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L'Invasion en Normandie, numéro du 9 juiUet

268 LA GUEHRE NATIONALE.

Le 5 décembre, le général Manteuffel occupait Rouen, et les habitants logeaient et nourrissaient avec colère les vainqueurs.

Le menu de ces hôtes devait être celui que le général von Voigt Rhetz a indiqué dans une de ses proclamations :

Les officiers ont droit par jour : •

Le matin, un déjeuner au café ou au thé avec du beurre.

A midi; une soupe, un plat de légumes avec de la viande, un rôti, un litre de vin.

Le soir, une soupe, un plat de légumes, de la viande froide et du thé.

Les sous- officiers et soldats :

Le matin, du café et du sucre.

A midi, une soupe, 500 grammes de viande, un plat de légumes, un demi-litre de vin.

Le soir, une soupe, 200 grammes de viande ou de fromage, 400 grammes de beurre, 4 kilogramme de pain.

Plus tard, d'ailleurs, les Rouennais devaient opposer, eux aussi, une résistance toute morale, mais insolente aux Prussiens. On annonçait, dans les premiers jours de mars, que le roi de Prusse devait venir passer à Rouen une revue ; aussitôt le Journal de Rouen arborait le drapeau noir, et un grand nombre de boutiquiers suivaient son exemple. Des marchandes de la halle obtinrent du maire l'autorisation de voiler d'un crêpe la statue de Jeanne d'Arc et de faire flotter le drapeau noir sur le pavillon des Halles. Le jour où le roi et le prince royal, venant d'Amiens, arrivèrent à

Rouen, des drapeaux noirs avaient été mis presque partout ; le magasin de nouveautés A la Ville de Rouen était tendu de deuil; la statue de Jeanne d'Arc était entourée d'immortelles ; à ses pieds un étendard noir à larmes d'argent. Sur le pont de pierre, la statue de Pierre Corneille est aussi recouverte d'un crêpe. Dans toute la ville, ainsi qu'aux faubourgs Saint-Sever et Martainville, les magasins sont fermés et pavoises de drapeaux noirs, les uns avec des larmes blanches, les autres avec des larmes rouges ou des têtes de morts.

Sur quelques magasins on a écrit : Fermé pour caiwe de deuil national. Dans le faubourg Martainville, on lit sur les volets d'une boutique : Fermée pour cause d^ arrivée de la peste ; et sur une autre : Vous pouvez piller et voler, la patrie nous restera !

Lorsque les Prussiens mettaient aux fenêtres des logements qu'ils habitaient le drapeau blanc à l'aigle noir, les Rouennais criaient : A bas le drapeau I Un jeune homme fut sabré en arrachant un de ce^ étendards lugubres. Le journal F Indépendant de Rouen, ayant conseillé le deuil aux habitants, fut frappé par le préfet prussien, le baron de Pfuel, d'une amende de 1,000 francs payables dans les vingt-quatre heures. Le journal était en outre supprimé.

Immédiatement après la notification du préfet, rafûche suivante était apposée sur la porte du journal condamné :

A partir d'aujourd'hui, et par ordre du préfet prussien, V Indépendant de Rouen cesse sa publication.

Nous sommes, de plus, coodamués à payer 4 ,000 francs à titre d'amende.

Voici la réponse :

il Notre mépris et pas un sou de notre caisse I <t Vive la France une et indivisible I a Vive la République! »

Les journalistes normands étaient d'ailleurs assez durement traités par rautorité prussienne. M. Boue de Villiers a raconté comment, à Évreux, il fut arrêté, et son odyssée à la fois tragique et boufifonne restera comme un épisode de cette guerre. D'autres furent transportés jusqu'en Allemagne, jetés dans les forteresses en compagnie de condamnés judiciaires *.

1. Nous publions à titre de document historique, disait alors le Moniteur du Calvados, la correspondance suivante échangée entre le général von Bentheim, commandant les forces prussiennes à Rouen, et M. le sous-préfet de l'arrondissement de Lisieux :

Rouen, le 22 février 1871.

Monsieur le sous-préfet,

Je vous préviens par cet ordre que vous êtes destitué de vos fonctions, en ce qui regarde le territoire occupé par des troupes allemandes.

Von Bbntheim,

général commandant au /*' corps d'armée,

23 février 18'îl.

Général,

J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'annoncez que Je suis destitué de mes fonctions en ce qui concerne le territoire occupé

L'ARMÊU DE CHANZY. 271

Cependant Tarméede Briand était arrivée au Havre. Les Havrais se disposaient à une résistance acharnée. Briand, remplacé par Mouchez, s'était rendu à Cherbourg. Il y eut encore de ce côté des combats heureux, puis des rencontres moins favorables. Les Prussiens e nvoyaient de Rouen des renforts. Après un engagement sanglant sur les ruines du château de Robert le Diable, affaire où se montrèrent vigoureux et hardis les mobiles de TArdèche, nos troupes qui opéraient dans la boucle de la Seine, débusquées de la forêt de la Londe par des forces ennemies très-supérieures, avaient été forcées d'évacuer Bourgtheroulde et rejetées sur Honfleur et Pont-FÉvêque. Nul autre combat ne devait plus être livré, et l'armistice allait être signé. Mais depuis le mois de décembre Farinée de Normandie, après sa retraite sur le Havre, n'avait-elle donc pu apporter au général Faidherbe, combattant si près d'elle, le secours de ses vingt mille hommes? Nous allons voir justement que le moindre renfort eût assuré au général en chef de l'armée du Nord de signalés avantages.

Il s'en fallut de peu en effet que ses glorieuses batailles ne devinssent des victoires décisives.

par les troupes allemandes; je croyais que le carnaval était terminé depuis mardi soir.

Le sous-préfet de r arrondissement de Lisieux,

A. Planqubttb.

272 LA GOERRB NATIONALE.

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