DE BEAUNE-LA-ROLANDE A ABTENAT
Le général d'Aurelle de Paladines, qui commandait r armée de la Loire et dont le nom se trouvait, depuis la bataille de Coulmiers, sur toutes les lèvres, est un homme de soixante-sept ans, petit, la moustache blanche, les cheveux légèrement relevés sur le front en une houppe argentée, et, lorsqu'il met sur son nez ses lunettes , prenant aussitôt l'apparence pacifique d'un bon commis aux écritures. Il y a pourtant dans cet homme une volonté et une énergie. Il avait discipliné et unifié Tarmée de la Loire. Il lui avait donné cette impulsion qui, à Coulmiers, avait triomphé de Tarmée bavaroise. Général de brigade pendant la guerre d'Orient, puis divisionnaire devant Sébastopol, commandant à Marseille, où son rôle au k septembre avait d'ailleurs été douteux, il
avait obtenu cependant la confiance de Gambetta. C'est sur l'ordre de Gambetta que le général avait livré devant Coulmiers la bataille qui avait été une victoire. Comment n'en profita-t-il pas? Comment, dans la boue de novembre, laissa-t-il l'armée s'épuiser, s'affaiblir, supporter impatiemment le poids de l'ennui, lorsque l'armée du grand-duc de Mecklembourg apportait son secours aux 17« et 22» divisions prussiennes, et lorsque l'armée de Frédéric-Charles, victorieuse à Metz, marchait sur la Loire?
Que de précautions à prendre et qui ne furent pas pas prises I Vainement le Journal du Loiret donmii à nos généraux ses bons avis :
L'armée de la Loire, disait-il, occupe des campements où la vue peut s'étendre du haut des tours de Sainte-Croix. Pourquoi, dans ces circonstances, ne pas établir sur ces tours un télégraphe aérien qui fournirait à nos généraux les renseignements dont ils ont besoin sans retard? Dans la nuit, un système de feux combinés assurerait les mêmes communications.
Nous signalons ce moyen de correspondre à l'autorité militaire; on pourrait le réaliser aussi vite que facilement.
Nous rappellerons, à ce propos, que, pendant toute l'occupation d'Orléans, des ofBciers prussiens ont surveillé la campagne du haut de ces mômes tours, à l'aide de lorgnettes d'un calibre puissant.
On ne s'en inquiétait pas. Les espions nous entouraient. On s'empara plus d'une fois de paysans à
l'accent allemand ou d'hommes déguisés en femmes sur la poitrine desquels on trouva la petite plaque de la police prussienne. Des Français, chose épouvantable à dire, apportaient à l'ennemi le concours de leurs délations et de leur espionnage. On fusilla un meunier du pays dont les ailes de moulin, mises en branle dès que nos régiments s'éloignaient, avertissaient les Allemands des marches et contre-marches de l'armée française.
L'enquête définitive dira qui empêcha durant près d'un mois Tarmée de la Loire de marcher sur Paris, et pourquoi d'Aurelle de Paladines ne se mit en mouvement que lorsque Tarmée allemande, qu'il pouvait vaincre en détail, était trop formidablement concentrée pour être facilement défaite. Le plan de Tarmée de la Loire était d'avancer sur Paris. A la fin de novembre, le centre occupait Terminiers, Nonneville, Villepion et Ruan. Tous ces villages avaient été enlevés avec entrain et marquaient des noms de victoires. A Terminiers, la mobile de la Haute-Vienne avait fait preuve de solidité ; à Villepion, dont le château et les fermes avaient été enlevés à la baïonnette, nous avions obtenu un réel avantage. Peu s'en fallut que tous ces combats partiels n'aboutissent à une grande victoire. Mais les Prussiens se massaient, se fortifiaient , et nous épuisions notre armée dans des attaques maladroites, exécutées avec mollesse.
Pour n'en citer qu'un seul exemple, la glorieuse affaire de Beaune-la-Rolaade eût pu nous assurer
facilement les résultats de la journée; le corps d*ar-
mée du général Crouzat, venant de Gien« passant
par Montargis et par Ladon, qui venait d'être brûlé
et pillé, se trouvait, après le combat de Juranville
sur Maizières, en face de Beaune-la-Rolande. Ce corps,
où se trouvaient des zouaves, des troupes de ligne,
les mobiles du Loiret, des Deux-Sèvres, formait l'ailé
droite de Tarmée de la Loire. Il lui était facile de
j canonner Beaune et d'en déloger les Prussiens, et
' déjà le commandant d'artillerie G... se préparait
^ à incendier la ville et à fouiller les bois de la vallée
\ avec des obus à balles : « Deux heures après, disait-il,
, « Varmèe entrera dans Beaune bombardée, Varme sur
S f épaule droite ^ Beaune en effet était fortifiée, barri-
, cadée, imprenable. Le général Crouzat ne consentit
i pas au bombardement. De cinq minutes en cinq
\ minutes, il fit envoyer un obus sur Beaune-la-Rolande,
et après avoir, en quelque sorte, averti les Prussiens
j qu'on allait donner l'assaut, il jeta ses troupes sur le
' village à l'arme blanche.
