvernement ottoman et de la population musulmane sont sujettes à caution. S'il y a intérêt du côté turc à pervertir la vérité, on peut en dire autant du côté arménien. Or, les ouvrages qui font autorité en ce qui concerne la Turquie, sont tous d'accord pour rendre hommage à la véracité du Turc et à déplorer l'absence de cette vertu chez ses compatriotes chrétiens. En tout cas, dans la question turco-arménienne, les Comités ont élevé le mensonge et la fourberie au rang de science et d'art.

*) «Depuis quelque temps, les Arméniens des villes ont commencé à prendre certaines habitudes spéciales. Tout Arménien qui a passé par une école, même élémentaire, fait étalage d'opinions profondes sur la politique suivie par sa nation. Le désir de gloire et de grandeur, la prétention d'être seuls à avoir des opinions justes, l'idée que si les Arméniens n'occupent pas une place importante dans la politique, c'est parce qu'ils se trouvent sous la domination turque, existent chez chacun d'eux ? . . . . Le principal souci de l'Arménien de nos jours est d'être orateur à effet. Beaucoup d'Arméniens paisibles ont souffert par la faute de ces hâbleurs, ignorant tout des besoins de la nation, et l'on peut dire que parmi les révolutionnaires morts eu Turquie, on ne rencontre aucun vrai patriote . . . .»

Général Mayewsky.

Le moment est arrivé de nous occuper de la publication de Lord Bryce sur la question turcoarménienne. C'est une collection de documents soidisant réunis par lui-même et publiés sous la forme d'un Livre bleu ayant pour titre: Traitement des Arméniens dans l'Empire ottoman.

Ce factura est représenté par son auteur putatif et trois messieurs, dont deux Américains, à l'appréciation desquels il a été soumis — mais qui, en toute probabilité, ne se sont pas donné la peine de porter leur attention à travers son volumineux contenu et ne savent certainement pas un mot de la thèse turque — , comme constituant un formidable acte de condamnation de la Turquie. Voyons ce qu'il en est en réalité.

Et d'abord, qui est Lord Bryce? Il est surtout connu comme auteur de <La Cité américaino (The American Commonwealth). Il y a dans cet ouvrage une manifestation intellectuelle d'une valeur considérable. Mais en tant que personnalité politique et privée, Lord Bryce est connu pour son aveugle hostilité contre l'islamisme et la Turquie. Pour le reste, adressez-vous à ses compatriotes qui certainement ne vous diront pas qu'il est précisément un ornement de la Chambre des Lords ou de la société britannique.

Dans sa publication — nous ne saurions donner à ce fatras le nom d'oeuvre — il a, de propos délibéré, poursuivi le but de faire condamner toute une nation et une grande et auguste religion, dont plus de cent millions de sectateurs vivent sous la domination anglaise. Il ne s'est nullement soucié de fournir au public des éléments lui permettant de se faire une opinion sur un point d'histoire contemporaine de la plus haute importance. Sa collection est exclusivement composée de documents signa-

lant des atrocités turques. Nous avons déjà admis que des excès avaient été commis du côté turc. Lord Bryce prétendrait-il qu'il n'y en a pas eu du côté arménien et qu'ils n'ont pas été les premiers à se produire? Si oui, nous ne l'accuserons pas de mauvaise foi, mais nous dirons qu'il ne s'est pas donné la peine d'étudier la question sous sa double face, ce qui est matière à de graves reproches pour un homme dans sa situation, qui, n'étant ni Turc ni Arménien, est intervenu au nom de la Vérité et de la Justice. Sinon, comment se fait-il qu'il ait omis d'insérer dans sa compilation contenant cent quarante-neuf dépositions contre la Turquie, tout au moins les plus importantes de celles qui accusent les Arméniens? Il s'agit ou d'ignorance — ignorance impardonnable — ou de partialité.

Le résumé historique qui forme le dernier chapitre de cette compilation, qui est dû à la plume de l' Editor (reviseur et annotateur) Mr. Arnold J. Toynbee, qualifié par Lord Bryce de «jeune historien de haute distinction académique», a aussi le caractère d'une thèse ex parte. Il fallait s'y attendre. Tel auteur, tel editor.

