‹ La guerre nationale, 1870-1871Chapitre 19 sur 53 · Armée de MHz, par le général Deligny (Munster et Paris · texte numérisé non relu

Armée de MHz, par le général Deligny (Munster et Paris

prouver que, du 14 août, jour du combat de Boray, jusqu'à la fin d'octobre, il a constamment subi des échecs ou s*^st constamment heurté à des difficultés si grandes qu'il lui a été \mpossible soit de se retirer sur Verdun au 15 août, soit de rejoindre Mac-Mahon au 51, soit de se jeter vers Thion ville en septembre^ soit de tenter un nouvel effort en octobre.

Le résumé des opérations est celui-ci : le H, bataille de Borny . L'empereur nous la donne, pour sa féte« comme une victoire. En réalité, bataille indécise et même inquiétante, la concentration de ços troupes sur le plateau de Gravelotte ayant été interrompue par l'attaque de l'ennemi. Le 16, bataille de Rézouvtlle. « Bataille gagnée, » tél^aphiait Bazaine en août. Aujourd'hui, le maréchal nous dit que ses vivres et ses munitions étant épuisés, il lui était impossible de profiter, le soir du 16 août, de ses avantages. Doac^ bataille inutile. Gomment, à quelques kilomètres de Metz, se trouver sans vivres suffisants et sans cartouches sur un terrain disputé et presque arraché à l'ennemi. Le 17» Bazaine évacue ses blessés sur Metz et aligne ses vivres, tandis que l'ennemi se masse, formidable, et reçoit de terribles renforts d'artillerie qu'il n'avait pas (le maréchal l'avoue lui-môme) le 16 au soir. Le 18, attaque des Prussiens, l'ennemi nous repousse. Le 19, l'armée se replie sous les forts de Metz, et dès ce ^mr (rapport de Bazaine) elle reêta sur la défensive. Dix jours se passent. LeJSl, Bazaine essaye de rejoindre Mac-Mahon. Deux jours de combat.

Le 31, nous enlevions Servigny; le l®*" septembre, Tennemî nous le reprenait et forçait le maréchal Le Bœuf à abandonner Noiseville. Bazaîne ne semblait pas s'en émouvoir. « Cette opération, qui dura deux jours, dit le général Deligny, et qui nous coûta au delà de 2,000 hommes mis hors de combat, n'avait été ni préparée avec soin ni bien conduite, et le général en chef ne s'était proposé aucun but sérieux, car celui qu'il a laissé entrevoir eût été obtenu s*il l'avait poursuivi avec la volonté de l'attdndre. Il lui eût suffi de commencer l'action deux heures plus tôt, le 31... et de donner des ordres dans la matinée du l*"^ pour que l'offensive fût vigoureusement reprise. »

Cette bataille de Servigny ou de Noisseville fut ta dernière que livra Bazaine. Je ne compte plus les petits combats de Chieulles et de Peltre, même le combat de Ladonchamps. Il était évident que, désespérant de rompre le cercle qui l'enserrait, Bazaine laissait aller comme au gré du hasard le siège de Metz l'Inviolée. Il ne prenait même pas la peine de se montrer à ses soldats, de leur adresser souvent de ces proclamations qui relèvent, réveillent, stimulent le moral d'une armée. Au lieu d'électricité il semblait ne distribuer que de l'opium. Tous les témoignages des officiers de l'armée du Rhin s'accordent là-dessus. Un offider supérieur pnissién a publié une brochure fort bien composée, pour prouver que Tarmée prussienne ne pouvait pomt ne pas vaincre l'armée du Rbin et que général en chef, officiers et

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soldats de Metz ont fait leur devoir K Le témoignage est certes d'un ennemi généreux, mais j'eusse été fort étonné d'y apprendre que Frédéric-Charles n'était pas enchanté deJa tournure que prenaient les événements. A coup sûr l'inaction de l'assiégé ne déplaisait pas au prince. Il était enchanté que nos généraux tins- .sent ainsi nos soldats au repos. Les siens n'avaient à braver que l'épidémie. On lui prêtait même, dans l'armée, cette plaisanterie : il aurait donné ordre à ses tirailleurs d'épargner les généraux français qui lui rendaient trop de services. Propos de caserne ou de campement, plaisanterie inventée par quelqu'un de nos grenadiers, quelque loustic. Ne la prenons pas au sérieux, mais peut-on nier qu'elle ne caractérise l'esprit même de notre armée et ne montre ses sentiments de défiance à l'égard des chefs?

