Dépêche du Préfet du Nord à Intérieur. Tours
Lille, 31 octobre.
Bourbaki reçu mal à Douai, très-démonté, voyant qu'il nMn-
hésitant, troublé, s'agitant, se désespérant de la lenteur avec laquelle se formait son armée. Dans sa violence et sa colère il voulait frapper un grand coup, mais frapper à coup sûr. Il sentait que sa réputation en dépendait. Après l'aventure de Metz, il avait besoin de s'affirmer par quelque action d'éclat. Fougueux, intrépide, mais reculant devant cette cruelle perspective, l'insuccès, la défaite, il avait déjà cette fièvre qui, après Héricourt, devait lui mettre à la main un pistolet et le pousser au suicide.
11 trouva que son armée n'était point suffisante. Il n'osa la lancer ainsi sur l'ennemi. Désolé, il partit, et Faidherbe devait être son successeur. Bourbaki était appelé (18 novembre) au commandement du 18* corps d'armée, àNevers,et il prenait congé de la population lilloise par une proclamation finissant ainsi : Sur tous les points de notre chère patrie, les cœurs doivent battre à l'unisson, la même pensée doit nous animer tous : lutter pour chasser V étranger! En attendant l'arrivée de Faidherbe, le colonel du génie Farre,
spire pas confiance. Me prie de vous écrire. Fâcheuse coïncidence entre arrivée Lille et capitulation de Metz. Sa proclamation, assez bien vue, n'a pu détruire prévention peuple. On compare sortie, inexpliquée Bourbaki avec sortie Boyer. Bourbaki dit avec
;^ raison que le moindre échec serait appelé trahison. £n deux mots, il demande son rappel, ne trouvant pas ici confiance suffi-
r santé. Je crois à sa bonne foi, mais sa position est délicate. Il propose comme remplaçant Durrieu ou Cambriels. Le malheur veut qu'il ait pour aide de camp Magnan, nom mal vu à Lille.
(Dépêche confidentielle publiée à Paris sous la Commune dans les Papiers du Gouvernement du 4 septembre.)
qui avait organisé l'armée , en prit le commandement avec le titre de général.
Lille était administrée par M. Testelin, commissaire général de la défense pour les quatre départements du nord, .démocrate éprouvé, dont l'honnêteté et le civisme à la fois bienveillant et ferme s'imposaient au pays, et par le préfet, M. Pierre Legrand, actif, énergique, dévoué à son œuvre, tout entier à la cause de la patrie et de la liberté comme Tavait été son père. Mais la tâche était difficile. Point d'armes. Les 20,000 chassepots que contenait l'arsenal avaient été expédiés sur Paris. Il ne restait guère que quelques hallebardes et des mousquets datant des Espagnols. Les caissons d'artillerie de l'armée du Nord étaient les vieux caissons, en forme de cercueils, de la vieille armée française de 1815.
Pourtant, à force d'énergie et de foi, on avait mis sur pied, armés et équipés, les 20,000 hommes qui, au moment où Amiens fut menacé parManteuffel, se mirent en marche pour défendre cette dernière ville. Les Amiénois, si j'en crois une brochure de M. Maxime LecomteS n'étaient qu'à demi patriotes. «A Amiens, on parlait souvent de la défense, mais on n'y pensait pas, et bien des Amiénois voyaient d'un mauvais œil les défenseurs de leur ville. » Le 23 novembre, les avant-postes français rencontraient la cavalerie aile-
i. Souvenirs de la campagne du Nord, par M. Lecomte, avocat, Ueutenant de mobiles (Ayesncs, 1871}.
mande d'avant-garde. On se battit à Le Quesnel. Le 27, la rencontre devint, à Villers-Bretonneux, une bataille considérable. Nos troupes tinrent avec énergie jusqu'à quatre heures contre des forces considérables, entre la Selle et la Somme. Ce ne fut qu'à la un du jour, à l'heure psychologique où les Prussiens font converger tous leurs efforts et lancent des troupes fraîches sur leurs adversaires lassés, que les mobiles lâchèrent pied. L'artillerie, dont les batteries comptaient des pièces de 12 et de 4* n'avait presque plus de munitions. On se retira, en désordre, sur Corbie. C'était une déroute. Un officier de l'armée a appelé cette journée douloureuse Villers-les^emelles. Le lendemain M. Testelin prenait un arrêté enjoignant à tous les régiments de mobiles de refaire les élections de leurs officiers. Deux jours après, la citadelle d'Amiens était prise, et une légende, dont je n'ai pu vérifier la source ou l'exactitude, veut .que cette citadelle ait été défendue par un seul homme, le commandant, qui, se multipliant, tirant lui-même le canon, allant d'une pièce à l'autre, aurait arrêté l'ennemi durant plusieurs heures. Frappé à mort, les Prussiens l'auraient enterré dans la citadelle même avec les honneurs de la guerre. C'est là un trait héroïque dont je rapporte Fécho, mais que je ne conûrme pas.