Mr. Toynbee, qui voudrait se donner des airs d'impartialité, en faisant quelques concessions de détail à la Turquie, est tellement prévenu contre elle qu'il dit ce qui suit de l'organisation des éléments non musulmans en communautés autonomes : «Le gouvernement exclut les chrétiens si complètement de la cité dominante, qu'il toléra et encouragea même ceux-ci à former des communautés distinctes. Les «Rayas» devinrent des «Millets» — pas des bœufs de trait, mais des troupeaux désenchaînés — .» L' Editor ne sait pas ou préfère ne pas mentionner le fait que ces institutions prirent leur

source dans la difficulté d'établir une législation s'adaptant également aux besoins des musulmans et des chrétiens, à cause des différences radicales dans leurs statuts personnels et que Mehmed II, le conquérant de Constantinople, après avoir délibéré sur la question de savoir s'il devait convertir de force à l'islamisme ses sujets chrétiens formant alors la majorité dans son Empire1) ou adopter quelque autre base pour l'existence future de celui-ci, adopta finalement la généreuse décision de leur permettre de s'administrer eux-mêmes.

Nous avons cité Mr. Toynbee, un historien qui paraît être brouillé avec l'histoire, en tout cas en ce qui concerne la Turquie.

Nous consulterons maintenant Mr. M. P. Broz^n, qui a passé plusieurs années en Turquie comme Chargé d'Affaires d'Amérique et s'est soucié d'étudier attentivement la condition des étrangers et des chrétiens en Turquie avant de s'aventurer dans une publication à ce sujet, ce qu'il a fait du reste dans un esprit d'impartialité que Mr. Toynbee devrait lui envier en sa qualité de confrère. Voici ce que dit l'auteur américain, aujourd'hui professeur de droit international à l'université de Princeton, par rapport à l'origine et au fonctionnement des communautés chrétiennes en Turquie comme Millets, dans son livre précédemment mentionné, Les étrangers en Turquie — Leur statut juridique : «Le principal souci de Mehmed le Conquérant, immédiatement après la prise de Constantinople, fut l'établissement d'un

') Mehmed le Conquérant fit preuve d'une telle largeur de vue et de tant de libéralisme dans son organisation de l'Empire, que plusieurs historiens ont été jusqu'à lui attribuer l'intention, à un moment donné, de passer au christianisme avec tout son peuple. Cette supposition est apocryphe.

système d'administration qui épargnerait au gouvernement d'inutiles embarras et qui conviendrait aux besoins de ses sujets nouvellement conquis.»

«Son idée était extrêmement simple. Elle visait à laisser les Grecs dans la plus entière jouissance de leurs propres lois et coutumes, sous le contrôle responsable du Patriarche qui devait leur servir d'intermédiaire ou d'ambassadeur auprès de la Sublime-Porte. . . .

«Il accorde également au Patriarche, dans une forme solennelle, une juridiction presque illimitée sur les membres de la «nation» grecque. . . .

«Plusieurs Sultans successifs confirmèrent explicitement la Charte de la communauté grecque et sauf quelques retranchements rendus inévitables au cours de quatre siècles et plus, ces pouvoirs exceptionnels sont encore exercés par le Patriarche grec, de même que par les chefs des autres communautés qui obtinrent plus tard la même concession.

«Quoique les fonctions judiciaires des Milletbachis (chefs de communauté) aient été graduellement réduites à des questions affectant principalement le statut personnel des membres des différentes communautés, telles que mariage, divorce, douaire et héritage, la tendance de ces communautés à maintenir une solidarité nationale et un exclusivisme politique a été très marquée. La perception des taxes s'est habituellement faite par l'entremise des chefs des Millets î), un arrangement qui, tout en convenant au gouvernement et à ses sujets non musulmans, sert à marquer très nettement leur statut juridique de nation tributaire, sous la suzeraineté

') Ce système a été supprimé. 11 était en contradiction trop flagrante avec les principes de l'Etat moderne.

du Sultan. L'humiliante taxe de capitation (kharadj), précédemment perçue des chrétiens comme marque de soumission, de même que la dénomination offensante de rayas (bétail) a été abolie. A sa place a été substituée, en 1856, la taxe d'exemption militaire (Bedel-i-arkériéj qui retombe naturellement presque exclusivement sur les sujets non musulmans, à cause de l'indisposition des Turcs à incorporer des infidèles dans l'armée et, d'autre part, à cause de l'indisposition des non musulmans à servir dans celle-ci. . . .

