‹ La guerre nationale, 1870-1871Chapitre 36 sur 53 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

> IlLBRS-BRETONNEUX, PONT-NOTELLES, BAPAUME ET SAINT-QUENTIN.

La campagne du Nord est à la fois la plus dramatique et la plus remarquable peut-être de cette guerre. Elle comprend plusieurs phases ou plutôt deux parlies bien distinctes : la période d'organisation avec Bourbakî, puis, avec le général Farre, la période d'action avec le général Faidherbe. Durant la première période il y eut une action , et terrible, et qui nous fut désastreuse, la bataille de Villers-Bretonneux, mais la véritable campagne du Nord ne commença qu'avec Faidherbe.

Cette Flandre française fut la digne fille de la grande patrie. Lorsque j'y passai en avril, Lille, Valenciennes, Douai, toutes ces villes encore armées, n'avaient entendu que de loin le bruit du canon

prussien. La fortune les a préservées des combats. Mais elles étaient prêtes. Partout des arbres coupés, abattus, des pièces de siège aux embrasures, Teau dans les fossés. Cette jolie ville de Valenciennes, la cité de Froissard, se souvenait qu'au fronton de son coquet hôtel de ville, blanc, fouillé et sculpté comme une pétrification des dentelles du pays, une inscription porte que, par décret de la vieille Convention, Valenciennes a bien mérité de la patrie. Pacifiques et heureuses communes flamandes , on eût entendu encore siffler les obus autour de ces beffrois ouvragés, de ce superbe beffroi de Douai qui jaillit du sol, droit, élancé, solide, avec ses cloches sonnant presque sous les nuages! La grande place de Lille, aux maisons espagnoles, à fond rouge, contournées comme une phrase de Gongora,la place oîi se dresse, la mèche à la main, le geste menaçant, cette statue de bronze qui est comme la déesse des canonniers lillois de 92, la place eût vu aussi tomber les bombes. A quoi a tenu que cette campagne flamande ne devînt un vaste champ de bataille?

J'y pensais, non sans émotion , en regardant ces villes heureuses, dont les toits rouges riaient der- . rière les rideaux d'arbres et dans les fonds joyeux de vertes prairies. Ces villes étaient prêtes, mais de façon différente. Lille préparait ses canons, Rou« baix préparait d'avance, dit-on, ses millions pour les Prussiens.

Après la capitulation de Metz, la l''^ armée aile-

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mande .eut pour missioa d^obsenr^ et de cerner les forteresses da Nord: le 7* corps assi^;eaît Thionville, le 8^ se dirigea sur La Fère, le 1^ yiot se {dacer devant Mézières. Noos avons vn comment Mézières fat bombardée. La Fère se rendit le 27 novembre. Le général von Manteaffel poussa droit alors sor Amiens, ayant sous ses ordres le général, von Goeben. 11 voulait disperser cette année du Nord dont le commandement avait été confié à Bourbaki. M. 0. Leconte, cet écrivain belge qui raconte Thistoire au point de vue strictement prussien, affirme que notre armée du Nord comptait déjà cent mille hommes, échelonnés de Lille à Amiens. La vérité est que cette armée ne comptait guère que vingt mille combattants. On a toujours fort exagéré le nombre de nos soldats. Nos journaux et les dépêches officielles de Gambetta grossissaient ce nombre dans un but facile à deviner. L^ennemi, en effet, lisait en quelque sorte ce que nous écrivions par-dessus notre épaule.

Le général Bourbaki, sorti de Metz comme nous l'avons conté, avait été nommé général en chef de l'armée en formation. Bourbaki arriva à Lille et descen- .dit dans un hôtel de la rue Esquermoise. 11 avait eu le tort de s'entourer d'un état-major composé d'officiers connus par leur bonapartisme ^ Il était inquiet,

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