Nos soldats s'élancèrent bravement, chassant les
Allemands, les battant dans les bois et dans la vallée
î qu'ils emplissaient, les poursuivant d'un même élan,
jusque dans Beaune; mais là, à quatre heures du
soir, arrêtés par les barricades, les ouvrages con-
• struits depuis longtemps, les maisons crénelées, force
1. Impressions et souvenirs d*un officier, du régiment dês Deux-Sèvres (Niort, in-18, page 30 et suivantes).
leur fut de s'arrêter. A ce moment même, les Prussiens, qui tout à l'heure se disposaient à lever le camp, recevaient un renfort de trois régiments brandebourgeois, flanqués d'une nombreuse artillerie.
Nous avions cependant des canons aussi. Ils se mettaient décidément en ligne à quatre heures du soir seulement, de petites pièces de 4, et les batteries ne comptant que quatre pièces. Depuis sept heures du matin, cette artillerie, placée loin de Beaune à l'arrière-garde, était inactîve, les officiers ne recevant pas d'ordre, et assis sur les prolonges, mangeant du poulet, tout en écoutant le bruit d'un combat, dont ils eussent fait un triomphe. En une heure de temps, lorsqu'ils entrèrent en bataille, ils eurent foudroyé les maisons où se blottissaient les Prussiens. Mais il était trop tard. Les attaques à la baïonnette devenaient inutiles, impossibles. Le nombre des ennemis croissait à tout moment. I l faut^ battre en retraite. A neuf heures du soir, on s'éloignait, le soldat mécontent et maugréant, car il avait en quelque sorte touché du doigt la victoire. On pouvait ce jour-là arriver jusqu'à Pithiviers, où les Allemands entassaient leurs approvisionnements ; on pouvait dégager d'Aurelle et Martin des Pallières aux prises avec l'ennemi. Mais il était dit que cette campagne serait, jusqu'à la fin, marquée du même cachet fatal. 11 y eut cependant des traits héroïques devant Beaune. Un régiment de lanciers, chargeant à fond de train, avait enlevé, pris à l'ennemi un canon. Deux conducteurs et l'ou-
vrier bourrelier de la 16* batterie d'artillerie ramenèrent la pièce sous une grêle de balles. Qui saura les noms de ces braves?
Jusqu'au matin, dans la nuit, le froid et la boue, le 20® corps d'armée continua à reculer. Il recula jusqu*à Saint-Loup, jusqu'au pont de Jargeau, et le général Crouzat télégraphiait que l'affaire de Beaune était une victoire. Ce ne fut point en effet la faute de Farmée si ce jour nous compta comme un échec.
Le !«' décembre, les batailles continuaient; tout ce pays plat, nu, que le chemin de fer traverse, ces plaines du Loiret où Tœil cherche vainement un accident de terrain et que nous avons vues labourées encore par les obus, creusées par les tranchées, couvertes de carcasses de chevaux, emplies des croassements! ugubres des corbeaux, tout ce payssubit, durant ces journées de bataille et d'épouvante, les plus' terribles épreuves. Gh a g^ ue village vit un comba t, chaqug maison un massacre. Toutes ies murailles de ces ferlmiës ont des trous de balles ou de noires traces d'incendie. Leurs granges sont des ambulances, leurs champs de blé sont des charniers. Les moissons seront un jour fécondes dans cette terre trempée de sang et engraissée de cadavres. Partout des combats, bataille à Patay, bataille à iNonnevilie. Les Bavarois, décimés après Coulmiers, si bien qu'à peine il restait sous les armes la moitié des fantassins S tenaient la position d'Orgères-
1. Cet mots sont en gros caractères dans un journal aUemand traduit dans le Journal officiel françus du 26 décembre 1870.
LES BATAILLES AUTOUR D'ORLÉANS. %it
Maladrerie. Ce fut le corps de von der Tann qui, devant Toury, supporta le poids le plus accablant du combat, et faillit encore être anéanti.