«On ne peut s'attendre à ce qu'un état de chose tellement anormal — l'existence de véritables timperia in imperio* — puisse durer indéfiniment. Mais, en ce qui concerne les immunités de juridiction dans les affaires concernant le statut personnel des sujets non musulmans, qui furent octroyées spontanément par Mehmed le Conquérant, à titre d'acte d'homme d'Etat pratique, il semblerait que ces privilèges continueront à exister longtemps encore.

«La raison pour la perpétuation de ces privilèges se trouve en dernière analyse dans le fait que le musulman confond race, religion et loi. Le Shêri — l'union du Coran et de la loi sacrée — est la base de toute loi et législation musulmane sur une immense variété de sujets *). Ses prescriptions, tant en ce qui concerne les droits que les devoirs, ne peuvent s'appliquer in loto qu'aux sectateurs du Prophète. Si cela est vrai dans de telles affaires que celles du statut personnel, c'est qu'alors les non musulmans, de même que les musulmans, doivent

!) Les réformes successives apportées dans l'organisation de l'Etat ottoman ont réduit la juridiction du Shéri au point qu'aujourd'hui le droit civil règne sans partage dans l'Empire, sauf dans les questions de statut personnel.

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jouir de la permission d'observer leurs propres lois et coutumes.

«Ainsi, Mehmed le Conquérant a pu être mû par des considérations de tolérance et de sagesse politique en accordant des privilèges si étendus à ses sujets conquis, mais il était préoccupé, en même temps, de résoudre un problème spécial ayant son origine dans la conception musulmane de l'identité de l'Etat et de la religion. . . .

«La solution de ce problème à laquelle le Sultan Mehmed arriva en accordant des immunités à ses sujets chrétiens, peut donc être considérée en somme comme sage et satisfaisante. ...»

Voilà l'opinion de M. Brown qui est basée sur l'étude des faits et non sur des préventions. A laquelle des deux, celle-ci ou celle de Mr. Toynbee, le lecteur se trouve-t-il amené à donner sa préférence?

Quant à l'assertion de cet ex-étudiant d'Oxford qui usurpe si facilement le titre d'historien, que les Millets sont exclus de la faculté de donner expression à leurs conceptions politiques, elle est encore parfaitement erronée, tant en ce qui concerne leur existence particulière, que celle de l'Etat. Mr. Brown a expliqué combien ces corporations nationales étaient libres d'affirmer leur individualité politique et combien elles étaient préoccupées elles-mêmes, de vivre une vie à part. En ce qui concerne le fonctionnement politique de l'Etat, la Constitution de 1908 leur a octroyé les mêmes droits d'initiative et de critique qu'aux Turcs, précédemment tout aussi impuissants qu'eux vis-à-vis du Trône, droit dont ils ont fait abondamment usage. A supposer même que les non-musulmans fussent privés de ces droits, ce n'est pas à Mr. Toynbee, Anglais, d'en faire un reproche à la Turquie, étant donné que

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les sujets conquis dans la plupart des Etats impérialistes de l'Occident n'en jouissent pas, ce qui est notamment le cas aux Indes, possession britannique, dont les 400,000,000 d'habitants ne participent à aucun titre, à l'administration de l'Empire «où le soleil ne se couche pas>.

Dans la même mesure où Mr. Toynbee s'ingénie à déprécier la politique libérale et tolérante de la Turquie envers ses sujets chrétiens, il s'est donné pour tâche de supprimer la vérité en ce qui concerne l'attitude des Arméniens en réponse à celle-ci. Pas un mot dans son résumé < historique! sur leur campagne révolutionnaire et leurs féroces méthodes d'action. Pas un mot sur leurs efforts persistants dans ce sens, qui commencèrent immédiatement après la guerre turco-russe, continuèrent sans relâche jusqu'à celle d'aujourd'hui et prirent leur plein essor après son explosion.

