A CONSTANTINOPLE
à la date du 24 décembre 1912, sous le n° 63.
Après avoir parlé des effets de la guerre balkanique sur les relations turco-arméniennes dans l'Anatolie orientale, l'auteur du rapport continue comme suit :
') L'un de ces Arméniens était un professeur du nom de Raphaïl, qui faisait partie du Dachnak, mais qui, s'étant mis en opposition avec celui-ci, fut assassiné par ses ordres. Naturellement le Dachnak chercha a le faire passer comme victime des Kurdes. (Note de fautetur.)
J'ai moi-même vu et entendu les Arméniens et leurs chefs religieux se plaindre au Vali de ne plus pouvoir vivre avec les Turcs et ceux ci déclarer qu'ils ne pourraient plus supporter les Arméniens. Il existe donc actuellement, dans la province de Bitlis, une violente animosité qui augmente ou diminue selon les phases de la guerre balkanique et ses conséquences présumées. Si cet état de choses continue, on peut s'attendre, comme je l'ai exposé plus haut, à ce q ie le moindre prétexte fasse éclater le fanatisme musulman1.
L'activi'é du comité Tachnaktzoutioun est pour beaucoup dans cette exaltation de l'opinion publique arménienne. Ce comité travaille opiniâtrement à amener des collisions entre Arméniens et musulmans afin de mettre à profit le malheur qui pourrait en résulter, pour provoquer une intervention russe et l'occupation du pays par notre armée.
Les membres de ces comités se sont réunis il y a quelque temps au monastère de «Sourp Carabet», près de Mouche, et, après avoir adopté une décision dans le sens indiqué plus haut, ont désigné un délégué pour le Congrès général qui se tiendra à Genève ou à Constantinople.
Actuellement, les Tachnakistes tâchent de se réhabiliter aux yeux des Arméniens paisibles qui s'étaient détournés d'eux, les accusant d'avoir causé le malheur et la misère de la nation arménienne. Ils se conforment à leur nouvelle devise qui est, selon leurs propres termes, à! «amener ici les Russes s .
') Toujours la même rengaine : «fanatisme musulman», à propos d'actes de défense et de représailles de la part des Turcs et des Kurdes. 'e de fauteur.)
Pour arriver à cette fin, les Tachnakistes ont recours à différents moyens et s'efforcent d'amener les Arméniens à des collisions avec les musulmans et spécialement avec les troupes ottomanes. Ainsi, les Comités Tachnakistes de Bitlis et de Mouche, pour semer la panique parmi la population, ont poussé les Arméniens des bazars à fermer leurs boutiques. Ils ont, en outre, armé une bande de révolutionnaires qui, après avoir parcouru, en octobre et en novembre, le casa de «Hizane», a assassiné quelques Kurdes pour venger la mort de «Raphaïl», inspecteur d'écoles arméniennes et partisan du Tachnacktzoutioun. Tout ceci n'avait pour but que d'amener une rencontre entre musulmans et Tachnakistes. Si cela se produisait, les musulmans naturellement attaqueraient les villages arméniens, ce qui aurait comme conséquence l'intervention armée de la Russie. Les notables Tachnakistes de Bitlis déclarent qu'ils commettraient une grande faute s'ils ne profitaient pas de la situation actuelle pour amener ici les Russes. . . .
Les Arméniens des villes, aussi bien que ceux des campagnes, ont, de même que leurs chefs religieux, témoigné toujours de leur penchant et de leur affection pour la Russie et déclaré à plusieurs reprises que le Gouvernement turc est incapable de faire régner ici l'ordre, la loi et la prospérité. Beaucoup d'Arméniens promettent, dès maintenant, d'offrir leurs églises aux soldats russes pour être converties en temples orthodoxes.
L'état actuel des Balkans, la victoire des gouvernements slaves et hellénique sur la Turquie ont surexcité les Arméniens et rempli leur cœur de l'espoir et de la joie d'être délivrés de la Turquie. Les Arméniens, chez lesquels bout le sentiment de
la vengeance, considèrent les défaites turques comme un bienfait de Dieu et comme la revanche de la misère et de l'humiliation de leur race. La comparaison entre les villes et les provinces de Bitlis. Erzeroum et Van et celles du Caucase; entre l'état de la population, du commerce et des moyens de communication du Caucase et celui des vilayets habités par les Arméniens, leur dit dans un langage éloquent qu'ils n'ont à attendre aucun bonheur ni aucune liberté de la domination turque 1). Tous les espoirs des Arméniens et, je crois même, de tous les chrétiens de Bitlis et des environs, sont dans la Russie.
Le Comité Tachnaktzoutioun, moralement déchu aux yeux de la population calme et paisible, tâche de regagner la confiance des Arméniens et. ainsi que je l'ai exposé plus haut, s'efforce d'amener des chocs entre Arméniens et Kurdes, et, en général, entre Arméniens et musulmans, pour troubler la situation et créer un prétexte à l'intervention armée de la Russie.
') Comparez cette description à celles du général Mayewsky citées dans le corps de cet ouvrage. Qui croire des deux Consuls? Evidemment celui qui défend la Turquie, puisqu'il n'y ■ aucun intérêt pour le représentant d'une Puissance essentiellement hostile à une autre, de s'exprimer en faveur de celle-ci. tandis qu'il y a avantage à flatter les opinions défavorables de son gouvernement en ce qui la concerne. Nous ne savons si le rapport du Consul de Russie à Bitlis, inséré dans ce recueil sous le n° 3, est du même titulaire que celui qu'on est en train délire. En tout cas, il est rédigé dans un esprit qui est en contradiction avec celui de cette dernière pièce.
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MANIFESTE DU «DACHNAK»