Mais, sur ce point, c'est à nos ennemis eux-mêmes qu'il faut demander la vérité sur ces rudes combats, où, ils l'avouent dans leurs bulletins, la furie française enfin retrouvée les mit un moment si près de leur perte. Voici comment un journal allemand raconte cette bataille digne par son carnage des fusillades et des massacres de Gravelolte :
Von der Tann envoya contre l'ennemi vers Loigny la 4" brigade, afin de s'emparer de cet endroit et d'empêcher ainsi le passage de Taile gauche des Français. Elle gagna le château de Loigny, le château de Toury, auquel attient un grand parc, et s'y fortifia.
En attendant, le village regorgeait de Français qui s'approchaient en grandes masses, et avec de vives fusillades, du parc et du château de Toury, et serraient de près et violemment les Bavarois. De tous côtés arrivait l'ennemi, soutenant une fusillade terrible, qui vint encore se renforcer d'une grêle d'obus et de biscaïens des mitrailleuses.
Les Bavarois firent de fortes pertes; des centaines tombèrent sur le sol, et chaque minute qui s'écoulait augmentait le péril de voir la brigade ou anéantie ou prisonnière. C'est alors que la %^ brigade s'approcha du parc au pas de course, afin d'arrêter le mouvement oflensif de l'ennemi.
Deux régiments atteignent heureusement le parc, prennent possession des murs, des maisons, de la cour. Ils ouvrent un feu meurtrier sur l'adversaire, et lui infligent des pertes sérieuses. Il est forcé de s'arrêter, hésitant de S3
replier derrière Loigny pour se réanir. H revient alors à la charge avec de nouveaux renforts, pour se rendre maître du château de Toury, qu'il vient entourer de tous cotés. Ces masses de fantassins éparpillés s'avancent de plus en plus, et frappent de leurs feux précipités et éloignés nos troupes, qui souffrent de grandes pertes en défendant le parc. Les deux brigades peuvent à peine soutenir Tattaque pendant un quart d'heure, après lequel la résistance devint plus faible, et le reste de la première division était perdue sans le secours opportun qu'elle reçut Ton der Tann avait envoyé en avant les 3« et 4« brigades pour rompre l'ai^ taque de l'ennemi.
Elles accoururent, arrivèrent heureusement jusqu'aux troupes cernées et réussirent à les dégager. Mais lorsqu'elles arrivèrent en terrain ouvert, elles furent accueillies par une terrible fusillade de chassepols. Les canons des Français étaient cachés dans un fossé et au ras du sol ; ils criblaient les brigades qui arrivaient, et qu'une épouvantable pluie de biscaïens, de mitrailleuses et d'obus décimait. Des rangées entières de soldats tombaient les unes sur les autres. L'attaque avait échoué, et les deux brigades durent retourner à leurs abris. Là elles se rangèrent de nouveau en ordre, tandis que la 2« brigade se sépara pour marcher sur la gauche de l'ennemi, au delà de Maladrerie, et empêcher le mouvement tournant. Les 1", 3« et 4« brigades demeurèrent dans le parc et dans les attenants pour soutenir l'attaque de l'ennemi, qui, à chaque instant, devenait plus fort et plus indomptable.
C'est à ce moment qu'un nouvel élan en avant fut tenté. L'ennemi entourait tout entier le château de Toury; sa canonnade s'étendait au-dessus de Loigny, vers Maladrerie; le terrain des environs de Loigny était tout entier dans ses
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mains, et tes trois brigades étant toaraées, presque cernées. Notre artillerie était en majeure partie comprise dans la ligne qui nous enveloppait. Les trois brigades furent alors réunies, et on leur dit qu'il fallait briser le cercle de fer que Tennemi avait tracé autour d'elles.
Elles s'élancèrent dès lors au galop, s'avancèrent une centaine de pas et lâchèrent plusieurs salves contre l'ennemi qui ne Tébranlèrent point dans ses positions. Bien au contraire, elles n'en furent que davantage à la portée des balles de chassepot et des boulets de l'arlillerie. Les rangs commencèrent à ployer; aussitôt l'ennemi se précipita furieux, et, ne pouvant résister k l'effort de ces masses colossales, nos brigades fortement décimées durent se replier sur les bâtiments et dans le parc, toujours poursuis vies par le feu ennemi.
La sitiMtion était des plies périlleuses. Les munitions en même temps commençaient à manquer dans quelques régiments; les rangs étaient fortement éclaircis; des bataillons avaient perdu presque la moitié de leur effectif, et Tennemi s'approchait toujours en masses de plus en plus compactes.