En un mot, l'apparition de Lord Bryce et de son Editor sur la scène, est celle d'acharnés partisans arméniens, parfaitement indifférents à l'équité et à la vérité historique. Manifestement, ils se sont constitué en avocats des Arméniens, à la cause desquels — cause révolutionnaire, mais privée de toute base légitime — ils ont sacrifié l'exactitude et le droit. Ces Messieurs, qui ont pris position dans la question turco-arménienne au nom de la justice et de l'humanité, auraient été plus heureusement inspirés si, laissant de côté celle-ci, ils avaient pris en main la défense des Polonais et des Juifs de Russie dont le traitement constituait un réel cas d'intervention, ou si, regardant un peu plus près de chez eux, ils avaient plaidé en faveur des Indiens et des Irlandais.

Voilà pour le caractère général de la démons-

tration anti-turque de Lord Bryce. Il nous semble qu'elle est suffisamment viciée par l'esprit sectaire pour ébranler les préventions en faveur de son volume, créées par une fausse appréciation de l'importance de ce personnage dans l'esprit de centaines de milliers d'occidentaux, qui, n'ayant fait que feuilleter ces six cent quarante-neuf pages, ont accepté de confiance les conclusions défavorables à la Turquie que lui-même et beaucoup d'autres, également résolus à ruiner la réputation de tout un peuple, ont extrait de son contenu quelque peu à la légère, ainsi que nous le prouverons sans difficulté aucune.

Notre souci est, en effet, de déterminer si, comme on prétend, les documents, laborieusement colligés par Lord Bryce (?), démontrent, d'une part, que rien dans l'attitude des Arméniens n'a justifié la mesure de déportation adoptée par le gouvernement ottoman, et si, d'autre part, les conditions dans lesquelles cette mesure a été appliquée ne laissent aucun doute sur son but véritable, qui aurait été d'exterminer la race arménienne.

Les pages qui précèdent indiquent qu'il ne pouvait en être ainsi, mais nous parcourerons le même terrain spécialement par rapport à l'élucubration du noble Lord.

Dans son résumé historique, Mr. Toynbee dit que le gouvernement ottoman fait reposer sa justification de la mesure de transportation sur trois considérations: i° Les Arméniens prirent les armes et se joignirent aux Russes aussitôt que ceux-ci eurent franchi la frontière. 2° Qu'il y avait une conspiration générale des Arméniens dans toute l'étendue de l'Empire pour provoquer une révolution nterne, à un moment où toutes ses forces militaires

étaient engagées sur les frontières et de livrer ainsi le pays à l'ennemi. 30 Que la population arménienne civile doit ses malheurs aux volontaires Arméniens ou, pour exprimer la chose d'une façon plus intelligible, à la participation des Arméniens à la guerre, en qualité de volontaires dans les armées russes.

C'est exact. C'est bien le système de défense adopté par le gouvernement ottoman.

Le cas principal, en ce qui concerne le premier point, est, ainsi que dit Mr. Toynbee, la révolte de Van. Il renvoie le lecteur aux documents n08 120, 121, 122 et 15. tous qualifiés de témoignages neutres, alors que l'un d'eux, le n° 122, est la déclaration d'un Arménien pur-sang, pour prouver que le gouvernement ottoman est coupable de «mensonges directs», quand il déclare dans le pamphlet intitulé Vérité sur le mouvement révolutionnaire arménien et les mesures gouvernementales: i° «Que le gouvernement impérial (ottoman) s'est abstenu d'exercer une pression quelconque ou d'adopter des mesures répressives contre les Arméniens, jusqu'au jour où la révolte armée a éclaté à Van. vers le milieu d'avril 191 5. > 2° «Qu'aucune mesure coercitive ne fut décrétée par le gouvernement impérial, jusqu'à la date de leur révolte armée qui eut lieu à Yan et dans d'autres zones militaires, au cours de juin > (souligné par l'éditeur; et 30 «Qu'après l'occupation de Van par les Russes et les Arméniens, la population musulmane de la ville fut impitoyablement massacrée. »

Laissant de côté la différence de date qui n'a aucune importance, puisqu'elle est manifestement l'effet d'une distraction du rédacteur du pamphlet ou d'une confusion causée par le fait que le gouvernement ottoman se trouva en présence de

plusieurs révoltes, dont quelques-unes succédèrent à celle de Van comme d'autres la précédèrent, consultons les documents auxquels le renvoi nous réfère.