Les Allemands se sont étonnés de n'avoir pas vu de cavalerie française à l'affaire de Villers-Bretonneux. C'est que l'armée du Nord n'eut jamais de cavale-
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rie, tout au plus quelques éclaireurs, une poignée d'hommes. Cette journée entraîna non-seulement la perte d'Amiens, mais celle de Rouen. Moins d'un mois après, cette même armée du Nord, réorganisée, reprenait Tofifensive. Cette fois elle avait à sa tête Faidherbe arrivé d'Afrique où, dès le 5 septembre il proclamait la République, et décidé à tenir tête, coûte que coûte, aux envahisseurs.
Cette campagne du Nord a mis pour toujours en lumière ce général, maintenant placé au premier rang. Le général Faidherbe a cinquante -trois ans*, mais il est vigoureux, nerveux et sec. C'est, en quelque sorte, un officier exotique. Ce qui donne à sa physionomie militaire un caractère tout particulier, c'est un mélange curieux de géographe et de militaire, de savant et de soldat. Il a fort peu habité la France, et il semble y passer au galop de son cheval arabe. Les dernières élections en ont fait un législateur. Nous lui devrons peut-être la réorganisation de notre armée. Au sortir des écoles de Paris et de Metz (École polytechnique et École d'application), officier du génie il va en Afrique, puis à la Guadeloupe, aux Antilles, au Sénégal. Il combat sous Saint-Arnaud en Kabylie, sous le général Bosquet, à l'affaire des Hauts- Plateaux. Soldat énergique, d'une intrépidité élégante, il a cette qualité qui n'est point française: il est colonisateur.
1. Il est né à Ulle le 3 juin 1818. On est quelquefois prophète en son pays.
Au Sénégal, sans chassepots, il a fait merveille. Durant quatre ans, combattant les Maures-Trarza, il a installé des comptoirs, des télégraphes, des blockhaus, des forts, annexé les côtes du Sine, du Saloum, la Casamance, le Baol ; combattu ce prophète El-Hadgi- Omer qui rêvait la fondation d'un empire musulman de l'Afrique centrale; il a mené cette guerre farouche sous un ciel torride, sur un espace de trois cents lieues, perdu dans une immensité, loin de la patrie, loin de l'attention, loin de la renommée. Ce sont les vrais courages, ceux qui n'ont ni spectateurs ni applaudissements.
Chose singulière , et par un ironique caprice de la destinée, Faidherbe avait été assez intimement lié autrefois, vers 1854, avec un général prussien, alors chargé par son gouvernement d'étudier les différents systèmes militaires de l'Europe. Or ce général, que l'érudition de l'officier français avait conquis, était le général von Gœben , celui-là même que le hasard de la guerre mettait en face de lui, mais avec des forces supérieures. Von Gœben plus d'^ine fois «devait manifester l'estime et en quelque sorte l'admiration qu'il professe pour son collègue devenu son adversaire. <{ Ce sentiment, dit un écrivain, est partagé par l'étatmajor prussien ^ » On est, en approchant le général Faidherbe, tout de suite charmé et conquis.
i. Voici, ajoute cet écrivain, les paroles caractéristiques que nous tenons personnellement d'un officier prussien : « Si tous
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D'une taille moyenne, la toornore âégante, maigre, il y a en lai une désin?oltare qoi plaît et one sévérité sans morgue. Oo se trouve en présence d'un de ces militaires qui réfiédiissent et songent, et qui, pénétrés de la puissance cf une disdpline solide et d'une sévère organisation, ne dédaignent pourtant jamais ce redoutable auxiliaire qui s'appelle la force morale. Si la moustache rude et mâle, dans cette physionomie fine est d'un troupier, le front un peu d^arni avec ses cheveux ras, les yeux intelligents, pensifs et d'une résc^ution à la fois presque douce et très-fîère, ces yeux cachés derrière des lunettes rondes, à gros verres bombés, sont d'un mathématicien ou d'un homme d'étude. Je retrouverais dans cette personnalité trois caractères distincts et qui composent un type d'une sympathique unité : le soldat, un de ces officiers chevaleresques et dédaigneux du danger, qui défient élégamment le fer; l'écrivain, j'entends l'organisateur et l'érudit qui se trahissent dans une conversation très-nourrie,et très-simple, sans façons, charmante ; l'homme du -monde enfin, qui porte la pelisse bordée d'astrakan à brandebourgs, avec la désinvolture naturelle d'un élégant endossant un frac. C'est à peine si, au cou, et sous la première agrafe de la pelisse, apparaît un bout de ruban rouge ou l'émail
vos généraux eosseot yalu Faidherbe, et vos armées celles da Nord, nous serions peut-être encore sur la défensive.» — (Voy. le Courrier populaire du nord de la France, numéro du 15 avril i87i. }
blanc de la croix de commandeur que le général semble coquettement dissimuler.
