‹ La guerre nationale, 1870-1871Chapitre 24 sur 53 · Moniteur officiel de Seine-et-Oisê (a · texte numérisé non relu

Moniteur officiel de Seine-et-Oisê (a

2. Voici le récit officiel du combat. — Nouvelles de la guerre, — Dépêche militaire du 7 novembre soir. Armée de la Loire :

« Vers onze heures, une colonne ennemie, composée de deux bataillons, 1,500 cavaliers et 10 pièces d'artillerie, venant de la direction de Baccon et se prolongeant le long de la forêt de Marchenoir, a attaqué successivement nos postes, de Poisly à Saint-Laurent-des-Bois. L*engagement était sérieux à hauteur de Vallière. Un bataillon de chasseurs de pied et deux mitrail-

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Celait là un avantage de peu d'importance, mais qui cependant donnait au soldat je ne sais quel sen* liment confiant et résolu. Il passait sur l'armée de la Loire, commandée maintenant par un ancien général de Crimée, M, d'Aurelle de Paladines, comme des bouffées -de détermination et comme des vents de victoire. Le petit combat de Saint-Laurent-des-Bois devait, ce semble, attirer l'attention de von der Tann. Et pourtant, il me paraît que le général bavarois s'est laissé surprendre.

L'armée de la Loire, reformée par Gambetta, disciplinée par d'Aurelle de Paladines, forte de cent mille soldats, avait passé la Loire à Beaugency, le 8 novembre.. De Mer jusqu'à Orrée s'étendait la ligne française ; nos mobiles et nos francs-tireurs occupaient la forêt de Marchenoir. Averti par ses éclaireurs, von der Tann repartait en hâte d'Orléans, le 8 novembre au soir, et concentrait son corps dans la position entre Coulmiers et Ruisseau. Le lendemain, dès l'aube, les Français attaquaient l'armée allemande. Je laisse ici, comme je voudrais le faire toujours , la parole aux témoins oculaires, et je détache du Journal du Loiret une vivante description de cette bataille qui arracha,

leuses déboachaient à midi par Saint-Laurent, et refoulaient l'ennemi entre VaUière et ViUeciclair. Quelques renforts sont arrivés sur le lieu du combat. L'ennemi, menacé par la caralerie qui tournait VaUière, se retirait à 3 heures 30 dans la direction de Ghanlioaume, laissant sur le terrain ses morts et ses blessés : 2 officiers et 50 hommes. Notre cavalerie a fait 64 prisonniers, dont 1 officier.

hélas! un grand cri d'espoir à la pauvre France abreuvée de défaites :

Nos troupes partaient des environs de Gravant et du Bardon, où on les avait massées sur une ligne étendue; elles étaient disposées dans un ordre de bataille qui est resté, pour ainsi dire, celui de la victoire. Elles rencontrèrent devant elles le château de la Touanne, qu'on supposait occupé par les Prussiens. Une batterie est établie : on va bombarder le château, quand on apprend par un paysan que les Prussiens Font quitté. On les aperçoit en effet un peu plus loin, à demi dissimulés dans la brume du matin et derrière les arbres.

L*armée française poursuit sa marche sur Baccon. Elle garde, en avançant, la direction qu'elle avait au départ; les divisions se touchent et marchent régulièrement du même pas, du sud-ouest vers le nord-est. Les Prussiens, en effet, ont pris position sur une ligne qui est oblique à la nôtre ; ils ont leur front de bataille presque parallèle à cette longue suite de bois qui de Ghaingy s'étend jusqu'au delà de Bucy-Saint-Liphard. Ils ont choisi, pour s'y déployer, tout le terrain qui s'offre au regard depuis la ferme de la Renardière, les champs d'Huisseau, les fermes et les petits bois de Coulmiers jusqu'à Rosières et la campagne qui entoure Gémigny.