Le n° 15 est une lettre de Miss Knapp de la Mission Américaine à Van, dans laquelle elle donne une relation des événements tragiques qui se déroulèrent dans cette ville.

Voici les passages de cette lettre ayant un rapport direct avec le point qu'il s'agit d'élucider *) :

«Les habitants étaient au nombre de 50,000, «dont 3/ô Arméniens et 2/b Turcs. Les Arméniens «étaient progressistes et ambitieux, et à cause de «leur force numérique et de la proximité de la Russie, «le parti révolutionnaire devint une force avec laquelle «il fallait compter. Trois de ses chefs notables «étaient Vrémian, Membre du Parlement ottoman, «Ishkhan, celui qui était le pMs versé en tactique «militaire et Aram, duquel il y aura beaucoup à «dire plus tard. ...»

«Quand Djevdet Bey (le Gouverneur- Général) «retourna au début du printemps, tout le monde «sentit que quelque chose arriverait. Quelque chose «arriva. Il exigea des Arméniens (de fournir) 3,000 «soldats (c'était une sommation parfaitement légale «et naturelle, étant donné que la mobilisation géné- «rale avait été décrétée. Ce qui est surprenant, c'est «qu'il ait eu à faire des démarches spéciales dans «ce sens, alors que les Arméniens étaient tenus de «se présenter aux bureaux de recrutement). Ils «étaient tellement désireux de troubler la paix qu'ils «promirent d'accéder à cette/ demande. (Quel aveu

') Les soulignements de phrasés et les entreparenthèses dans la reproduction de ces documents comme des suivants sont de nous.

«d'indisposition à accomplir leur service militaire!) «Mais dans cette conjoncture, des démêlés eurent «lieu entre Arméniens et Turcs dans la région de «Shadak et Djevdet Bey demanda à Ishkhan d'y «aller comme commissaire de paix avec trois autres notables révolutionnaires. Il les fit tuer traîtreu- « sèment en route. C'était le vendredi 16 avril. «Ensuite, il appela Vrémian sous prétexte de con- «sulter ce chef, le fit arrêter et l'expédia à Cons- «tantinople.

<Les révolutionnaires sentirent maintenant qu'ils <ne pouvaient se fier d'aucune façon à Djevdet Bey «le Vali (pouvait-il, lui. se fier à eux, des révolutionnaires avérés?) et que, par conséquent, ils ne «pouvaient pas lui donner les 3000 hommes. Ils «lui dirent qu'ils lui en donneraient 400 et payeraient «graduellement la taxe d'exemption militaire pour «les autres (quel exemple extraordinaire de mar- «chandage, en ce qui concerne le service militaire). «Il ne voulut pas accepter le compromis.... »Il j fallait qu'il fût obéi (étrange, n'est-ce pas?j«. Il «étoufferait la rébellion à tout prix. . . .

«On ne saurait trop souligner le fait qu'il n'y eut «pas de «rébellion* (?!!). Comme il a été déjà signalé, «les révolutionnaires avaient l'intention d'observer «la paix (pourquoi donc étaient-ils des révolution- «naires?) s'il était dans leur pouvoir de le faire. «Mais depuis quelque temps, une ligne de retran- «chements turcs avait été secrètement (?) tracée «autour du quartier arménien. Les révolutionnaires, «décidés à vendre leur vie aussi cher que possible, ^préparèrent une ligne défensive de retranchements.

«Mardi, le 20 avril, à six heures du matin, «quelques soldats turcs cherchèrent à s'emparer «d'une bande de femmes arméniennes se rendant

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«en ville. Deux soldats arméniens s'avancèrent et «demandèrent aux Turcs ce qu'ils faisaient. Les «soldats turcs tirèrent sur les Arméniens et les «tuèrent. Là-dessus, les retranchements turcs ouvrirent le feu. Le siège avait commencé. . . .

«Les Arméniens prirent et brûlèrent les casernes eau 7iord de notre local, mais, à part cela, ils ne «tentèrent pas l'offensive — leur nombre était trop tpetit. . . .