C'est là, en somme, un profil militaire tout français et bravement républicain. Le général Faidherbe a eu d'ailleurs cette bonne iorttine d'échapper, par la spécialité de ses aptitudes et de ses études, à tout ce qui affaisse et jette hors de la voie. Officier du génie, il adore Fétude. Il dut être ce qu'on appelle à l'École un bûcheibr. Il aimait la vie pour cette joie qu'on y trouve, 4e travail. Au Sénégal, il étudiait, cherchait encore. C'est un monument d'un intérêt profond et tout spécial que ses études sur les inscriptions numidiques. Il a reconstruit, en quelque sorte, des fragments littéraires perdus ou non soupçonnés. Ce que M. Flaubert a fait pour la fantaisie, le roman et le rêve dans Salammbô, Je général Faidherbe Ta fait pour la science, la réalité et l'histoire dans cette très-profonde et trèscurieuse étude qu'on s'étonna beaucoup, lors de son apparition, de voir paraître signée d'un nom de général.
Un jour ou l'autre, le soldat de Bapaume entrera à l'Institut.
La campagne du Nord a déjà sa légende. On a conté que le général Faidherbe, .n'ayant point de cavalerie, avec peu de troupes disciplinées, ordonnait aux éclaireurs à cheval qui faisaient partie de son armée de se costumer diversement, tantôt en lanciers, tantôt en dragons, aujourd'hui en chasseurs, demain en hussards, de telle façon que la multiplicité des
uniformes ftt illusion aux espions et aux éclaireurs ennemis. Ce sont là des inventions fantaisistes à joindre aux dossiers volumineux des contes bteus inventés durant cette douloureuse guerre. Jamais la crédulité publique, jamais les Français, ces gd>emouches devenus, comme on a dit, gobe-baleines, ne furent plus colossalement pris à la glu des inventions que durant les derniers mois de 1870 et les premiers jours de 1871. Hélas ! Terreur dure encore, grossière, gigantesque et dangereuse.
Ce qui est fort possible, c'est que le général Faidherbe ait suivi contre les Prussiens la tactique rusée des Prussiens eux-mêmes en 1866. Plus d'une fois, pendant la campagne d'Allemagne, Manteuffel entra dans un village, ou plutôt y envoya des uhlans pour dire aux habitants, tous animés de sentiments autrichiens et prêts à trahir la Prusse : — Vous aurez à préparer demain des rations pour un corps de dO,000 hommes ! — Le Prussien était certain que le soir même le quartier général en serait instruit. Il immobilisait donc, devant le village en question, un corps d'armée équivalent ou supérieur au chiffre annoncé, et pendant ce temps il attaquait, cernait ou détruisait les divisions ou les corps d'armée dont il venait par cette manœuvre de diminuer l'effectif. Ainsi de Faidherbe. sans doute : plus d'une fois il fit, je suppose, annoncer, de façon à ce que les Prussiens en fussent avertis, l'arrivée d'un corps de 20 ou 30,000 hommes qui n'existait pas.
Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'il sut fort habilement mettre en ligne les troupes qu'il avait à sa disposition. Son corps d'armée, fort de 60,000 hommes environ, ne comptait en réalité que 35,000 soldats, un tiers de troupes régulières , de régiments formés d'épaves ou des compagnies de dépôt, mais, fort heureusement, avec d'excellents cadres d'oflSciers, un tiers de mobiles et un tiers de mobilisés. J'ai énuméré et classé là les hommes disponibles selon leur valeur. Les troupes étaient bonnes ; les mobiles, médiocres au début de la campagne, finirent par devenir passables à la fin de la guerre ; les mobilisés furent toujours détestables. Mais encore Faidherbe sut-il s'en servir utilement. Grâce à lui, les mobilisés eurent leur rôle dans la bataille, et, au lieu d'être un embarras pour l'armée, comme le sont d'ordinaire les troupes mal aguerries qui constituent des foules et non des régiments, masses promptes à la panique, au désordre, à la retraite, les bataillons de mobilisée devinrent des auxiliaires tout trouvés. Ils remplirent dans le drame le rôle indispensable souvent de comparses. Leurs baïonnettes figurèrent au loin la réserve de l'armée, et, comme les Prussiens ont l'habitude de conserver pour leur réserve et de n'engager qu'à la dernière extrémité leurs meilleures troupes, ils crurent toujours que Faidherbe agissait de même et que les bataillons qu'il réservait ainsi étaient les bataillons d'élite.
