Le général Ghanzy en télégn4>hiût ainsi le résultat
« Le Mans, 12 janrier, 9 h. 40.
« Général Chanzy à guerre,
« Nos positions étaient bonnes hier au soir, sauf à la Tuilerie, où des mobilisés de la Bretagne ont, en se débandant, entraîné Tabandon des positions occupées sur la rive gauche de l'Huisne*.
* La déroute des mobiles bretons fut contenue par |a ferme attitude des zouaves de Cbaretté
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que pèse et coûte Tinvasion. Pillages, bris de portes et de boutiques, réquisitions, le cortège éternel de la victoire farouche. Des habitants, chassés de leur logis, forcés de coucher dans les rues. Et, pendant ce temps, la retraite de Chanzy continuait vers le Poitou. Je devais rencontrer, en février, les débris de son armée campés devant Poitiers, faibles et accablés. Les dépêches du général au ministre de la guerre ont une terrible et triste éloquence. C'est la ruine et la douloureuse défaite.
...le 14 janvier 1871, 10 h. 2.
Général Chanzy à guerre, Bordeaux,
Le temps est exécrable. Le pays est couvert de neige, les routes de verglas. Une brume épaisse empêche de voir et retarde rinstallation sur les positions. La marche pénible des convois sur les rares communications n'a pas permis de réparer le désordre...
... 16 janvier.
Général Chanzy à guerre, Bordeaux.
Le 16* corps, commandé par l'amiral Jauréguiberry , attaqué hier à midi dans sa retraite, a résisté avec succès jusqu'à six heures. Pris vers la nuit par une forte colonne
— Le vice-amiral Jauréguiberry et les autres généraux croient que la retraite est commandée par les circonstances; je m'y résigne, mais le cœur me saigne. »
qui Ta tourné à la faveur de la nuit, il a dû se replier jusqu'à..., ramenant son artillerie.
Le combat a été acharné. Nos pertes sont sérieuses. Uamiral a eu un cheval tué sous lui. Le colonel Bérard, son chef d'état-major, tué à ses côtés. Le temps est de plus en plus mauvais; il a plu toute la nuit; je suis néanmoins forcé de continuer mon mouvement de retraite, qui devient très-difiQcile.
L'amiral Jauréguiberry, qui se montra, dansées difficiles circonstances, d'une énergie si virile, était déjà populaire dans l'armée depuis les premières batailles devant Orléans. Impassible sur son petit cheval dont Tamble faisait tressauter sur sa selle le marin, meilleur matelot que cavalier et plus habitué au roulis qu'au galop, l'amiral allait trottant sous la pluie de balles et de mitraille, disant à ses soldats d'un ton d'héroïque bonhomie : « Allons, mes enfants ! allons, un peu d'ardeur, allons ! ce n'est pas plus difficile que cela ! )) Physionomie originale que celle de ce Basque bravant la mort avec cette insouciance simple. Les troupiers Tadoraient, et l'histoire ne lui épargnera point, dans le récit de cette rude campagne, une page qu'il a bien gagnée.
L'armée tout entière, malgré sa mauvaise fortune, avait, par sa résistance et son opiniâtreté, bien mérité de la patrie, et le général Chanzy pouvait dire aux soldats de la Loire : « Vous avez tenu tête aux armées les plus nombreuses et les mieux commandées de l'Allemagne... L'ennemi lui-même s'honorera en vous
rendant justice. » {Au grand quartier général à Poitiers, proclamation du 8 mars iSli,)
Le camp de Conlie, près du Mans, fut enlevé le U par les Prussiens. Il y restait des armes et des munitions. C'était là que les mobilisés des cinq départements de Bretagne s'étaient exercés, et, malgré l'organisation bien incomplète , avaient fait leur apprentissage de soldats. À la fin, la variole sévissant sur les malheureux qui l'occupaient, le camp avait été évacué. Chanzy se retirait sur Alençon et sur Laval. Devant Âlençon, un combat honorable fut livré, qui permit à Chanzy d'opérer plus facilement sa retraite.
Une légende s'était formée, à Paris, sur le général Chanzy. Quelques-uns affirmaient que ce nom, Chanzy, n'était que le pseudonyme du duc d'Aumale. Nous l'avons entendu affirmer tout haut, pendant le siège, dans une réunion publique. Ce qui avait peut-être donné lieu à cette légende, c'était la présence à l'armée de la Loire du duc de Chartres qui combattait sous le nom de Robert le Fort, du duc d'Aumale et du prince de Joinville. Le gouvernement de Bordeaux crut devoir éloigner le prince de Joinville et le duc d'Aumale, et le prince écrivit à ce sujet cette lettre datée de Twickenham, 5 janvier 1871 :
Je suis arrivé de Saint-Malo, il y a quelques heures à peine. Après la campagne d'Orléans, je suis allé au Mans, où se trouvait Chanzy, et, par Fenlremise d'un ami corn-
mun, j'ai fait la connaissance du général et obtenu de lai ce qui faisait l'objet de tous mes vœux, de faire partie de l'armée. Il m'en a donné l'autorisation écrite, mais sous un nom supposé, bien entendu. « Seulement, m'a-t-il fait dire, j'en informe Gambetta, et lui demande avec instance de confirmer ma décision, » Je me suis donc cru enfin enrôlé parmi les défenseurs du pays; j'ai acheté un cheval, je me suis équipé, et j'ai envisagé mon rôle obscur avec joie, car cette armée dans les rangs de laquelle j'entrais n'avait pas devant elle une carrière de vaine gloire, mais la délivrance de Paris, le salut de la France.