«Le soir, une lettre arriva des occupants de la «seule maison arménienne à l'intérieur des lignes «turques qui avait été épargnée donnant l'informa- «tion que les Turcs avaient quitté la ville. . . .

«Mercredi, 19 mai, les Russes et les volon' aires «russo-arméniens entrèrent dans la ville. . . .

«Tous les Turcs n'avaient pas fui. Quelques «vieillards, femmes et enfants étaient restés, beau- «coup d'entre eux cachés. Les soldats arméniens, «à l'encontre des" Turcs,, ne faisaient pas la guerre «à de pareilles créatures. Pourtant, il n'y avait « qu'un seul endroit où les captifs pussent trouver «la sécurité contre la populace. . . . C'est ainsi qu'à «peine 6000 réfugiés arméniens avaient quitté notre «local, nous eûmes (les missionnaires américains) à «soigner IOOO réfugiés turcs, quelques-uns d'entre «eux venus des villages (turcs) que les révolution- «naires russo-arméniens étaient en train de nettoyer «(jolie expression à employer par une dame à propos «de malheureux expulsés de leurs foyers).

«Les sauvages cosaques considéraient les femmes «turques comme une proie légitime et quoique le «Général russe nous eût donné une petite garde, «il ne se passait pas de nuit où le Docteur Uosher «et M. Yarrow n'aient eu à chasser les marau- «deurs qui avaient grimpé par-dessus les murs de

«notre établissement en éludant la vigilance de la *garde(?)«.

Que ressort-il de ces citations ? Il en ressort manifestement que les Arméniens de Van, dirigés par le parti révolutionnaire (le Dachnak,, à l'existence et à l'activité duquel Miss Knapp fait constamment allusion et dont le lecteur connaît les agissements antérieurs et le programme subversif, refusèrent d'obéir au décret de mobilisation et que les autorites ayant pris des mesures militaires pour les forcer à s'y soumettre, ils résistèrent les armes à la main, s'emparant des casernes de la ville et se joignant aux Russes après la chute de la ville. N'y a-t-il pas là un cas de rébellion armée parfaitement caractérisée et de complicité avec l'ennemi?

Miss Knapp, après avoir exposé une série de faits qui prouvent la rébellion jusqu'à l'évidence, n'hésite pas à déclarer catégoriquement qu'il n'y en a pas eu. On aurait compris à la rigueur que Miss Knapp eût cherché à justifier la rébellion en invoquant les méfaits qu'elle impute aux autorités impériales, tels que abus dans le réquisitionnement de la population arménienne, désarmement des soldats de cette nationalité, assassinat de quelques chefs révolutionnaires ordonné par le Vali, dévastation des villages arméniens environnants et massacre de leurs habitants, mais la nier! Toutefois, Miss Knapp n'est qu'une femme, et Américaine par-dessus le marché, c'est-à-dire déplorablement ignorante des institutions européennes. Mais que dire de X Editor qui. en sa qualité d'Européen et d'historien, est censé être au courant des codes militaires du continent:

Hàtons-nous d'ajouter, en ce qui concerne les plaintes des Arméniens de Van rapportées par

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Miss Knapp, que cette dame, ainsi que la plupart des Occidentaux s'intéressant à la question arménienne, ne demandait qu'à se laisser duper par les comités, en qui l'Europe et l'Amérique n'ont jamais voulu voir autre chose que les défenseurs d'un élément chrétien paisible contre un gouvernement musulman arbitraire et féroce. Acceptant le plus souvent de confiance les déclarations de ceux-ci, ce n'est que très rarement qu'ils se sont livrés à une enquête personnelle. Même alors, comme dans le cas de l'Américain, Mr. Henry Wood (documents n08 i et 572), ils contrôlaient leurs renseignements tirés de source arménienne, en s'adressant à d'autres sources de même nationalité, opération dont le résultat devait nécessairement être une parfaite concordance, en raison de la vaste et habile organisation du mensonge que les comités avaient établie du haut en bas de l'échelle sociale arménienne. Quant aux Consuls et autres fonctionnaires étrangers en résidence en Turquie, ils sont en général ignorants de la langue turque, même quand ils ont la prétention de la connaître. Ils n'entretiennent pas de relations suivies avec l'élément musulman, où pourtant le français est très répandu, soit parce qu'ils dédaignent de frayer avec lui, soit parce qu'ils rencontrent des difficultés à le faire dans les mœurs du pays. Leurs opinions sur les événements locaux, lorsqu'elles ne sont pas la reproduction exacte de celles de leurs drogmans, sont fortement colorées par les rapports qu'ils en reçoivent. Or, ces drogmans sont invariablement des Arméniens, qui cherchaient naturellement à profiter de leur position pour contribuer à la campagne de calomnie dirigée contre la Turquie. Nous avons déjà expliqué qu'une des bases de cette campagne des comités était de dé-