Ainsi, tandis que l'élan des soldats, leur solidité,
et, à de certains moments, la vigueur des mobiles forçaient l'ennemi à reculer, les Prussiens croyaient que non-seulement ils avaient à lutter contre ceux-là qui les attaquaient, mais encore contre ces troupes, bien autrement disciplinées, qu'ils apercevaient au dernier plan. Or ces troupes étaient les mobilisés, que les Prussiens pouvaient culbuter, en enfonçant par une rharche violente et une attaque audacieuse nos premières lignes. Cette réserve qui leur paraissait si redoutable ne Tétait donc qu'à distance. Cela seul explique pourquoi Faidherbe, vainqueur à Bapaume et à Pont-Noyelles, devait battre en retraite dès le lendemain pour aller se refaire dans une place forte. Les meilleures troupes en effet étaient atteintes tandis que les Prussiens recevaient des renforts. Capable de vaincre, son armée n'était pas assez forte, à coup sûr, pour profiter de la victoire. Le soir de la bataille de Bapaume, une canonnade , quelques centaines d'obus eussent suflB pour déloger de Péronne les Prussiens qui s'y étaient blottis ; mais, outre qu'il fallait bombarder non-seulement les avancées de l'ennemi, mais les faubourgs de la ville, à quoi cet avantage nouveau aboutissait-il ? L'ennemi battu doublait son effectif durant la nuit et était prêt à prendre, le lendemain, sa revanche.
C'est après Bapaume que se place l'épisode des cuirassiers blancs, épisode qui a donné lieu à une polémique entre le général français et le général allemand. Quoique vainqueur, Faidherbe se repliait.
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Il allait refaire ses munitioos et ses cadres. Deux escadrons des cuirassiers blancs s'avisèrent de poursuivre notre arrière-garde. Ce qui les enhardissait, c'estqu'ils apercevaient à cette arrière-garde même des soldats revêtus d'uniformes sombres qu'ils prenaient pour des mobiles. Un des escadrons formant réserve, l'autre se mit alors à charger au galop sur les nôtres. Mais ces prétendus mobiles, c'étaient, pour le malheur des cuirassiers prussiens, des chasseurs à pied. Au bruit des sabots de la cavalerie, les chasseurs se déploient sans se troubler en tirailleurs, forment quart de cercle et, lorsque les cuirassiers blancs sont à quarante pas, ils les reçoivent par un feu terrible, assuré, qui écrase et jette le désordre dans l'escadron. Les cuirassiers tournent bride, poursuivis, criblés par les balles, et les débris de Tescadron décimé rejoignent leurs compagnons qui se retirent, laissant le général Faidherbe et les vainqueurs de Bapaume libres d'exécuter leur retraite ^
1. Les cuirassiers blancs n'auront pas été moins illustres dans la guerre que les uhlans. On se rappelle la colossale dépèche de M. de Palikao relative aux cuirassiers blancs de M. de Bismarck. H n'en reste plus un ! La vérité est qu'un régiment de cuirassiers a été écharpé, à Gravelotte, par notre cavalerie. On a vu en maints endroits, il est vrai, les cuirassiers blancs et parfaitement intacts, mais il faut qu'on sache bien qu'en Prusse tous les régiments de cuirassiers sont blancs. Cela seifl expUque, je pense, pourquoi divers historiens ont pu signaler à la fois la présence des fameux cuirassiers blancs en divers endroits à la fois : à l'armée de Metz, à l'armée de Sedan, à l'armée du Nord.
On regrettera éternellement qae l'armée du Nord ait eu un effectif si faible, car, je le répète, en employant son effectif entier, Faidherbe, au lieu de se renforcer, s'affaiblissait. Les mobilisés lui eussent été un obstacle. Mieux vaut un solide noyau, un groupe résolu qu'un troupeau mal discipliné et mal équipé. L'armée du Nord a constamment déplacé et tenu en échec une armée de 30 à (iO^OOO ennemis. C'était autant de moins que Paris avait à combattre. Que si Faidherbe eût disposé de 100,000 soldats, c'était 120,000 hommes au moins, 150,000 et peut-être 200,000 Allemands qu'il déplaçait et contenait. Après Bapaume, peut-être fût-il parvenu à Gompiègne.