Les Français rencontrent à Baccon une résistance opiniâtre. Ce sera là que l'ennemi vaincra ou qu'il commencera sa retraite; il a crénelé les maisons et formé des barricades ; pas un mur qui ne le protège et qu'il ne défende. Le village de Baccon est bâti sur un mamelon d'où les habitations descendent vers la plaine. De ce point culmi-

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naot les Prussiens font un feu meurtrier sur nos troupes. En ayant! en ayant I crient de toutes parts officiers%t généraux; et les soldats se jettent sur Fennemi avec une impétuosité dont ils comprennent eux-mêmes les heureux résultats : il faut tout de suite emporter ce village changé en forteresse. L'artillerie tonne; Tassaut est donné : les Prussiens cèdent.

Là commença le triomphe. L'armée française reprit sa marche, sans désordre et sans hésitation, précédée de ses nombreux canons : dès dix heures, ce ne fut plus qu'une course victorieuse faite par des troupes contenues et dociles. Deux pièces de siège jetaient le bruit de leur tonnerre effroyable au milieu de cette poursuite. Pour la première fois, nos artilleurs avaient de4eur côté la supériorité du nombre et du tir; et hier on entendait, à travers les rangs de Tarmée entière, les officiers et les soldats parler avec une reconnaissance pleine de fierté de la précision et de l'adresse avec lesquelles nos pièces étaient pointées.

De Baccon on se porta sur la Renardière, en face d'Huisseau. L'ennemi reculait toujours. Il avait le matin brûlé la ferme de Viard, quand elle allait tomber en notre pouvoir avec les approvisionnements qu'il y avait amoncelés. A la Renardière, les Prussiens brûlent une* maison à l'aide de fagots; ils emploient l'incendie pour nous arrêter.

Mais M. de Tann se voit vaincu. A midi, le feu se ralentit un peu de chaque côté; et ceux qui d'Orléans interrogeaient l'écho de ces canons si retentissants craignirent un instant, dans leurs angoisses patriotiques, que Id^ Françaiâ eussent perdu le terrain. On changeait les batteries de position. M. de Thann ne soutenait plus la retraite que pour sauver le matériel de son armée, qui gagnait par Ormes la route d'Artenay. Bientôt l'armée française se trouva près

de Goulmiers, son objectif. Vers trois heures et demie, Mf de Tann tente une manœuvre qui, plusieurs fois dans la campagne, a réussi aux Prussiens : il cherche à tourner Faile gauche de Tarmée française; mais le général d'Aurelie Ta prévenu : ce sont les Prussiens qu'une de nos divisions tourne elle-même à ce moment -là. L'ennemi recule donc. Cependant il essaye encore une fois de nous arrêter dans le bois qui couvre Goulmiers et derrière les maisons du village. Plusieurs bataillons de chasseurs nous attendent. Les médecins qui visitaient hier ces abords du village ne trouvaient que des cadavres dans les fossés et presque au pied de chaque arbre. Les soldats français sautèrent par- dessus les murs d'un château qui attient à ce bois. Ils sortent de cet assaut, victorieux et libres de se reposer.

La bataille finissait. L'artillerie et quelques régiments continuèrent leur marche sur Rosières et Gémigny. Les Prussiens fuyaient* Ils se débandaient en quittant Goulmiers, et dès lors leur retraite se fit en désordre par Boulay, Bricy, Huètre et Patay, dans la direction d'Artenay. Le général d'Aurelle voulut achever sa victoire : il lança toute sa cavalerie et ses canons les plus légers à la poursuite de l'ennemi. Hier, je\idi, ils n'avaient pas encore fini de sabrer Tarrière-garde des Prussiens et de ramener des pri~ sonniers.

Chose extraordinaire» on s'est battu près de dix heures, et cependant les pertes ne sont pas effrayantes comme on pouvait s'y attendre. Nulle part la plaine ne porte en tas ces mêlées de cadavres qu'on trouvait au combat d'Orléans. Les morts sont semés çà et là sur les sillons, au bord des routes; funèbre moisson qui recouvre la terre, à peine ensemencée de son blé 1 Prèa^ des ta[His ou derrière les

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fermes, on ramassait les blessés en plus grand nombre. Mais la balaille n'a pas été une de ces boucheries qu'on a vues à Gravelotte et à Rézonville. C'est qu'elle s'est livrée sur un long parcours, à un ennemi qui de bonne heure a fui; c'est qu'elle n'a guère été qu'un grand combat d'artillerie dont les points extrêmes étaient à une distance souvent considérable. Et la portée des armes nouvelles explique comment une retraite, s'opérant de plus loin qu'autrefois, est plus facile et moins meurtrière à celui qui l'opère.