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naturer les mesures les plus justifiées du gouvernement et d'inventer des atrocités turques ou bien, ayant commis eux-mêmes toutes espèces de forfaits, de les dissimuler habilement et de représenter les actes de répression des autorités et les représailles de la population turque, comme des explosions subites et sans cause de fanatisme musulman.

On pense bien qu'ayant pratiqué ce système sans relâche depuis plus de trente ans avec succès, ils n'y auraient pas renoncé subitement au cours de la guerre actuelle, dont le résultat à prévoir était une transformation des conditions politiques de l'Europe où leurs aspirations nationales devaient trouver de plus grandes facilités de réalisation.

Prenons les événements de Van comme exemple. Désarmement des soldats arméniens r C'était l'application d'une mesure générale de précaution parfaitement justifiée. Assassinats de quelques chefs révolutionnaires par ordre du Vali? Simple assertion concernant des individus qui eux, avaient authentiquement fait périr des dizaines de musulmans innocents par traîtrise et autrement. Dévastations de. villages arméniens des environs et massacre de leurs habitants ? C'était là, la continuation de la série de coups et de contre-coups que Turcs et Arméniens s'étaient portés et dont les premiers étaient partis du camp russo-arménien. Mentionner Shadak, comme fait Miss Knapp pensant donner un exemple de la sauvagerie turque, c'est en réalité attirer l'attention sur une des localités où la révolte arménienne éclata et que le gouvernement dut réprimer avec plus ou moins de rigueur.

Le n° 120 (lettre datée du 20 juin 191 5, d'un étranger résidant en Turquie et désigné comme le docteur L. A.) ne dit que ce qui suit sur les me-

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sures du gouvernement: «La déportation commença «il y a quelque six semaines, avec 180 familles de «Zeitoun. Depuis cette date, tous les habitants de «cet endroit et des villages environnants furent dé- « portés en même temps que la plupart des chré- «tiens à Albustan et beaucoup de ceux de Hadjin, «Sis, Kars, Pazar, Hassan Beyli et Dort-Yol. »

Si on devait former son opinion d'après cette lettre, la déportation des Arméniens de Zeitoun n'aurait commencé que dans la première semaine de mai 191 5. En fait, elle commença plus tôt, vers le 16 avril.

Voici maintenant ce qu'on trouve dans le n° 122, déclaration du Rév. Dikran Andréassian, Arménien, rapportée par le Rév. Trowbridge, Américain : «Le 10 août IÇ14, les autorités turques de Zeitoun «proclamèrent la mobilisation générale . . . Beaucoup xde Zeitounlis prirent le chemin des montagnes pour t. échapper au service militaire. Parmi eux, il y savait a peu près vingt-cinq parfaits bandits qui «gagnaient leur vie au moyen d'actes de violence «(naturellement aux dépens des musulmans). Cette «petite bande, sincèrement mal vue par les gens ^paisibles et prospères de Zeitoun (ce qui ne l'em- «pêcha pas de les tolérer dans son sein pendant «des années) foncèrent sur une compagnie de nou- «velles recrues turques, les dépouillèrent et les «firent enrager par l'insolence de leur langage (en «réalité ils les massacrèrent). Là-dessus, Haidar «Pacha, le Mutessarif de Marache, se présenta vers «le 30 août avec 600 soldats ... La population de «Zeitoun était au courant. Yehya agha Yenidoun- «yayan, un de ses notables, conseilla à Nazaret »Tchaouch« (caporal), son cousin, d'aller à la ren- « contre (quel délicieux euphémisme) de Haidar

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