Encore une demi-heure, et le corps de von der Toên était anéanti, et la plus grande partie des canons tombait aux mains de l'ennemi. L'ordre ne se maintenait plus convenablement, les troupes de divers régiments se trouvaient mêlées, et le découragement commençait à s'emparer des troupes*.
i. Au moment où les Bavarois étaient ainsi écrasés, les Wurtembergeois, sur un autre point, étaient décimés. Les scènes lugubres et déchirantes ne manquent pas dans la présente guerre, écrivait un correspondant de la Gazette de Weser; —
Cest alors que les Bavarois entendirent sar lear flanc gaache cette <c forte et claire canonnade » qn^ils salaèrent de hoarras joyeux. Il était une heure de Taprès-midi. La 17* division arrivait à leur secours. Les premiers tirailleurs s'éparpillaient déjà dans la plaine. Nos troupes alors abandonnent un moment les Bavarois pour repousser les nouveaux venus. Ceux-ci canonnent notre position de Bagneux, dont l'artillerie riposte. Mais les Bavarois, par une demi-conversion, donnent, sous le feu épouvantablement meurtrier de nos chassepots, la main aux Prussiens, et cette masse s'ébranle sur Loigny que nous occupons, l'emporte tandis que des assaillants nouveaux, le OO"* et le 76® régiments, prennent nos soldats par derrière et que d'autres dégagent le château deToury. L'armée entière de Frédéric-Charles étant accourue d'Étampes, le corps de von der Tann et celui du grand-duc de Mecklem-
mais un des épisodes les plas tragiques est sans contredit la mort des deux jeunes comtes de Taube. C'étaient les fils du ministre àék affaires étrangères de Wurtemberg; ils ont succombé dans cette sanglante journée, si fatale aux Wurtembergeois. CSes Jeunes gens marchaient en rang, côte à côte; ils avaient été commandés avec leur détachement pour tenter une attaque contre une redoute. Près des murailles, Tainé des frères est atteint d'une baUe dans le bas-ventre; il tombe; sentant la gravité de sa blessure, il murmure quelques mots à Toreille de son frère, qui s'était aussitôt précipité près de lui : «c Je suis perdu ; porte mes adieux à nos parents. » Biais, au moment où le second frère se tenait ainsi penché, il est lui-môme frappé d'une balle dans le dos, et tombe roide mort sur le corps de l'autre.
bourg se trouvaient singulièrement renforcés, et le nombre triomphait encore une fois de nos élans. Rien n'était perdu cependant. On pouvait encore espérer de vaincre.
Le 2 décembre, tandis que Ducrot repoussait les Allemands sous Paris jusqu'à Villiers-sur-Marne, Tarmée de la Loire continuait à se battre par un temps affreux, dans la neige, sous le vent d'ouest qui sifflait violent et glacé sur ces plaines dégarnies d'arbres. L'armée allemande avait marché une partie de la nuit, et elle arriva bientôt devant Artenay. C'est à Artenay et à Cercottes que le combat fut le plus acharné. Encore une fois, je veux laisser parler nos ennemis; les peintures que leurs écrivains nous ont faites de ces terribles journées montrent mieux encore que nous ne pourrions l'indiquer la vigueur de nos jeunes troupes, de nos pauvres mobiles à peine exercés et que le découragement devait bientôt atteindre.
Artenay, village de quelques centaines d'habitants, est situé dans une plaine plate, sans bois ni forêts, sur une petite éminence. Le village était fortement barricadé ; on jugea dès lors, opportun de faire agir rartillerie. 11 était dix heures lorsque le général donna Tordre à Fartillerie réunie de canonner Artenay. Soixante pièces entourèrent en demi-cercle le village et dirigèrent un feu terrible sur hii.
Les Français se retirèrent devant ce feu écrasant d'artillerie, de sorte que les troupes s'emparèrent d' Artenay sans
obstacle digne de mention. Il était juste midi quand Arte*
nay fut pris, mais on ne pouvait songer à manger. On continua en avant sans s'arrêter.