Ainsi, on le voit, c'était là une victoire importante et indiscutable. Elle était grande, elle pouvait être plus grande encore. La cavalerie chargée de poursuivre l'armée prassienne avait causé de grandes pertes aux fuyards. Peu s'en est fallu qu'elle ne prît tout le parc d'artillerie de M. de Tann. Mais une fausse direction empêcha, dit-on, cette poursuite d'avoir tous les résultats espérés. Durant la nuit, des soldats du train bavarois vinrent audacieusement retirer d'un marais où ils étaient embourbés et où nos soldats ne les soupçonnaient pas les canons des batteries bavaroises et purent les dérober à l'armée victorieuse.

Cette bataille de Coulmiers produisit comme un coup de foudre sur l'armée allemande. Un colonel prussien, s'entretenant à Gémigny avec un des membres de la Société internationale de Secours aux blessés, laissait échapper un aveu précieux et bientôt recueilli.

II avait, avec les autres officiers, éprouvé la plus

vive surprise dès le commencement de la bataille, quand il avait aperçu dans Tarmée française Tordre parfait où on l'avait rangée,

« En la regardant avec ma longue-vue, disait-il, je ne pus m'empêcher de m*écrier qu'il y avait là un spectacle inattendu pour nous. Une demi-heure après, quand elle eut manœuvré sous nos regards et que nous eûmes considéré le déploiement de son artille? rie, les officiers qui m'entouraient se montrèrent fort troublés; nous nous serrâmes la main en nous disant : « C'est une affaire perdue. »

A Versailles , on essaya d'atténuer la portée de la bataille. Le Moniteur de Seine-et-Oise n'en parla qu'à son corps défendant. J'ai interrogé, après les journées de Villiers ei de Champigny, sous Paris, des soldats saxons, un sous-officier entre autres, qui ignoraient la défaite des Bavarois. On ne manquait cependant jamais de leur lire, à Tordre du jour, les victoires de l'Allemagne. La presse anglaise, qui ne nous a point gâtés durant cette guerre, célébra pourtant ce retout d'espoir vers nos armes, nos prisonniers de Sedan ou de Metz tressaillaient ; au delà du Rhin, pour atténuer le mauvais effet de cet échec, les dépêches officielles du quartier général du roi, en parlaient ainsi :

Versailles, 12 novembre.

Dans les combats du 9 livrés par le général von der Tann, toutes les attaques de l'ennemi ont été repoussées en lui infligeant de grandes pertes.

Ce n'est qu'alors que le général von der Tann s'est retiré.

Le 40, une partie des munitions de réserve, avec deux canons de réserve également bavarois, sont tombés entre les mains de l'ennemi.

Le 42, aucun mouvement de l'armée de la Loire n'a été signalé.

Ainsi que le faisait remarquer un journal français, quand les Bavarois triomphent, ce sont des Allemands comme les Prussiens; quand ils sont battus, ce sont des Bavarois!

Les Allemands se consolaient d'ailleurs, comme se consolent les vaincus, en disant, par exemple, que le combat de Coulmiers leur avait fait reconnaître plus

exactement les forces de V ennemi. Ce sont nos consolations amères et chimériques après Wœrth : « Les Prussiens sont en France; tant mieux, ils n'en sortiront pas. » Le général von der Tann, dont la ligne de retraite pouvait être coupée par un plus long séjour à Orléans, quitta cette place et se porta sur la route d'Orléans à Châteaudun. Après avoir « reconnu que l'enneimi était supérieur en nombre », il se replia sur la route Orléans-Paris.

