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CHAPITRE III

Les défaites allaient vite. Après Wissembourg, Forbach, après Forbach, Wœrth. Le combat de Borny ou de Longeville avait, un moment, réveillé la victoire; la bataille de Gravelotte, glorieuse et terrible, n'avait amené pour nos armes aucun résultat décisif, et Bazaine, à demi vainqueur, n'en était pas moins rejeté ou rentré sous le canon de Metz. Mac-Mahon rassemblait à Châlons, au camp, les débris de son armée et en reformait une nouvelle; puis, malgré sa volonté, — obéissant aux ordres d'un souverain qui, en cas de défaite près de Reims, avait Soissons et Paris pour se replier, mais qui redoutait Paris, — le duc de Magenta remontait vers l'Ardenne et cherchait à dégager Bazaine. La conflance, une imperturbable

confiance, persistait au cœur des Français, et, malgré les méchantes ou douteuses nouvelles, on rencontrait par les rues des gens bien informés qui , tout souriants, ^ frottant les mains, vous disaient bien haut : Nous sommes sauvés! La jonction est faite I Les deux maréchaux ont déjeuné ensemble ce matin !

Pendant ce temps, le bombardement de Strasbourg commençait et l'investissement de Metz continuait.

Pauvre ville de Strasbourg où nous allions en juillet, au moment de la déclaration de guerre, rassurant nos angoisses par le spectacle viril d'une population patriotique , résolue aux sacrifices, prête à la lutte et certaine, hélas! de la victoire! Qui nous eût dit alors qu'elle serait prussienne avant un an? Les habitants étaient si rassurés en voyant défiler à travers leurs rues ces troupiers africains, bronzés, ardents et vifs, ces zouaves aux tournures herculéennes, ces turcos qui riaient, montés sur de petits mulets arabes et laissaient pendre leurs jambes jusqu'au pavé ! On se sentait rassuré en regardant ces rudes soldats, et l'on oubliait que le plus indomptable courage ne vaut rien sans la discipline. Strasbourg ne devait point tarder à l'apprendre. Le désastre de Wœrth jetait pêle-mêle dans ses murailles cette magnifique, mais trop peu nombreuse armée de Mac-Mahon, que j'avais vue défiler superbe allant au combat, et que M. Delmas nous montre dépenaillée, effarée et sinistre après la dé-

faites Les Strasbourgeois, navrés, regardaient d*un œil fixe ces horribles débris. C'était la déroute dans toute sa hideur, et c'est à peine si quelques héroïques et vivants exemples contrastaient avec l'affreux tableau offert par ces troupes démoralisées soudain par ce xx>up dé foudre inattendu d'un revers.

Dans la soirée du 6 août, au moment où une partie du corps d'armée du maréchal Mac-Mahon était en déroute et que les turcos du deuxième régiment luttaient avec courage et désespoir, ne voulant pas abandonner leurs positions, le colonel avait donné Tordre à son porte-drapeau de se retirer et de gagner au plus vite Reîchshoffen. Cet officier était le lieutenant Valès. 11 s'engagea dans la forêt et parvint, après mille difficultés, à se dérober à la vue de l'ennemi qui l'environnait et à atteindre le village que bombardaient déjà les Pru^iens. Surpris sur la route de Haguenau par un peloton de uhlans, il put leur échapper, grâce aux nombreux fuyards, parmi lesquels quelques-uns firent feu sur les cavaliers ennemis qui passèrent ventre à terre.

Arrivé à Strasbourg dans la journée du 7 août, il porta le drapeau au bureau de Tétat-major; le colonel Forna aussitôt d'une couronne de lauriers et le déploya du haut du balcon de la place Kléber, devant une foule considérable qui l'accueillit par des bravos et les cris de : Vive la France! vive les turcos I Déjà le patriotisme de la cité alsacienne se réveillait plus

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