Ces malheureux soldats souffraient, en effet, et voyaient chaque jour croître leurs souffrances, lis s'usaient, se débilitaient dans l'oisiveté atroce d'un campement malsain. La pluie, le froid s'abattaient sur ces misérables tentes dont les vents d'orage arrachaient les piquets et faisaient voler les débris. Ces mêmes soldats qui supportaient les plus dures misères d^ns les tranchées, devant Sébastopol se désolaient de leur inaction, au Ban-Saint- Martin, et se plaignaient avec amertume de tous ces maux ; c'est

i , La Guerre aiUour de Metz, par an général prussien (Cassel, 1871). Conclusion : Le maréchal eut raison de capituler.

qu'ils attaquaient en Crimée et q«e devant îfetz ils se défendaient. Le caractère français veut la marche en avant, le succès» — le succèsT» cette fumée qui ne va pas toujours au plus digne. Puis, les estomacs avaient leurs douleurs après les âmes. Mauvaise nourriture et insuflSsante. Le rationnement» cette famine dissimulée , affaiblissait les plus n^ustes. Les muscles et l'esprit étaient las. Quelles tortures! Mais la lutte, la bataille, la mort, eussent été cent fois préférables à ces soldats enfermés dans leurs fossés pleins de vase. Verser leur sang les eût moins effrayés que patauger dans cette boue. Cependant les jours passaient, la famine croissait, la maladie venait, et Bazaine n'agissait pas.

Alors que d'angoisses, de misères» de tiraillements de la faim plus effroyables que les frissons de la blessure !

N'ayant pas de vivres, les soldats devenaîeBt maraudeurs. La guerre n'a peut-être jamais été aussi durement flétrie que par ce double rapport» à propos de quelques tirailleurs des nôtres à qui des Polonais des avant-postes ennemis avaient donné qu^ques gouttes de rhum, du café, du riz :

« Malgré un cordon serré de tirailleurs, dit Ganrobert dans un rapport, un grand nombre d'hommes» trompant toute surveillance et se faufilant à travers ïe bois de Woippy, se sont trouvés en présence d'un poste prussien de quatorze hommes près de Sainte- Agathe : ce poste les a appelés par signes. Nos

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lK>aimes ont rëpooda à cet appel, et les enoeoiis, qui sont du duché de Poseu, leur (mi offert à boiret leur ont fait manger de la soupe, et ont arraché pour eux des pommes (te terre. Je donne des ordres pour que ce fait ne se renouvelle plus. »

Et M. Gh. Fay, lieutenant-colonel d^état-major^ éerit, à ce propos, dans son intéressant journal :

c( Seulement comment arrêter des hommes poussés par la faim? C'est du moins Tavis de quelques bonnes âmes comme celle de ce soklat de la landwehr prussienne malheureusement tué ces jours-ci aux avantpostes : a Les Français nous font pitié, écrivait-il à sa femme dans une lettre trouvée sur lui, ils ofêu* rent de faim, et ils viennent gratter la terre devant nous pour avoir des pommes de terre et des racines. Nous les laissions faire. Mais le prince Frédéric- Charles, qui a eu connaissance de tout cela, a donné Tordre d'empêcher cette récolte, et force nous est de tirer sur ces malheureux^. »

Pauvre armée française, ainsi réduite à ce métier fauve, à ces rapines cachées, à cette récolte frauduleuse des fruits poussés en terre française I Et pendant que ces maux croissaient, le maréchal s'occupait à je ne sais quelles intrigues qui forment à côté de ce drame sombre une sorte d'ironique vaudeville, à peu près ignoré en France, mais, qui a fort égayé, à nos dépens, TAngleterre. Peut-être est-il bon de le

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