11 s'arrêta près de Toury , où il reçut bien vite des renforts. Von Wittich et le prince Albert l'avaient rejoint le 10 à Chartres, et le grand-duc de Mecklembourg arrivait le 11 de Paris avec ses troupes.

Par quelle inconcevable humeur de temporisation le [général d'Aurelle n'avait-il pas poursuivi sa victoire ? Il pouvait envelopper le corps bavarois tout

entier et l'écraser ou lui faire mettre bas les armes avant que le vaincu de Goulmiers eût reçu des renforts, avant que l'arrivée des soldats de Frédéric- Charles, l'investissement de Metz, permît aux Allemands de lutter avec avantage. D'Aurelle ne se battit à Goulmiers que sur Tordre de Gambetta. A-t-il attendu, perdu le temps sur l'ordre de Gambetta? G'est ce que la France est en droit de demander pour faire retomber sur le coupable la responsabilité de la défaite.

Toujours est-il qu'à cette heure et pendant un moment le pays respira. Orléans évacué, douze cents prisonniers, dont six cents avec armes et bagages, deux canons pris, vingt et quelques caissons chargés de munitions, un grand nombre de fourgons et de voitures, de convois enlevés par nos troupes, la pauvre France n'était plus habituée à de telles journées.

Il semblait que la guerre allait entrer dans une phase nouvelle. Le sort funeste était conjuré. Orléans, morne et silencieux aux heures de l'occupation, reprenait sa gaieté, sa vie d'autrefois. Une paysanne exaltée, Catherine Panis, faisait des proclamations aux soldats devant la statue de Jeanne d'Arc' « Le sen- « timent de la liberté se montre sur tous les fronts, « comme dans tous les actes, disait le Journal du « Loiret; on parle enfin sans contrainte; des groupes a nombreux couvrent les trottoirs ; les chevaux eux-- « mêmes ont reparu dans les rues d'Orléans. » Le dernier trait est naïf, mais touchant. Il faut avoir été

ass^é pour connaître le prix de la délivrance et comprendre de quel élan on salue le, premier coup de clairon français et le premier piaffement de cheval.

Et, comme pour affirmer la vieille humanité nationale, ravis qui suit était affiché dans les rues :

Le maire de la ville d'Orléans fait appel aux sentiments généreux de la population : il est certain que les blessés et prisonniers allemands seront traités par ses concitoyens d'une manière conforme aux lois de Fhumanité.

Orléans, le 10 novembre 1870 ^.

Parmi ces blessés on trouva un grand seigneur allemand, et qui avait été fait prisonnier par les Prussiens en combattant dans les rangs de nos francstireurs. Une haute influence seule lui sauva la vie. Notre victoire lui rendit la liberté •.

1. On B*e8t plaint à Munich que les chirurgiens bavarois, demeurés à Orléans pour soigner des blessés, aient été considérés comme prisonniers de guerre. Mais on fit pour eux ce que les Allemands ont fait pour nos ambulanciers neutralisés : on les rendit.

2. Je complète ces récits par un extrait d'une lettre d'un soldat au 16* chasseurs, A. Chapeau, publiée par la Défense nationale de Limoges : « Le 9, nous sommes partis de Beaugency à cinq heures du matin, à neuf heures nous avons rencontré les Prussiens. L'afflitire était finie à six heures. — Le iO, nous ne sommes repartis qu'à neuf heures du matin ; aussi avons-nous profité de la matinée pour visiter le champ de bataUle ou pour mieux dire une partie, car notre ligne de l>ataiile occupait plus de 6 kilomètres. Dans un bois de 100 mètres carrés nous avons trouvé 8 Français, 1 sergent-major du 62*, 2 mobiles et 5 soldats de la

La bataille de Coulmiers fut d'abord appelée la bataille de Baccon. C'est à Baccon que la lutte avait été acharnée. Mais Coulmiers avait vu la retraite de rennemi. M. Gambetta lançait alors cette proclamation à Farmée :

Tours, le 13 noyembre 1870.

Soldats de Tarmée de la Loire!