Tout cet échafaudage de rêves n'a pas duré longtemps ; le 30, au matin, j'ai élé arrêté par un commissaire de police. C^était la réponse de Gambetta I On m'a mené à la préfecture, où, traité avec égards par M. Ranc et le préfet, je n'en ai pas moins été tenu pendant cinq jours au secret, puis expédié sous escorte à Saint-Malo, et embarqué sur le bateau qui vient de me ramener ici. Je ne me plains pas; je ne connais pas la rancune, mais quel amas de tristesse cela n'a-t-il pas remué dans mon cœur! coupable d'avoir voulu servir son pays, le défendre obscurément! et pour cela cinq jours de prison, avec toutes ces ignominies , puis l'exil ! — Enfin , rien ne m'empêchera d'aimer ce sol qui nous repousse. Inutile en ce moment, et tant que durera la lutte, de faire aucun bruit là-dessus, d'occuper ce pays de nos personnes. Ranc ne voulait pas me lâcher sans une déclaration écrite que je ne chercherais plus à rentrer en France. J'ai refusé; rien ne m'aurait fait signer mon propre exil. Mais on m'a demandé d'écrire à Gambetta pourquoi j'étais venu en France, et que, mis par ses ordres dans l'impuissance de me joindre à l'armée,
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je rentrais dans ma famille pour y attendre des temps meilleurs. Cela, je l'ai fait.
Assez sur mon compte.
L'armée de Chanzy se serait refaite très-vite sans le froid. La nuit de Noël nous a coûté bien des hommes gelés!... Nous.avions une artillerie superbe.
Mieux eût valu ne voir dans cette lettre d'un prince qui disait à Victor Hugo : « Je suis le citoyen Joinville » que ce qu'il y a , c'est-à-dire la douleur patriotique et le dévouement d'un Français. Ceux-là étaient dignes de combattre pour la République , car ils n'avaient jamais conspiré contre elle.
Encore une fois, cette armée de la Loire aura marqué sa place et fait son devoir. Il lui manqua ce qui manque à tant d'entreprises humaines : la fortune.
Vanankh funeste poursuivait la France, ou plutôt la France songeait trop tard, et quand elle n'en avait ni la force morale ni la force physique, à se relever de son abaissement. Depuis la conclusion de la paix, le général Trochu a fait connaître à la tribune que les opérations sur la Loire ont dérangé ses desseins, et que, au moment où il comptait faire une trouée vers la Normandie, et sortir par la basse Seine, la victoire de Coulmiers l'avait contraint de différer l'exécution de son projet.
« Frappez ety}*on vous ouvrira, » écrivait-il, nous l'avons dit, à Gambetta. On frappait du côté d'Orléans quand il demandait qu'on frappât du côté de Rouen. Qu'y a-t-il de vrai ou qu'y avait-il de décevant dans ce
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nouvel espoir? La vérité est que la Normandie était un grenier d'abondance, qu'il fallait disputer à l'ennemi. Les Prussiens ont avoué depuis que, sMls n'eussent pas rencontré la grasse et riche Normandie pour se ravitailler, ils eussent été fort empêchés. C'était donc cette province qu'on devait à tout prix leur arracher. Et l'armée de Normandie, levée par Estancelin, ne pouvait-elle du moins disputer son pays à l'invasion? Elle était forte et nombreuse. Mais elle se comporta devant les Prussiens comme l'armée normande, soulevée par Buzot, les députés girondins et commandée par Puisaye, se comporta devant l'armée de la Convention. La Normandie ou plutôt Rouen, car Gisors, Vernon, Étrépagny livrèrent, non sans gloire, de petits combats à l'ennemi, ne se défendit point comme on pouvait l'espérer. Un écrivain rouennais, M. Raoul Duval, a, depuis, montré que Rouen, stratégiquement parlant, n'était pas défendable. A première vue pourtant, le cercle de collines qui l'entoure et la protège, Saint-Aignan, Mont-Forbin, la côte de Neufchâtel, Sainte-Catherine, Canteleu, semblent former des fortifications naturelles. La vieille cité de RoUon, des Alain Blanchard et des Montgomery étonna la France par sa résignation assez peu stoïque, et un poëte normand, M. Glatigny, put s'écrier :
Pierre Corneille a vïi, sous ses yeux interdits, Défiler en chantant les soldats de Guillaume. Bronze auguste! 6 Romain! 6 sévère fantôme, O grand homme inflexible en ton honneur abrupt. Vois ce que ton pays fait de ton : « QuHl mourût I »
Mais Thistoire plus calme prononce avec plus de s ang-froîd ses verdicts. Le conseil municipal, paraîtil, ce conseil municipal sur lequel le peuple exaspéré allait faire feu, la municipalité rouennaise voulait se défendre. M. R. Duval raconte même que le général Briand, qui trouvait avec raison, dit l'écrivain, la positjpn devant Rouen intenable, eut la faiblesse de prendre « l'engagement formel d'arrêter ses troupes à TaBcauville et de s'y défendre énergiquement ». La générale devait être battue le 5 décembre, à k heures du matin, pour appeler les gardes nationaux aux armes. Mais tout à coup le général, revenant sur cette décision et ne jugeant pas possible la résistance, donna Tordre à ses troupes de battre en retraite sur Honfleur et le Havre.
« Cette retraite, dit dans un feuilleton de VOpinion nationale ^ M. Jules Levallois , qui est Rouennais, cette retraite fut désastreuse. Aucune mesure de précaution n'avait été prise. Les vivres manquaient absolument. Le froid sévissait avec une cruelle intensité. Livrés à toutes les horreurs du dénûment et à toutes les rigueurs de la température, vingt mille hommes environ — chasseurs à cheval, hussards, mobiles, soldats de ligne, francs-tireurs — se traînaient péniblement sur les routes. La mort en surprit plus d'un pendant la marche, et bien des corps raidis furent retirés des fossés par les paysans. »