La ligne entière s'avança en dehors d'Àrtenay et prit une nouvelle disposition d'attaque pour déloger Tennemi, qui s'était fortifié dans les fermes de Ghevilly et dans les replis de ce village. On se trouvait ainsi en face de la force principale de l'ennemi, et un violent combat s'engagea. Près du moulin d'Ànvilliers, qui se trouve sur une colline dominant la contrée, se trouvait une batterie ennemie qui commandait le pays adjacent et la route principale. Les fermes d'Arblay et de Lagrange regorgeaient d'infanterie qui les défendait vaillamment. Au milieu de la route se trouve le petit village de Croix-Briquet, oi!k se trouvait le gros de l'ennemi. U y avait là près de 60,000 hommes dans les fermes, le moulin à vent, derrière Croix-Briquet et les petites parcelles de bois, qui recevaient avec force fusillade les troupes à mesure qu'elles se présentaient. De grands fossés garnissaient les deux côtés de la route, et de grosses pièces de marine de 24 envoyaient leurs terribles boulets de calibre jusque dans les rangs des colonnes d'attaque de la réserve.
L'artillerie dut entreprendre à nouveau de frayer un chemin aux troupes d'infanterie. Elle prit position près de Château- Âavilliers, et attaqua la position ennemie par le flanc. La ligne ennemie dut céder devant la terrible canonnade de trente pièces. Les obus frappaient avec une effroyable précision les positions fortifiées des Français. Un grand nombre furent tués ; les autres prirent la fuite. Le 2* bataillon du 86* régiment se précipita alors à l'assaut du plateau du mou* lia d'Anvilliers. Conduit par le major Ziémann, le batail* Ion avança avec le calme et la précision d*une manœuvre d'exercice. Quoique mitraillé fortement des hauteurs par
rennemi, il ne broncha point, et, malgré ses perles, il s*élança, en lançant des hourras et au bruit de la charge des tambours, sur la position ennemie. L'ennemi n'attendit pas à la baïonnette le bataillon, mais se précipita en fuite rapide du haut du plateau dans Chevilly. La ligne entière s'avança alors, chassant l'ennemi devant elle, le canonnant constamment de notre artillerie et le refoulant de toutes les positions. La position principale qu'il occupait était prise et gagnée. Les hauteurs d'Anvilliers, les fermes de Lagrange et d'Arblay tombèrent aux mains de notre infanterie.
À trois heures, l'ennemi était en pleine retraite. Déjà des masses de bandes de fuyards se ruaient en désordre sur Orléans. Us traversèrent la ville et les ponts de la Loire en jetant l'alarme et se plaçant sur l'autre rive en disant : « Nous ne sommes pas assez en force, les Prussiens arrivent. »
Il y avait, autour d'Orléans, des pièces de marine que j'ai vues et que les servants, en se retirant, eurent le soin d'enclouer. La gare d'Orléans était défendue par des fossés profonds, par un bastion armé de huit pièces de siège ; les poudrières étaient pleines de poudre et d'obus. On ne défendit pas ces positions ; cette armée, encore si nombreuse, lutta avec moins d'acharnement qu'en octobre, la poignée héroïque dé zouaves de Charette défendant le faubourg des Aydes. Toute notre ligne, il est vrai, était enfoncée et forcée. Sous la neige qui leur fouettait le visage, les Allemands avaient enlevé Cercottes, les bois, les canons de notre artillerie. Il semblait que
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cation, il pouvait s'écrier, avec son enthousiasme ordinaire : Le génie de la France, un moment voilé, réapparaît. C'est dans cette proclamation que M.Gambetta disait encore dans son rapport où il fait l'éloge de tous : « Le gouverneur de Paris ne passe sous silence que la grande part du général Trochu à Faction . Ainsi faisait Turenne. » Puis, s'embraçant encore au feu de son erreur, il ajoutait, emporté par son généreux et chimérique espoir :
L'envahisseur est maintenant sur la route où l'attend le feu de nos populations soulevées.
Voilà, citoyens, ce que peut une grande nation qui veut garder intacte la gloire de son passé, qui ne verse son sang et celui de Tennemi que pour le triomphe du droit et de la justice dans le monde. La France et Tunivers n'oublieront jamais que c'est Paris qui le premier a donné cet exemple, enseigné cette politique, et fondé ainsi sa suprématie morale en restant fidèle à l'héroïque esprit de la révolution I
Pauvre France! Bientôt qu'allait-elle dire? Pauvre pays qui attendait de Paris le salut I Pauvre Paris qui écoutait en vain, qui attendait l'écho de la canonnade de d'Aurelle de Paladines ! Ainsi notre malheureuse patrie enivrée d'espérance et écrasée de déceptions, passant d'un mirage resplendissant à des réalités sinistres, ballottée, trompée par le sort, déchirée, épuisée, saignante, se demandait ce qui lui restait
250 LA GUERRE NATIONAl^E.
à faire. Et quelques acharnés, quelques intrépides, quelques fous, disait-on, lui répondaient ce seul mot :
— Ton devoir.