Votre courage et vos efforts nous ont enfin ramené la victoire, depuis trois mois déshabituée de nos drapeaux; la France en deuil vous doit sa première consolation, son premier rayon d'espérance. Je suis heureux de vous apporter, avec l'expression de la reconnaissance publique, les éloges et les récompenses que le Gouvernement décerne à vos succès. Sous la main de chefs vigilants, fidèles, dignes de vous, vous avez retrouvé la discipline et la force; vous nous avez rendu Orléans, enlevé avec rentrai n de vieilles troupes depuis longtemps accoutumées à vaincre.

A la dernière et cruelle injure de la mauvaise fortune, vous avez montré que la France, loin d'être abattue par tant de revers inouïs jusqu'à présent dans l'histoire, entendait répondre par une générale et vigoureuse offensive.

ligne, 3 du 12<^ et 2 du 39*, quf étaient morts en braves. Dans le même bois fious avons compté 185 Prussiens, dont un capitaine et un lieutenant, et 5 chevaux. C'était affreux. A neuf heures nous avons quitté Coulmiers, repartant en tirailleurs à travers les terres, dans la boue, recevant la neige qui tombait depuis le matin. Le 11, anniversaire du jour de notre retraite d'Orléans, nous sommes partis, faisant marcher à la tète de la colonne la musique du 30*^, et nous sommes entrés en ville à rheure à laquelle nous en étions (Partis un mois auparavant. *^

Avant-garde du pays tout entier , vous êtes aujourd'hui sur le chemin do Paris; n^oublions jamais que Paris nous attend et qu'il y va de notre honneur de l'arracher aux étreintes des barbares qui le menacent du pillage et de l'incendie. Redoublez donc de confiance et d'ardeur; vous connaissez maintenant nos ennemis; jusqu'ici leur supériorité n'a tenu qu'au nombre de leurs canons; comme soldats, ils ne vous égalent ni en courage ni en dévouement; retrouvez cet élan, cette furie française, qui ont fait notre gloire dans le monde et qui doivent, aujourd'hui, nous aider à sauver la patrie. Avec des soldats tels que vous, la République sortira triomphante des épreuves qu'elle traverse, car après avoir organisé la défense, elle est en mesure, à présent, d'assurer la revanche nationale. Vive la France! vive la République, une et indivisible!

LÉON Gambetta.

On voudrait s'arrêter à cette heure d'illusion et d'espoir. On voudrait, dans ce voyage sinistre dans le passé, faire halte devant ce village de Coulmiers et cette journée de novembre. La France peut-être eut ce jour-là, mais seulement ce jour-là, son salut dans les mains. Qui sait? avec de l'audace, les cent mille hommes de Paladines arrivaient à Étampes, et d'Étampes aux murs de Paris. Frappez, avait dit Trochu, et Von vous ouvrira, M. de Moltke comprit bien le danger. Frédéric-Charles étant à Metz, et von der Tann détruit, la route de Paris se trou? vait libre. Lorsqu'il apprit la défaite de von der Tann, la retraite du corps d'armée bavarois à Coulmiers,

retrait^ qui pouvait facilement, le lendemain , se changer en irréparable déroute si le général français eût profité de sa victoire, le roi de Prusse était à table. Il devint furieux en lisant la dépêche qui lui annonçait cet échec, véritablement grave pour les armées allemandes. Se levant tout droit, froissant le papier dans sa main gauche, il frappa du poing droit une glace et s' écriant :

— Ce von der Tann ! triple sot ! Se faire battre, et par des Français I

Il brisa la glace d'un coup violent, et la fît voler en éclats. Que si, encore un coup, je le répète avec amertume, le général d'Aurelle de Paladines, mettant à profit sa victoire, avait anéanti le corps bavarois tout entier — et il le pouvait, — qui sait ce qu'il serait advenu de Paris et de la France !

Une seule fois durant cette guerre fatale, une seule fois, notre patrie put entrevoir le salut et espérer de le toucher bientôt de sa main saignante.

La destinée ne le voulait pas.

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