Mais, dans l'esprit de Gambetta et du gouvernement, l'armée du Nord ne devait, ne pouvait être que chargée d'une diversion. L'action appartenait à l'armée de la Loire. Le général demandait, réclamait des soldats, mais on lui faisait cette objection qu'en cas de défaite son corps d'armée, rejeté en Belgique comme une partie de l'armée de Mac-Mahon après Sedan, était perdu, tandis qu'en opérant sur la Loire ce même corps d'armée pouvait, battu, se reformer plus loin, à Bourges, à Poitiers ou au Mans. A cela Faidherbe répondait qu'il avait pour refuges, derrière lui, des pi aces ^ fortes , Lille étant le pivot de ses opérîitions. On lui laissa son corps d'armée peu important, en somme, et que nous croyions à Paris, lorsqu'on en parlait, considérablement plus nombreux, et, disons-le à sa gloire, avec ces 35 ou 40,000 hom-
L*ÂRMÉE DU NORD. m
mes, il réussit à tenir Tennemi en respect, à l'inquiéter toujours et à le vaincre quelquefois. Dès le ik décembre, il écrivait à Gambetta :
Ham, 14 décembre 1870.
Monsieur le ministre.
Sachant combien les moments sont précieux, j'ai commencé dès le 4 décembre les opérations avec la première division de Tarmée du Nord, en attendant que les autres fussent prêtes.
Nous avons chassé les Prussiens de toute la ligne comprise entre La Fère et Amiens, à laquelle ils tenaient beaucoup, et repris le château de Ham.
A la prise de Ham, le général Lecointe a tué ou blessé 215 hommes à Tennemi et fait 200 prisonniers.
Nous avons déjà 350 prisonniers entre les mains. Aujourd'hui, 14 décembre, deux divisions sont en ligne. Dans deux ou trois jours, nous serons sous Amiens avec trois divisions.
Ayant poussé jusqu'à Roye qui est à moitié distance de Lille à Paris, nous étions en bonne situation pour coopérer, autant que notre petit nombre nous l'eût permis à une sortie de l'armée de Paris vers le nord,* qui malheureusement n'a pas eu lieu. L'armée du Nord va compter dans cinq jours quatre divisions, la troisième ayant une brigade composée entièrement de mobiles et la quatrième ne renfermant que des gardes nationaux mobilisés sans artillerie.
Cette armée comprend, en outre, les garnisons de vingt places fortes formées de gardes nationaux mobilisés au nombre de plus de 50,000 hommes. Nous espérons créer
très-procbaioement des batteries poar la division de gardes nationaux mobilisés.
De telles forces permettent évidemment de former deux corps d'armée actifs de 25,000 bommes chacun, en laissant des garnisons de prévoyance dans les places fortes.
^Quelques jours après, il écrivait de Lille :
Lille, le 21 décembre 1870.
Après la reconnaissance offensive d'hier et l'annonce de Tarrivée à Amiens de Manteuffél avec une nouvelle division, nous pensions être attaqués aujourd'hui, et nous avons passé la journée sur les positions que j'ai choisies pour champ de bataille.
Nous n'avons pas vu de Prussiens.
Mais notre armée (quoique à moitié gelée] a pu apprécier la force de la position, et je^rois qu'une grande confiance règne dans nos troupes. Demain nous reprendrons nos positions et attendrons encore.
ManteufiFel, trouvant notre position trop forte, renoncerat-il pour le moment à nous attaquer? Ce serait fâcheux.
L'occupation de la citadelle d'Amiens par l'ennemi rend notre situation vis«à-vis de cette ville tout à fait fausse et gênante. Ce n'est pour nous ni une ville amie ni une ville ennemie. Quoi qu'il en soit, si l'on ne nous attaque pas, nous enverrons de droite et de gauche des reconnaissances oflensives.
Je veille avec soin sur les passages de la Somme, de Corbie à Péronne, car je crois que l'ennemi a quelque intention de chercher à nous tourner par là. Si, grâce à des
retards, rennemi poavait se renforcer tellement qu^l eût sur nous une supériorité de nombre écrasante, que faudrait-il foire?...
... Les mobilisés se sont, par mon ordre, rapprochés de nous aujourd'hui pour pouvoir prendre part à la bataille que nous attendions à B...
Ils sont cantonnés à Boisleux, Marloy, etc., en seconde ligne.