DU MANS
L'armée française avait perdu dans les quatre journées de batailles livrées autour d'Orléans plus de 2,000 morts, 10,000 prisonniers, 77 canons et k canonnières; mais 1^ pertes des Allemands dépassaient de beaucoup les nôtres. Le seul corps du grandduc de Mecklembourg avait eu , dans la journée du 2 décembre, 3,200 hommes tués ou blessés, chiffre officiel *• Il fallut bien que ces pertes considérables donnassent à réfléchir au commandant en chef allemand, car il pouvait poursuivre notre armée et il ne le fit pas. Le général d'Aurelle de Paladines avait été, à la suite des échecs subis, relevé de son commandement, et un officier, inconnu jusqu'alors, célèbre
1. Voyez la Guerre franco-allemande, par M. 0. Leçon te, (BruxeUes).
aujourd'hui , lui succédait. C'est le général Chanzy. Nos soldats battaient en retraite, les uns sur Vierzon« les autres sur Blois etChambord ; d'autres sur Vendôme ou Bourges. On vit jusqu'à Vierzon des groupes de soldats, de fuyards, marcher hâves, effarés. Pour arrêter une telle retraite et une telle démoralisation , il fallait une volonté dure et une foi profonde. À une grande et véritable foi , née du succès de Coulmiers, avait succédé cette prostration, cet accablement, ce dégoût particulier au soldat français et qui faisait dire aux vaincus de Forbach, le matin du dimanche 7 août (je l'ai entendu) : — Pourvu qu'on fasse bientôt la paix ! Et pourtant ces hommes s'étaient vaillamment, bravement battus la veille! Mais notre tempérament est ainsi fait, passant, descendant ou montant d'un extrême à l'autre.
Maintenant l'armée de la Loire avait perdu tout espoir de revanche. Elle demandait tout haut la paix. Les soldats de dépôt, les soldats de ligne, mettaient le désespoir au cœur des mobiles, plus naïfs et plus décidés. Un officier du régiment de mobiles des Deux-Sèvres a entendu , raconte-t-il *, ce refrain du chant de guerre d'un régiment de marche :
La crosse en Pair!
La crosse en Pair !
Dans une page de son livre, il nous donne l'idée navrante de ce que pouvait être cette armée défaite :